CHAPITRE I
SÉBASTIEN LE CLERC, PERE DE LAURENT JOSSE. — JEUNESSE DE M. LE CLERC. — IL EST NOMME DIRECTEUR AU SEMINAIRE DE TULLE.
Le savant modeste dont nous entreprenons de raconter la vie et les travaux, était originaire de cette noble ville de Metz, à laquelle un Français ne saurait aujourd'hui penser sans douleur. Laurent Le Clerc, son -aïeul paternel, était « maître orphevre » dans cette ville, où il mourut le 4 octobre 1695, âgé, dit l'acte de son décès, de « quatre-vingtseize ans » (1). Il laissa deux enfants, une fille et un fils
(1) Sébastien Le Clerc et son œuvre, par Edouard Meaume; Paris, 1877, in-8° (tire à 205 exemplaires), p. 12, 13. Cet excellent ouvrage rectifie et complète les deux suivants, de mérite inégal, mais qu'il faut aussi consulter sur les œuvres et la vie de Sébastien Le Clerc : Éloge de M. Le Clerc, chevalier romain, dessinateur et graveur ordinaire du cabinet du Roi, avec le Catalogue de ses ouvrages et des réflexions sur quelques-uns des principaux , par M. l'abbé de Vallemont; Paris, 171 5, in-12. — Catalogne raisonné de l'œuvre de Sébastien Ix Clerc..., disposé par ordre historique suivant l'année où chaque pièce a été gravée, depuis 1650 jusqu'en iy 14, avec la vie de ce célèbre artiste, par Charles- Antoine Jombert ; Paris, 1774, 2 vol. in-8°.
nommé Sébastien, l'un des plus célèbres et le plus fécond des graveurs français.
Sébastien était né dans une maison située sur la paroisse Saint-Martin de Metz, le 26 septembre 1637 (1). Son père, fort habile dans sa profession, lui apprit de bonne heure à dessiner, et l'enfant avait de si grandes dispositions pour cet art, qu'il en donnait à son tour des leçons à l'âge de dix ou douze ans. On conservait entre autres un petit dessin à la plume représentant un enfant couché sur le dos, et au bas duquel le père avait écrit que son fils était âgé de huit ans quand il le fit. Comme il avait un esprit très-vaste et qu'il était extrêmement curieux d'acquérir de nouvelles connaissances, il se mit à lire des livres de Plrysique et de Géométrie, et fit de grands progrès sans le secours d'aucun maître. Quelque temps après, un chanoine de Metz, touché de son amour pour l'étude, lui apprit la Perspective, et le disciple surpassa bientôt le maître.
Encouragé par de si heureux commencements, Sébastien Le Clerc résolut de s'appliquer sérieusement aux Mathématiques et même d'entrer dans le Génie. Il étudia les fortifications et les autres sciences spéciales, et ses efforts furent couronnés de succès. Choisi pour ingénieur géographe du maréchal de La Ferté, il leva par son ordre les plans des principales places du pays Messin et du Verdunois. Il réussit surtout au plan de Marsal dont on voulait démolir les fortifications; mais ayant appris qu'on avait envoyé ce plan à la
(1) C'est la date de l'acte de baptême, rapporté par M. Meaume (p. 14), et cette pièce réfute péremptoirement les indications contraires tirées des actes de mariage et de décès reproduits par M. Jal dans son Dictionnaire critique de Biographie et d'Histoire (art. Le Clerc). C'est aussi la date assignée par le Dictionnaire de Moréri , article Clerc (Sébastien). L'auteur de cet article est un des enfants de Sébastien, celui-là même dont nous écrivons la vie. Il le publia d'abord en 1720 dans ses Remarques sur le Dictionnaire de Moréri. En 1724, il l'inséra dans le Dictionnaire, sans autre changement qu'une addition de quelques lignes. « Je l'ai rendu, disait-il en 1727, le plus exact qu'il m'a été possible. Je crois n'avoir rien dit qui ne soit vrai à la lettre, et n'y avoir rien omis de ce qui devait y entrer. » (Lettre à Bouhier du 16 août 1727.)
Cour sous le nom d'un autre ingénieur, et n'ayant pu obtenir justice, il quitta son emploi (i) et se rendit à Paris (1665). Son but était de solliciter une place dans le corps du Génie; mais Charles Le Brun, peintre célèbre, ayant reconnu en lui des talents extraordinaires pour le dessin et la gravure, le détourna de son projet et lui conseilla de se livrer tout entier à sa vocation première.
La réputation que Sébastien Le Clerc s'acquit en 1668, par sa Géométrie pratique, s'étendit jusqu'à la Cour, et Colbert, protecteur des Beaux- Arts, voulant le fixer à Paris, lui fit donner un logement aux Gobelins, avec une pension de éoo écus, afin de l'obliger à ne travailler que pour le Roi. Mais peu de temps après son mariage (1673), Sébastien renonça à cette pension pour subvenir aux soins de sa famille et céder à l'empressement des particuliers qui désiraient posséder ses ouvrages.
Son mérite étant de plus en plus apprécié, il lut, d'un consentement unanime , nommé membre de l'Académie Royale de peinture et de sculpture (1672), et plus tard (1680), professeur de Géométrie et de Perspective dans la même Académie, emploi qu'il a exercé pendant dix-neuf ans. Après la mort de Mellan , il fut également honoré du brevet de Graveur du Roi (1693), et en 1706, année où parut son Nouveau système du monde conforme à l'Ecriture sainte, Philippe- Antoine Gualterio, nonce en France, qui l'estimait beaucoup, le créa Chevalier Romain, en vertu du pouvoir qu'il en avait reçu du pape Clément XL
Enfin cet artiste éminent, qui joignait aux rares talents dont Dieu l'avait doué une piété vraiment chrétienne, mourut au commencement de sa 78e année, le 25 octobre 17 14, aux Gobelins, où il avait vécu plus de quarante ans, aimé et estimé de tous ses confrères dans les arts et regretté de tous
(1) Peut-être aussi, selon une conjecture, qui parait bien fondée, de M. Meaume, l'avarice proverbiale du maréchal de La Ferté ne fut-elle pas étrangère à la détermination que prit Sébastien Le Clerc d'abandonner une position où il ne trouvait ni honneur ni profit. (Sébastien Le Clerc... p. 46, 47)
les honnêtes gens (i). Son corps fut inhumé dans l'église de Saint-Hippolyte (2), sa paroisse, près de l'autel de la Sainte- Vierge, pour laquelle il avait eu toute sa vie une dévotion singulière. « Nous savons, dit un de ses amis, que durant plus de soixante ans, il a récité tous les jours le petit Office de cette Reine des Anges et des hommes, pratique de piété sur laquelle il ne s'est jamais démenti, depuis qu'il l'eut adoptée dans la congrégation des Jésuites de Metz, vers l'âge de quatorze ou quinze ans. » (De Vallemont, Eloge, p. 200.) Le 21 novembre 1673, Sébastien Le Clerc avait épousé Charlotte-Jeanne , fille de Josse Van den Kerckoven , teinturier du Roi aux Gobelins, alors âgée de vingt ans. Il eut de ce mariage dix-huit enfants (3), dont neuf moururent avant
(1) Moréri, art. Clerc. « Il a été regretté de tous les honnêtes gens, dit Mariette, et lorsque je dis sa mort à M. l'Électeur de Cologne, il me répondit qu'il en était bien mortifié, et que la première messe qu'il dirait, il la dirait pour le repos de son âme ; que c'était un des plus grands hommes qu'il ait connus en France , et qu'il avait eu un plaisir singulier à l'entretenir et à voir toutes les différentes curiosités de son cabinet. » (Abecedario ; Paris, 1856, t. III, p. 102.)
(2) « L'église Saint-Hippolyte, située à l'angle oriental formé par la rue Saint-Hippolyte et la rue des Marmousets, fut fermée par la Révolution, vendue le 3 août 1793 , et démolie en 1807. La maison de la rue Saint- Hippolyte qui porte le 11° 8, a été construite sur son emplacement. On y voit encore de gros piliers ronds avec leurs chapiteaux en forme de corbeilles ; le mur extérieur de cette maison est sur le mur latéral de la nef de l'ancienne église. » (Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, par l'abbé Lcbeuf, uottv. èdit. annotée et continuée jusqu'à nos jours par Hippolyle Cocher î s ; Paris, 1865, tom. III, p. 30.) Celle-ci ne fut d'abord qu'une chapelle dépendante du chapitre de Saint-Marcel ; mais, en 1220, elle jouissait déjà du titre de paroisse. On y voyait plusieurs tableaux de Lebrun, Lesueur, Boizot et autres maîtres.
(3) Dict. de Moréri , art. Clerc. Dix-huit est en toutes lettres et dans le Dictionnaire et dans les Remarques. Nous avons vu cinq exemplaires de celles-ci, tous corrigés de la main de Laurent Josse; aucun n'a de correction sur cet article. Cependant, l'abbé de Vallemont, Jombert, Bégin (Biographie de la Moselle, Metz, 1829, tom. I, p. 274), et en général les Biographes, ne donnent à Sébastien que dix enfants, six fils et quatre filles. Peut-être comptent-ils seulement ceux qui ont survécu à leur père, et cette conjecture paraîtrait assez vraisemblable si l'on admettait avec Laurent Josse
lui (i). Laurent Josse, le troisième, naquit à Paris, aussi aux Gobelins, le 22 août 1677 (Bibliotb. du Richchi, art. Clerc). Les noms de Laurent Josse, qui lui furent donnés au baptême, sont ceux de son aïeul paternel et de son aïeul maternel ; mais il ne nous est pas possible de déterminer avec précision lequel des deux fut son parrain, l'incendie de 1871 ayant
que, sur ces dix-huit enfants, huit moururent avant Sébastien Le Clerc. Le Dictionnaire de M. Jal (art. Sébastien Le Clerc et Familles nombreuses), indique le nombre 13, probablement par suite d'une erreur typographique, laquelle n'est cependant pas corrigée dans les errata de la seconde édition. A la suite de M. Jal, M. Meaume, qui le cite, écrit « treize. »
(1) Ici, nous croyons devoir abandonner le Dictionnaire de Moréri , d'après lequel , des dix-huit enfants de Sébastien , « huit sont morts avant lui. » Nous y sommes déterminé par un acte conservé aux Archives nationales (Y, 11051), et publié par M. J.-J. Guiffrey (Nouvelles Archives de l'art français, Paris, 1872, p. 320-328). C'est le Partage des biens des successions de deffunt sieur Sébastien Le Clerc... et de damoisclle Charlotte Kerchove, son épouse, fait et arrestè le 31 juillet 1736. Neuf enfants seulement y figurent (six fils et trois filles), dont sept vivants à cette époque et deux morts auparavant, savoir Charles-Bénigne, décédé avant sa mère, dont le trépas arriva le 1er novembre 1735, et Laurent Josse, qui mourut six mois après. Voici sur chacun d'eux, excepté le dernier, quelques détails tirés de l'acte ci-dessus et d'autres documents :
Sébastien reçut le baptême le i" octobre 1676, selon M. Jal. Si cette date est exacte, il fut le premier des fils, mais non des enfants (Laurent Josse, qui est le troisième, étant né en 1677), et c'est peut-être tout ce que veut signifier l'abbé de Vallemont quand il le dit l'aîné. Il fut reçu à l'Académie de peinture le 23 août 1704, et mourut aux Gobelins le 29 juin 1763. Son fils, Jacques Sébastien, né le 8 août 1733, fut professeur à l'Académie, comme l'avait été son père, et mourut à Paris le 17 mai 1785 (V. M. Meaume, p. 309-313). Un autre fils lui était né le 5 octobre 1726. (Lettre de Sébastien à Laurent Josse du 24 octobre 1726.)
Louis-Auguste, élève de Coysevox, obtint le second prix de sculpture au concours de 1712 et passa en Danemark, où il devint premier sculpteur de Sa Majesté Danoise, et professeur à l'Académie de Copenhague de 175 1 a 1777. (M. Guiffrey, Nouv. Arch. de l'art franc., 1872, p. 319.)
Nicolas-Benoit enseignait dès 171 5, à Paris, les mathématiques et le dessin. Selon l'abbé de Vallemont, il dessinait parfaitement, mais il ne grava point.
Claude, appelé par l'abbé de Vallemont le cinquième (des fils?), classé par M. Guiffrey le sixième parmi les neuf survivants, était le seizième des enfants de Sébastien Le Clerc (Bill, du Richekt, art. Clerc}. Il naquit en 1693. Entré
détruit, avec tant d'autres, les registres de la paroisse Saint- Hippolvte (i).
Nous savons fort peu de chose touchant son éducation. Les premières leçons lui furent données dans sa famille. Cet amour du travail dont il parut animé jusqu'à la fin de sa vie, Laurent Josse, enfant, le puisa dans les exemples qu'il avait
au Petit-Séminaire de Saint-Sulpice le 19 octobre 171 1 (« accolite » en 17 14, selon l'acte de décès de son père), il en sortit le 26 mars 17 16 et vécut quelque temps dans le monde, où il exerça la profession de libraire [Registre des entrées du Séminaire de Saint-Sulpice). Mais il quitta de nouveau le siècle pour l'état ecclésiastique , et fut ordonné prêtre le samedi de la Passion , 2 avril de l'année 1729 [Lettre de M. Le Clerc au Prés. Bouhier, du 2 avril 1729). Il était alors à Lyon, où il avait obtenu de la Cour de Rome la sacristie du prieuré de Chandieu en Forez ; mais par acte du i« septembre 1729, il en fit l'abandon au Séminaire de Saint-Irénée , qui était déjà en possession du prieuré (Journal vis. du Séminaire de Lyon, t. I, p. 244). En novembre 1735 et mai 1736, il était chanoine de Déols, près Châteauroux. Jombert le donne comme « prêtre habitué au Séminaire de Saint-Sulpice » à l'époque où il publiait son livre, c'est-à-dire en 1774. « On voit, dit Jombert (t. I, p. xxiv), un fort bel œuvre de Le Clerc au cabinet d'estampes de la Bibliothèque du Grand-Séminaire de Saint-Sulpice Cet œuvre, qui vient de
M. l'abbé Claude Le Clerc, fils de notre artiste, prêtre habitué dans le Séminaire de Saint-Sulpice , quoique peu nombreux , est curieux pour quelques pièces de Le Clerc introuvables ailleurs, notamment la perspective du palais du Roi, à Stockolm. » Cette belle collection est encore aujourd'hui au Séminaire de Saint-Sulpice de Paris, où elle est conservée avec tout le soin qu'elle mérite.
Charles-Bénigne passa sa jeunesse chez un procureur au Chàtelet.
Anne-Catherine-Charlolte parait avoir été l'aînée de toute la famille. Nommée la première dans l'acte de partage, elle fut, en outre, chargée par ses frères absents de les représenter. Elle se fit religieuse chez les Dames de la Congrégation de Corbeil en 1690. En 1736, elle demeurait à Paris, rue du Cherche-Midi. C'est d'elle que parle Laurent Josse dans ses lettres du 14 septembre 1735 et du 22 mars 1736, lorsqu'il dit au Président Bouhier qu'elles lui seront portées par « Mademoiselle Le Clerc. »
Marie-Charlotte fut mariée, le 10 juillet 1712, à Louis Mauger l'aîné, procureur au Chàtelet.
Enfin, Marie fut aussi mariée, le 2 3 mai 1722, au graveur Edmc Jeaurat, frère d'Etienne l'Académicien.
(1) Il est bien regrettable que M. Jal n'ait pas relevé l'acte de baptême du Laurent Josse, non moins distingué cependant parmi les érudits, que son frère Sébastien parmi les artistes.
tous les jours sous les yeux. « Il n'y a guère d'homme qui » ait été aussi laborieux, dit Mariette parlant de Sébastien » Le Clerc, et qui l'ait été avec tant d'amour... Il s'était fait » une si grande habitude du travail, que le chagrin qu'il prit, » lorsque la faiblesse de sa vue lui ôta les moyens de pouvoir » le continuer, est une des principales causes de sa mort... » Mme Le Clerc m'a dit que lorsqu'il se levait, ce qui ordinai- » rement était de cinq à six heures, il se mettait au travail » jusqu'à midi; et après le dîner, depuis deux heures jusqu'à » six; et qu'alors, après avoir posé le modèle dans la salle » des Gobelins, il revenait sur les sept heures souper, ce » qu'il n'avait pas plus tôt fait, qu'il allait écrire dans son » cabinet jusqu'à onze heures ou minuit. Mme Le Clerc m'a » ajouté que cela n'était pas arrivé pour une fois, mais que » tous les jours étaient de même , et que depuis qu'elle était » avec lui, elle n'a presque pas vu de jour où il se fût » dérangé de cette règle de conduite qu'il s'était prescrite. » (Abecedario, t. 161, p. 101, T02.)
La conversation même des savants ou des curieux qui visitaient Sébastien Le Clerc ne l'interrompait point dans son travail, quoiqu'il y mêlât souvent des propos placés avec autant de justesse et de précision que s'il n'avait pas été occupé de sa gravure. Lorsqu'il était seul dans son cabinet, il appelait auprès de lui quelqu'un de ses enfants à qui il faisait lire quelque livre de sciences, et en expliquait les endroits obscurs ou difficiles sans cesser de vaquer à ses occupations. (Jombcrt, tom. I, p. LXXI.) Laurent Josse a plusieurs fois témoigné de la part qu'il eut dans ces utiles exercices. « Je lus, dit-il, les ouvrages de Despréaux pour la première » fois étant encore jeune écolier... Feu Sébastien Le Clerc, » mon père, me les faisait lire auprès de lui pour se délasser » pendant son travail, et pour m'apprendre en même temps » à lire d'une manière posée, distincte et correcte (i). »
(1) Mémoires pour servir à l'histoire des poètes français , art. Boileau-Despiéaux. Manuscrit du Musée Calvet, à Avignon. Voir aussi la lettre Je M. I e Clerc a Bouhier en date du 13 avril 1721).
Mais où et par qui fut complétée cette première éducation littéraire ? Ce point de la jeunesse de M. Leclerc s'est dérobé à toutes nos investigations. Fréquenta-t-il le célèbre Collège Louis-le-Grand, situé non loin des Gobelins, et eut-il pour maîtres les religieux de la Compagnie de Jésus, où plus tard il comptera tant d'amis ? Nous serions tenté de le croire, en considérant que son père avait probablement appris des Jésuites de Metz ce qu'il possédait de littérature latine (i), mais nous ne pouvons appuyer cette conjecture sur aucun document authentique (2). Tout ce que nous savons de Laurent Josse étudiant, c'est que « les plus heureuses dispositions du côté de la vertu et du côté des sciences, le distinguèrent dans le cours de ses études. » (Mercure, février 1737, p. 267.)
Après les avoir achevées, à l'âge de dix-huit ans, il se détermina à embrasser l'état ecclésiastique, et entra le 2 juin 1696 au Petit Séminaire de Saint-Sulpice de Paris (3). Depuis
(1) Sébastien Le Clerc, qui maniait si bien le burin et même la plume, n'avait pas poussé fort loin ses études littéraires. Nous avons pour garant de ce fait l'abbé Papillon, qui le tenait de Laurent Josse lui-même. « Vous me surprenez de me dire que Monsieur votre père n'avait pas une grande intelligence du latin, qu'elle était bornée à celui d'A Kempis et à celui du Nouveau-Testament. Cela montre qu'on peut être excellent mathématicien sans le secours de cette langue. Le génie est un excellent guide en ces sortes de matières. » (4 octobre 1727.)
(2) Le problème serait pour nous pleinement résolu s'il l'était également à l'égard de quelques-uns des condisciples de M. Le Clerc. Celui-ci, en effet, nous apprend qu'il a « été en classe avec un des frères » de Vaultier, qui donna l'édition de Moréri de 1698 (Lettre à Bouhier du 13 avril 1J29); qu'il s'est « trouvé en classe avec le fils de Le Gendre , professeur en droit » ; et enfin qu'il a « étudié » avec le père Sanadon, célèbre jésuite (Lettre à Papillon du 6 juillet 1729). Puisque ce dernier, qui était né à Rouen, fit ses études à Paris, il est à présumer qu'il eut pour professeurs ceux dont il devait bientôt devenir le confrère.
(3) Registre des entrées. — Le Petit Séminaire de Saint-Sulpice dépendait du grand et communiquait avec lui par le jardin. On y recevait ceux qui ne pouvaient pas paver la pension accoutumée. De là son nom de Petit Séminaire. (Vie de M. Oîier, par M. Faillon ; 4e édit., Paris, 1873, t. III, p. 100.)
l'année 1687, cette maison ne recevait plus les philosophes qu'on y avait admis jusqu'alors, et ceux-ci formaient un établissement distinct, appelé pour cette raison Communauté des Philosophes. Nous sommes donc autorisé à penser que M. Le Clerc avait terminé son cours de philosophie lorsqu'il fut reçu au Petit Séminaire. M. Brenier en avait depuis peu repris la direction par suite de la mort de M. Baùhin, arrivée au mois de mars 1696 (1). C'est par lui que M. Le Clerc fut formé à la vie ecclésiastique, dont ce digne supérieur était pour ses élèves un si parfait modèle. « Il les incitait en particulier à l'esprit de mortification et de renoncement... La grande estime qu'il avait pour l'humilité et qui le portait à prendre, autant qu'il le pouvait, la dernière place partout où il se trouvait, lui inspirait un grand désir d'établir ses enfants dans la même disposition... Il témoignait un souverain mépris pour le monde, pour ses maximes et ses faux biens, et il n'en parlait jamais sans inspirer aux autres les mêmes sentiments... Parmi tous les moyens qu'il recommandait à ses élèves pour mettre à profit leur séjour dans le Séminaire, il insistait particulièrement sur quatre choses qu'il regardait comme plus essentielles : i° la communion fréquente et fervente ; 2° la fidélité aux plus petites choses et surtout au règlement; 3° une parfaite ouverture de cœur envers le Directeur; 40 la dévotion et la confiance envers la Très- Sainte-Vierge (2). »
M. Le Clerc fut ordonné prêtre au mois de décembre 1702 (3), et il passa au Grand Séminaine de Saint-Sulpice
(1) Antoine Brenier naquit à Grenoble, le 13 janvier 165 1, d'une famille distinguée dans la magistrature et alliée à la première noblesse du Dauphiné. Il fonda le Petit Séminaire de Saint-Sulpice, en 1684, par ordre de M. Tronson, et le quitta en 1694 pour travailler à l'établissement du Séminaire d'Angers. Il mourut à Paris le 25 août 1714. — M. Gosselin, dans ses Mémoires (manuscrits) sur les Supérieurs de Saint-Sulpiee , a consacré a ce vertueux prêtre une Notice qui a été publiée par la Semaine religieuse du diocèse de Grenoble, en 1869. Voir les numéros des 28 août, 4, 11, 18 et 23 septembre ; pages 23-32 ; 43-47 ; 59-63 ; 78-80 ; 88-92.
(2) Notice citée, pages 46-47.
(3) Bibliothèque du Richekt , art. Clerc,
le 27 octobre 1703 (1). Durant ces deux dernières années, il fit sa Licence (2), soutint sa Majeure ordinaire, le 16 août 1703 (3), et fut reçu Licencié, le mardi 29 Janvier 1704, avec le vingt -troisième rang sur 104 gradués (4); mais, pour des motifs que nous ignorons, il ne prit pas le bonnet de docteur.
Ayant témoigné le désir de s'attacher à la Compagnie de Saint-Sulpice, M. Le Clerc y fut admis par M. Leschâssier qui en était alors supérieur. Au mois d'octobre 1704, on l'envova au Grand Séminaire de Tulle (5), uni à celui de Saint- Sulpice depuis le 28 mars 1697 (6). Le supérieur de cette maison était alors M. Michel, « homme excellent en vertus et en science, qui fut le guide et le consolateur de Marcelline Pauper durant les dernières années de sa vie », l'assista a la mort, et écrivit sur ses derniers moments une relation qui n'a malheureusement pu être retrouvée (7).
La fonction de M. Le Clerc fut d'enseigner la théologie
(1) Registre des entrées.
(2) Remarques critiques sur le Dictionnaire de Bayle , art. Vivre d'Etaples , 31°.
(3) Dissertation touchant l'auteur du symbole quicumq.uk, par un Licencié de Sorbonne ; Lyon, 1730, in-12, p. 54.
(4) On sera sans doute désireux de connaître quelques-uns de ceux qui précèdent M. Le Clerc sur la liste de Licence de l'année 1704. Les voici, avec la place qu'ils y occupent : — 1. Charles-François d'Hallencourt de Drosmenil, sacré évêque d'Autun le 22 mars 171 1, et transféré à Verdun le 8 janvier 1721. — 2. Pierre de Tencin, nommé à l'archevêché d'Embrun le 6 mai 1724, et à celui de Lyon au mois de septembre 1740. — 6. Gaston Armand Sublet de Haudicourt, nommé évêque d'Evreux le i" novembre 1 709 , et mort à Rouen , où il était vicaire-général , avant d'avoir reçu ses Bulles, le 10 février 17 10. — 9. Nicolas Lenglet-Dufresnoy, célèbre par ses aventures et le nombre de ses ouvrages. — 11. Jacques Robbe, de la maison de Sorbonne, auteur d'un Tractatus de incarnations verbi divini.
(5) « J'y demeurai (à Tulle) depuis le mois d'octobre 1704 jusqu'au mois de septembre 1707. » (Lettre de M. Le Clerc à Bouhier, du 7 juillet 1732).
(6) Vie de M. Êniery; Paris, 1861, tom. I, p. 41.
(7) Vie de Marcelline Pauper... publiée par le ùère Marcel Bouix; Ncvers, 1871, p. 308-309. — Jean-Baptiste Michel, né vers 1668 dans le diocèse de Lvon, et probablement à Crémeaux (Loire), entra au Séminaire de Bourges en 168g, puis au Séminaire de Si'.int-Sulpice le 3 février 1692. Il fut succès-
aux externes. C'était un cours public récemment établi par l'évêque, André-Daniel Beaupoil de Saint-Aulaire. Le nouveau professeur montra au début de son enseignement plus de talent que de maturité, mais l'expérience et la réflexion vinrent les compléter plus tard. Après la visite qu'il fit à Tulle en 1707, M. Lepelletier, qui succéda plus tard à M. Leschâssier dans la charge de supérieur de Saint-Sulpice, disait de M. Le Clerc : « M. Le Clerc a de quoi faire un des meilleurs sujets; mais il a besoin d'être formé. Il est d'un esprit très-facile, et paraît toujours gai et content. Il paraît dans ses cahiers avoir manqué de prudence : cela ne vient que de jeunesse et de manque d'expérience. Il peut être capable de tout, mais il lui faut donner du temps. Tulle ne paraît pas lui convenir ! »
On transféra en effet, cette année même, M. Le Clerc à Orléans, et il prit part à la fondation de ce Séminaire que le ncxivel évêque, Msr Fleuriau d'Armenonville, venait de confier aux prêtres de Saint-Sulpice.
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