PROJET DE « MÉMOIRES DE LITTERATURE. » REMARQUES SUR
L' « HISTOIRE DE L'ACADÉMIE » DE L'ABBE d'oLIVET, ET SUR L' « HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA VILLE DE LYON » PAR LE P. DE COLONIA. — NOUVELLE ÉDITION DES « ÉLÉMENTS » DE l'abbé DE VALLEMONT.
Si le zèle de M. Le Clerc pour l'étude avait été susceptible de se refroidir, les exhortations de ses amis auraient bien
le conclure de la légende, ni même en 1672, comme on lit au revers du médaillon, mais en l'année 1685 ou environ; — 3° que, même en la supposant gravée en 167 1, cette médaille ne fixe pas « par une date précise l'époque » exacte « où le nom de Grand fut donné à Louis XIV », puisque dès 1668, trois auteurs au moins, Perachon, Avocat de Grenoble, l'abbé de Fagct et Mathieu Perrot , chanoine de la cathédrale de Bourges, avaient, dans des ouvrages divers, ravi au P. Souhaitty « l'honneur de l'invention » qui lui est attribuée. Sur tous ces points M. Le Clerc donne ses preuves, et parle en témoin bien informé et digne de foi. Il échappe toujours quelque chose aux chercheurs , même aux plus consciencieux et aux plus habiles. Le beau livre de M. Meaumc en est une preuve nouvelle, et plût à Dieu que ce fût la dernière ! Celui qui a vu et si bien décrit tant d'estampes de Sébastien Le Clerc, a pourtant ignoré celles que possède le Séminaire de Saint-Sulpice de Paris. Mais ce malheur profitera à la belle collection qi'i sera l'objet d'une étude spéciale, et n'aura pas nui aux amateurs, lesquels pourront bientôt joindre un Supplément à Sébastien Le Clerc et son œuvre.
suffi à le ranimer. « A quoi allez-vous vous appliquer maintenant? écrivait M. de La Bastie, moins de trois mois après l'impression de la Bibliothèque du Ricbelet. Si vous m'en croyiez, vous reviendriez sur ce que vous avez fait sur la Chronologie de nos Rois de la première race ; vous rempliriez les lacunes qui sont en quelques endroits : vous donneriez un peu plus d'étendue à d'autres afin de rendre le style moins sec, et vous feriez sur la seconde race ce que vous avez fait sur la première, ainsi que le titre de votre ouvrage manuscrit semble le promettre suivant la copie que M. le Président Bouhier en a fait faire, et que j'ai lue d'un bout à l'autre. De tout cela il en pourrait résulter un excellent ouvrage pour notre histoire. Je vous le dis sans compliment, et si c'est Là votre goût, je vous y exhorte » (25 nov. 1728).
Le Président Bouhier n'était pas moins pressé ni moins pressant. Il terminait par ces paroles une série de remarques critiques sur la Bibliothèque : « Ces petites observations pourront vous servir pour une seconde édition de la Bibliothèque du Ricbelet, si vous jugez à propos de la donner, ou pourront trouver place dans quelque autre ouvrage. Je vous exhorte à en entreprendre quelqu'un où vous ayez le champ plus libre, et où vous soyez plus maître de votre imprimeur. Des notes critiques sur les Vies du P. Nicéron feraient grand plaisir au public, en les ajoutant à ces Vies, dont on pourrait faire une seconde édition, à Genève ou ailleurs. On attend aussi de vous ces Eclaircissements sur certains jaits que vous vous êtes engagé de donner au public à la fin du troisième tome de vos Remarques sur Moréri, et ce que vous avez ramassé sur le Plagiat littéraire. Comme vous me paraissez encore parfaitement instruit d'une infinité d'anecdotes concernant les disputes qui se sont élevées depuis plus d'un siècle sur les matières de la Grâce, je voudrais que vous travaillassiez à nous en donner une histoire suivie, plus exacte que les précédentes, ou à faire au moins des observations sur quelquesunes de celles qui ont paru. Cela serait non-seulement tres-curieux, mais aussi très-utile pour découvrir et démasquer les artifices du parti, qui parait si peu disposé à se soumettre
aux décisions de la Cour de Rome et du plus grand nombre de nos Évêques. Je vous exhorte à ne point laisser perdre les découvertes que vous avez faites sur ce point » (23 mars 1729). — « Les Homonymes m'ont souvent embarrassé en dressant, il y a quelques années, le catalogue de ma Bibliothèque. Cela mériterait bien quelque ouvrage de votre façon » (25 mai 1729).
Entre tant de travaux offerts à son activité, M. Le Clerc ne s'arrêta pour lors à aucun, mais il conçut le dessein de composer des Mémoires de Littérature. Il se proposait d'y faire entrer tout ce qui n'avait pu trouver place dans la Bibliothèque duRichckt, et ce qu'il apprendrait par de nouvelles recherches. La notice sur Richelet, en particulier, écartée, comme on l'a dit, par les éditeurs du Dictionnaire, devait y paraître revue et augmentée de traits nouveaux. M. Le Clerc montra « un échantillon » de cet ouvrage au Président Bouhier, pendant le séjour qu'il lit à Dijon, lors de son voyage à Paris aux vacances de 1729, comme on l'a vu par sa lettre du 11 décembre citée au chapitre II de cette Notice.
Dans ce voyage entrepris pour affaires de famille qui l'empêchèrent de voir quelques savants de ses amis (1), M. Le Clerc acheta plusieurs livres, et entre autres YHistoire de l'Académie, par Labbé d'Olivet, parue depuis peu. S'étant empressé de la lire, il y reconnut bien vite des lacunes et des défauts considérables. Aussi, huit jours après son retour à Lyon, il envoie au confrère et ami de l'abbé d'Olivet une première critique. « J'ai lu, dit-il, ce dernier ouvrage, qui me paraît trop peu chargé de personnalités, et j'y ai trouvé diverses inexactitudes. J'y ai aperçu aussi plusieurs omissions considérables dans les catalogues des ouvrages des Académiciens (2). Par exemple, dans l'article de Vaugclas, le docte abbé a oublié une traduction de cet illustre Académicien,
(1) « J'avais dessein de voir le P. Desmolets et le P. Nicéron, mais je ne les ai pas vus. Je n'ai vu nul de nos savants. J'ai vu une fois l'abbé Bonardy, niais en brief» (Lettre à Bouhier, du 1 1 décembre 1729).
(2) Ces reproches tombent encore sur la nouvelle, et d'ailleurs estimable édition de YHistoire île l'Académie donnée par M. Livet (Paris, Didier, 1858,
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dont personne, que je sache, n'a fait mention, et que j'ai vue à la Bibliothèque de Saint-Sulpice. C'est une traduction française des serinons espagnols de Fonseca, que Vaugelas publia à Paris en 1 6 1 5 (1). — « Quoiqu'il ait donné les
2 in-8°). Il s'est borné, à la fin du second volume (p. 513-535), à réunir et coordonner les parties du Catalogue de l'abbé d'Olivet, disséminées dans le corps de l'ouvrage, mais sans y rien ajouter.
(1) Voilà un ouvrage resté inconnu, non-seulement à tous les Biographes, comme Moréri, Nicéron, Chaudon, Feller, Michaud, Hcefer, mais encore aux plus savants bibliographes, tels que Barbier, Quérard et leurs derniers éditeurs. M. l'abbé Maynard, dans sa notice sur Vaugelas (Bibliographie catholique, t. XXIX , p. 252) , dit que les Remarques sur la langue Française sont « le seul ouvrage qu'il ait mis lui-même au jour. » Cependant, en 1734, M. Le Clerc avait déjà révélé au public ce qu'il dit ici au Président Bouhier. Sa remarque a encore aujourd'hui toute la nouveauté et même la vérité qu'elle avait alors, excepté dans la première phrase, qui a cessé d'être exacte depuis que les biographes de Vaugelas, outre ses Remarques, mentionnent aussi sa traduction de Quinte-Curce. — « Tous les écrivains qui ont parlé des ouvrages de Vaugelas depuis sa mort, ont supposé qu'il n'avait jamais publié de son vivant qu'un seul ouvrage, savoir ses Remarques sur la langue française, volume imprimé in-40 en 1647, et souvent réimprimé depuis. J'en ai vu un autre dont personne, que je sache, n'a fait mention. En voici le titre : Sermons de Fonsèquc sur tous les Evangiles de Caresme, avec une Paraphrase perpétuelle sur toutes les parties de l'Évangile : traduits de l'Espagnol en François. Par C. F. D. V., in-8° de 901 pages, imprimé à Paris en 1615. Il n'y a pas lieu de douter que ces quatre lettres majuscules ne marquent Claude Favre de Vaugelas, puisque le Privilège du 26 janvier de la même année 161 5 porte C. F. D. Vaugelas. Les curieux pourront voir ce livre dans la Bibliothèque du Séminaire de Saint-Sulpice ; je l'y ai découvert en 1729. » (Nous adresserons les curieux d'aujourd'hui à la Bibliothèque de la ville de Lyon. Ils y verront l'ouvrage inscrit au catalogue sous le nom même de Vaugelas). « L'Approbation est du 3 janvier, et conséquemment l'ouvrage fut achevé en 16 14. Je ne doute pas que Faret n'eût égard à cet ouvrage de Vaugelas, lorsqu'il parlait ainsi à M. de Méziriac, dans une lettre datée de Fontainebleau le 4 mai 1626 : « Vous et M. de Vaugelas Vavt\ desjd faict asse* voir, que pour estre des derniers François, vous ne laisse^pas de pouvoir enseigner aux autres le vray usage de leur langue, etc. » Je laisse à d'autres à rechercher si Faret n'avait que cet unique ouvrage en vue, et s'il n'en voulait pas marquer encore quelque autre qui serait demeuré aussi inconnu, jusqu'à présent, que ce premier que je tire de l'oubli. Il était inconnu depuis un siècle, nonobstant la grande réputation de l'auteur » (Remarques sur le Diet. deBayle, art. Vaugelas).
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titres de plus de cinquante ouvrages de Baudoin, il en a pourtant oublié quatre ou cinq de ma connaissance. Il a aussi donné à d'Arbaud de Porchères les vers mis par-ci par-là dans les Recueils du commencement du xvne siècle, qui sont d'Honorat Laugier, aussi sieur de Porchères. Il n'a presque rien su de ce dernier, qui était le doyen des poètes, et même de tous les savants qui fondèrent l'Académie en 1634. Comme mon Histoire nouvelle de l'Académie est dans mes ballots, je ne puis vous marquer ici, Monsieur, les autres petites inexactitudes que j'ai observées dans le livre de votre élégant historien, qui, pour le répéter encore, me paraît trop désossé » (11 décembre 1729).
En étudiant de plus près cet ouvrage, M. Le Clerc y découvrait de nouvelles fautes qu'il relevait dans ses Mémoires de Littérature, auxquels il continuait de travailler. « Il y a, disait-il encore, je ne sais combien d'articles dans ce tome du docte Abbé, qui sont peu corrects. Il a aussi trop peu corrigé M. Pellisson, qui a manqué d'exactitude dans un fort grand nombre de faits. Dans l'ouvrage dont j'eus l'honneur de vous faire voir quelque chose durant mon séjour à Dijon, j'ai rectifié quantité de ces endroits défectueux du même M. Pellisson. Depuis que j'ai l'édition de M. l'abbé d'Olivet, je m'amuse, quand j'en ai le temps, à y suppléer et à y corriger. Mais comme je me donnerai bien de garde de l'attaquer, je fais ces suppléments et ces corrections sans parler de lui. Je ne veux me brouiller avec qui que ce puisse être » (Lettre à Bouhier, du 28 mars 1730 (1).
Les Mémoires de Littérature ne furent pas donnés au public.
(1) Bouhier répondait le 10 avril suivant : « Vos remarques critiques sur le nouvel historien de notre Académie pourront lui être très-utiles pour une deuxième édition, qui, vraisemblablement, paraîtra quelque jour, quand il poussera son histoire jusqu'à notre temps. Il y a apparence que vous trouverez occasion de placer ces Remarques dans l'ouvrage que vous préparer et que j'attends avec impatience. Je compte bien que vous garderez pour l'auteur attaqué tous les ménagements qu'il mérite. Du reste, comme il aime la vérité, je suis persuadé qu'il vous saura gré de la lui faire connaître poliment, et qu'il en fera usage quand son ouvrage reparaîtra. »
La partie des remarques sur ['Histoire de l'abbé d'Olivet, qui concernait les Académiciens poètes, entra dans les Mémoires pour servir à l'histoire des poètes français, dont nous parlerons bientôt. Mais avant que M. Le Clerc entreprît ce nouveau travail, un autre livre d'Histoire littéraire, composé par un de ses amis, appela son attention et donna lieu à de nouvelles remarques critiques de sa part.
En 1727, le P. De Colonia, de la Compagnie de Jésus, avait fait paraître le premier volume de son Histoire littéraire de la ville de Lyon. A peine le Président Bouhier en est-il informé qu'il s' « imagine » , — peut-être n'était-ce qu'un désir, — que M. Le Clerc a fait « sur cet ouvrage une belle quantité de remarques ». La curiosité du Président fut satisfaite par la réponse de M. Le Clerc.
« Le P. De Colonia ne m'a rien communiqué jusqu'ici de son travail, sachant bien que je suis peu au fait des premières Antiquités de Lyon qui font presque toute la matière de son premier tome. Il m'a dit quelquefois qu'il me consulterait quand il serait question des écrivains modernes, mais apparemment il sera trop tard. J'entrevois d'ailleurs qu'il n'a pas dessein de s'engager dans tous les devoirs d'un Bibliothécaire, et que, sans se gêner beaucoup, il se contentera de donner de chaque auteur quelques particularités remarquables. Il imprime à peu près à mesure qu'il compose, et c'est ce qui fait que, quelque désir que j'aie que l'ouvrage soit parfait, j'appréhende néanmoins fort d'y être trompé » (23 décembre 1727).
M. Le Clerc vit ses appréhensions réalisées, et en 1730, lorsque parut le second volume de ['Histoire littéraire de la ville de Lyon, il pouvait dire avec vérité : « Il ne remplit point du tout le titre de Bibliothèque des auteurs Lyonnais (1). Entre autres, en parlant de l'imprimerie de Lyon, il marque un ouvrage seulement de 1487 pour le premier livre imprimé en cette ville. Je suis assuré qu'il y en a plus de cent plus
( 1 ) Histoire littéraire àc la ville de Lyon , avec une Bibliothèque des auteurs Lyonnais sacres et profanes; Lyon, 1 728-1 730, 2 in-40.