‹ Vie du R.P. LacordaireChapitre 131 sur 195 · RAPPORTS AVEC LE P. .ÎANDRL · texte numérisé non relu

RAPPORTS AVEC LE P. .ÎANDRL

vice de la mission de Mossoul, était venu, dit son historien, faire ses adieux à la France, dont il voulut visiter les couvents pour y consolider la paix qu'il avait tant contribué à y rétablir. Il alla embrasser à Sorèze le P. Lacordaire, qui lui était devenu encore plus cher depuis qu'il avait souffert pour lui. A son retour à Rome, il avait rendu témoignage de l'impression qu'il rapportait du bon esprit de la Province de France. Le Général lui déclara qu'il ne désirait que l'atfermissement de l'observance du P. Lacordaire par les vertus religieuses qui doivent être l'âme de toute observance. Il ajouta qu'il tenait parfaitement compte des circonstances et qu'il n'aspirait nullement à une perfection chimérique. Le P. Besson répondit que le P. Lacordaire voulait qu'on regardât comme inébranlable l'observance de fondation de la Province; mais il donna l'assurance au Général que, dans le cadre de cette observance, le Père avait la ferme volonté d'arriver par degrés à la formation aussi parfaite que possible de religieux pénétrés du double esprit qui doit animer l'Ordre de Saint -Dominique K En preuve de cette disposition d'esprit, Lacordaire offrait d'établir dans sa propre Province, à Mazères, dans le diocèse de Pamiers, un couvent de stricte observance ^. En même temps, il avait pris l'initiative des bonnes relations avec Lyon, en écrivant le premier au P. Danzns dans les termes les plus dignes d'un religieux ^.

J'ai omis de dire qu'au nombre des œuvres qui avaient

' Lettre ilii I*. Besson au P. Laconliiire, ilu 13 sp|)tenil>re 1>*59.

^ Lettre du P. Jîimlel au P. Laconlaire, en date tlu 10 novembre 1859

'• [,ettrp (In F*. Dnnzas, du 1" janvier 18(î0.

COUVRNT A lîORDEAUX. 42'>

inauguré le second Provincialat du Père, avait été l'achat, à Bordeaux, au centre de la ville, d'un terrain pour y construire un couvent définitif. Les religieux, jusque-là, n'étaient logés que dans une maison louée ^ C'avait d'abord été celle d'un frère du P. Ravignan. L'on aime « ce souvenir delà fraternité du sang, donné ainsi publiquement à la fraternité de gloire de deux illustres champions de rÉglise au dix-neuvième siècle. » Mais la maison SI courtoisement otferte était à une lointaine extrémité de la ville, presque à la campagne. Ainsi placé, le couvent ne pouvait exercer une action prochaine, immédiate, sur les âmes. Le P. Souaillard, qui avait fondé ce monastère à la suite de sa station de 1856, sentit le besoin de se rapprocher du centre. Malheureusement il ne put trouver qu'une maison étroite, se dilatant moins en hauteur qu'en profondeur : la vie monastique y fonctionnait en montant et en descendant, comme dans les mines. C'est à cet état de choses, tout à la fois si incommode et si précaire, qu'il s'agissait de mettre un terme en faisant que les Frères Prêcheurs de Bordeaux fussent logés chez eux. Le P. Lacordaire rêvait pour eux un vrai cloître dominicain, petit sans doute, mais fait à l'image du cloître de la Quercia :

Parram Trojnm simulataqur nvigius Per gaina ^

Il ne devait pas lui être donné de voir racromplissement de ce désir de son cœur.

• Letli-p ilu l'ère à M"' de Pniilly. 8 j.invier 18")9. ^ V. VAnnf'e Dominirtiinf, I. 1\'. p. ri^O.

42Ô MORT Dr P. BESSOX.

Cette pensée me ramène à la dernière maladie du Père.

Après Pâques de l'année 1801, c'est le P. Ghocarne qui parle, il avait voulu revoir une fois encore Saint- Maximin, cette fondation où il avait reconnu un des signes les plus évidents de la main de Dieu sur son œuvre. Il avait voulu revoir cette jeune et nombreuse famille, lui dire son atFection, lui donner, avec ses derniers conseils, cette unique bénédiction des Patriarches à leurs Benjamins. De longtemps on n'oubliera, à Saint-Maximin, ces trop courtes instructions du soir, où le Père, entouré d'une couronne blanche de soixante religieux, rangés le long des murs de la grande salle du chapitre, retrouvait pour eux dans son cœur les éclats d'une éloquence qu n'avait plus rien de la terre.

Deux mois plus tard, une grande douleur l'avait atteint au milieu du voyage long et fatigant qui l'avait ramené de Becquigny à Sorèze : c'était la nouvelle de la mort du P. Besson, enlevé par une fièvre typhoïde à Mar-Yacoub, le 4 mai 18(>1. Cette mort rouvrait bien des blessures. En etfet, le P. Besson mourait en exil. Cet exil, je le sais, avait été volontaire; mais il n'en était pas moins la suite de la droiture de cœur avec laquelle le saint religieux s\'!tait prononcé, en 1858, en faveur de l'observance du P. Lacordairc. L'attitude prise en cette occasion parle P. Besson avait été blâmée par Pic IX, pour qui il aurait donné mille vies, et il n'était l)as homme à s'en consoler jamais. C'est là ce qui l'avait déterminé à s'en aller finir ses jours au milieu des Kurdes. Le P. Lacordaire le savait et il en était ému jus- (prau fond dos (Miti-ailles. Sa douleur se contint: mai>< on

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