‹ Vie, écrits et correspondance littéraire de Laurent Josse LeClercChapitre 37 sur 83 · RAPPORTS DE M. LE CLERC AVEC D. LIRON · texte numérisé non relu

RAPPORTS DE M. LE CLERC AVEC D. LIRON

Tout livre nouveau portant le titre de Bibliothèque était aussitôt acheté y lu, annoté, corrigé et complété par M. Le Clerc. Après, ou plutôt avec celles du P. Lelong et du P. Echard, la Bibliothèque Chartraine de D. Liron (i). En effet, dans sa première lettre au P. Lelong, le 14 août 1720, M. Le Clerc s'exprimait ainsi : « J'ai un autre petit ouvrage d'amusement tout prêt à être imprimé. C'est un supplément à la Bibliothèque Chartraine du P. Liron. J'y renferme plus de cent auteurs inconnus à ce père, lesquels, pourtant, devaient avoir place dans son ouvrage. J'ai travaillé à cela dès que la Bibliothèque Chartraine parut, mais je n'avais pas dessein de le donner au public. C'est M. de La Pcrière, auquel je l'ai fait voir, qui me presse de le Ëiire imprimer. A mon supplément je join-

(i) Dom Jean Liron , né à Chartres le 1 1 novembre 1665 , se consacra X Dieu dans k Congrégation de Saint-Maur, et fit profession à Tâge de 20 ans. Il fut appelé à Paris par ses supérieurs et demeura plusieurs années dans Tabbaye de Saint-Germain-dcs-Prés. En 1708, il fut envoyé dans celle de Marmoutiers, dont il mit en ordre les archives, et ensuite à Saint-Vincentdu-Mans, dont il fut Bibliothécaire. Il mourut dans Tabbaye de La Couture, de la même ^le, le 9 février 1749, selon O. Tassin, et, selon d*autres, le i*r juillet 1748. D. Liron avait « sans doute ses défauts en qualité d*auteur, mais il était habile et laborieux, d*une critique exacte et judicieuse » (Mémoires de Trévoux, maifs 1717, p, 557 ; mars 1719, p. 389). On peut voirie détail de ses ouvrages dans V Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-^ Maur, par D. Tassin (p. 670^76). Celui dont il est ici parlé a pour titre : Bibliothèque Chartraine, ou Traité des Auteurs et des Hommes illustres de V ancien diocèse de Chartres qui ont laissé quelques monuments à la postérité, ou qui ont exulté dans les beaux-arts, avec le catalogue de leurs ouvrqges, etc.; Paris, 17181 in-4».

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drai une espèce de critique de la plupart des articles de la Bibliothèque Charirainc » (i).

Bien qu'U eût l'approbation et les encouragements du P. Lelong (2), ce projet fut, quelques mob après, abandonné par son auteur. Sur ces entrefaites, en effet, dans le Mémoire ou Réponse aux questions de M. Le Clerc, dont il est parlé au chapitre VH, l'abbé Brillon inviu M. Le Clerc à « communiquer ses lumières » à D. Liron, assurant que celui-ci se ferait « un vrai plaisir d'en profiter et de rendre » au généreux critique « toute la justice qui lui serait due ». « Le P. Lelong, ajoutait le chanoine de Chartres, a été ravi de profiter des Remarques judicieuses de M. Le Clerc, qui les lui a envoyées de la manière du monde la plus gracieuse et la plus obligeante ».

M. Le Clerc fut aussi gracieux pour le Bénédictin qu'il Tavaitété pour le Prôtre de l'Oratoire. Écoutons encore Tabbé Brillon, s'adressant, cette fois, directement à M. Le Clerc ;

« J'ai déjà eu Thonneur de vous marquer que le P. liron, a3rant senti les fautes de son ouvrage , avait travaillé à y £iire des corrections et des additions considérables... Je lui ai envoyé ce matin, par Tordinaire du Mans, votre lettre en entier, parce que vous me l'avez permis ; je le félicite. Monsieur, sur les offres généreuses que vous lui £iites ; il doit être charmé de la politesse et de la bonté avec laquelle vous le prévenez. Votre lettre est une critique d'ami et très-sensée de son ouvrage. Les raisons que vous détaillez

(1) Avant de développer ses Remarques, M. Le Clerc les avait indiquées en marge de son exemplaire de la Bibliothèque Cbartraine, lequel est aujourd'hui conservé à la Bibliothèque de la Faculté de Médecine de Montpellier (F. f., in-40, n. 99). Il a appanenu au président Bouhier, qui le mentionne dans le Caulogue manuscrit de sa bibliothèque, et qui , en tète de ce précieux volume , a écrit les lignes suivantes : « Les petites notes critiques ciaprès qui se trouvent en marge du présent volume sont du sieur Laurent Josse Le Clerc, directeur du Séminaire de Saint-Irénée, à Lyon, auteur de plusieurs ouvrages. Dom Le Cerf n'a pas épargné son confrère dans la Bibliothèque des Écrivains de la Congrégation de Saint-Maur ». — Les Remarques de M. Le Clerc sont au nombre de plus de 400, dont quelquesunes assez longues. Elles pcuvem donner une idée de ce qui fait le fond de ses lettres à D. Liron.

(2) Lettre d M. Le Clerc du 18 août 1720.

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contre son projet de supplément sont solides, et je les laisse à ses réflexions. Je n'ai point voulu lui envojxr votre lettre par extrait, crainte d*en diminuer la force et pour ne lui rien cacher des obligations qu'il doit vous avoir. Elle le désabusera de l'idée qu'il avait que la lettre de Melchior Duplex venait de vous (i). Je ne puis, Monsieur, que vous remercier par avance pour lui, et applaudir au parti que vous avez pris, en honnête homme, de seconder ses vues en voulant bien lui communiquer vos lumières » (14 novembre 1720).

D. Liron remercie M. Le Clerc par la lettre suivante, datée du 21 novembre 1720, et, comme celles qui lui succédèrem, écrite de Tabbaye de Saint-Vincent-du-Mans.

« Il n'y a que quatre ou cinq jours que M. l'abbé Brillon, chanoine de Chartres, m'a £iit part d'une lettre que vous lui avez écrite à mon occasion. Je vous suis d'autant plus redevable que , n'ayant point l'honneur d'être connu de vous que de nom , je n'avais pas lieu d'espérer cette faveur. C'est pourc^uoi je vous rends de très-humbles actions de grâces des offres que vous me Eûtes pour perfectionner la Bibliothèque Chartraine, Ce livre ayant paru contre mon intention 9 et , ce qui est encore plus fâcheux , avec mon nom, — car je n'aime point l'éclat, — je n'en fus pas content. Je vis bien qu'il y manquait beaucoup de choses. D'ailleurs, on avait oublié ou perdu quelques articles , comme ceux de Jean Rotrou, de M. Duhan, etc. Mais le mal étant £iit et n'étant pas sans remède , je pris résolution de travailler tout de bon à revoir, corriger et augmenter ce livre , et de n'épargner pour

cela ni le temps, ni ma peine Avec le temps, j'ai fait un second volume

presque aussi étendu que le premier Si vous voulez m'aider de votre

travail, comme vous me l'offrez d'une manière si généreuse et si obligeante, je vous rendrai la justiee qui vous sera due , et ma gratitude , quoique pubHque et éclatante , sera moins grande au dehors qu'au dedans. »

Ce témoignage public de reconnaissance, souvent promis par D. Liron dans ses lettres privées, était, en effet, exprimé

(i) Lettre d'un conseiller de Blois à un cJxinoine de Clxirtres sur la Bibliotîjèqtte Chartraine ou Le Traité des AtUeurs de Vancien diocèse de Cijartres du R, P, Liron, Bénédictin; 1719, in-16, pp. 20. — « Elle n'est pas de moi, dit M. Le Clerc au P. Desmolets, quoique j'y aie eu quelque part. Elle est signée

Melcbior Duplex, qui est le nom anagrammatique de Michel Perdoulx ,

lequel est de^os amis. Ce que je ùl\s sur la même Bibliot1)èque n'est qu'un CommenUHre assez étendu de cette lettre, que je ferai imprimer à la tète des miennes , parce qu'il n'en a Êiit tirer que cent exemplaires. »

98 RAPPO&TS AVBC D. UIOX

dans la Prébce de son livre. Là, après avoir parlé de tout ce qa'il a £ût pour rendre son Supplément aussi exact et aussi complet que possible, D. Liron continue en ces termes :

m pavoue néanmoins que mon oanage, après tant de recherches et de traTail, aorût encore été imparûxt si deux hommes savants n'étaient venus à mon secours. Le premier est M. Brillon, chanoine de Chartres... Le second est M. Le Qerc, Parisien, licencié en Théoîogie de la Faculté de Pïris, directeur du Séminaire de Saint-Irénée« de Lyon, où il enseigne la Théologie, fils deJM. Sébastien Le Qerc, fort connu par ses ouvrages de gravure et de mathématique. Les emplois de M. Le Qerc ne Tont pas empêché d'acquérir une grande érudition. Ayam lu la BibUathique Cbartnitu et remarqué plusieurs omissions, il s'appliqua à £ûre des notes et à recueillir ce qui pouvait servir â Taugmenter et â b perfectîoimer. Vers la fin de Pan 1720, il apprit que je travaillais très-sérieusement de noon côté, et il voulut bien me communiquer tout ce qull avsdt ramassé, ce qu'il fit an commencement de Tannée suivante, avec une honnêteté, un désintéressement et une générosité qui a très-peu d'exemples et qu*on ne saurait trop louer. Comme nous avons souvent consulté les mêmes sources, nous noos sommes aussi souvent rencontrés. Mais fl a trouvé des choses que je n'ai pu recouvrer; ainâ , je lui suis redevable de plusieurs ouvrages , de qudques Êdts et d'un bon nombre d'auteurs. C'est ce grand accroissement de ce savant et généreux ami, très-capable de £ûre honneur à sa patrie, qui me Eût juger qu'il manque aujourd'hui peu de chose à cette Bibliothèque (i). »

Ainsi que plusieurs autres firuits de la féconde plume de D. Liron, l'ouvrage auquel cette Préface de\'ait servir d'introduction est resté inédit, a Je n'espère pas, écrivait plus tard à M. Le Clerc le Bénédictin du Mans, avoir la liberté de faire imprimer mon ouvrage tant que mes envieux seront les maîtres. Mais si je puis le faire imprimer par le moyen d'un ami, j'y consentirai volontiers. Vous, Monsieur, qui êtes à Lyon, où l'on imprime beaucoup de livres > et avec facilité, ne pourriez-vous point y faire imprimer mon Histoire des

(1) Supplément tU la Bihliotbèqtu Cbartraitu, iivisèt en deux parties : îa pre* fftière contient, outre les corrections des fautes, un grand nombre d'additions aux articles imprimés ; la seconde comprend plus de deux cents auteurs lumveaux et

udques articles qui ont été refaits et augtnetUés, Manuscrit original de D. Liron

Bibliothèque nationale. Manuscritt,Fr. 17005).

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Évéqtus de Chartres? On pourrait, en ce cas, y joindre le Supplément de la Bibliothèque Chartraine? » (17 février 1723.) M. Le Clerc fit sans doute à cette ouverture un accueil réservé, car, quelques années après, il écrivait au Président Bouhier à propos d'une nouvelle et semblable demande : « Il y a longtemps que je n'ai écrit au P. Lirbn. D'ailleurs, je crains fort tout tracas, et je ne veux guère me faire entremetteur pour l'impression, arrivant assez souvent qu'on mécontente ou l'auteur ou l'imprimeur, ou quelquefois tous les deux » (12 juin 1729.)

Mais où était l'obstacle qui empêchait D. Liron de publier ses ouvrages? Nous touchons ici à un point délient, et plus que jamais nous devons laisser la parole aux autres. Citons d'abord M. Le Clerc, qui avait sans doute appris-la chose de la bouche même de D. Liron, lors d'un voyage que celui-ci fit à Orléans en 1722 ou 1723 (i). H écrit de Lyon, le 23 décembre 1727, au président Bouhier :

« Pour dire encore un mot de D. Le Cerf, il y a des gens qui le croient fort exempt de ce qu'on appelle préjugé d'ordre, parce qu'il a fort maltraité D. Martianay et D. Liron , et parlé assez peu favorablement de D. Thuillier, etc. Mais ces gens n'y font pas assez d'attention. D. Manianay était brouillé avec les principaux et les savants de l'Ordre, et avait écrit pour la Constitution (Unigenitus) un ouvrage que la mort ne lui a pas permis d'achever. Voilà la source. Pour D. Liron, le P. de Montfaucon n'a pu lui pardonner quelque chose qu'il avait dit contre lui dans ses Aménités de la Critique, et il a ameuté contre lui tous les autres (2). C'est de D. Mont-* faucon que dépend la fortune des savants de l'Ordre , laquelle consiste à avoir une place à Paris, et c'est pourquoi on lui fait sa cour ». — « Je sais, dit encore M. Le Clerc, que D. de Sainte-Marthe dit, en passant à

(i) « Si je puis en obtenir la permission, j'irai à Orléans pour vous saluer après Pâques. C'est là que je pourrai vous dire quelques ùixs de bouche« Sinon, je prendrai une autre voie pour vous les faire savoir » (28 décembre 1 721). — Si le voyage n'eut pas lieu en 1722, D. Liron le fit certainement en 1723, car, le i<r janvier de l'année suivante, il écrit encore à M. Le Clerc : « Pal achevé depuis dix jours mon ouvrage , qui m'a occupé depuis mon retour d* Orléans ».

(2) Les Aménités de la Critique ou Dissertations et Riinarques nouvelles sur divers points de Vantiquité ecclésiastique et profane; Paris, 1717 et 1718, 2 in-12»

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Orléans, qu'on empêcherait bien D. Liron de rien imprimer. Et en effet, depuis ce temps-là, ce dernier n*a jamais pu en obtenir b permisâon de ses supérieurs » (Lettre au Président Bouhicr, 2 avril 1729) (i).

Cependant, D. Lîron avait cherché, mais apparemment sans succès, à apaiser l'esprit de D. Montfaucon. La correspondance de ce dernier, qui fait aujourd'hui parde des manuscrits de h Bibliothèque nationale (Fr. 17,709), contient une lettre inédite et autographe que lui adressa D. Liron, et qu'on nous saura grè de reproduire ici :

« Mon Révérend Père, je voudrais de tout mon cœur que vous eussiez voulu m'entendre le 17 du passé au matin; je crois que je vous aurais satisfait au moins en partie. Mais si je ne Tai pu £ûre de vive voix, je suis encore moins disposé i l'entreprendre par écrit. Je juge devoir prendre un autre parti, c*est de vous marquer simplement que je suis très-Ûché de ce qui est arrivé et de vous avoir fait de la peine, quoique je n*en aie jamais eu intention. Je vous prie de me rendre justice sur ce point. Pagîs avec simplicité, et si vous étiez en ma place , et que vous eussiez besoin , comme moi , de vous occuper l'esprit, peut-être que vous m'avoueriez que, dans ce cas, ces sortes de fautes sont fort naturelles. Mais, quoi qu'il en soit, j*ai déjà promis en général au Révérend Père, et je vous promets encore en particulier, que vous n'aurez jamais désormais aucun sujet de vous plaindre de moi. Je vous ai toujours estimé et honoré , j'ai dessein de vous en donner dans la suite de bons témoignages dans toutes les occasions qui pourront se présenter. Lorsque je me rencontrerai avec vous, si je suis dans vos sentiments, je vous rendrai la justice qui vous est due, et je parlerai de vous comme le mérite une personne de votre distinction. Si je ne puis entrer dans vos opinions, je ne vous nommerai pas; ainsi, on ne verra aucune opposition. D'ailleurs , si je puis vous être utile en quelque chose , je vous prie de me regarder comme absolument disposé à vous servir et à vous marquer que je suis très-sincèrement ù vous. Voilà , en deux mots , ce que vous devez

— « Cet ou\Tage, disent les Miimires de Trlvotix «(Mars 1719, p. 389), contient des recherches très-curieuses sur l'antiquité ecclésiastique et profane, avec une critique exacte et judicieuse sur les points qui y sont traités. C'est le fruit des lectures d'un homme qui a lu avec réflexion , et qui , par là , s'est mis en état de relever des méprises où sont tombés de très-savants hommes, ce qu'il fait, néanmoins, avec tous les égards et les ménagements qui sont dus à leur réputation et à leur mérite ».

(i) Toutefois, de 1734 ^ i74o, D. Uron publia ses Singularités Ustoriqtus et littéraim,.. Paris, 4 vol. in-12.

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vous promettre de moi. Je suis, avec une estime singulière et un véritable respect, mon Révérend Père, votre très-humble et très-obéissant serviteur et confrère, F.-Jean Lirox, m. B. — Le second de novembre 1718. »

Nous nous sommes laissé entraîner déjà bien loin dans ces détails tout personnels à D. Liron ; mais quelques anecdotes littéraires sçront encore peut-être du goût des curieux. Ils trouveront dans ces confidences intimes des révélations piquantes sur quelques hommes et sur quelques écrits. En ce qui concerne spécialement D. Liron, elles sont un complément nécessaire de ce qu'en dit D. Tassin dans son Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Maur. Peut-être des yeux pénétrants apercevront-ils dans l'âme du moine Bénédictin un vague sentiment de jalousie qui le porte à rabaisser le mérite des autres et à relever le sien propre. Ce n'est pas à ce titre, nous n'avons pas besoin de le dire, que nous recommandons ces lettres à nos lecteurs.

« 1*^ janvier 1724, — Il y a cinq mois que j'appris ici qu'un religieux de l'abbaye de saint Vincent travaille à une Bihliotlfèque universelle des écrivains Français (1). Je n'en fus pas surpris, et je ne m'en mis pas en peine. Ce religieux s'appelle D. Antoine Rivet (2). Il m'a caché cela avec grand soin, et je suis

(i) Cette Bihïiotljèque est devenue l'ouvrage si connu sous le titre d'/fiVtoire littéraire de la France, Il est assez inutile de protester ici qu'en citant ces paroles notre intention n'est nullement de déprécier une œuvre estimable sans doute, mais dans laquelle, cependant, il faut bien voir, avec Montalembert, une œuvre de « Bénédictins dégénérés » {Les Moines d'Occi^ dent, tom. VII, p. 473, note).

(2) Dom Antoine Rivet de La Grange naquit, le 30 octobre 1683, d Confolens, dans un £iubourg situé au-delà de la rivière, suivant D. Liron, et qui faisait alors partie du diocèse de Limoges (Lettre à M, Le Clerc du 2j avril ij2j). Il reçut l'habit bénédictin dans l'abbaye de Marmoutiers, le 25 mai 1704, et fit profession le 27 mai de l'année suivante. En 1 716, il fut Uansféré de l'abbaye de Saint-Florent de Saumur, où il avait fait ses cours de philosophie et de théologie, au monastère de Saint-Cyprien, de Poitiers. L'année suivante, il fut appelé à Paris et placé aux Blancs-MaQteaux. N'ayant pu , à cause de son ardent Jansénisme, obtenir une place à Saint-Germaindes-Prés, il fut obligé de se retirer dans l'abbaye de Saint-Vincent du Mans. On sait qu'il se chargea de revoir et d'achever le Nécrologe de l'abbaye de Notre-Dame de Port-Royal des Champs (Rouen, sous le nom d'Amsterdam, 1723, in-40). Il mourut le 7 février 1749 (deux jours avant D. liron), après

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hten éloigné de lui en parler, et je le serai encore plus de lire cet oorrage, sll parait. Il faudrait bien du temps pour vous rapporter ce que je pourrais dire sur cela. Il alla i Paris au mois de septembre, et il en revint comme il était allé. Si le fait est vrai dans toute Tétendue qu'on lui donne, j*admire sa témérité ou plutôt sa folie, car ce n*est pas une entreprise à former i un homme seul, et encore moins i un moine qui sait très-peu. H est vrai qu'étant fort intrigant , il a engagé trois autres religieux à travailler avec lui. Ce sont de jeunes gens (i). Vous serez bien plus étonné quand je vous dirai que c'est lui qui a fait imprimer ma 'BiMioihèque Cbartraine. Cest lui qui y a mis ce que je crois vous avoir dit n'être pas de moi , savoir le titre général, b première préface, le dtalogue des livres cités et l'article de Pintard , chanoine régulier (2). Il avait ma confiance dans ce temps-là ; nuds, après l'impression de ce li\Te, on m'écrivit des choses qui me firent changer de conduite, en gardant néanmoins à l'extérieur mes manières précédentes.

avoir £ût assurer ses amis de trois choses : « 10 De son oppoâdon persévérante à la Bulle ; 20 de ses gémissements pour la décadence de l'Ordre ; 30 de sa confiance que le temps du renouvellement de l'Église ^tait proche » (Lettre de D. Housseau, Bénédictin, à son cousin, aussi bénédictin, ap. I>i>cumcnts inédits concernant V Histoire littéraire de la France, publiés par Ulysse Robert; Paris, 1875, in-40, p. 90-91). V., sur D. Rivet, Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Maur, p. 651-666.

(i) Ces trois religieux, plus jeunes en effet que D. Liron, étaient D. Joseph Duclou, D. Maurice Poncet et D. Jean Colomb, sur lesquels on peut voir D. Tassin, Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Maur, pages 722- 723,760-761.

(2) D. Rivet n'a-t-il pas aussi revu à sa manière la Notice consacrée à Abra de Raconis, évéque de Lavaur (p. 240)? N'est-il pas l'auteur des contradictions flagrantes que l'on y rencontre , et qui ont été â bien relevées par l'abbé d'Artigny au tome VII (p. 261-277) ^e ses Nouveaux Mémoires ? N'est-ce pas le Janséniste D. Rivet qui a imprimé ces paroles, que nous reproduisons avec les notes manuscrites dont les accompagne M. Le Qerc ? « M. de Raconis se perdit entièrement de réputation (dans V esprit des gens faits comme Dom Liron) par la lettre qu'il écrivit au Pape contre le livre de la Fréquente communion... L'assemblée du clergé résolut même d'un conmiun accord (il en faut donner une preuve), par un décret solennel, de renvoyer cet évéque i son Métropolitain pour être procédé contre lui selon les canons, s'il avouait la lettre qui lui avait été attribuée. Comme on dit qu'il était fort vain et fort rempli de l'estime de lui-même (ce sont des gens qui déchirent tous ceux qui ne sont pas de leurs sentiments qui le disent), il conçut un chagrin mortel... et mourut bientôt après à Raconis. On crut effectivement que les excès que lui avait fait commettre l'engagement de soutenir une à méchante cause (méclxinte au jugement de D, Liron. Ce n'est pas un grand malheur, car

C'est , selon toutes les apparences , lui seul qui a détourné le libraire et sa iemme d*imprimer mon second volume, ou D. Montfaucon et lui. Il ne £iut pas croire que la préface générale dont je viens de parler soit de lui dans Tétat où elle est. On me Tenvoya. Je retranchai dans un endroit une page entière , dans un autre une demi-page ; je fis une addition et six ou même sept changements, et dans ma réponse je lui rendis raison de chaque chose en particulier, :et il suivit tout fidèlement. Mais je vis clairement qu*il ne savait pas composer, car rien n*était plus pitoyable. Tout son talent est de copier (i). En voilà assez, car si je voulais vous dire tout, je ne finirais pas aujourd'hui. Et bac inter nos. Car je ne fais rien paraître, et je suis pacifique avec ceux mêmes qui n*aiment pas la paix. Comme je lui avais toujours fait beaucoup de bien, je n'ai jamais pu découvrir la cause de son changement à mon égard , ne lui en ayant donné aucun prétexte. J'ai seulement soupçonné qu'il avait voulu gagner D. Montfaucon et s'établir à Saint-Germain. Mais Dieu a renversé ses projets. En voild plus que vous n'en attendiez ; mais j'ai une entière confiance en vous (2). »

hpamfre homme n'esipas grand clerc) avaient beaucoup contribué à sa mort. » Le jugement exprimé ici par M. Le Clerc est bien plus défitvorable à D. Liron que les quelques lignes imprimées à la fin de la préfiice (p. XLVi) des Remar» fues sur h Dictionnaire de Moréri, Cependant , elles sont condanmées dans une note manuscrite placée en marge de l'exemplaire conservé à la Bibliothèque de la ville de Lyon. « J'ai effacé ceci, dit M. Le Clerc, après avoir £ût connaissance avec le P. Liron, lequel, au fond, est savant, mais qui convient pourtant lui-même do l'imperfection de sa Bibîiotidque Chartraine, »

(i) « Votre style n'est pas bien châtié... Vous faites trop souvent des interrogations, et presque toujours à la seconde personne ; c'est contre le bon goût » (Lettre de D. Doussot à D. Rivet du 7 juin 1732, ap. Robert, Documents inédits, p. 27).

(2) Les disputes qui divisaient alors l'Église et l'Ordre de saint Benoît n'étaient-elles pour rien dans les dispositions de D. Rivet, réfractaire aux Bulles des Souverains Pontifes, à l'endroit de D. Liron, soumis à ces mêmes Bulles , et s'attirant par là les reproches de la secte ? Nous inclinons beaucoup à le penser. Qpoi qu'il en soit, il nous suffira de remarquer ici deux choses : 10 que D. Rivet ne se refusait pas non plus le plaisir de raconter à ses amis , et sans doute aussi à sa façon , l'histoire de ces petits démêlés de cloître (Voir la lettre de l'abbé Granet à D. Rivet, en date du 21 avril 1725, ap. Robert, Docum. inid,, p. 13); 20 que la lettre de D. Liron montre au moins combien est peu vraisemblable ce qu'affirme , avec quelque réserve cependant, la Biographie universelle de Michaud (art. Liron) ^ savoir, que D. Liron est un des principaux auteurs des premiers volumes de l'Histoire littéraire de la France,

104 RAPPORTS AVEC D. UROK

« 26 mai iy2S» — Je vous confesse que j*ai eu plusieurs fois la même pensée que vous, et que si j*avais eu quelque raison particulière de vous écrire, je l'aurais £ût avec bien du plaisir. La principale cause de ni<Mi silence est néanmoins venue de ce que je ne sais ce que sont devenus mes deux derniers ouvrages, dont j'ai eu l'honneur de vous parler. Ceux qui les ont s'opiniAtrent malhonnêtement à ne point écrire. Je crains fort qu'ils ne me fassent de b peine, car, en les leur livrant, je leur avais abandonné tout ce qu'ils pourraient tirer des libraires, ne me réservant que les exemplsdres en petit nombre et le pouvoir do dédier, leur défendant de dédier sans ma participation ; or, je soupçonne qu'on veut s'emparer de tout , et que v(»U la cause du silence qu'on garde si honteusement. Au moins je n'en puis deviner d'autre. Quid non mortdia pectara cogis honoris et auri sacra James ? Mais suficit àid malitia sua. J'attends avec patience le dénouement de cette énigme. Hœ inter nos,

» J'ai répondu par avance à ce que vous me demandez, s'il y a espérance de voir quelque chose de ma façon. Indépendamment de ces 5 vol. in-40, que je livrai il y a un an, j'en trouverais d'autres si j'avais un libraire. Faute de cela, il faut attendre tempora et momenta. Je mets au net actuellement un Tr(UU Historique des personnes illustres qui ont abandonné les Églises protestantes pour se réunir à la catholique,,, Qjxt dites-vous, Monùeur, de ce dessein? Je l'ai jugé utile, édifiant et curieux. Cela vaudra mieux qu'un livre de controverse, car les exemples valent mieux que tous les discours. J'en ai recueilli trois ou quatre cents, ce qui fera un petit volume. — J'ai augmenté de près de la moitié le Traité de ceux qui ont appris la Bible par cœur, qui est dans les Aménités,

» J'ai fait plusieurs Disserutions sur des matières toutes neuves et des Traités singuliers (i). J'avais commencé à travailler à la Bibliothèque du Maine, mais ce Traité des réunis a interrompu mon dessein je ne sais comment. Un ami m'ayant communiqué l'Histoire du Concile de Pise, j'ai fait trente remarques au moins pour corriger autant d'endroits... Il y a huit ans qu'un supérieur que j'aimais tendrement me demanda quelques mémoires pour D. Pez. Je lui en envoyai de bons, particulièrement sur D. Adrien Gautier, dont les ouvrages ne sont pas fort connus aujourd'hui. »

(i) Les Singularités historiques contiennent la plupart de ces Dissertations ou Traités, avec quelques autres dont nous trouvons la liste dans là lettre de D. Liron à M. Le Qerc, en date du 5 octobre 1728. Le Bénédictin désirait avoir sur ces sujets la pensée du prêtre de Saint-Sulpice et celle du Président Bouhier; « mais surtout, ajoute-t-il, que les moines n'en aient pas. connaissance, vous en savez la raison. »

« 27 avril 172^, — Ce n*est ni par oubli, ni par négligence que je ne vous d point écrit cette année. J*ai pris deux fois la plume pour cela. Vous allez m voir la cause, puisque vous demandez ce que je fais à présent.

» Peu après ma dernière, je pris la résolution de faire la Bibliothèque du Maine, qui est un grand diocèse de plus de 800 paroisses, pavais pour cela de grandes recherches aussi bien que pour l'Anjou. Je commençai à digérer et mettre au net tout cela au commencement du carême , et j'achevai vers la fin de Tannée. Ce livre , qui est un très-gros in-40, m'a beaucoup coûté. Comme il échappe toujours quelques auteurs, je communiquai le Catalogue, et aussitôt un grand nombre de personnes parurent s'intéresser dans cette af!airc, car effectivement il y a plusieurs familles dans la ville qui ont donné des Auteurs à la République des Lettres. Par ce moyen , je découvris quelques-uns des noms de baptême, des dates mortuaires et quelques faits. On songea à faire imprimer l'ouvrage au Mans , et le libraire promit tout. Une personne d'un grand rang écrivit à M. le Garde des Sceaux pour le prier de nommer un examinateur dans la ville et de donner un privilège. Il répondit que c'était un abus qui s'était introduit à Lyon et dans quelques autres villes, et qu'il l'avdt aboli ; qu'il fallait envoyer le manuscrit afin que, sur l'approbation d'un censeur royal , il donnât le privilège. Les personnes qui s'intéressaient particulièrement en cela me demandèrent mon manuscrit pour l'envoyer. Mais je découvris qu'on me faisait en cela un tour de Manceau, Quelques paroles lâchées, quelques rapports, etc., me firent comprendre qu'on voulait se rendre maître de tout. Ayant le manuscrit et le privilège, on l'aurait fait imprimer comme on aurait voulu ; on y aurait ajouté des choses étrangères, et quelques-unes ridicules, pour se fûre honneur, et j'aurais été le valet des tambourineux. Je déclarai que j'avais compris qu'on n'agissait pas avec la franchise qui m'est naturelle , que je voulais être le maître du privilège et de l'ouvrage, traiter moi-même en mon nom avec le libraire et disposer de toute l'édition selon les règles ordinaires ; que je ne cherchais point mon intérêt particulier, n'ayant besoin de rien , mais qu'il ne convenait pas qu'un auteur dépendit d'un libraire et qu'il reçût comme une grâce quelques exemplaires qu'on lui voudrait bien donner si on voulait. On fut surpris de voir que j'avais éventé la mine, et peu â peu on en est demeuré là. J'di reçu une lettre avec la vôtre qui m'apprend que celui qui a la Touraine viendra ici cette semaine, et je lui donnerai le Maine. Il ira â Paris , mais je ne sais s'il réussira.

» Cette affaire étant terminée ainsi, j'avais grande envie de faire l'Anjou, par où je finirai mon projet ; mais, ne pouvant pas avoir sitôt une copie du manuscrit de Qaude Ménord, qui a fait un Traité des illustres Angevins de son temps, cité par le P. Lelong, j'ai cru devoir attendre, et j'ai com-

I06 lAPPOnS AVEC D.

mencé une nouvelle édhkxi de Solpke-Sévère, pour laqndle j*ai recodllî depuis longtemps uneinfinité de dtoses. ^ Dieu me donne vie et santé, fespère achever cet ouvrage i Piques. J'ai lait en passant , et pour me délasser, quelques Dissertations et quelques Remarques assez curieuses. Je les donnerai aussi i la même personne. Tdles sont mes occupations,

» A la fin du mob dernier, je reçus deux livres en même temps qui toot à mon ^ard un merveilleux contraste. Cest b nouvelle édition de saint Cyprien , de fini M. Baluze, qui est assurément un bd ouvrage. L'autre est b Btbiicihèque de D. PhiUppe Le Cerf. Rien n'est plus opposé sur mon sujet que ces deux auteurs. Le dernier me calomnie et ne me connaît pas quand il dit que j*ai pris dans b République des Lettres un rang que je ne mérite point. Car je n'y ai pris aucun rang, et j'ai toujours é\nté d'être connu (i). Ayant lu ces mots qui lui ont peut-être été suggérés» je suis passé immédiatement i l'article de D. Antoine Beaugendre, où il dit que ses notes ont été revues et retouchées par le P. Massuet. Ceb m'a £ût quitter mon Sulpice-Sévêre pour bire l'histoire de mes aventures littéraires, à quoi plusieurs de mes amis m'ont excité en diverses occasions. La peine que j'ai de parler de moi m'en avait toujours détourné. Mais enfin , conmie on a donné i D. Massuet ce qui m'appartient, il est i propos d'expliquer tous les mystères et de développer toutes les intrigues de cette édition d'Hildebert, et, à cette occaàon, de faire l'Histoire de V Apologie pour Us Armoricains, dont M. l'abbé de Vertot n'a pas su ce qu'il y a de plus curieux et de plus secret (2). Je parlerai aussi des autres ouvrages auxquels j'ai eu quelque part , de sorte que , tout ignorant que je sois , il se trouvera que les «plus savants de b Congrégation, qui vi\'aient il y a 20 et 25 ans, m'ont recherché avec soin, et que, pendant que j'ai demeuré à Saint-Germain, je n'ai presque pu rien bire pour moi , chacun voulant avoir de mes plumes. Je ferai deux ou trois copies de cette Rebtion, où il n'y aura pas un mot qui ne soit dans b plus exacte vérité, car j'aimerais mieux perdre b vie que de dire b moindre chose qui n'y serait pas conforme et dont je n'aurais pas une entière connaissance. Cette Rebtion me détournera im peu de mon travail , mais, malgré l'aversion que j'ai pour parler sur ce sujet, je ne puis m'en dispenser.

» M. Baluze parle tout autrement de moi dans ses notes sur saint Cyprien.

(i) D. Tassin lui-même avoue que D. Le Cerf « n'aurait pas dû insinuer que D. Liron a pris dans la République des Lettres un rang qu'il ne méritait pas » (^Hist, litt, de la Congr, de Saint-Maur, p. 676).

(2) Histoire critique de rétablissement des Bretons dans les Gaules, par M. l'abbé de Vertot; Paris, 1720, Discours préliminaire, tome I, pages 63*

Quoique je Taie réfuté en quelques choses dans le premier tome des Ami'-^ frites, comme je Tai fait avec les égards qu'on doit aux personnes de mérite, il a fait voir qu'il avait plus de vertu que bien des moines, car il a approuvé avec éloge la correction que j'ai faite sur la lettre 38 de saint Cyprien (i)...

Vous savez que M. Baluze est mort en 17 18, et que je n'ai comiùencé à être connu pour l'auteur des Aménités, qu'en 17 19. Voilà deux jugements bien opposés , mais je vous assure que j'ai regardé tout cela d'un œil fort chrétien, et que je n'ai pas été plus touché de l'un que de l'autre. Les éloges de l'un ne me donnent rien, et la brutalité de l'autre ne m'ôte point ce qu'il a plu à Dieu de me donner. Je ne travaille que pour plaire à celui de qui j'ai tout reçu, en évitant le mal et en faisant un bon emploi du temps dont il nous demandera compte à tous.

» L'exemple des notes du P. Beaugendre me fait comprendre que D. Le Cerf n'est pas instruit de beaucoup de Êiits ; ses jugements sont fort étranges. Il parle du P. Rivet, qui n'a encore rien donné au public, et de son dessein qu'un homme ne peut pas remplir. Il fait mention de l'ample cpllection du P. Méri pour les auteurs du Beny, niais il ne dit rien de celle de D. Guiir laume Roussel , qui avait formé le dessein que D. Rivet ne fait que suivre et qu'il a entre les mains. Il dit que j'avais formé un semblable dessein , et ce que j'ai eu l'honneur de vous écrire sur cela vous fait comprendre que cela n'est pas vrai. Entre les devoirs d'un bibliothécaire, il marqye celui-ci, qu'il doit redoubler le plaisir du lecteur en édaircissant ce qui regarde le$ contestations qu'ils ont eues à l'occasion de leurs ouvrages. Néanmoins, il n'a rien dit de ce qui me regarde, ce qui va pourtant fort loin. U n'a pas su aussi que D. Rivet, demeurant aux Blancs-Manteaux, a eu pendant plusieurs mois mon Histoire ecclésiastique de l'ancien diocèse de Chartres, marquée par le P. Lelong, qui Ta vue aussi, et qui contient 72 in-40, qui est approuvée par un censeur royal, et dont j'ai un privUége du Roi et une permission du P. Général L'Hostallerie, laquelle aurait paru si mes adversaires n'avaient pas empêché mon retour à Paris. Il est vrai que je n'ai pas voulu faire connaître ce fait...

» Qpand il dit que j'ai seulement publié la BiblUAUque des auteurs du pays Cbartrain, il ne sait pas que la cabale de Venance me tient, pour ainsi parler, en prison.

» Enfin, pour finir l'article de D. Rivet, dont il dit que c'est un auteur laborieux, exact et judicieux critique, et qu'on peut compter su& ses recherches, il fait voir qu'il ne connaît pas celui dont il parle, et je ne pms com-*

(i) Voir sur ce point Mémoires de Trévoux, juillet 17 19, pages iia8-

I08 RAPPORTS AVEC D. URON

prendre qu'on connaisse un homme pour exact et judicieux critique lorsqu'on n'a rien vu de lui...

» Ce que je viens de tirer de Tartide de D. Rivet en écrivant cette lettre prouve bien ce que vous dites, que le P. Le Cerf a fait quantité de bévues, et qu'un savant qui voudrait s*en donner la peine pourrait écrire contre lui une fort bonne critique. »

«c 20 septembre i72y, — Je crois vous avoir autrefois parlé de ma Bihikh thèque du Maine, qui étant achevée, je communiquai le Catalogue des auteurs , afin de déterrer quelques dates et quelques noms de baptême , aussi bien que quelques auteurs vivants, dont on ne connaît pas souvent la patrie. Cela ayant fait connaître l'ouvrage , un magistrat de cette ville s'avisa , il y a quçlque temps, de faire imprimer un Almanach à l'usage de la Province pour l'année prochaine. Il me pria de lui communiquer ce Catalogue et quelques autres pour mettre à la fin de cet Almanach , pour l'orner et faire plaisir aux Manceaux. Je m'en excusai d'abord ; je le refusai la seconde fois. Enfin, étant revenu à la charge, je lui donnai : i» le Catalogue des auteurs, qui passe 400 ; 20 un nouveau Catalogue des Évêques du Mans, un peu raisonné et historié, que j'ai fait, en travaillant, à l'occasion des difficultés que je rencontrais à chaque pas ; 30 un nouveau Catalogue des comtes du Maine ; 40 la Généalogie et postérité de Garscnde, comtesse du Mans, dans l'onzième siècle , dont la postérité subsiste aujourd'hui dans le duc et la princesse de Modène. Cela fera trois feuilles d'impression.

» D. Rivet est allé à Blois et peut-être ailleurs. Il fait plus par ses fréquents et longs voyages que vous et moi par toute notre étude et notre application. »

« 26 février 172^, — J'ai reçu votre dernière lettre, belle, longue, savante» agréable, et telle que je l'attendais, dont je vous remerde très-particulièrement... Ayant vu chez un de mes amis l'ouvrage du P. Nicéron, je jugeai que ce n'était qu'un simple compilateur semblable à cet allemand qui nous a donné deux gros volumes in-folio avec des portraits.

» Il y a longtemps que j'ai lu le livret intitulé : Les Aventures de PompO" nius (i). Je ne sais qui en est l'auteur, mais je n'ai jamais vu une satire si cruelle. Il a mis en pièces le feu P. De Sainte-Marthe et D. Montfaucon. Je n'ai point ouï dire que la vie de Cassiodorc ne fut point du premier, et il a passé parmi nous pour l'avoir faite.

» Un prêtre de Vitré en Bretagne , nommé Duval, demeurant à Rennes, a entrepris l'Histoire de cette ville. Voici un nouvel historien qui va com-

(i) Barbier attribue ce livTe à Labadie, religieux convers de la Congrégation de Saint-Maur. Dict, des ouv. anonymes, 2< édit., n. 1455.

tnencer à naître, à l'occasion duquel je vous apprendrai un fait qui me regarde. Lorsque V Apologie pour les Armoricains fut publique, quelques esprits jaloux , qui voyaient avec chagrin que l'auteur était fort considéré par ses supérieurs, se servirent de cette occasion pour le perdre, c'est-à-dire pour le Élire sortir de Paris , et gagnèrent l'esprit du Général , dont le grand âge affaiblissait l'esprit. Ils y réussirent. Cela fut su au dehors. M. le prince de Soubise, évêque de Strasbourg, aujourd'hui cardinal de Rohan, qui fit estime de cette Apologie , et qui apprit ce qui se passait , envoya son Aumônier au libraire pour lui dire d'aller trouver l'auteur et de lui proposer que s'il voulait donner parole de travailler à l'Histoire généalogique de la maison de Rohan, on le ferait rester par ordre du Roi. L'auteur ne balança pas sur le parti qu'il devait prendre. Il jugeait : 10 qu'il ne lui convenait pas de vivre cum maJevolis et invidis ; 20 qu'il se perdrait de réputation en soutenant les fables du Roi Grallon, qui n'a jamais été au mon^e. Ainsi, il répondit que la conjoncture des temps ne lui permettait pas de s'engager, et que les supérieurs fendent ce qu'ils jugeraient ù propos. A la fin de l'année demièrei on s'est adressé au Général de Saint-Maur pour lui demander un religieux, afin de composer cette Histoire. On a jeté les yeux sur un jeune homme qui demeure à Rennes, nommé Hyacinthe Morice, qui s'en est chargé. Il a fait id son cours de Théologie. Il a de la piété, mais il ne sait pas le métier auquel il s'est prêté (i).

» Vous dirai-je encore un fait historique qui vous surprendra sans doute, mais Hoc omnia iiUer nos ; tecum enim halbus non sum. Passant par Vendôme au mois de septembre dernier, on m'engagea et je m'engageai à faire VHiS' toire de h sainte larme. Ne dites-vous point déjà :

Tericulosa plénum optis aîea Tentâsti ?

L'affaire est faite il y a plus de deux mois. On est trcs-satisfait dans le lieu , et on prend des mesures pour la publier ; ce qui se fera si mon bienfaiteur, en ayant connaissance, n'y met des obstacles. La Préface est employée à réfuter les deux livrets de M. Thiers (2). L'Histoire est courte, et

(i) Dom Pierre Hyacinthe Morice de Beaubois naquit à Quimperlé le 2) octobre 1693, et fit profession dans l'abbaye de Saint-Melaine le 24 septembre 171 5. Son Histoire de la maison de Rohan, retouchée par D. Taillandier, aurait formé deux volumes in-40. Elle était conservée dans cette ancienne et illustre maison. D. Morice mourut aux Blancs-Manteaux le 14 octobre 1750 (D. Tassin, Hist lUt, de la Congr. de Saint-Maur, p. 679-

(2) dissertation sur la sainte larme de Vendante, et Réponse à la lettre du

P. Mabilloniaticbant la prétendue sainte larme de Vendôme, 2 in- 12.

IIO M. LE CLBRC AU SEMINAIRE DE LYON .

il n'y a aucuh fait faux. Il y a de Térudition ancienne et moderne, mais sans affectation, et en se tenant renfermé dansle suj^. Voilà des nouveautés littéraires qui vous seront nouvelles, et je crois que vous serez content. »

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