‹ Vie, écrits et correspondance littéraire de Laurent Josse Le ClercChapitre 17 sur 70 · SES QUALITES · texte numérisé non relu

SES QUALITES

» M. Boileau son ami. Pour moi, j'avoue que ce n'est point » là mon goût. Je voudrais que le P. Labbe eût été plus » modéré, et qu'en écrivant, soit contre les critiques protes- » tants, soit contre Messieurs de Port-Royal, il n'eût pas )> suivi le mauvais exemple que tous ces gens-là lui don- » naient. J'aime à voir faire la guerre de bon jeu ; il faut » laisser les injures aux harengères et aux crocheteurs. Vive » un fait bien établi, appuyé sur des preuves bonnes et bien » mises en œuvre , de solides réponses, sans mélange de » paroles hautes, méprisantes, dures, insultantes. Tout cela » est pourtant un mal commun dans la république littéraire, » et apparemment je n'en arrêterai pas le cours (i). »

C'est ainsi que M. Le Clerc entendait et pratiquait le respect envers les personnes. Il n'était pas non plus de ceux qui pensent « qu'on ne doit aux morts que la vérité » (2).

(1) Bibliothèque du Richdct , art. Labbe. Sous le titre de Chronique scandaleuse des Savants, l'abbé d'Artigny a réuni de nombreuses preuves de ce qu'avance ici M. Le Clerc (V. Nouveaux Mémoires, t. II, p. 1 54-278, et t. IV, p. 522-34)). Les mœurs littéraires d'aujourd'hui diffèrent-elles beaucoup de celles d'autrefois ?

Dans le même article Labbe, M. Le Clerc avait désigné par le mot Jardinier de Port-Royal le célèbre auteur du Jardin des Racines grecques, Claude Lancelot, fameux par son attachement aux doctrines de Jansénius. En lisant cette expression pour la première fois, nous avions cru à quelque fine allusion aux illustres jardiniers qui, à Port-Royal, cultivaient des racines autres que les grecques et les latines. Nous avions calomnié M. Le Clerc, et ça été pour nous un sujet d'édification , lorsque nous avons lu dans sa lettre au P. Oudin du 9 janvier 1729 : « Je regrette d'avoir mis (art. du P. Labbe, p. 70), le Jardinier de Port-Royal, et j'en fus fâché dès que la feuille fut tirée, parce que cela pourra passer pour un terme de raillerie, ce que j'ai toujours taché d'éviter. Je ne le mis d'abord que pour varier, à cause de la fréquente et nécessaire répétition du mot Lancelot. »

(2) Le mot n'est pas de Voltaire, auquel il est attribué par la Biographie de Michaud , qui en a fait son épigraphe , mais bien , à peu près du moins , du Cardinal de Bernis [Lettre à Voltaire du 21 juillet 1764], lequel a pu emprunter la pensée à La Motte (Œuvres, édit. d'Amsterdam, 1754» t. III, p. 19), ainsi que l'a prouvé M. Edouard Fournier (L'Esprit desautres, 4e édit.; Paris, 1861, p. 336). Bien avant ces auteurs, l'abbé de Saint-Réal avait aussi prétendu que « la mort dispense de tous les égards de pure bienséance que les hommes se doivent tant qu'ils sont ensemble ». (De la Critique, chap. II;

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