LE PERE N'ETAIT TAS DEMOCRATE
monarchie absolue. Il répudiait le coup d'Etat à un autre titre encore. « Ce à quoi je tiens par-dessus tout, écrivait-il en 1851, c'est à ce qu'aucun changement n'arrive que légalement et non par des coups de violence, qui nous perdent depuis soixante ans. Nous n'avons pas eu, depuis le meurtre de Louis XVI, un seul gouvernement qui se soit établi par des procédés légaux et réguliers... Ce dont je suis sûr, c'est que toute modification brusque et violente ne fondera qu'une révolution à venir ^ »
Tel fut Lacordaire en politique. Quoi de plus facile à comprendre et qu'y a-t-il de moins révolutionnaire au monde ?
Mais n'a-t-il pas été démocrate ? Il a toujours protesté contre cette accusation -, et à bon droit. Sans doute il était « de ceux que le mouvement de 1789 a élevés et qui n'entendent pas descendre ^. » Mais toujours il a souhaité la prépondérance des classes éclairées, et non, ce qui constitue la démocratie, la prépondérance de la multitude. Prêtre et moine, il ne pouvait ne pas aimer le peuple ; il était plein d'entrailles pour ses souffrances. De plus, la catastrophe de 1848 l'avait amené à penser qu'il ne suffit pas à un peuple de « n'être plus ni esclave ni serf, civilement régi, il est vrai, par des lois égales, mais privé de droits politiques '*. » Toutefois il n'en croyait pas moins, même dans les dcM-niers temps, que « la bour-
I A M. di" lii Ferrioro, 4 fcvrici- 1851.
' « Je n'ai jamais écrit une ligne ni ilit un mol qui puisse auforiser la pensée que jf* suis un démocrate. » — L -Ure à M" de la Tour du l'in, j oclolire 1842.
j M. (îui/.ot, Mci)ioi)'cs, f. I".
> Discours à l'Acailcmic fraiiçaisc, p. U.
Ol'lNION SUR LA liuURGEUl.SlK. 4«l
geoisie seule peut gouverner, à condition de le faire sur un plan tout nouveau ", » non en s'isolant, mais en s'appuyant profondément sur le peuple des campagnes, qui n'a pas d'intérêt à ce que le sol tremble, et en devenant intimement chrétienne. Etait-ce là se faire démocrate? Pas plus pour Lacordaire que pour Alexis de Tocqueville, le peuple n'était « le souverain naturel de l'humanité, le plus parfait législateur, le meilleur magistrat '. » Loin de là. C'est Lacordaire qui a défini la bourgeoisie le 'pays (loué de Imnières^. «Sans elle, ajoutait-il, nous n'aurons jamais qu'un gouvernement fondé sur des institutions captieuses, lequel, en paraissant s'appuyer sur le peuple, ne s'appuiera en réalité que sur l'inintelligence soutenant la ruse et la force ^. La bourgeoisie a abusé contre Dieu et contre tout le monde de ses lumières et de sa puissance. Mais il est impossible que ses préjugés ne diminuent pas, et que, humiliée au degré où elle Test, elle ne recherche pas l'alliance de la vérité religieuse et celle du vrai peuple ■'. »
• A M. de la Perrière, 24 Jécerahre 1849. - Discours à l'Académie, p. 10.
3 A M»' de Prnilly, 31 mars 1852.
* Même Lettre.
^ Même Lettre.