DE 1848 A
,';inn("o 184S. — Discours de M. de Mnntalenibert sur la question italienne et .sur la question suisse; assentiment de liacordaire. — Oraison t'unèl)re d"0'Connell. — Lacordaire au 24 février. — Reprise des Conférences de Kotre-Dame. — Vondalion de l'Ère nouvelle. — Candidature de Lacordaire à l'Assemblée nationale. — Sa présence au club de V Union. — Son élection comme Représentant du Peuple. — Son attitude au 15 mai; sa démission. — Sa retraite de VÈre nouvelle. — Son vote au 10 décembre 1848. — Sa ligne politique sous la présidence napoléonienne. — Son jugement sur la loi du 1.5 mars 1850. — Les Conférences de Notre-Dame, im 184S. — Station de Dijon; fondation du couvent de Flavigny. — Fondation du couvent de Paris. — Érection de la Province dominicaine de France. — Dernières conférences de Notre-Dame.
L'année 1848 fait date en Europe ; elle fait date aussi dans la vie de Lacordaire.
Depuis 1814, tout le sol de l'Europe était ardemment miné par les sociétés secrètes. Leur place d'armes centrale était la Suisse. La mine avait fait sauter l'un après l'autre tous les gouvernements conservateurs de l'Helvétie protestante et donné la majorité, en Diète, au parti révolutionnaire. A la tin de 1847, la Suisse catholique, écrasée en quelques jours par les baïonnettes fédérales, était sous les pieds de ce parti. Qu'allait-il advenir de Rome et de l'Italie? Quel serait le contre-coup sur la France, que M. Ledru-Rollin déjà parcourait en triomphateur, de
128 ORAISON FUNEBRE D'u'CoNNELL.
banquet eu banquet ? Cette situation venait d'inspirer à M. de Montalembert, le 14 janvier 1848, le plus tragique discours ^ qui jamais ait émula Chambre des Pairs de France et l'un des plus éloquents à tous égards qui aient retenti à aucune tribune dans les temps anciens comme dans les temps modernes. Lacordaire s'empressa d'en féliciter son ami. « Tu as saisi, lui disait-il, l'occasion de séparer notre cause de la cause du radicalisme, et tu l'as fait avec un grand courage et un grand talent. Un des bons effets de ton discours sur Tltalie et des manifestations de la Chambre des Pairs qui l'ont suivi, sera une secousse de raffermissement dans les cœurs. Le peu que tu as dit des Jésuites était dans une mesure parfaite. Je bénis Dieu qui t'a si bien inspiré dans ces deux beaux discours sur les affaires d'Italie et celles de Suisse, où je t'ai trouvé si sage, si sûr, dans la parfaite mesure d'une élévation qui ne trahit rien, mais qui ne compromet rien^. »
Telle fut la première impression, tel fut le premier jugement de Lacordaire. Quinze jours après il était ù Paris où, le 10 février, il prononçait à Notre-Dame l'oraison funèbre d'O'Connell : la vieille cathédrale, si accoutumée aux imposants spectacles, en avait rarement otïcrt de plus grands, de plus solennels que celiù-là. Malheureusement, à Paris, les dispositions du Père se modilièrent rapidement. 11 en vint à se persuader que rintérèt porté aux Jésuites par M. de Montalembert avait
' (irandis et ni ita iliciim trdffiius oiator. iCii:.;
- A M. (le Moiitali'iiibcrt. — Chalais, 10 janvier 184{<.
!.<■ l'ère éci'ivuit, If 20, dans le nièino sens, à M"" Swelcliiiie.
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tiiii par supplanter tous ses autres sentiments, à ce point que, par cela seul que le Saint-Père ne se donnait pas à ces religieux, l'éloquent orateur se détachait et se séparait de Pie IX. A tous égards, ce malentendu était déplorable, et, en vérité, presque sans excuse. Rien, absolument rien n'était changé depuis les félicitations adressées par Lacordaire à M. de Montalembert sur ses deux derniers discours. Mais le Père, à son arrivée à Paris, avait été entouré par des amis d'un optimisme imperturbable, que révoltaient nos inquiétudes, trop vite justifiées, hélas ! à l'endroit des Romains, et qui ne voulaient voir là qu'un écho inintelligent des terreurs calculées des Jésuites. Lacordaire avait été effrayé (ce sont ses termes) de tout ce qu'on lui raconta de la division des catholiques sur la question italienne et des alliances réactionnaires imputées à M. de Montalembert; et, comme il arrive aux imaginations soudainement frappées, il avait accepté^ sans li:s discuter, tous ces faux jugements. Voilà dans quelles dispositions le surprit le tremblement de terre du 24 février.
Ce jour-là (j'en atteste un homme sincère entre tous, M. Cartier, son témoin le plus intime à ce moment de sa vie), ce jour-là, en apprenant d'heure en heure les phases rapides de la catastrophe, le Père éprouva de la surprise fH non de la joie. Il était difficile à un chrétien de ne pas voir dans ce qui s'accomplissait le doigt de Dieu. Mais ce n'était pas là une raison absolue de se rassurer, car la nouvelle révolution n'en pouvait pas moins être un signal de persécution contre l'Église.
Il n'en fut rien : l'on apprit à l'archevêché de Paris,
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