CHAPITRE II
Afin que l'on puisse mieux apprécier le rôle que M. Le Clerc est appelé à remplir dans le nouveau poste où la Providence vient de le placer, et ce que cette nomination eut d'honorable
sivement directeur dans les Séminaires du Puv et de Limoges, et supérieur de celui de Tulle en 1698. Des circonstances difficiles l'ayant obligé de quitter ce dernier poste, il fut. en 1700, envoyé à Bourges; mais, en 1702, il reprit, avec la qualité de supérieur, le gouvernement du Séminaire de Tulle, et le garda jusqu'à sa mort, qui arriva le 7 avril 1720.
pour sa personne, nous croyons devoir entrer dans quelques détails touchant l'état du diocèse et la fondation du Séminaire d'Orléans en 1707.
Durant plus de soixante ans, le siège épiscopal de cette ville n'avait été occupé que par des prélats fauteurs du Jansénisme. Nicolas de Nets, sacré le 27 avril 163 1, et mort le 20 janvier 1646, avait été l'admirateur de l'abbé de Saint-Cyran, et l'un des approbateurs du livre de la Fréquerite communion. Alphonse Del Bene, sacré le 27 mai 1647, mort le 20 mai 1665, fut du nombre des prélats qui députèrent à Rome pour la défense de la prétendue doctrine de saint Augustin sur la Grâce. Pierre du Camboust de Coislin, sacré le 20 juin 1666, cardinal en 1697, mort le 4 février 1706, tenait de près aux Solitaires de Port-Royal, et selon Fénelon, dans un Mémoire secret adressé en 1705 au Pape Clément XI, il avait abandonné toute l'administration de son diocèse aux seuls docteurs Jansénistes pour lesquels il était plein d'admiration. « Ce qu'était devenue sous de tels chefs une portion notable du clergé d'Orléans, dit le P. Lelasseur, un seul fait en donnera quelque idée... Du temps du cardinal de Coislin, des curés de la ville imposaient pour pénitence à leurs dévotes d'aller lire chaque jour une Provinciale de Pascal devant le Saint- Sacrement (1) ! »
Le diocèse d'Orléans put espérer des jours meilleurs lorsqu'il vit à sa tête Msr Fleuriau d'Armenonville, lequel en effet, par son zèle pour la pureté de la foi, s'attira bientôt les colères du parti et de son organe, les Nouvelles ecclésiastiques. D'abord chanoine de Chartres, puis Trésorier de la Sainte-Chapelle de Paris, il avait été nommé en 1698 à l'évêché d'Aire, d'où il fut transféré en 1706 à l'évêché d'Orléans (1). A peine eut-il pris possession de ce nouveau siège, le 5 janvier 1707, qu'il s'occupa de donner la dernière forme au Séminaire commencé par son prédécesseur; mais
(1) Études retigieuses , Ve série, t. VII, pages 755, 756, 758.
(1) La substance de ces détails sur la fondation du Séminaire d'Orléans est empruntée à M. Gossclin, Mémoires (manuscrits) sur M. Leschâssier.
il s'appliqua surtout à chercher les moyens de procurer la perpétuité de cet établissement en lui assurant pour l'avenir des directeurs propres à le conduire. Pour parvenir à cette fin, il ne trouva pas de meilleure voie que de recourir aux prêtres de Saint-Sulpice. Elevé lui-même dans leur maison, il avait toujours conservé pour ses anciens directeurs une estime et une vénération particulières, et il n'avait cessé d'entretenir des relations amicales et confidentielles avec plusieurs d'entre eux, spécialement avec MM. Tronson et Leschâssier. Il écrivit donc à celui-ci, au mois de janvier 1707, pour le presser d'accepter la conduite du Séminaire d'Orléans. M. Leschâssier entra dans les vues du Prélat, le priant seulement de vouloir bien en suspendre la réalisation jusqu'à l'époque de la rentrée, vers la fête de la Toussaint, à cause des changements et translations des sujets que devait amener l'organisation du nouveau Séminaire. Toutefois, le supérieur de Saint-Sulpice ne différa pas à donner à l'évêque une partie du secours dont celui-ci avait besoin ; et pour répondre à ses instances il lui envoya provisoirement deux prêtres de la Compagnie, MM. Chartier (1) et de Brion (2).
(1) François Chartier, originaire du diocèse, et peut-être de la ville de Blois, entra au Petit Séminaire de Saint-Sulpice en 1695, et fut fait docteur de Sorbonne le 12 mars 1707. Il professa le Dogme à Orléans. Dans la suite, l'évêque de Blois le retint dans son diocèse et le fit chanoine de sa Cathédrale.
(2) François Bidet de Brion naquit à Angers le 14 janvier 1672. Son éducation fut d'abord confiée à François Bidet, curé de Saintc-Gemme-sur- Loire, près d'Angers, qui était son oncle et son parrain. Ayant manifesté le désir d'embrasser l'état ecclésiastique, il fut placé par ses parents au Séminaire d'Angers, d'où il fut envoyé, en 1693, au Petit Séminaire de Saint- Sulpice. Il ne s'y distingua pas moins par ses talents que par sa piété , et parcourut surtout avec un succès remarquable la carrière des études Sorbonniques, à la suite desquelles il prit, en 1707, le bonnet de Docteur. Admis depuis dans les assemblées de la Faculté, il y fut constamment un des plus zélés pour le maintien de la saine doctrine contre le parti opposé à la Constitution Unt'genttus. Dans une discussion sur cette matière, un des docteurs opposants ayant, un jour, affecté de désigner ceux de Saint-Sulpice sous le nom d'École S ulpicieintc , Scbola Sulpiliana , M. de Brion réclama fortement contre cette qualification, qui supposait dans les docteurs de Saint-Sulpice
L'union du Séminaire d'Orléans à celui de Saint-Sulpice fut consommée par le Concordat passé entre le Prélat et la Compagnie, le 19 novembre 1707. D'après les dispositions prises en conséquence par M. Leschâssier, M. de Poudeux fut nommé supérieur (1), M. Charrier fut maintenu, et M. de Brion, rappelé à Paris, fut remplacé par M. Le Clerc. Voici en quels termes M. Leschâssier annonçait ce dernier choix à l'Evèque d'Orléans : « Je vous rends grâces de la bonté avec laquelle vous nous rendez M. de Brion. Nous l'avions prêté à votre Séminaire en attendant que M. Le Clerc fût libre pour le consacrer au service de votre clergé. Je
des opinions singulières, tandis qu'ils n'avaient jamais eu de sentiments particuliers et avaient toujours fait profession de suivre uniquement l'enseignement de l'Eglise. Pendant le cours de ses études en Sorbonne, M. de Brion avait été reçu dans la Compagnie par M. Leschâssier. M. Lepelletier, qui l'avait de bonne heure connu à Angers, et qui avait conçu pour lui une haute estime, lui procura, vers Tan 1706, le prieuré de Brion, près d'Angers, qui valait environ 1,000 livres de revenus. C'est ce qui donna lieu, à M. Bidet, d'ajouter à son nom de famille celui de Brion, selon l'usage du temps. Il fut, pendant plusieurs années, supérieur du Petit Séminaire de Saint-Sulpice, où il mourut le 14 mai 1728, âgé de 56 ans (M. Gosselin, Me 111. sur M. Leschâssier).
La Bibliothèque nationale (Ld *, n. 939) possède une brochure anonyme qui a pour titre : Lettre à M. Bidet, docteur de Sorbonne et prêtre du Séminaire de Saint-Sulpice, sur ce qui s'est passé à rassemblée de la Faculté du J mars ijij sur l'Appel des quatre évêques (sans lieu) , 1 717, in-8° de 12 pages. En voici le commencement, qui montre bien à quel parti appartenait l'auteur, et l'estime qu'il ne pouvait refuser à M. Bidet : « Il vous échappe de temps en temps, Monsieur, dans les avis que vous donnez dans nos assemblées, des traits qui servent bien A lever le voile sur les principes de la Théologie Sulpicienne, et vous déguisez si peu ces principes lorsque vous parlez, qu'il n'est pas difficile de voir ce que pense le corps dont vous exprimez les sentiments ; car l'on vous regarde dans ces assemblées comme le député, ou si vous voulez, comme l'interprète de l'école du vénérable M. Olier, puisqu'il n'v a jamais que vous de cette école qui paraissiez en Faculté et qui y portiez votre suffrage... Je rends justice à votre mérite, Monsieur; vous en avez certainement , et personne , dans notre Faculté, ne doute de votre habileté, car vous parlez avec facilité et avec quelque sorte d'élégance. » (P. 1,2.)
(1) François de Poudeux (et non de Poudenx) , originaire du diocèse de Lescar, était fils du vicomte de Poudeux-Castillon, comme l'indique le
crois que vous trouverez en lui les qualités nécessaires pour instruire vos ecclésiastiques dans la Théologie et dans les maximes de leur état. Je suis persuadé qu'il sera fort aimé, et que M. de Poudeux en sera fort aidé. »
Cette lettre est du 16 octobre 1707. M. Le Clerc était arrivé à Orléans vers le 12 du même mois. Pendant les premiers jours qui suivirent, il éprouva une peine dont il ignorait lui-même la cause comme il le dit plus tard {Lettre de M. Lcschâssier à M. de Poudeux du 11 février ijoS). Mais M. Brenier étant passé à Orléans dans ces conjonctures, M. Le Clerc lui ouvrit son cœur, et le saint Supérieur qui avait une grâce particulière pour consoler les âmes, soulagea celle de son ancien élève dont la souffrance n'avait peut-être d'autre principe que le changement de pays et de société. Nous puisons ce détail dans la lettre de M. Leschâssier à M. Le Clerc en date du 23 janvier 1708. « J'ai grande foi à la parole d'un Parisien tel que vous, écrit le vénérable supérieur, et je suis bien persuadé que je suis bien dans votre cœur. Je ne suis pas fâché de la peine que vous avez au commencement. Il n'est pas inutile d'avoir quelque chose à vaincre pour s'accoutumer à agir par grâce et non par incli-
P. Richard, et neveu de L'évêque de Tarbes du même nom. Il naquit en 1667, et entra le 27 octobre 1685 au Séminaire de Saint-Sulpice, étant déjà minoré. Il suivit avec succès les cours de la Sorbonne jusqu'à la fin de sa Licence, mais il s'abstint de prendre le bonnet de Docteur, sans doute patmodestie. S'étant offert à M. Tronson pour les fonctions de la Compagnie, il lut envoyé à Bourges en 1692. On le nomma ensuite directeur du Séminaire d'Angers, et enfin supérieur de celui d'Orléans, où il arriva vers la fin de novembre 1707. Il le gouverna très-sagement, et y mourut le 8 mars 1727, âgé de 65 ans et 4 mois, après avoir montré beaucoup de désintéressement pour les dignités ecclésiastiques. — Le Séminaire d'Orléans conserve une série de Questions et conférences sur ta Pénitence et te Mariage, écrites sous la dictée de M. de Poudeux. C'est un manuscrit in-40 de 280 pages. Les autres collaborateurs de M. de Poudeux, outre M. Le Clerc, furent MM. René Ropars, bientôt remplacé dans les soins de l'économat par M. Louis Normant, Nicolas Lefèvre, Jean Ferchaux, chargé des cérémonies, lequel, avant la fin de 1708, eut pour successeur Louis-Michel Daigniez , neveu d'Antoine Dargniez , supérieur de la communauté de la paroisse.
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nation naturelle. Je me réjouis beaucoup de ce que vous avez retrouvé la paix de votre cœur, et de ce que vous l'avez retrouvée par la fidélité que vous avez eue d'ouvrir votre âme à M. Brenier. »
Une autre lettre de M. Leschâssier nous apprend que M. Le Clerc, la première année de son séjour à Orléans, accepta l'invitation, faite à tous les Directeurs du Séminaire, de prendre part aux Thèses soutenues chez les Jacobins de cette ville. Notre licencié argumenta en effet, avec habileté, avec science, et aussi avec la fougue imprudente qui ignore combien le tort d'avoir raison est difficilement pardonné. Dans le but de supprimer toute occasion de discussions qui pouvaient dégénérer en disputes, M. Leschâssier décida que l'on continuerait à assister à ces exercices dont on ne pouvait entièrement s'éloigner, mais qu'on n'y argumenterait plus. (Lettre à M. de Poudeux du n juillet ijoS.)
Chargé d'enseigner la théologie dogmatique , M. Le Clerc s'acquitta de cet emploi, selon l'auteur de son Eloge, « avec un applaudissement extraordinaire : aussi joignait-il à une lecture presque universelle, à une mémoire des plus brillantes, une clarté et une netteté dans l'expression qui répandaient la lumière sur toutes les matières qu'il traitait, même les plus obscures. » {Mercure, février 1737, p. 267.) Mais la supériorité de science est souvent un défaut auprès d'élèves qui, d'ordinaire, atteignent difficilement cette hauteur, et accordent plus volontiers leur préférence à la médiocrité solide, moins exigeante et plus utile. Aussi on ne doit pas être surpris d'entendre le visiteur du Séminaire d'Orléans, en 1721, porter sur le professeur de dogme ce jugement : « M. Le Clerc est et sera toujours le même ; d'ailleurs fort estimé pour sa science et sa vertu, et qui paraît être d'une grande innocence. Les écoliers ne profitent pas sous lui ; il ne les anime pas, et ils sont prévenus que ses cahiers sont trop difficiles à comprendre. La plupart ont paru à l'examen ne rien savoir de son Traité ; il s'offre d'enseigner encore l'année prochaine et de commencer par l'Eucharistie. Je ne sais si Monseigneur en conviendra. » Reconnaissons-le franchement : le Traité de la
SES QUALITES If
Grâce, dicté par M. Le Clerc, n'est rien moins qu'élémentaire; aussi dut-il y consacrer deux années entières (i) ; et le trop savant professeur a lui-même consigné l'impression produite sur ses élèves par son Traité de l'Eucharistie dans une note manuscrite où il indique les modifications à y faire pour une autre année, « afin, dit-il, que les questions ne soient pas si longues, et qu'on ne s'en ennuie pas ».
Il confirme également ailleurs, mais à son insu, le témoignage rendu par le visiteur à la délicatesse de sa conscience. Réfutant les calomnies de Bayle touchant le traité De Matrimonio du jésuite Sanchez, M. Le Clerc avoue qu'il a été, « comme beaucoup d'autres, très-prévenu contre ce gros livre ». Il en avait entendu dire tant de mal, qu'il pensait « qu'on ne pouvait l'ouvrir au hasard » sans s'exposer à froisser ce sentiment que Joubert a si bien défini : « Une peur attachée à notre sensibilité, qui fait que l'âme, comme la fleur qui est son image, se replie et se recèle en elle-même, à la moindre apparence de ce qui pourrait la blesser » (2). « Voilà, dit M. Le Clerc, l'idée que je m'en étais formée sur divers ouï-dire, quand je commençai à étudier la Théologie. Cela fit qu'après plus de dix années d'études, je n'avais jamais osé l'ouvrir (3) ».
A la pureté de cœur, M. Le Clerc joignait l'humilité de l'esprit qui en est la gardienne. Lorsqu'il faisait son cours au Séminaire de Tulle, il ne prenait jamais la robe de professeur. Quoique ce détail paraisse sans importance, nous n'hésitons pas à le rapporter, d'abord parce que M. Leschâssier, consulté sur ce point par M. Chartier, lui alléguait l'exemple de M. Le Clerc (Lettre du 21 juin ijoy) ; ensuite parce que nous avons vu quelquefois des hommes assez bien doués pour pouvoir devenir estimables, rehausser ou plutôt abaisser leur médiocrité par ces sortes de vanités ridicules.
(1) « En (octobre) 1708, en 1709 et 1710, je donnai un ample traite de la Grâce. » (Lettre manuscrite sur le Dict. de Bayle, p. 456. )
(2) Pensées de Joubert ; titre VI, Qu'est-ce que la pudeur? Paris, 1864, t. 11, p. 79.
(3) Remarques critiques sur le Dictionnaire de Bayle, art. Sanche^, 6°.
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L'auteur de V Éloge de M. Le Clerc n'a pas oublié cette modestie et cette simplicité dans le portrait qu'il en a tracé. « Qui ne connaîtrait M. Le Clerc que par ses ouvrages, » dit-il, ne le connaîtrait pas du côté le plus avantageux. Les » qualités du cœur surpassaient chez lui les talents de l'esprit. » Une piété tendre et affectueuse, une bonté compatissante » et une douceur inaltérable formaient le tond de son carac- » tère. De là cet art merveilleux qu'il possédait de gagner » les cœurs et de faire goûter la vertu ; de là encore cette » modestie et cette simplicité de mœurs qui, faisant comme » disparaître en lui l'homme de lettres et le savant, ne lais- » saient entrevoir que l'homme ordinaire et le pieux ecclé- » siastique. Aussi n'y eut-il jamais savant moins enflé de ses » connaissances et moins entêté de ses sentiments. Ami du a vrai et ennemi déclaré de la chicane et des disputes , il » était toujours le premier à se condamner lui-même dès » qu'on lui faisait sentir qu'il s'était trompé ! M. Le Clerc » eut encore en partage cette qualité si rare aux génies supé- » rieurs, qui consiste à savoir se plier au besoin et se mettre » au niveau de tous les esprits. On le voyait, oubliant » son cabinet, passer les heures entières avec des gens de la » lie du peuple, les écouter, entrer dans leurs peines, les » consoler; mais c'étaient des consolations accompagnées » d'aumônes abondantes, car jamais homme ne pratiqua mieux » le précepte de la charité. » {Mercure, février 1737, p. 273,
Nous reviendrons sur cette charité de M. Le Clerc. Voyons
d'abord en lui l'homme poli, délicat, aimable et toujours humble, tel que nous le montrent sa correspondance et ses ouvrages. Il écrivait en 1729 au Président Bouhier : « Les plus habiles gens font des fautes, et moi qui suis bien au-dessous de cette classe de savants, comment ne me tromperais-je pas de temps en temps? Je médite quelquefois là-dessus. Rien ne me parait plus capable d'étouffer les sentiments de vanité qui naissent si aisément. Ne vous formalisez pas, Monsieur, de cette morale que je ne prétends faire ici qu'à moi-même. Je prêche souvent l'humilité à notre jeu-
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ncsse, et il est juste que je me mette en état de prêcher d'exemple. » (2 avril 1729.) Joubert l'a dit et M. Le Clerc le pratiquait : « Il faut se piquer d'être raisonnable, mais non pas d'avoir raison ; de sincérité, et non pas d'infaillibilité (1). »
Celui qui a sur soi-même de pareils sentiments, sera naturellement plein d'égards et de condescendance pour les autres, et si parfois il est dans la nécessité de relever leurs erreurs , il le fera toujours avec une exquise politesse. M. Le Clerc professait là-dessus des principes dont il ne s'est jamais écarté, et qui sont formulés dès le début de son premier ouvrage imprimé. On lui avait reproché de s'être exprimé trop crûment en divers endroits de ses Remarques sur le Dictionnaire de Moréri, et d'avoir dit : telle date est fausse, cet article ne vaut rien. Il répondit : « Je travaillais pour un ami » auquel je m'attendais de communiquer mes remarques en » particulier... et je ne devais point appréhender qu'il trouvât » mauvais que je lui nommasse chaque chose par son nom. » Au reste, si jamais on fait une impression, dans les formes, » de mon ouvrage, je retoucherai volontiers ces expressions, » n'ayant jamais rien tant appréhendé que de faire la moindre » peine à qui que ce puisse être. Je suis d'ailleurs aussi capa- » ble que personne de m'égarer, et ce m'est un nouveau motif » qui me fera toujours remarquer les fautes d' autrui avec » charité, et comme je souhaite qu'on relève les miennes. » (Préface, p. 11, m.)
Parlant ailleurs du P. Labbe, jésuite, M. Le Clerc est encore plus explicite. « Il avait un autre défaut, dit-il; c'était » d'être trop dur dans sa critique. M. Boileau, le docteur, dit » dans quelque endroit de son Traité de la Confession auricu- » laire en latin, que c'est un vrai plaisir de voir comme le très- » docte père Labbe étrille les critiques calvinistes, et cela par » droit de représailles, injurias retalial. M. Arnauld, qui a pré- • >> tendu démontrer que l'on est en droit de traiter ses adver- » saires de haut en bas, aurait été à ce sujet de l'avis de
(1) Pensées de J. Joubert, nt. YIII , De lu Conversation, a. XL1X ; Paris, 1864, 1. II, p. 106.