STATION DE N. D. EN
le jour même, que, dans le sac des Tuileries, le crucifix de la chapelle avait été porté pour ainsi dire en procession, par les insurgés, à l'église Saint-Roch. M. Aifrc prit son parti sur-le-champ : dès le 24 février, au lieu de la prière pour le Roi, il prescrivit de chanter : Domine, salvam fac Francorum gentem. Sans contenir un seul mot contre ce qui venait de tomber, la lettre de l'Archevêque ordonnait des prières publiques pour tous ceux <|ui avaient succombé le 24 février, sans acception de drapeau. Immédiatement aftichée sur les murs de Paris, cette lettre dut produire une impression considérable.
Quelque chose de plus décisif s'ensuivit. Par une de ces illuminations soudaines qui étaient propres à Lacordaire, il fît savoir au Gouvernement provisoire qu'il ouvrirait, dès le 27 février (quinze jours avant le carême), la station de Notre-Dame. Le Gouvernement l'en remercia. Le Père lut en chaire la lettre pastorale du 24, et rendit grâce à l'Archevêque d'avoir donné cet exemple de conciliation entre la Religion, qui est immuable, et ce que le temps apporte chaque jour au milieu des liommes.- Le sujet de la conférence était l'existence de Dieu. L'auditoire tressaillit à ces paroles : « Nous assistons. Messieurs, à l'une des ces heures où Dieu se découvre ; liier il a passé dans nos rues et toute la terre Ta vu. » Une allusion transparente à l'incident du crucifix porté à Saint- Roch fut couverte d'applaudissements, immédiatement réprimés par le prédicateur. On ne peut nier que cette tranquille reprise de possession de la chaire de Notre- Dame, dans un pareil moment, ne fût un fait d'une grande portée. Il faut se rappeler ce courage et ce succès pour
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bien comprendre les illusions de I.acordaire au mois de février 1848 ; il avait vu 1830 et il faisait la comparaison.
Mais, si les premiers périls étaient ainsi presque miraculeusement conjurés, rien n'était fini. Le drapeau rouge n'avait-il pas un instant envahi Paris? Refoulé par l'éloquence et le courage civil de Lamartine, il pouvait sans contredit reparaître d'un jour à l'autre, et les passions formidables dont ce drapeau était l'effrayant symbole ne pouvaient être amorties que par la presse. L'urgence de créer un journal catholique qui pût devenir populaire, éclatait d'évidence. M. de Montalembert, semblait-il, par son discours du 14 janvier, était devenu impossible : il avait le tort glorieux d'avoir été trop grand et trop haut dans les dernières circonstances. Ardemment engagé dans la même voie, F Univers, non plus, n'avait aucune prise sur les vainqueurs du jour. La place publique ne voulait plus écouter que des hommes nouveaux. Entre les catholiques éminents, Dieu avait permis queLacordaire (etLacordaire seul) ne se fut point compromis dans les dernières luttes. Cela paraissait providentiel. M. l'abbé Maret, Frédéric Ozanam, d'autres avec eux, supplièrent l'orateur de Notre- Dame de se mettre à la tête d'un journal nouveau, (]ui servît de bannière aux catholiques dans une crise dont nul n'entrevoyait l'issue, et d'apporter ainsi à la société, ébranlée jusque dans ses fondements, le concours de lumières et de forces dont il pouvait disposer : il se rendit à leurs instances. En soi, la fondation de l'-fe'r^ nouvelle l'ut donc l'acte d'un incontestable dévouement à l'Eglise et à la France.