PRÉFACE UI
lier » (i). En cela, je n'ai pas sttdemmt m l'apprt^Httian déjuges compétents, j'ai aussi déféré au goût du public, qui, aujourd'hui surtout, veut « savoir si les hommes ont été réellement tels qu'on nous les représente, si la ph}rsionomie qu'on leur prête leur appartient véritablement » (2), désir qu'on ne saurait mieux satisfaire qu'en laissant ces hommes se peindre et parler euxmêmes, principalement lorsqu'ils écrivent à des amis et pour des amis. Souvent, d'ailleurs, c'était le plus court moyen d'éclair dr ou de rectifier avec autorité des assertions jusqu'ici obscures ou inexactes.
Mais la meilleure raison qui m'a déterminé à adopter cette méthode, c'est qu'il m'eût été bien difficile d'en suivre une autre. Fait pour le métier de bibliographe beaucoup mieux que pour le rôle d'écrivain, ma pensée première était de m' appliquer exclusivement au Catalogue des ouvrages composés par les tnembres dé notre Compagnie, et je ne prétendais pas à en augmenter le nombre. Tel était bien, au début, mon désir, telle ma résolution sincère. Mais, en fréquentant nos auteurs sérieux et modestes, je me suis senti particulièrement attiré vers l'un d'eux. Était-ce l'effet d'une certaine conformité de goût, celui des livres et des recherches? Je ne sais : toujours est-il que mon attrait pour cet érudit s'est considérablement accru par la lecture de ses écrits et surtout de sa correspondanu inédite. Alors j'ai cru avoir fait une découverte, et je n'ai pas su réprimer le plaisir de la communiquer au public, ou plutôt aux très-rares curieux qui s'intéressent aux minuties de l'Histoire littéraire. « Les auteurs, disait M. Le Clerc, s'imaginent aisément que les autres prennent la même part qu'eux
(i] Essais de Michel Montaigne ; Liv. lU, chap. XII ; Paris, 181 8, tom. V, p. m.
(2) Lettres sur l'Histoire de France, par Augustin Thierry; Paris, 1859, Lettre V, page 49.