‹ Vie, écrits et correspondance littéraire de Laurent Josse Le ClercChapitre 20 sur 70 · ECRITS THÉOLOGIQUES · texte numérisé non relu

ECRITS THÉOLOGIQUES

lysc : elle serait inutile après tant d'autres traités imprimés sur cette matière : mais nous extrairons de cette partie quelques anecdotes moins connues, et dont M. Le Clerc avait une certitude personnelle.

A propos de la lettre écrite en 1650 par les évêques de France, pour demander au Pape Innocent X la condamnation du livre de Jansénius, M. Le Clerc nous apprend que l'auteur de cette lettre n'est pas Isaac Habert, évêque de Vabres, comme on le croit communément (1), mais bien Doni d'Attichy, entré jeune dans l'ordre des Minimes, évêque de Riez en 1630, et enfin transféré à Autun en 1652. Ce prélat, passant à Orléans, avait lui-même, le 2 avril 1652, certifié le fait à Charles Meusnier, doyen du chapitre de cette ville, et quelque temps auparavant à Alphonse Del Bene, évêque du diocèse d'Orléans. Meusnier écrivit ce double témoignage en tête de son exemplaire de la lettre à Innocent X, et M. Le Clerc dit l'avoir entre les mains (2).

tombeau des bonnes études, et, par conséquent, de la vraie piété. Tous les bons livres y sont généralement interdits. L'ignorance et le fanatisme font le caractère des maîtres ; et tout le mérite exigé des élèves consiste a savoir un peu de leur misérable théologie, à être fort soumis à la Bulle Unigenilus et pleins d'ardeur contre le fantôme du Jansénisme. Avec cela, il leur est permis d'être sans modestie. Le public le moins délicat est scandalisé de leur air évaporé , et on se dit quand on les aperçoit : Voici les brigands de Saint-Sulpice! » (Nouv. ecclès. du 4 décembre 1781, p. 195, 196.)

(1) Ainsi pensent Bérault-Bcrcastel, Mgr Jager, le P. Hurter (Nomeuclator litlcrarius ; Œniponti , 1874, t. II, p. 57, 58), pour ne citer que les auteurs récents. Le P. Rapin dit que la lettre fut dressée « sur le premier plan qui avait été proposé dès l'année précédente par l'évêque de Vabres, » et qu' « on l'appela par mépris la lettre composée par l'évêque de Vabres, a cause qu'on s'était servi de son projet. » (Mémoires du P. René Rapin ; Paris, 1865, t. I, p. 370, 372.)

(2) « Epistolam hanc non composueral, ut vulgo etiam uunc creditur, Ilabertus, sed Ludovicus Doniits Atlichius , ex ordine anteà Minimorum S. Francisa de Panld, et pro tempore Episcopus Rbegiensis, ac postai Augustoduncnsis , ut idem ipse Donius, Aurélia existens, expresse dixit Carolo Meusnier, Aurelianensi decano, 2d die Aprilis anni iG$2. Hoc quoque jani anteà illustrissimo Alphonso Delbene, Aurelianensi Episcopo , idem Dominus confessas ftierat. Hoc utrumque factum idem dominus Meusnier proprid manu scripsit in [route exemplaris ejus-

devi Epistohc quod pr<c manibus habeo. »

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Plus loin, M. Le Clerc nous apprend que le docteur Petit- Pied, le seul des quarante qui est demeuré martyr du cas de conscience qu'il avait fabriqué, lui avait avoué, la veille de l'octave de la Fête-Dieu de l'année 1701, qu'il n'avait jamais lu Jansénius (1).

Ailleurs, il dit avoir « appris d'un ecclésiastique du diocèse de Meaux, témoin oculaire du fait, qu'assistant un jour à une thèse où le soutenant, instruit par son professeur, prétendait que M. Arnauld n'avoit jamais été janséniste, et que le jansénisme était un fantôme, Bossuet se leva et lui en donna publiquement le démenti. »

Ce que la partie dogmatique du Traite de la Grâce a de plus intéressant pour nous, ce sont les sentiments de M. Le Clerc sur les grandes questions qui partagent les Théologiens. Touchant la nécessité de la Grâce, soit pour connaître le vrai, soit pour faire le bien dans l'état de nature tombée, M. Le Clerc regarde comme plus probable l'opinion de Vasque/ qui exige pour l'un et l'autre le secours d'une grâce de Dieu. Avec Contenson, il admet que la grâce habituelle est active et agissante, habitum activum et operativum, non inertem ac otiosum, et à l'appui de cette assertion, il apporte le témoignage de onze Pères et de onze Théologiens. La grâce habituelle, dit-il avec Bellarmin, suffit donc à l'homme, sans le secours de la grâce actuelle, pour éviter les péchés et accomplir les commandements ordinaires, mais elle est insuffisante pour surmonter les tentations graves, accomplir les actes d'une vertu élevée et difficile, et persévérer dans le bien.

Enfin, par rapport à la nature de la grâce efficace, M. Le Clerc rejette également le Thomisme et le Congruisme, et il embrasse le svstème du célèbre père Thomassin, de l'Oratoire, système qui lui semble, mieux que tout autre, rendre

(l) Le fameux Cas de conscience est attribué au curé de Notre-Dame du Port, à Clermont, qui fut confesseur de l'abbé Périer, neveu de Pascal. Voir dans la Correspondance inédite de Massillon , publiée par l'abbé Blampignon (Bar-le-Duc, 1869, in-12, p. 617-620), la belle lettre de M. de Champflour, Grand-Vicaire de Clermont, à Bossuet, évéque de Meaux, pour engager l'illustre Prélat à s'élever contre cette nouvelle production du parti Janséniste.

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la pensée exacte de l'Écriture et des Pères sur la Providence de Dieu, par rapport à la première conversion de l'homme et à sa persévérance finale dans le bien. Une note collée sur le manuscrit de la ville de Lyon porte que « M. Le Clerc raconte dans son Traité manuscrit du Plagiat , p. 272, comment il se détermina, au bout de cinq ans, pour le système qu'il a embrassé sur l'efficacité de la Grâce. » Mais ce Traité étant perdu, la citation faite ici, loin de les diminuer, ne fait qu'ajouter à nos regrets.

Quoique libres dans l'école, ces diverses opinions n'y sont pas en très-grande estime, et c'est peut-être la raison pour laquelle M. Leschâssier écrivait à M. de Poudeux, le 24 mai 1709, l'année même où M. Le Clerc enseignait le Traité de la Grâce : « Je vous prie de m'informer, quand vous serez ici, de la manière dont M. Le Clerc explique la grâce efficace et la suffisante, en quoi il fait consister l'une et l'autre. Ce n'est pas que je doute le moins du monde de sa doctrine, mais parce que quand j'aurai conféré là-dessus avec vous, on pourrait lui dire quelque chose qui lui servirait. » Nos documents sont muets touchant la suite de cette affaire.

Mais quel que soit notre peu de sympathie pour, la manière de penser de M. Le Clerc sur deux ou trois points difficiles, cette divergence de sentiments ne saurait nous rendre injuste à l'égard de ce beau Traité de la Grâce. Il révèle dans son auteur un homme profondément versé dans l'Histoire ecclésiastique et dans la Tradition qu'il cite fréquemment, et plus incliné, comme c'était le goût de son époque, vers la Théologie positive que vers la Théologie scolastique. On peut bien avancer, sans crainte d'être taxé d'exagération , qu'à l'époque où il fut dicté, ce Traité était un des plus riches et des plus complets qui fût enseigné dans les Ecoles de théologie. Tel était du moins le sentiment d'un juge très-compétent en cette matière, le P. Oudin, célèbre jésuite, qui, après l'avoir lu et relu, en écrivait à M. Le Clerc en ces termes : « Votre Traite de la Grâce est d'une plénitude qui ne s'épuise pas par une seule lecture. J'ai lu les deux tomes de M. Tournelv, ils

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me paraissaient remplis : à présent je les trouve vides. » (23 mars 1727.)

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