PRIERES POUR LE PERE
suivre, et lui donna de nouveaux détails sur leur mm commun '.
Chaque malin, pendant les trois derniers mois, poursuit le P. Ghocarnc, on lui disait la messe dans sa cham- Itre, et il y communiait. Plus le mal avançait, plus les prières s'élevaient vers Dieu ardentes et nombreuses. En France, il y avait peu de communautés religieuses où l'illustre malade n'eût été recommandé et où l'on ne priât pour sa guérison. On priait surtout dans toutes les maisons de l'Ordre. A Saint-Maximin, les jeunes novices renouvelaient les saintes témérités des vieux âges de foi. Les uns se meurtrissaient à monter pieds nus les sentiers rocailleux de la Sainte-Baume pour aller demander à Madeleine un miracle : les autres passaient les nuits devant le Très-Saint Sacrement, et, à l'exemple de saint Dominique , les larmes ne leur siiffisant pas, ils mêlaient leur sang à leurs prières et offraient généreusement leur vie pour celle de leur Père. Au soir du neu vième jour de ces ardentes supplications, tous les religieux allôrenr, pieds nus, prendre les reliques de sainte Madeleine, et les porter sur leurs épaules dans les cloîti'es et à l'intérieur de la maison. C'était un triste et lugubre spectacle de voir ces longues files de religieux s'avancei', cà la lueur des flambeaux, dans les profondeurs des cloîtres, chantant les versets des psaumes les plus suppliants, s'arrêtant par intervalles, pour élever plus haut leurs plaintes, leurs gémissements, leurs chants. La
' Le P. Chocahm:, \" édit., p. 640.
(Jn sait comliieii la Vie du P. Besson, \yM- M. l^arlier, a |>leiiiemeiil )ii>-tillé raltentft du Père.
CllAlMTRK PRUVINCIAI, A ToULOLSK. 4.T5
nuit se passa presque entière à ces cérémonies d'un ineffaçable souvenir. On voulait \\n miracle, on cro\-ait que Madeleine obtiendrait encore cette fois la résurrection d'un autre Lazare ^
Le Père se faisait lire chaque jour, selon l'usaj^'ode toute sa vie, quelques passages de la Sainte Écriture, particulièrement les Actes des Apôtres, les Epitres do saint Paul, ou l'Évangile selon saint J(.'on. A partir du 12 octobre, il pria le religieux (]ui lui servait de secrét lire -de lui faire en outre une lecture dans la Prèparalion à la mort et dans V Acte tV abandon à Dieu, de Bossuet.
Le dimanche 20 octobre, c'est toujours le P. Chocarne qui parle, s'ouvrait à Toulouse le ciiapitre pi-ovincial qui devait lui donner un successeur. Le premier devoir des Pères, avant d'entrer en séance, fut de se rendre à Sorèze auprès du vénéré malade. Il les reçut avec sa bonté accoutumée, leur donna sa bénédiction, les entretint des alfaires de l'Ordre, et leur parla aussi de luimême. « Je ne pensais pas vous quitter sitôt... Dieu me rappelle à lui... Il vaut mieux que je m'en aille... Si j'étais resté, on aurait pu croire que l'œuvre ne vivait qu'à cause de l'homme... Je vous serai plus utile là-haut : priez pour moi. » Les Pères se rendirent ensuite en pùlei'inage à Notre-Dame de Prouille et à Avignonet,
1 Le F. Chocaunl:, p." 642.
Je ne me fais aucun scnipulc <li' Iranscrire le ivi-il énui île ce (îilelf lémoiii des derniers uionients du Père, en conajtlélant ce réel! quand il y ■A lieu.
- Le iVére Adrien Seigneur, aujourd'hui vicaire île la |)aroi>be deSainl- \ incen(-de-l'aul, à Paris.
LACOHUAIKE. IL i'iJ