‹ Vie, écrits et correspondance littéraire de Laurent Josse Le ClercChapitre 42 sur 70 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

RAPPORTS DE M. LE CLERC AVEC LE PRÉSIDENT BOUHIER, LE POÈTE SENECE ET LE BARON BIMARD DE LA BASTIE.

On a écrit que « l'amitié de Bouhier fut l'honneur et le charme de la dernière moitié de la vie de Marais » (2). Dans

( 1 ) Voltaire , Discours de réception à l'Académie Française.

(2) M. de Lcscure , Mathieu Marais, sa vie et ses ouvrages; Journal , tome I,

page 65.

une certaine mesure et pour les mêmes motifs, cette parole pourrait aussi s'appliquera M. Le Clerc. Personne, du moins, après avoir lu cette Notice, ne contestera que, de toutes les correspondances du modeste Directeur de Séminaire, celle qu'il entretint avec le président Bouhier durant les onze dernières années de sa vie n'ait été la plus utile à son biographe.

La première pièce offerte à nos regards curieux est de M. Le Clerc et datée du 3 mai 1726; mais, outre qu'elle en suppose évidemment d'antérieures (1), nous savons par le président Bouhier lui-même que ses rapports avec M. le Clerc remontent aux premiers jours de mars 1725. « J'oubliais de vous dire, écrivait-il à Marais, que l'abbé Le Clerc m'envoie ses trois volumes sur Moréri et m'écrit une grande lettre où il me fait toute la généalogie de cet ouvrage » (7 mars 1725). Avant de l'avoir reçu, Bouhier le connaissait seulement par Marais, qui avait envoyé au président la lettre destinée à M. Le Clerc, dont nous parlerons au chapitre suivant (5 décembre 1724). Elle fit concevoir à Bouhier le désir de se procurer l'ouvrage vanté par son ami, et il résolut d'écrire « à Lyon pour tâcher de l'avoir » (i<) décembre 1724). Le correspondant de Bouhier, à Lyon, était l'abbé Tricaud, déjà lié avec M. Le Clerc, comme nous l'avons dit plus haut. Ce fut lui qui donna à M. Le Clerc la connaissance du président (Journal... de Marais, tom. III, p. 328); et le nouveau correspondant de Bouhier lui avait écrit au moins déjà deux fois (Lettre de Bouhier à Marais du 17 avril 1725), lorsqu'il recevait, touchant ce nouveau bonheur littéraire, les félicitations de M. Perdoulx de La Perière : « Je vous félicite, disait celui-ci, sur la connaissance que vous avez faite avec le président Bouhier, dont le nom est célèbre, et à bon titre, dans la République des Lettres » (16 avril 1725).

A cette époque, en effet, le nom du président Bouhier était

(1) « Vous aurez une réponse un peu subite et un peu dépêchée, parce que nous allons avoir pour environ trois semaines forte besogne sur les bras... Je vous ferai transcrire la dédicace de Du Ferron... Je suis bien aise que vous approuviez ma pensée sur Daucour auprès de M. de Blain ville, etc. »

célèbre parmi les jurisconsultes et les érudits (i). « Jurisprudence, philologie, critique, langues savantes et étrangères, histoire ancienne et moderne, histoire littéraire, traductions, éloquence et poésie, il remua tout, dit d'Alembert, il embrassa tout; il fit ses preuves dans tous les genres, et dans la plupart il fit des preuves distinguées et dignes de lui ». Sans souscrire en tout à ce jugement empreint de quelque exagération, nous ne dirons pas non plus, avec M. Gaston Boissier, que Bouhier dut uniquement « la gloire d'être l'un des plus savants hommes de son temps » a la complaisance intéressée ou à la reconnaissance trop généreuse des « érudits de profession, » des « pédants de collège » qui, « flattés de voir l'un des premiers magistrats d'une cour souveraine honorer leurs travaux en s'y livrant, payaient libéralement en éloges » les « prévenances » et les services qu'ils en recevaient (2). Sa correspondance est la pour prouver le contraire ; et si dans ses ouvrages il paraît quelquefois manquer de critique, ainsi que L'affirme le nouvel Académicien, il est sûr, néanmoins, que le président savait

(1) Jean Bouhier naquit à Dijon le 16 mars 1673 , et devint Président à mortier au Parlement de cette ville en 1704. Sur sa vie et ses écrits, V. Oudin, Commentarius de vitd et scriptis Joann. Buherii , Dijon, 1746, in- 40, et en tête des Recherches et Dissertation sur Hérodote, par le Président Bouhier, Dijon, 1746, in-40. — Le Président Bouhier; sa vie, ses ouvrages et sa Bibliothèque , par Charles Des Guerrois; Paris, 1855, in-8°. — Papillon, Bibliothèque des auteurs de Bourgogne, tome I, art. Bouhier. Il renvoie, pour la biographie du Président, à l'article qu'en a donné M. Le Clerc dans sa Bibliothèque du Richelet. Voici un passage de la correspondance qui y a rapport : « Si vous voyez M. le Président Bouhier, auquel j'aurai l'honneur d'écrire un peu amplement au premier loisir, présentez-lui mes respects. Dites-lui que je ne l'ai pas consulté pour mettre son article , parce que je n'eus pas le temps, etc. Je l'ai mis à l'occasion des Thérapeutes, et il est cité dans quelques endroits du Richelet. Je fis son article pour ainsi dire sur le dos de l'imprimeur, comme travaillait La Serre, suivant Guéret » (Lettre de 3C. Le Clerc au P. Oudin du $ décembre 172S). Dans cet article, M. Le Clerc donne au Président le nom de Savigny. « Il est vrai, dit celui-ci, que dans ma jeunesse on m'a appelé de Savigny; mais, mon père ayant vendu cette terre, j'ai cessé d'en porter le nom » (} mars 1729).

(2) Le président de ^Brosses ; ap. Revue des Deux-Mondes, 15 décembre 1875, page 770.

estimer à sa juste valeur l'érudition solide et puisée aux sources mêmes. « Si on s'appliquait comme vous, écrivait-il un jour à M. Le Clerc, à chercher les premières éditions des ouvrages et à les bien éplucher, on ferait souvent d'excellentes découvertes; mais il faut une vocation particulière pour cela » (11 janvier 1728).

Quoi qu'il en soit, au reste, du mérite réel et intrinsèque de Bouhier, aussi bien que de la compétence et de l'impartialité de ses prétendus panégyristes, c'est parmi ces « érudits » ou ces « pédants de collège, » comme on voudra, que M. Le Clerc occupe une place honorable et même distinguée, à ne considérer que le nombre des lettres écrites (40, plus celles de la première année, qui nous manquent), après Mathieu Marais (373), l'abbé d'Olivet (138), l'abbé Le Blanc (95), le président de Mazaugues (92), le marquis de Caumont (73), le cardinal Passionei (57), le président Espiard (52), l'Académicien de Valincour (45), Iselin, professeur de philosophie à Bâle (43), et avant Cuenz (38), l'abbé Goujet (37), Louis Bourguet (35), Laroque (35), l'abbé Gédoyn (30), Secousse (26), Rémond de Montmort (25), D. Montfaucon, Bénédictin (21), etc., etc.

Bouhier ne cultivait pas l'amitié de M. Le Clerc avec moins de soin que celle de tant d'autres savants plus distingués et plus célèbres. En 1727, le Président était à Paris, chargé par sa Compagnie de poursuivre un procès de grande importance que le Parlement de Dijon avait au Grand Conseil contre la Chambre des Comptes de Bourgogne. L'arrêt, qui jugea en faveur du Parlement, fut donné le 7 août. Trois jours après, le 10, Bouhier répondait de Paris à une lettre de M. Le Clerc qu'il avait reçue sur ces entrefaites, et qui manque à la collection parce qu'elle fut sans doute égarée dans le voyage.

« J'ai bien des excuses à vous faire, Monsieur, d'avoir tant » tardé à vous faire réponse. Mais j'ai compté que vous vou- » drez bien les recevoir, d'autant plus qu'elles ne sont pas » sans fondement. Quand votre dernière me fut renvoyée de » Dijon, elle me trouva dans un accablement d'affaires que

» j'aurais peine à vous exprimer et qui a duré jusques à pré- » sent presque sans interruption.

» A tous ces embarras s'est joint celui de mon élection à » l'Académie, auquel je ne m'attendais en aucune manière (i), » et qui m'a engagé , non-seulement en des devoirs indispen- » sables, mais encore dans la nécessité de faire précipi- » tamment mon discours de remercîment, que M. l'abbé » Tricaud a dû vous faire tenir de ma part. Enfin, je n'ai été » occupé de rien moins que de cette littérature qui fait le » fonds de nos lettres (2). »

La littérature, c'est-à-dire l'histoire littéraire, voilà bien en effet le fonds, voilà presque l'unique objet de la correspondance du Président et de M. Le Clerc. Cette correspondance, dit avec raison M. Des Guerrois, est « très-nourrie , très-littéraire, très-intéressante, et serait à regarder de près » (£e

(1) Ce fut l'abbé d'Olivet, ami du Président, qui proposa à l'Académie de le nommer à la place laissée vacante par Malézieu sur le Xlle fauteuil. Dans sa lettre à M. Le Clerc, en date du 3 mars 1729, Bouhier raconte au sujet de son élection un trait qui doit être consigné ici. « Vous demandez ( article Arnaud d'Andilly, de la bibliothèque du Richelet) en quelle année l'Académie résolut de ne recevoir personne en son corps qui n'eût sollicité. Je ne crois pas qu'elle ait fait jamais de pareille résolution par écrit. Il est vrai que M. de Lamoignon, l'Avocat général, ayant fait refus d'accepter la place à laquelle il avait été élu , on convint tacitement qu'on ne tiendrait plus l'élection pour faite , qu'un des Académiciens ne répondit que l'élu accepterait. Cela se pratiqua en 1727 à mon élection, car je n'avais sollicité ni directement ni indirectement personne, et il y avait plusieurs Académiciens que je n'avais jamais été voir. Mais après mon élection, M. le Cardinal de Fleury qui y présidait et auquel je n'avais pourtant pas encore rendu mes devoirs, mais de qui j'avais l'honneur d'être connu, eut la bonté d'être mon répondant, et sur cela mon élection fut consommée. J'en sais beaucoup d'autres qui ont brigué, mais je ne voulus pas faire un pas pour cela ». On voit par là à quoi se réduisent ces « visites de prévoyance » par lesquelles Bouhier, selon M. de Lescure, aurait « préparé sa candidature future à l'Académie » (Mathieu Marais. Journal, tom. I, p. 61 ). L'élection eut lieu le 16 juin 1727, et le dernier jour du même mois, Hénault, Président au Parlement de Paris , reçut à l'Académie le Président au Parlement de Bourgogne.

(2) Veut-on savoir si M. Le Clerc était de ceux qui, selon M. Gaston Boissier, « payaient libéralement en éloges » les « prévenances » du pré-

Président Botthicr..., p. 93). Nous l'avons regardée de fort près. On peut y distinguer comme trois parties. La première a rapport à l'histoire et à l'appréciation des travaux de M. Le Clerc; elle est citée presque à chaque page de ce livre, dont elle fait tout l'intérêt et presque toute la substance. La seconde comprend les éclaircissements d'un grand nombre de faits curieux concernant l'histoire des gens de lettres dont M. Le Clerc parle dans ses écrits ; nous n'avons non plus rien à en dire, car elle est imprimée, et ce qui vient du Président Bouhier porte souvent la mention de son origine, comme on peut le voir dans les articles Accurse des Remarques sur le Dictionnaire de Bayle, Gilles, Du Fer on, Princesse de Clcves, etc., de la Bibliothèque du Richelct. Nous noterons cependant ici un trait dont M. Le Clerc ne paraît pas avoir fait usage. Il se rapporte à une question sur laquelle l'opinion des savants ne paraît pas encore bien fixée. Peut-être ce fragment de lettre mérite-t-il de figurer dans le débat. D'une part, en effet, la parole du Président est celle d'un témoin bien informé et digne de foi; de l'autre, la sincérité de Valincour doit paraître moins suspecte lorsqu'il s'adresse à un ami dans l'intimité de la conversation, que lorsqu'il écrit à l'abbé d'Olivet une lettre dont il pouvait bien prévoir la publication. Voici ce qu'écrit Bouhier à M. Le Clerc le 10 avril 1730 : « M. l'abbé Papillon

sidcnt ? Qu'on lise la réponse du premier. « J'ai fort bien conçu que vous n'étiez pas sans affaires à Paris et que le choix que l'Académie avait fait de votre personne pour l'associer à son corps vous causerait de nouveaux embarras. Je ne doutais pas que cela ne vous attirât un fort grand nombre de compliments et de lettres, et c'est ce qui m'avait déterminé à garder le silence de mon côté. Je ne voulais pas augmenter la foule de ceux qui pouvaient, nonobstant la bonté de votre cœur et du leur, vous être néanmoin importuns. J'ai reçu votre compliment à l'Académie, lequel m'a été remis par M. l'abbé Tricaud, et je vous en fait mon remerciement avec toute la reconnaissance dont je suis capable. Je l'ai fait lire ici à nos Messieurs pendant une récréation , et ils en ont tous été fort contents ; le choix de l'Académie est une preuve certaine du bon goût qui règne dans ce corps illustre. J'en ai une joie que je ne puis vous exprimer » (16 août 1727). Nous en savons qui, en pareille occurrence, auraient parlé beaucoup plus tôt, et en auraient dit bien davantage.

m'a demandé de votre part d'où était feu M. de Valincour. J'ai su de lui-même qu'il était de Nemours (i). Vous avez vu sans doute son éloge dans le discours de son successeur (2). On y suppose qu'il avait beaucoup avancé son Histoire du feu Roi , et qu'elle avait péri dans l'incendie de sa maison de Saint-Cloud. Rien de plus faux. Il m'a dit souvent lui-même qu'il n'avait jamais écrit une ligne de cette histoire, non plus que M. Despréaux. Ils s'en reposaient sur M. Racine, qui en lisait de temps en temps quelques morceaux au Roi, et qui avait même, sur la fin, abandonné cette besogne, dont peutêtre ne reste-t-il plus rien (3). »

La troisième partie de la correspondance du Président et de M. Le Clerc comprend tout ce qui n'est pas renfermé dans les précédentes. Quelques mots suffiront à en donner une idée. Les deux amis, étant tous deux auteurs, s'envoyaient réciproquement leurs ouvrages et se communiquaient librement

(1) La Biographie universelle, ainsi que la Biographie générale, le font naître à Paris. M. Jal (Dict. crit. de Biogr. et d'Hist., art. Valincour] est aussi de ce sentiment, et il s'appuie sur l'acte extrait des registres de la paroisse de Saint- Louis en l'Ile, à Paris, portant que, le 18 mars 1653 > fi't baptisé Jehan , fils de Henri Trousset, escuier, et de demoiselle Marie Dupré. « On voit par la date de ce document, ajoute M. Jal, que reporter la naissance de Valincour au i" mars » (comme le fait le P. Lelong) « est une grande hardiesse. Si Valincour était né dix-sept jours avant celui de son baptême, l'acte qu'on vient de lire le dirait assurément, selon l'usage des sacristies de l'époque. » Néanmoins, si le fait de la naissance à Nemours est vrai, comme l'affirme le Président Bouhier, ne pourrait-on pas dire que, né à Nemours le Ier mars, Valincour, pour des raisons inconnues, n'a été baptisé à Paris que le 18 du même mois ?

(2) Jean-François Leriget de La Faye succéda à Valincour et occupa après lui le XVIIe fauteuil de l'Académie Française.

(3) Rapprocher de ce texte de Bouhier ce que dit M. Paul Mesnard dans sa Xotice Biographique sur Jean Racine; Œuvres de J. Racine; Paris, 1865 , tome I, pages 11 5-1 18. — Citons encore un trait emprunté à la lettre du Président à M. Le Clerc, en date du 4 août 1726. Bouhier termine par cette épigramme ses remarques sur la Dédicace que De Ferron a mise en tête de son Commentaire sur les Coutumes de Bordeaux, et dans laquelle il juge avec beaucoup de liberté ses contemporains, qui rendaient la justice : « Il parle des magistrats de son temps comme de grands ignorants. Que dirait* il donc de ceux du nôtre , s'il revenait au monde 1 »

leurs observations. « M. l'abbé Tricaud, écrivait Bouhier le 2 juillet 1726, doit vous remeure de ma part ma Dissertation sur le Regrès (i). Elle sera un peu plus conforme à vos études que l'Édit de Saint-Maur (2). Je serai bien aise d'en avoir votre sentiment et celui de vos Théologiens. » Cette Dissertation parut « fort belle » à M. Le Clerc, « mais la morale, dit-il, en paraîtra, je m'assure, un peu durette aux intéressés » (3). Il donne ensuite ses raisons, mais il ne réussit pas à convaincre le savant jurisconsulte, qui répondit le 4 août 1726 : « J'ai bien cru que mon opinion sur le Regrès paraîtrait sévère à bien des gens. Mais je la crois dans les règles et le croirai toujours jusqu'à ce qu'on ait renversé mes principes, qui me paraissent néanmoins solidement établis. » Saint François de Sales ne pratiquait pas mieux la maxime exprimée par ce distique :

Non sentire bonos caclcm de rébus iisdetn

Incolumi licuit semper amicitid (4).

Deux amateurs de livres comme le Président et M. Le Clerc n'étaient point sans se parler souvent de l'objet de leur passion ; leurs lettres sont pleines de passages comme ceux-ci : « Je vous félicite, écrit Bouhier, des emplettes que vous avez

(1) Dissertation sur le T^egrès en matière bénéficiait', 1726, in-40, sans nom do lieu, d'auteur, ni d'imprimeur. Il y a Regrès lorsque, dans la résignation d'un bénéfice, le cédant se réserve, ou à un tiers, le droit de le reprendre dans certains cas , par exemple en cas de vacance par décès ou résignation de celui à qui il est cédé, ou encore au cas où celui-ci ne paierait pas la pension convenue. Schmalzgrueber, Jus ecclesiasticnm iiniversiun , Lib. V, th. III, n. 38.

(2) Traité de la succession des mères, en vertu de l'èdit de Saint-Maur, Dijon, 1726, in-8<>.

(3) Lettre au président du 20 juillet 1726. Néanmoins, M. Le Clerc était « très-convaincu qu'il se commettait beaucoup d'abus en cette matière. » « Je crois, ajoute-t-il dans sa lettre, que ce serait un vrai bien si les cours souveraines profitaient de votre travail pour restreindre au moins les Régies et ôter divers abus... Il y aurait beaucoup moins de résignations et moins de vocations fondées uniquement sur la chair et le sang, et sur les espérances d'entrer comme par voie d'héritage dans les bénéfices des oncles. »

(4) Lettre 141c, à un ami (M. Milletot, Conseiller au Parlement de Bourgogne); Œuvres complètes ; Paris, 1833 , tome VIII, p. 512.

faites à Viviers; en ces endroits écartés, il y a souvent de bons coups à faire » (ij décembre IJ26). — « Voici un temps où apparemment vous allez recommencer de bouquiner. Je vous prie de ne pas m'oublicr dans vos recherches » (10 avril 1730). Suit une longue liste de livres à chercher. La lettre de M. Le Clerc du 30 mars 1735 prouve qu'il était fidèle à ces recommandations, car elle ne renferme que des détails de livres achetés pour le Président ou qu'il est prié de remettre à différentes personnes de Dijon. « Voilà bien de l'embarras, dit M. Le Clerc en finissant, mais gens comme moi en reçoivent et en donnent (1). »

En dehors du curieux, du « savant poli, modeste, utile à ses amis » (2), il y avait encore chez Bouhier le magistrat qui rendait la justice. Si parfois M. Le Clerc le sollicite en faveur de quelques personnes , c'est que lui-même a été sollicité d'agir. Il le fait d'ailleurs toujours brièvement, et revient aussitôt à la littérature. Ainsi, le 5 mai 1726, il prie le Président de s'intéresser auprès de M. De Monplaisant pour que sept à huit valets de la maison de campagne de Vassieu (appartenant au Séminaire) soient exonérés de la milice ; mais, « afin qu'il ne soit pas dit » qu'il aura fait payer « un port de lettre » au savant magistrat « sans qu'il y eut de la littérature, » il en joint quelque peu, c'est-à-dire trois grandes pages « per modum appendicis. » Une autre fois, il entreprend de recommander M. De La Forest, « jeune homme plein d'esprit » (3), qui va plaider à Dijon pour un procès de bois coupés dans les Brotteaux. Mais l'infatigable chercheur venait de trouver la première production imprimée de Pierre Mathieu. Tout entier à la joie de communiquer sa découverte, il expose d'abord lon-

(1) L'autographe de cette lettre est à la Bibliothèque de la ville de Lyon.

(2) Réponse de l'abbé i'Olivet au Discours prononcé par Voltaire lors de sa réception à ViAcadémie Française; Paris, 1746, in-40, page 29.

(3) « Je vous remercie de la connaissance que vous m'avez donnée de M. de La Forest ; il a beaucoup de politesse et de goût, et l'on voit bien qu'il a profité de vos leçons. Je ne doute pas que dans la suite il ne soit de votre Académie. Il n'a qu'à suivre la route que vous lui tracerez » (Lettre de l'abbé Papillon à M. Le Clerc du 3 avril 1730).

RAPPORTS AVEC SENECE 129

guement les nombreuses curiosités qu'il y a apprises (i); puis tout à coup, se souvenant du sujet pour lequel il a pris la plume , « voilà, Monsieur, dit-il, un plaisant exorde pour une lettre de client, et vous pourriez me dire avec raison : Jam die, Clericc, de tribus capellis. Mais je serais fort embarrassé de dire un mot de la cause que je ne sais pas, et dont M. de La Forest vous expliquera le fond bien mieux que moi » (2) juin 173 l).

Telle est cette correspondance, à la fois simple et savante, sérieuse et enjouée, respectueuse et pleine d'abandon. Mais on n'en aura une juste idée qu'après avoir lu les nombreux extraits que nous en ferons dans les chapitres suivants. Nous voulons, en achevant celui-ci, compléter l'histoire de ce que l'on pourrait appeler les relations laïques de M. Le Clerc.

« J'ai fait nouvelle connaissance. C'est avec M. de Senecé, de Mâcon. Il me mande que Brice Bauderon avait 89 ans quand il mourut, en 1623, et que c'est la tradition de leur famille » (Lettre à Bouhier du 20 juillet 1726). — « Je me souviens d'avoir vu le Tombeau de M. de Turenne, de Martinet. Voici ce que M. de Senecé m'en a écrit... » (Lettre au même du 8 août 1726). M. Le Clerc parlait ainsi en 1726. Le poète Maçonnais, avec lequel il venait de nouer correspondance, se trouvait alors âgé de 83 ans, étant né le 28 octobre 1643. C'est à cette source que sont puisés les détails rapportés par M. Le Clerc dans la Bibliothèque du Ricbelet sur Fourcroy, sur Senecé et ses ancêtres. Il y est dit de celui que Sainte-Beuve a appelé le « poète aimable » (Causeries du Lundi, Paris, 1857, tom. 12, p. 232) : « En 1717, on a imprimé à Paris un Recueil de quelques-unes de ses épigrammes et autres poésies ; mais il en a composé vingt fois autant d'autres, que les sentiments trèsmodestes qu'il a de lui-même l'empêchent de communiquer au public par l'impression. Il s'occupe et se divertit parla avec ses amis, et c'est tout ce qu'il se propose sans porter ses vues jusqu'à souhaiter de se faire un nom » (art. Bauderon de

(i) V. Remarques critiques sur le Dict. de Tayle, art. Racaii.

Senecé (1). Nous lisons aussi dans le même ouvrage que Gratien Bauderon, aïeul de notre poète, a laissé « entre les mains de ses héritiers vingt-deux volumes in-folio manuscrits de ses ouvrages. » Au sujet de Brice Bauderon, médecin célèbre par sa Pharmacopée, qui a eu plusieurs éditions, M. Le Clerc tenait de son arrière petit-fils une anecdote qu'il raconte, « sauf, ditil (et nous le disons avec lui), à ceux qui la regarderont comme trop mince, de ne m'en savoir aucun gré. »

« M. de Senecé, arrière petit-fils de Bauderon, étant à Paris » vers 171 5, et ayant besoin de quelques drogues, entra chez » un apothicaire et les fit peser et empaqueter après être con- » venu du prix. En tirant de l'argent pour payer, son cachet » tomba par hasard sur le comptoir, et l'apothicaire, y ayant » aperçu les armes de Bauderon, le regarda de plus près et » les confronta avec celles qui se trouvaient à la tête d'une » Pharmacopée de Bauderon, qui était sur une tablette. Seriez- » vous, Monsieur, dit-il ensuite à l'acheteur, de la famille de ce » grand homme ? L'autre lui ayant répondu qu'il était son arrière » petit-fils, ah! Monsieur, reprit aussitôt l'apothicaire, que je » suis heureux d'avoir vu quelqu'un de sa race ! C'est lui qui » me donne du pain et à dix mille de mes confrères. Sa mé- » thode, qui est merveilleuse et qui durera éternellement, est » la seule à laquelle on doit s'attacher. Quelque effort que fit » M. de Senecé pour lui faire prendre son argent, il le refusa » constamment, lui protestant que sa boutique était tout en- » tière à son service et qu'il lui ferait plaisir d'y venir prendre » librement tout ce qui lui pourrait être nécessaire. Je sais » le fait d'original (2) . »

(1) « Les vers du bon M. de Senecé ne valent pas grand' chose. Ce n'est pas la vieillesse d'Homère. Dans tout le Recueil de ses épigrammes, il n'y a pas deux dragmes de sel » (Lettre de Bouhier à M. Le Clerc du 4 août 1726).

(2) Si M. Emile Chasles avait lu cette anecdote, avec les mots soulignés à la fin, dans la 'Bibliothèque du Richelet , il n'aurait sans doute pas écrit que la 'Pharmacopée « demeura longtemps célèbre, s'il en faut croire Le Clerc, et après lui Papillon » (Œuvres choisies de Senecé; Kouv. édit. précédée d'une Monographie de la famille 'Baiuleron de Senescey, par M. Emile Chasles ; Paris, P. Jannct, 1855, p. 11). Papillon , dans sa 'Bibliothèque des auteurs de Hour-

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