‹ Vie du R.P. LacordaireChapitre 124 sur 195 · OEUVRE DES LIELX MAINTS DE PROVENCE · texte numérisé non relu

OEUVRE DES LIELX MAINTS DE PROVENCE

I.a ville de Saint-Maximin, propriétaire de l'iiii des cotés de l'ancien cloître, en fit la vente au Père avec era- [)ressement. La lettre qui annonçait à l'évêque de Fréjus cette acquisition réparatrice, parvint au Prélat comme il prenait solennellement possession de l'île de Saint-Honorat, par la célébration du saint sacrifice au milieu des ruines de l'antique abbaye de Lérins, qu'il venait de racheter d'un ministre anglican. Lacordaire avait complété la fondation du nouveau couvent d'études en y faisant transporter une bibliothèque de vingt mille volumes, formée par un ecclésiastique d'une rare érudition, ral.)bé Prompsault. La prise de possession du couvent eut lieu le 27 septembre 1859. Dès le P"' mai de cette année, deux Dominicains s'étaient installés à la Sainte-Baume ^

Mais ces heureux commencements ne suffisaient point au Père. Il lui tardait de ressusciter le culte de sainte Marie-Madeleine, qui venait de rappeler les Dominicains cà la garde de son tombeau et de la grotte où elle a passé les trente dernières années de sa vie. Tel est le pieux dessein qui inspira l'écrit consacré par Lacordaire à la mémoire de cette grande pénitente. « Après le Saint-Sépulcre et vSaint-Pierre de Rome, disait-il, il n'y a pas un l)his grand pèlerinage au monde que celui de Saint- Maximin et de la Sainte-Baume. » Il s'agissait de fonder VdHwre (les lieux saints de P/'ovence, au moyen de deux comités de souscription, l'un d'hommes et l'autre do dames, pour la restauration de la sainte grotte. Et pour cela il fallait avant tout raviver la mémoire de celle dont

< A M. Dii-it"(l, 25 avril 1851».

SAINTE MARIE-MAIJELKINE. ' UTj

Jésus avait dit : « Dans le monde entier, en quelque lieu que l'Evangile soit prêché, on racontera d'elle, cà sa gloire, ce qu'elle a fait ' . >^

Sainte Marie-Madeleine, « par le R. P. II. D. Lacordaire, des Frères Prêcheurs, membre de C Académie française, » parut à la fin de lévrier 1860, presque en même temps que la brochure du Père sur la question romaine. Le succès du second écrit fut plus complet encore que celui du premier; il fut en même temps plus doux et plus profond. « Ilien de ce que j'ai publié, écrivait l'auteur, n'a paru produire une aussi pieuse impression ^. » C'est que Sainte Marie-Madeleine était tout une révélation d'un côté inconnu et peu soupçonné de la nature intime du Père. Tout le monde admirait l'orateur, presque personne ne connaissait l'homme. On n'eût point été surpris de trouver en lui une âme forte ; beaucoup le furent de rencontrer une âme tendre. Il n'était point possible de lui refuser l'éclat ; plusieurs étaient tentés de lui refuser l'onction. Les plus incrédules durent se rendre, sous ce rapport, à une démonstration aussi décisive que celle-ci. Toutefois, ceux en qui sepersonniriait l'esprit de l'ancien clergé de France, sur lequel l'austérité janséniste avait déteint à quelques égards, se scandalisèrent. Il leur sembla que le Père avait trop humanisé hi divinité de Jésus -Christ. Oserai-je dire que cette façon de sentir tient à des habitudes d'esprit invétérées bien plus

1 Amen dico voljis, ubicumque pneilicatuiu fuerit Evangeliuiu i>tuil in uiiiverso mundo, et quod fecit liii'C narrabitur in inenioriam t'ju>. (Mahc, XIV, 9.)

A M"' (le Prailly, 14 mar.^ l^GU.

416 DEBl'T DE LA DKRNIKRK MALADIE.

qu'à la vérité intrinsèque des choses? N'est-il pas écrit, en etîet, que le Verbe s'est fait chair, et qu'il a été semblable aux hommes par tout ce qui a paru de lui au dehors : in sirnilitudinem hominiim factus et hahitu iaventus ut horno ^ ? N'est-il pas écrit aussi que Jésus, voyant que Madeleine pleurait et voj'aut aussi pleurer les Juifs qui étaient venus avec elle, frémit dans son esprit, se troubla lui-même et pleura : et lacrymatus est Jésus - ? Ces trois mots, ce semble, suffisent à la justitlcation du livre de Sainte Marie-Madeleine.

Le Père comptait bien ne pas s'en tenir à ce premier témoignage de sa dévotion envers la Sainte. Le lundi de Pâques (9 avril 1860), il partait pour Marseille et Saint-Maximin, atin d'avancer l'œuvre de la restauration des saints lieux de Provence. Il était plein do contiance et d'ardeur. « Ma santé, disait-il, se fortifie de jour en jour ; elle ne me donne plus d'inquiétudes ^. » Le 20 mai était le jour fixé pour la translation solennelle des reliques de sainte Madeleine. Huit évêquos étaient attendus. Le Père devait prêcher le panégyrique de la Sainte. Mais, au dernier moment, il fut saisi d'une faiblesse extraordinaire, avec oppression du cœur. Le médecin de l'école do Sorèze, le docteur Houles, lui fit un devoir de conscience de ne pas s'exposer aux fatigues d'un grand discours dans une solennité aussi considérable, où tant do sollicitudes accessoires qui, dans cette circonstance, s'imposaient au Provincial, devaient com-

' Saint Paul aux Pliilipitiens, xi, 7.

* Évangile de saint Jean, xi, 33-35.

5 A M" .le l'raiilv, 4 mai 1800.

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