‹ Vie du R.P. Louis Sellier de la Compagnie de JésusChapitre 41 sur 44 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Pauvreté religieuse du P. Sellier.

Le P. Sellier, si austère et si mortifié, pouvait- il ne pas aimer, ne pas pratiquer la pauvreté ? Il l'aima comme sa mère, selon l'expression de son saint fondateur. Il avouait qu'il se trouvait bien avec les choses les plus usées. « Malheureusement, ajoute-t-il avec ce sentiment d'humilité qui ne l'abandonnait jamais, surtout lorsqu'il était forcé de reconnaître quelque chose de bon en lui, malheureusement je crains que ce ne soit plutôt l'elfet de l'habitude que le fruit de la grâce (1). »

Dans une autre de ses retraites (2), il se propose de faire certains retranchements dans l'ameublement de sa chambre, de substituer à une table en bois de chêne une autre en bois blanc. 11 voulait aussi faire enlever une commode. Ces objets lui paraissaient un superflu dont il pouvait se passer, et il était alors supérieur du collège de Montdidier.

(1) Retraite du mois d'octobre 1837.

(2) Septembre 1809,

Pendant son séjour à la Louvesc , lors même qu'il était supérieur de celte résidence, il réservait pour lui les habits les plus usés, si bien que les pèlerins le désignaient souvent par ces mots : Le Père qui est si mal vêtu. « Je l'ai entendu plusieurs fois de mes oreilles, » nous dit la personne qui nous a raconté ce fait.

On jugera du reste encore mieux des dispositions de l'homme de Dieu par rapport à cette vertu, en lisant les résolutions qu'il prit dans sa retraite de 180G, à la suite d'une méditation sur la pauvreté de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la crèche.

« J'ai aperçu, avec la lumière toute gratuite de la grâce de mon Dieu, qu'il exigeait de moi une pauvreté universelle. 1° Pauvreté dans les habits: prendre les vieux, les désirer, et même les demander. 2° Me corriger du défaut que j'ai de gâter ceux qu'on me donne. 5° Me servir de toutes les choses à mon usage, comme un mendiant. Accepter la nourriture dans des sentiments de honte, de reconnaissance, comme un pauvre. Il n'y a que vous, ô mon Jésus, qui puissiez form.er ces sentiments. Ah! je vous en prie, veuillez les graver dans mon ème. Je demanderai tous les jours cette grâce par la pauvreté de Jésus dans la crèche, et par l'intercession de ma bonne mère et de saint Joseph. 4° Je ménagerai ce qu'on me donnera avec le plus de soin possible, papier, plumes, livres, b" Je rendrai maintenant tout ce dont je n'aurai pas besoin actu, sans songer si je pourrai en avoir besoin plus tard. 6° Je prendrai

garde de ne pas perdre les miellés de pain , et je tâcherai toujours d'avoir quelques restes des autres. 7° Je ferai en sorte de manquer quelquefois du nécessaire, et quand cela m'arrivera, je l'offrirai à Jésus dans la crèche, et je lui demanderai la grâce d'être bien content pour la plus grande gloire de Dieu. Je sens qu'il est difficile pour moi d'avoir sur-le-champ la perfection de cette vertu; mais je ferai en sorte d'avancer toujours un peu , et de ne rien refuser à votre grâce, ô mon Dieu , que j'implore humblement pour cela.

« Le bon Jésus m'a montré un autre genre de pauvreté, pauvreté d'esprit et de talents, c'est-à-dire ne chercher plus à rien faire d'éclatant, à moins qu'on ne me le dise : car saint Ignace le veut. Mais j'espère que bientôt je ne serai plus obligé de rien écrire de beau. Alors je parlerai le plus simplement du monde. Tant mieux, si je suis moqué. Pauvreté d'affection ; ne m'attacher à rien de créé , mais à Jésus seul. Pauvreté de vues, de désirs, de projets. Pauvreté des sens: ne rien voir, ne rien entendre, ne rien lire de curieux, mais Suarez et le P. Aveugle, et par-dessus tout l'Écriture sainte. Pauvreté des choses spirituelles; ne chercher pas les consolations, ni même le recueillement qu'autant qu'il plaira à mon Jésus ; mais aimer à n'être rien, à ne rien goûter. 0 mon Jésus, tout ce que je vous demande, c'est de vous aimer. Donnez -moi seulement cette grâce, et ensuite privez-moi de tout. Amen. Vive Jésus ! Vive Marie! Vive Joseph! »

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