VIE RELIGIEUSE
Même unité dans sa vie religieuse. A peine converti, il se sent ap(Mre et le désir du sacerdoce l'envahit, vif, ardent, inébranlable. « Jamais, disait-il dans les derniers jours de sa vie, jamais, depuis quarante ans, dans les vicissitudes d'une existence constamment agitée, ce désir ne m'inspira de regrets ^ » Il entre au séminaire ;
• Notice.
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ses supérieurs doutent de sa vocation : mais lui, il y croit, et, comme on l'a dit, « il laisse venir son heure. » 11 a un instant, non pas d'hésitation, mais d'impatience, et il songe à passer de Saint-Sulpice à ISlontrouge. Etait-ce là rompre l'unité de sa vie ? N'était-ce pas plutôt un pressentiment de sa vocation définitive ?
Retenu dans les rangs du clergé séculier par M. de Quélen, il attend, dans un poste obscur, l'appel ultérieur de la Providence. Une rechute d'impatience le prend et il se rend à la Chênaie, non visitée encore parla foudre. Une révolution éclate. A travers les débris du trône de Charles X, M. de la Mennais croit entrevoir d'immenses perspectives pour l'avenir de l'Eglise : Lacordaire subit un instant ce mirage, mais il reste apôtre. S'il écrit dans r Avenir, ce n'est point pour servir un parti, c'est pour défendre l'Eglise et pour lui gagner des âmes; je détîe qu'on lui assigne un autre but, je défie qu'on puisse donner un autre sens à ce moment critique de sa vie. Mais, tout à coup, le combat est suspendu : c'est Lacordaire qui entraîne M. de la Mennais à. Rome; c'est lui encore qui, arrivé dans la ville sainte, pressent le premier que le Saint-Siège n'approuve pas le journal, et c'est lui aussi qui n'admet pas un instant qu'on hésite entre le journal et le Saint-Siège. C'est Lacordaire qui finit par obtenir, à Munich, la cessation définitive de l'Avenir. C'est Lacordaire enfin qui suit M. de la Mennais en Bretagne pour le défendre contre lui-même, pour l'empocher de rétracter sa soumission, et qui, n'y pouvant réussir, s'enfuit, « seul et navré, » à travers les arbres de la Chênaie, sans s'être assuré d'avance un asile, et sans qu'il
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lui soit possible de prévoir ce qu'il deviendra. Quoi de plus pur et de plus un que cette conduite ?
Le voilà rentré dans sa cellule de la rue Neuve-Saint- Etienne, et derechef il y attend l'heure de Dieu. Elle sonne : les échos de la petite chapelle du collège Stanislas remplissent tout Paris. Une opposition formidable essaye d'interdire à l'orateur l'accès de la chaire de Notre-Dame; elle est vaincue, et ce mauvais vouloir n'aura fait que mettre dans une plus rayonnante hunière la parfaite simplicité d'àme et la docilité toute sacerdotale du prédicateur \ Néanmoins les contradictions persistent, et cette guerre civile lui pèse ; il tente d'y mettre un terme en se réfugiant à Rome. C'était là que la voix de Dieu l'attendait. C'est à Rome que lui apparut dans tout son éclat cette vérité que le ministère pastoral ne suffit pas à l'Eglise, mais qu'il lui faut en outre des apôtres et des docteurs : or le ministère pastoral absorbe l'homme tout entier; c'est ailleurs qu'il faut chercher le ministère apostolique et le ministère doctoral. C'est à Rome donc qu'il vint à l'esprit de Lacordaire que le plus grand service à rendre à la chrétienté, au temps où nous vivons, était de faire quelque chose pour la résurrection des ordres religieux. C'est à Rome qu'il se demanda si toute sa vie antérieure (et jusqu'à ses fautes) lui ayant préparé quelque accès dans le cœur de son pays, il ne serait pas coupable de négliger ces ouvertures par une timidité qui ne profiterait qu'à son repos, et si la grandeur même du
1 Cette grande docilité frappait M. Affre : il y voyait avec raison « la (lisposilion la plus opposée au caractère des novateurs. » M. Castan. p. 74, d'après les Mémoires inédits de son oncle.
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