COUP D'ÉTAT DR
il disait à la nation : Vous êtes libre ; choisissez entre l'anarchie et moi.
Aux termes de la Constitution de 1848, les pouvoirs du Président de la République expiraient en 1852, et il ne pouvait être réélu. La révision 'de cet article de la Constitution avait été demandée ; elle l'avait été en vain. Les choses étant ce qu'elles étaient alors, il y avait de graves raisons pour In dictature. En effet, même dans les campagnes, jusque-là si admirablement conservatrices, le mirage socialiste faisait d'effrayants progrès. Peut-être n'y avait-il contre la propagande révolutionnaire qu'une seule force efficace : la popularité du nom de Napoléon. Beaucoup de bons citoyens ne voyaient donc de remède que dans un coup d'Etat, suivi d'un appel au Peuple pour la prolongation des pouvoirs du Président de la République : mais, dans leur esprit, la dictature n'était qu'un expédient tout à fait temporaire, qui n'excluait point d*ailleurs la coopération (active et sérieuse) à\m certain nombre d'hommes sincèrement attachés aux libertés publiques, d'hommes ayant fait leurs preuves de capacité et de patriotisme dans la part qu'ils avaient eue au gouvernement du pays.
Sur ce dernier point, la pensée des hommes politiques dont je parle n'avait pas rencontré celle du Président de la République. Ce n'était })as une dictature à temps que voulait celui-ci, c'était la résurrection du premier Empire, c'est-à-dire le gouvernement d'un seul h l'état d'institution définitiv»', et sans ;iucun des contre-poids (pie l'ancienne monarchie avait connus, comme aussi sans aucune des L'araiiti(^s (jiii avaient liinilé le pouvoir dejuiis lSl-1.
LE COUP DKTAT JIOK PAR LE PKRE. 1&3
Tel n'était point évidemment l'idéal du gouvernement conçu par I-acordaire, l'idéal que déjà caressait sa pensée sur les bancs de l'Ecole de Droit de Dijon, et qu'il avait vu en action, avec bien des imperfections sans doute (c'est la condition de toutes les choses humaines), mais enfin •avec l'adhésion constante du pays durant trente-sept ans. Quoi qu'il en soit, prévenu tout à la fois contre l'ambition du Président de la République et contre les dispositions réactionnaires de la majorité, dont il s'exagérait fort les complots, il voyait depuis longtemps venir le coup d'Etat et il n'en fut point irrité outre mesure. Il écrivait de Paris le 8 décembre : « Nous avons été trois jours sur le quivive, incertains des événements. Mais la résistance matérielle, a été peu générale, peu animée, et les cent mille hommes rassemblés à Paris ont aisément comprimé ce faible mouvement. Je ne vous dis pas ce que je pense de tout ceci. Il était facile de prévoir que l'on sortirait de la République par un acte de violence venu de part ou d^ autre ^ Le Président était mieux placé pour prévenir ses adversaires. C'est à la nation de voir maintenant si elle veut V accepter et s'en remettre à lui du soin de lui donner une constitution -. »
Néanmoins, quand la nation eut accepté^ il ne put retenir un cri d'etfroi. Il tachait bien de se persuader que le despotisme lasserait bientôt, mais il n'en était pas sur.
' Ou voit à quel point Lacordaire etiiit resté spectateur impartial ije ne dis pas clairvoyant) de la lutte qui se termina le i déceraljre.
* A M"* de Prailly. — Il est évident, quand bien même le Père n'en avertirait pas comme il le fait, il est, dis-je, évident quVcrivant par la poste six jours après le coup d'Etat, Lacordaire n'exprimait ici qu'une fîiilde p.utie de sa pensée.