‹ Vie du R.P. Louis Sellier de la Compagnie de JésusChapitre 42 sur 44 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

Humilité du P. Sellier. — Sa reconnaissance pour les services rendus.

L'humilité est la compagne ordinaire de la pau\reté religieuse, ou, pour mieux dire, sans l'humilité il n'est point de \raie, de solide vertu.

Le P. Sellier comprit cette vérité dès le moment que Dieu le rappela à la pratique des devoirs religieux. Ce sentiment d'humilité et de mépris de luimême ne le quitta jamais, et ne lit que croître à mesure qu'il avança dans la carrière de la sainteté. Il eut sans doute pour parvenir à se vaincre de rudes combats à livrer, de violents assauts à soutenir; mais ce fut précisément là le mérite de sa vertu. Nous pouvons en juger par les règles qu'il se prescrivit pour dompter son impétuosité naturelle et ce fonds de fierté dont il s'accusait devant Dieu. Voici ces règles telles que nous les trouvons consignées dans sa retraite de 1803 :

<c Après avoir réfléchi sur mes défauts et mes mauvais penchants, j'ai reconnu que ceux qui dominaient le plus en moi étaient l'orgueil et la colère. Ce sont , donc là les deux défauts que je dois combattre habituellement jusqu'à ce qu'ils soient entièrement détruits. Mais comme je ne réussirais que très-diflicilement peut-être en les attaquant tous deux à la fois,

et que d'ailleurs, autant que je puis me connaître avec la grâce de Notre-Seigneur, mon irascibilité vient de mon orgueil, je pense que je dois commencer le combat par ce dernier vice, qui est la source de tous les autres.

a 0 mon Jésus, ô parfait modèle de l'humilité, j'ai médité sur vos profonds abaissements, sur votre humilité incompréhensible; j'ai formé la résolution de vous imiter en tout et de vous suivre le plus près que je pourrais : ne permettez pas que cette résolution soit vaine et stérile. 0 Jesu mitis et humilis corde, miserere met (1).

« Comme ma résolution n'aboutirait à rien si elle n'était que générale, je l'appliquerai à ma conduite particulière; et voici ce que je veux faire, avec la grâce de Notre-Seigneur, pour parvenir au but que je me propose.

a 1° Je demanderai tous les jours au Seigneur par une prière particulière la grâce de me connaître moi-même, et en même temps de me pénétrer de plus en plus d'horreur pour le défaut qui me domine.

« 2° Je prévoirai dès le matin les diverses rencontres qui sont pour moi une occasion ordinaire de tomber dans le défaut que je veux combattre le premier, et je prendrai la résolution de ne me rien pardonner à cet égard.

« 5° Dans la journée , je veillerai exactement sur mon esprit et sur mon cœur, afin d'étouffer toute

(1) 0 Jésus doux et humble de cœur, ayez pitié de moi.

pensée, tout mouvement d'orgueil qui pourrait y naître. Je m'exciterai à la contrition aussitôt que je remarquerai quelque faute en ce genre.

« 4° Je ferai mon examen particulier sur le vice de l'orgueil , et, de l'avis de mon confesseur, je ferai quelque pénitence proportionnée au nombre et à la gravité des fautes que j'aurai commises.

« 5** Pour parvenir à détruire davantage ce maudit défaut, j'emploierai le secours de la prière, et ce sera ordinairement dans cette intention que j'entendrai la sainte messe.

« 6" Je recevrai avec résignation toutes les humiliations, les pénitences auxquelles je pourrais être soumis pour manquements à la règle ou autre chose, et je les rapporterai devant Dieu au défaut que je veux combattre.

« 7» Enfin, je m'accoutumerai à des fonctions basses, et je prierai le Seigneur qu'il me donne assez de force pour accepter avec joie et demander même des humiliations et des pénitences publiques.

« A l'égard des écoliers: 1^ Je tâcherai de posséder habituellement mon âme en paix, afin d'éprouver moins d'impressions pénibles à l'occasion des fautes que les élèves peuvent commettre et de leurs défauts naturels.

ft ^° Aussitôt que je me sentirai le cœur ému et porté à la colère , je tâcherai de m'arrcter, je dirai un Ave Maria.

« 5° Je ne punirai jamais les écoliers que quand je serai de sang- froid; et quand il m'arrivera de les

punir dans d'autres circonstances, je ferai moi-même le double de la pénitence.

« 4° Je leur parlerai toujours avec douceur, et surtout à ceux pour lesquels je sentirai plus d'éloignement. Je me tairai, à moins que le devoir ne m'oblige à parler, toutes les fois que je n'aurai pas connu la nature d'une faute, et j'attendrai avec patience jusqu'à ce que j'aie eu le temps de la bien déterminer. « 5° Je m'abstiendrai avec le plus grand soin de tout reproche dicté par la passion de me contenter. »

Les détails suivants montrent à quel point le P. Sellier fut fidèle à observer ces résolutions , et comment, malgré toutes les révoltes d'un caractère naturellement lier et impérieux, il excella dans la pratique de l'humilité.

On a dit de lui, comme de plusieurs saints, que son humilité le calomniait. En effet, tandis qu'il était révéré de tous ceux qui le connaissaient, et qu'on admirait la ferveur de sa piété , l'ardeur de son zèle , l'abnégation de son dévouement , l'austérité de sa pénitence, son humilité l'aveuglait tellement sur son compte, qu'il se regardait comme le plus indigne des pécheurs. Nous avons recueilli de ses écrits spirituels les qualifications qu'il se donne quand il lui arrive de parler de lui-même. Nous n'oserions transcrire toutes les expressions que nous y lisons. Quelquesunes des plus modérées feront juger des autres. On trouve à chaque instant sous sa plume les mots de cendre, de poussière , de néant, de vil et exécrable

pécheur. Il est tout couvert de péchés depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la têtej il est le plus ingrat des pécheurs, V objet de V exécration divine, un dissipateur des trésors célestes , plus ingrat, plus méchant que les démons , un vrai démon , indigne de rester parmi les vivants, au moins souverainement indigne de rester dans la Société. « 0 mon Dieu! mon Dieu, s'écrie-t-il, que je suis détestable!... Je ne suis dans la maison qu'un tison fumant, qui empeste au lieu d'édifier. — Hélas! je ne suis bon qu'à gâter votre ouvrage. — Est-il possible que vous vous serviez d'un instrument aussi misérable que moi? » etc. etc.

Le journal de ses retraites annuelles , après l'invocation à Dieu et aux saints dont nous avons parlé, commence invariablement par un exposé de l'état de son âme. 11 examine devant Dieu comment s'est passée l'année précédente. A l'en croire , elle a toujours été déplorable. Il s'y reproche des lâchetés sans nombre dans ses devoirs religieux, des sensualités, des vivacités, des emportements, des marques d'orgueil, etc.

Nous pourrions multiplier les citations : nous nous contenterons d'une seule, extraite de sa retraite de 18*22 :

« Je n'ai fait encore qu'entrevoir l'ombre de ma malice. Que serait-ce si je la voyais tout entière, si je la voyais comme je la verrai au jugement? Je ne l'ai aperçue qu'en gros : que deviendrais-je si je la connaissais en détail; si je connaissais la multitude et l'énormité de toutes mes prévarications?... 0 Seigneur, n'entrez pas en jugement avec votre serviteur,

car si vous n'écoutez que voire justice , je suis perdu sans ressource. Saints patrons, saint Louis, saint Ignace, saint Joseph, digne époux de Marie; sainte Térèse, vous que j'ai tant aimée dans le commencement de ma conversion, et vous, sainte Marie-Madeleine, qui avez si bien connu la sainte Vierge quand elle était sur la terre ; et vous , mon bon saint ange gardien, c'est surtout aujourd'hui que je réclame votre assistance. Réunissez-vous, je vous en conjure, réunissez tout votre crédit pour obtenir ma conversion, pour obtenir que je redevienne non pas un modèle de vertu, hélas! à l'âge où je suis, puis-je seulement espérer de devenir tel que je vois ici de pieux novices? Que je sois seulement dans les dispositions de ferveur, de dépouillement, d'abnégation, de zèle pour la dévotion au sacré Cœur de Jésus, où j'étais il y a vingt ans. Car c'est en 4801 que j'ai fait ma première retraite à Paris. Me voilà donc parvenu à ma vingt et unième. Ah! si j'avais seulement bien profité d'une seule de ces retraites, je serais incomparablement meilleur que je ne suis! Cœur de Jésus, Cœur de Marie, asile des pécheurs, souvenez-vous de vos anciennes miséricordes; j'ai bien abusé de vos grâces, je ne mérite plus d'en recevoir. Mais considérez ce que vous êtes, et oubliez ce que je suis: ou plutôt souvenez-vous de ma misère et de vos miséricordes : un abîme attirera un autre abîme ; un abîme de prévarications attirera un abîme de bonté et de commisération. »

Sans cesse il revient sur son orgueil : « 0 mon amour, ô mon tout! s'écrie-t-il , que faut-il que je

fasse pour vous ? Me guérir de plus en plus de ce maudit orgueil, enfin devenir humble. Voilà ce que vous demandez. Mais quel ouvrage! Seigneur. Je vous montre mes plaies. Mon pauvre cœur est tout en lambeaux, etc. (1). »

Tout en se reprochant l'orgueil qu'il croyait reconnaître en lui, le P. Sellier était forcé néanmoins de s'avouer qu'il était loin de chercher sa propre gloire, et qu'après tout il ne désirait que celle de Dieu et le salut du prochain.

A la suite d'une méditation sur les trois degrés d'humilité, dans sa retraite de 1839^ il ajoute : «Au moins, j'ai le désir de posséder le troisième degré. Il est bien faible sans doute, ô mon Dieu; daignez le fortifier. Toutefois, quand il m'est arrivé d'être humilié, il m'a paru que je n'étais pas trop fâché. Ce que je puis encore ajouter, c'est que je ne voudrais rien faire pour mon honneur, pour mon propre avantage. Les compliments me font une vraie peine, et il me semble que je puis dire : Qui me laudat, me cruciat... (1). Les remercîments qu'on me fait parfois me sont à charge; et à choisir, j'aimerais mieux des mépris ou des reproches. »

Les actes extérieurs du serviteur de Dieu étaient en harmonie avec ces dispositions de son âme.

Dans une retraite, un des ecclésiastiques qui Pavaient suivie crut pouvoir devant lui parler avec

(1) Retraite de 1807.

(2) Celui qui me loue me fait souffrir.

éloge de son hiimililé. « Monsieur, répondit le P. Sellier d'un ton sévère : mettez votre langue dans votre poche. C'est la langue de Satan. »

On lui lisait un jour la Vie de sainte Ulphe, dont il est l'auteur. Ignorant qu'elle eût été composée par le saint homme : Mon Père, lui dit le lecteur, voilà une vie fort bien écrite. Quel est donc le nom de l'auteur?— Peu im/)o?'^e, répondit-il, continuez toujours. — Un moment après , le lecteur réitéra la même demande. Restons-en là, dit le P. Sellier; et il s'occupa d'autre chose.

Il comptait publier la Fie de sainte Colette , sans que son nom fût inscrit au frontispice du livre. Quand il apprit qu'on l'y avait inséré, il en ressentit la plus vive douleur ; il en était inconsolable, et dans l'amertume de son cœur il répétait qu'on voulait le faire mourir.

Mais ce ne fut pas assez pour le serviteur de Dieu de fuir la gloire et les louanges ; il s'éleva jusqu'au désir de l'humiliation. « Je pense quelquefois, écrivait-il en 1809, qu'il arrivera un moment où je serai obligé de descendre de chaire, ne sachant plus que dire. Le bon Dieu me ménagera peut-être cet affront salutaire en public. La leçon sera dure, mais je la désire, pourvu qu'il en soit glorifié. Que sa sainte volonté soit faite! »

On comprend aisément qu'avec de pareils sentiments, une injure personnelle, ou un manque d'égards, loin d'altérer la paix de son cœur, était une bonne fortune pour sa vertu. Quand on lut devant

lui Tarlicle si insultant du Précurseur du Pas-de- Calais dont nous avons parlé à l'occasion de la mission de Wimille, il ne pouvait contenir sa joie : « Jamais, dit un témoin oculaire, il ne parut plus joyeux qu'après cette lecture; et il y revint plusieurs fois pendant le jour. »

Un de ses confrères, le P. Richardot, nouvellement arrivé de l'étranger, ayant appris qu'il prêchait dans une des églises d'Amiens, eut la curiosité d'aller l'entendre pour se faire une idée de son genre de prédication. Malheureusement le P. Sellier n'avait pas eu le temps de se préparer : il ne put entrer dans son sujet, et s'en tira assez mal, pour ne rien dire de plus. Le sermon achevé, il revint à Saint -Acheul. Pendant la récréation qui suivit le souper, l'humble religieux se montra non-seulement aimable comme de coutume, mais d'une gaieté tout à fait extraordinaire. Le P. Richardot, qui s'attendait, après un échec aussi humiliant, à le trouver triste, abattu et décontenancé, fut tellement surpris de le voir si fort à l'aise et en si belle humeur, qu'il nepouvait se lasser d'en exprimer son admiration.

Voici quelques autres traits qui n'attestent pas moins le mépris qu'il avait de lui-même, et ses sentiments de profonde humilité.

Dans les retraites qu'il donnait à ses frères, on le vit plus d'une fois se coucher en travers de la porte du réfectoire, afin qu'en entrant on lui passât sur le corps, et qu'on le foulât aux pieds. A la suite de cet acte d'humilité, il prenait une sanglante discipline.

On a beaucoup parlé de son défaut de propreté sur sa personne et dans les objets à son usage ; mais ce que l'on ne sait pas généralement, c'est qu'avant son retour à Dieu il était d'une propreté exquise, poussée même jusqu'à la recherche. On est porté à croire que cette négligence dans le soin de son extérieur eut pour but de combattre le défaut opposé, et d'expier par là un passé qu'il se reprochait.

Lorsqu'il fut envoyé dans la maison de Vais, il s'empressa d'aller rendre visite et d'offrir son hommage à Mo» Maurice de Bonald, autrefois son élève, et alors évêque du Puy. Le prélat ne l'eut pas plutôt aperçu qu'il lui tendit les bras. Mais le P. Sellier, se jetant à ses genoux, prononça ces paroles de l'Écriture : Decebat te crescere , me autem minui (1).

Avant de faire les exhortations à la communauté , et en général lorsqu'il devait donner une instruction quelconque, il ne manquait jamais de se rendre auprès de son supérieur pour lui demander la bénédiction; et après l'avoir reçue, il se prosternait et baisait la terre.

Si un prêtre le priait de le bénir, il commençait toujours par refuser, et, s'il était contraint de céder à des instances réitérées, il se mettait à genoux luimême, et dans cette posture il bénissait le prêtre.

« J'espère bien, mon Père, lui dit un jour un novice, que vous prierez pour nous quand vous serez

(1) Il convenait que vous montassiez, et que moi je descendisse. (Joan., m, 30.)

au ciel. — Ah! mon petit frère (c'est ainsi qu'il aimait à désigner les navices), c'est vous tous qui prierez pour moi quand vous serez au ciel. — Vous espérez donc mourir après nous tous? — Non, mais je serai encore dans le purgatoire quand vous en serez tous sortis; et je serai trop heureux d'en être tiré par vos prières. »

Il témoigna dans une occasion quelque contrariété de ce que l'on ne secondait pas assez son ardeur pour un travail qui demandait le secours des yeux d'autrui. Celui de ses frères qui était chargé de l'aider en fut averti, et vint le trouver en toute hâte. « Mon Père, lui dit-il, vous êtes donc bien fâché contre moi. — Comment, reprit-il aussitôt, moi fâché contre quelqu'un! » et le ton même avec lequel il proféra ces paroles respirait un sentiment si profond d'humilité, que le Frère en fut vivement ému.

Quoiqu'il eût conservé jusqu'à ses derniers moments la plénitude de ses facultés intellectuelles, il se plaisait à répéter que non- seulement les yeux et les oreilles lui faisaient défaut, mais que ses idées s'embrouillaient, qu'il ne pouvait plus rien tirer de sa pauvre cervelle, et autres expressions de ce genre. Aussi profitait-il avec une admirable simplicité des pensées ou des tournures de phrase que des jeunes gens même lui suggéraient dans son travail. Il y mettait un tel abandon, que ces jeunes gens avaient besoin de s'observer pour ne pas s'exposer à le voir accepter trop facilement leurs corrections. Ils se racontaient même entre eux que, quand

le copiste, fatigué de retourner une phrase sous la dictée du Père, voulait en finir avec ses indécisions, il suffisait que l'écrivain mît la main à Toeuvre pour obtenir sur-le-champ l'assentiment du bon Père.

Mais le caractère le plus touchant de son humilité, c'était sa vive reconnaissance pour les services qui lui étaient rendus. Il s'en regardait comme souverainement indigne. Il ne cessait d'admirer qu'on voulût bien le veiller dans ses maladies. 11 ne fallait pour cela rien moins, selon lui, que ce qu'il appelait la grande charité des enfants de saint Ignace.

« Plusieurs fois, dit un Père de la maison de Saint- Acheul (I), j'allai dans ses dernières années lui donner lecture de quelques articles intéressants du journal. Quand je me retirais, le bon vieillard se levait toujours, et me remerciait avec attendrissement de ce que je lui portais intérêt, de ce que je voulais bien penser à lui.

« La Vie de sainte Colette, dont il était tout occupé quelques mois avant sa mort, a été pour lui, ajoute le même Père, l'occasion de bien des contrariétés, que la vivacité de son imagination lui rendait encore plus pénibles. Chaque fois que j'allais chez lui en pareille circonstance (car alors il me faisait même appeler par l'infirmier), il me remerciait avec une effusion qui m'attendrissait. Il me semblait que Dieu lui envoyait cette épreuve pour achever de purifier sa vertu et pour le préparer à la •mort. »

(1) Le P. Emile Cor, ministre.

« Pour moi, écrit un novice, j'eus le bonheur, pendant ma seconde année de noviciat, de le ramener tous les soirs de la chapelle : car il allait y passer une demi-heure environ; et j'avoue que c'était là une de mes plus douces consolations. Il se laissait conduire comme un enfant; il ne manqua pas une fois de me remercier avec le ton le plus humble et le plus affectueux. II répétait alors, ainsi qu'il le faisait souvent, qu'il était un être inutile, à charge à tout le monde; qu'il fallait qu'on s'occupât sans cesse de lui, qu'il était confus des soins que sa cécité obligeait de lui donner, ne pouvant se servir lui-même en bien des choses, etc. « Pourquoi donc, disait-il encore, vous déranger ainsi pour moi? » Plusieurs fois je lui répondis que, loin d'être un dérangement, c'était pour moi un bonheur, une consolation. Il ne pouvait plus alors que garder le silence, ou il S3 contentait d'ajouter : «Ah! que le bon Dieu vous bénisse! mon cher frère, vous avez pitié des pauvres aveugles. »

Voilà comme, dans ce saint homme, l'humilité se confondait avec la reconnaissance; il donnait ainsi dans sa personne une nouvelle preuve de cette vérité, que les vertus sont sœurs, et que l'humilité surtout esl le fondemenl et la base de toutes les autres.

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