CHAPITRE XV
RÉPONSE A UNE CONSULTATION AU SUJET DE LA DOCTRINE DES « INCOMMUNICANTS ».
La correspondance de M. Le Clerc n'était pour lui qu'un délassement à ses travaux littéraires qui, à leur tour, ne l'empêchaient pas de se tenir au courant des questions théologiques soulevées de son temps, soit par les Jansénistes, soit par les catholiques leurs adversaires. Aussi était-il toujours prêt à répondre aux nombreuses consultations qu'on lui adressait. Le visiteur de Lyon en 1725 nous dit en effet qu'à cette époque, M. Le Clerc était « estimé pour sa science et consulté ». Consulté, il l'était encore en 1727, comme le prouve ce fragment d'une lettre écrite de Saint-Chamond, le 12 mai de cette même année, et signée, Bruyas, prêtre de Saint-Pierre, à Saint-Chamond. — « Monsieur, je craindrais » de me rendre importun auprès de vous, si je ne savais pas » que vous recevez avec bonté ceux qui vous exposent leurs » doutes et vous en demandent la résolution. Votre répu- » tation sera donc mon excuse. J'ose vous prier de vouloir » bien lire à votre loisir l'écrit que je vous envoie, et d'y » donner, s'il vous plaît, quelque attention. La matière m'a » parue importante dans les conjonctures présentes où chacun » décide selon son caprice. Votre sentiment, Monsieur, sera » d'un grand poids. »
L'écrit annoncé par cette lettre touchait à une controverse alors fort agitée parmi les catholiques. Il s'agissait de la conduite à tenir envers les appelants de la Constitution Unigcuitus, et particulièrement à l'égard de ceux qui communiquaient avec eux. Quelques écrivains, qu'on nomma incoin-
Ij6 CONSULTATION SUR LES « INCOMMUNICANTS »
municants (i), prétendaient, contre ceux qu'ils appelaient tolérants, i° que les hérétiques notoires, et par conséquent les Jansénistes, étaient excommuniés de droit divin, et, comme tels, privés de juridiction dans l'église; 2° que les catholiques qui communiquaient avec eux in divinis, soit en s'en faisant approuver pour la confession, soit en leur demandant les sacrements, étaient eux-mêmes sans aucune juridiction, et coupables de péché grave, alors même que la communication n'exposait à aucun danger de scandale ou de perversion; 3° qu'il en était de même, et cela jusqu'à l'infini, de tous ceux qui communiquaient avec ces communicants.
L'origine de ce démêlé, qui occupa les théologiens et bon nombre de fidèles pendant environ trente ans, remonte à l'année 17 19. A cette date, le P. Paul de Lyon, capucin, mit au jour un volume in-12 intitulé : Les ennemis déclares de la Constitution Unigenitus privés de toute juridiction spirituelle dans l'Eglise. Languet de Gergy, Evêque de Soissons, ayant, dans sa réponse à l'Evêque d'Auxerre, embrassé un parti opposé sur la même matière, et dit au sujet du P. Paul un mot qui ne plut point à ce religieux, celui-ci s'attaqua directement au Prélat, et publia en 1724 un nouveau livre sous le titre de Difficultés proposées à Monsieur l'Evêque de Soissons sur sa Lettre à Monsieur d'Auxerre en réponse à celle de ce Prélat ; par un Théologien catholique.
Ces deux écrits, qui n'étaient point indignes d'un théologien, firent sur le public quelque impression. Pour en paralyser les effets, le P. Hongnant, jésuite, inséra dans les Mémoires de Trévoux (janvier 1725) un excellent article dirigé contre les Difficultés du P. Paul de Lyon. Ce dernier y opposa, la même année, sa Réponse à la Dissertation de V auteur des Mémoires. L'année suivante, parut le Traité Théologique où l'on démontre que les fidèles ne peuvent communiquer eu
(1) On appela aussi plus tard du même nom les Anticoncordataires ou membres de la Petite Eglise, opposés au Concordat par lequel Pie VII avait rétabli en France le culte catholique (Blanc, Cours d'Hist. Ecclès., Leçon CCII ; Paris, 1860, tome II, p. 697).