CHAPITRE X
M. LE CLERC EST ENVOYÉ AU SÉMINAIRE DE LYON. — ESTIME DONT IL JOUIT AUPRÈS DES SAVANTS DE CETTE VILLE. — NOUVELLES REMARQUES SUR LE DICTIONNAIRE DE MORÈRI.
La nécessité de ne pas interrompre la suite des lettres du P. Echard et de D. Liron nous a fait anticiper sur Tordre des temps. II faut, maintenant, nous reporter à Tannée 1722.
M. Le Clerc était, depuis quinze ans, au Séminaire d'Orléans, OÙ il avait enseigné la Théologie durant treize années (i), lorsqu'aux vacances de 1722, il fut envoyé au Séminaire de Saint-Irénée de Lyon, gouverné à cette époque par M. Fyot de Vaugimois, docteur de Sorbonne, connu par. plusieurs écrits de piété (2). Il y succéda à M. Duvignau, qui, après avoir été vingt-deux ans Directeur dans cette maison, venait d'être rappelé à Paris. M. Le Clerc arriva à Lyon le 29 octobre 1722, mais il en partit presque aussitôt pour aller à Viviers aider les Directeurs du Séminaire pendant la retraite des curés de ce diocèse. Il y donna six ou sept entretiens et ne put rentrer à Lyon que le 24 novembre, après là retraite
(i) Dans sa BibJiotJxque du Rkljekt (art. Cîerc)^ M. Le Qerc parle en ces termes du troisième des enfants de Sébastien, c'est-à-dire de lui-même : « Il à enseigné la Théologie pendant seize ans, savoir, trois ans au Séminaire que MM. de Saint-Sulpice ont à Tulle, et treize autres dans celui qu'ils ont dans la \ille d'Orléans, où il a demeuré quinze ans. Pour le présent, il est à celui de Lyon depuis le mois d'octobre 1722. »
(2) Voir à la fin de ce volume la l^Qiiu sur M* Fyoi de Vaugimois*
<lu commencement de l'année. Le professeur de dogme, M. Payan, docteur de Sorbonne, qui était allé voir sa famille à Aix en Provence , n'ayant pu être <le retour à Lyon que le 13 décembre, M. Le Clerc le suppléa en attendant (i). Le Traité qu'il enseigna alors fut celui de TEucharistie, car, dans les notes marginales ajoutées à son manuscrit, il termine ainsi la Préface : « Id nos hodiè muneris lubentissimè acceptamus, et ut id vos quoque aliquando pro viribus... pra^tare possitis, docendi apud vos offiâum ab augustissimo Eucharistia sacramento féliciter auspicamur. »
En dehors de cette circonstance, et probablement de quelques autres semblables , où il occupa momentanément la chaire du professeur, M. Le Clerc ne paraît pas avoir exercé à Lyon d'autre fonction que celle de premier Directeur du Séminaire (2). C'est à peu près tout ce que nous savons de sa vie à l'intérieur de la maison. Le visiteur du Séminaire, en 1725, le dit « estimé pour sa science et sa manière de parler, » mais, de tous ses discours et sujets d'oraison, on ne nous a conservé que le souvenir d'un entretien qu'il donna sur la mort de M. de Fontenay (3), ancien Directeur au Sémmaire de
(i) Métnoire de u qui est arrivé de plus considérable dans le Séminaire de Saint- Irénie depuis le mois de septembre 16^, tome 1, p. 132. — Ce manuscrit, qui forme 2 volumes în-folio, est au Séminaire de Saint-Sulpice. Pour plus de commodité , nous l'appellerons simplement Journal manuscrit de Lyon, La majeure partie de ces deux volumes (environ 400 pages) est de la main de M. Fyot de Vaugimois.
(2) Qpelques auteurs (par ex. Picot, Mém, pour servir à Vhist, ecclés. pend, le dix-lmitiéme siècle, y édit. t. II, p. 467) donnent à M. Le Qerc le titre de Supérieur du Séminaire de Lyon. Ils ont été mal informés ou ils ont confondu la qualité de Directeur avec celle de Supérieur.
(3) Charles de Fontenay, né dans le diocèse de Rouen, entra au Petit- Séminaire de Saint-Sulpice en 1685, passa au Grand-Séminaire en 1693, et, après une année de probation à Issy, fut envoyé au Séminaire de Lyon. Au bout de deux ans, on l'employa dans le Séminaire de Bourges, et ensuite dans celui de Clermont. En l'année 17 10, il fut de nouveau envoyé au Séminaire de Saint-Irénée de Lyon, où il travailla, dit M. Fyot de Vaugimois, « avec beaucoup de réputation et de fruit. » Enfin, en 1723 , il fut désigné pour remplacer M. de L'Épinay dans la charge de Supérieur du Séminaire de Viviers» Il partit de Lyon le 12 juin; mais, dès les premiers jours d«
Lyon, et mort dans celui de Viviers peu de temps après y être arrivé pour le conduire en qualité de Supérieur (i). Nous savons aussi que le jour où se fît la translation solennelle de la relique de saint Irénée, accordée au Séminaire par l'Archevèque et les Comtes de Lyon (14 août 1735)» M. Le Clerc prononça le soir, après les vêpres, en présence d'une nombreuse assemblée, un sermon sur la vénération des saintes reliques , qu'il avait composé tout exprès pour la circonstance. A Lyon , comme à Orléans , les belles qualités du nouveau Directeur lui gagnèrent TaiFection et la confiance de tous, soit au dedans, soit au dehors. Pendant les quatorze années qu'il vécut encore, il reçut, de la part des Archevêques qui se succédèrent sur le siège de saint Irénée, de nombreux témoignages d'estime et de considération (2). Lorsque M^ de Neuville de Villeroy eut fixé son séjour au Séminaire, en 1726 (3), il fit de M. Le Clerc son ce commensal assidu pour
juillet, il fut attaqué de convulsions et expira le 20 du même mois. Le Séminaire de Lyon fît un service solennel pour le repos de son âme , et plusieurs discours furent prononcés à sa louange. Dans celui qu'il fit pendant la retraite des curés qui eut lieu en 1724, M. de Vaugimois dit que û saint François de Sales avait été suscité de Dieu pour instruire les hommes» et le P. De Condren pour instruire les Anges, M. de Fontenay l'avait été pour instruire et sanctifier le clergé (Journal ms, de Lyon), (i) Journal ms. de Lyon, tome I, page 136.
(2) M. Le Clerc avsdt aussi conservé l'afTection de TËvèque d'Orléans, Mgr Fleuriau d'Armenonville, qui continuât i l'honorer de son amitié et de ses lettres. « J'ai été informé, dit-il au P. Côme de Saint-Étienne , par Mgr l'Évéque d'Orléans , de tout ce qui s'est passé au sujet de son Mandement » (21 juin 1729). Il s'agit ici du Mandement de Mgr Fleuriau contre la Consultation des Avocats en faveur de l'Évèque de Senez. Voir sur cette af!aire les Nouvdks ecclésiastiques du 4 avril et du 20 mai 1729, pages 53 , 54,68,69,80-83.
(3) « Depuis une douzsdne de jours, nous avons cinquante ouvriers qui travaillent à préparer un ou plusieurs appartements pour Monseigneur notre Prélat, lequel vient demeurer avec nous » (Lettre au Prés. Bouhier du 20 juillet 1726). Le Prélat se retira, en effet, au Séminaire, où il entra le 29 juillet 1726 pour sa propre édification, comme il le disait dans un Mandement, et aussi, ajoute-t-on, pour faciliter le paiement de ses dettes (Jour^ fud ms. de Lyon, 1. 1, p. 152).
le souper » (Lettre de M. Le Clerc à Bouhier, décembre 1726). Son successeur en 173 1, M«' de Châteauneuf de Rochebonne, eut pour M. Le Clerc les mêmes bontés. Quelquefois, il l'invitait à sa table et l'envoyait prendre pour le mener avec lui à la campagne, afin de jouir plus longtemps de sa conversation (Lettre à Bouhier du 10 février 17)4)' Il se servit aussi de la science et du zèle de M. Le Clerc pour ramener ou maintenir dans le sein de l'Église plusieurs religieuses Bénédictines égarées par les erreurs Jansénistes. Une des plus entêtées dans son hérésie était la sœur Becherand, cousine germaine de l'abbé de ce nom, grand partisan du Jansénisme et des convulsions. Le P. de Montauzan, jésuite, ayant eu le bonheur de décider cet esprit obstiné à se soumettre à la Constitution Unigenitus, M. Le Clerc fut chargé de l'entretenir dans ses bons sentiments. Nous apprenons ces faits du journal de la secte, qui, on le pense bien, déplore amèrement cette conversion. X La sœur Becherand, dit-il, fait de jour en jour de nouveaux progrès dans le funeste parti qu'elle a pris. A la place du sieur Benaud, qu'elle désirait avec tant d'ardeur, le prélat lui a donné pour Docteur et Directeur le fameux M. Le Clerc, Sulpicien si connu par ses sentiments ultramontains, qu'il débite partout. Il va la voir deux fois la semaine régulièrement, et lui procure des écrits de sa façon dont elle se sert pour entraîner dans le même précipice celles de ses sœurs qui l'écoutent avec trop de facilité (i)- *>
Dans les intervalles libres que lui laissaient ces travaux extraordinaires de zèle et ses fonctions ordinaires de Directeur, M. Le Clerc revenait à ces amis « qui ne changent jamais, » aux livres dont il pouvait bien dire, avec un jurisconsulte célèbre : « Genus hoc est voluptatis mea quarere et per-
(i) Nouvelles ecclésiastiques du 20 février 1734, p. 3$. — Le môme journal (10 juillet 1746, p. iio) £iit figurer M. Le Clerc comme acteur dans la Journée de saint Laurent. C'est évidemment une erreur. La conférence entre les Joséphites et les Directeurs du Séminaire de Saint-Irénée, appelée par eux Journée de saint Laurent, eut lieu le 10 août 1722, près de trois mois avant l'arrivée de M. Le Clerc à Lyon. Voir sur cette journée la Notice sur M. Fyot de Vaugimois à la fin de ce volume.
scrutari libros (i). Cependant, au mois de février 1723, il n'avait pas encore reçu les siens, et la Bibliothèque du Séminaire^ qui n'était pas alors ce qu'elle devint plus tard, lui £dsait regretter les trésors de celle d'Orléans. « Paris, disait-il avec douleur, est le centre où l'on trouve. Ici, nous avons peu de livres et encore moins de savants qui aient du goût pour cette espèce de littérature. Au contraire, on est à Paris à portée de s'instruire de tout, » Le Parisien auquel M. Le Qerc confiait sa peine était le P. Desmolets, qui, dans sa réponse, tâche de faire concevoir de douces espérances : « Je suis fàchè que votre Bibliothèque soit moins bonne à Lyon qu'à Orléans ; en tout cas, vous en devez avoir de meilleures en cette ville que dans l'autre , et vous aurez bientôt fait connaissance avec les savants du pays » (22 janvier 1723).
La prédiction ne larda pas à se réaliser. Le P. Echard, qui connaissait tant de bibliothèques, signala à M. Le Clerc celle des RR. PP. Jésuites comme une des meilleures que possédait la ville de Lyon (2 janvier 1723). M. Le Clerc vit bientôt s'ouvrir devant lui ces immenses trésors. En même temps, il liait amitié avec plusieurs pères de la Compagnie de Jésus, parmi lesquels nous citerons le P. de Montauzan, le P. De Colonia, auteur de plusieurs ouvrages, et le P. Folard, qui composa quelques tragédies et quelques oraisons funèbres.
n y avait aussi à Lyon, dans ce temps-là, un « curieux en fait de livres » (2), qui devait être et fut en effet particulièrement recherché de M. Le Clerc à cause de sa science, de sa belle bibliothèque et de l'aménité avec laquelle il communiquait ses recherches littéraires. C'était Jean-Ferdinand Michel, né à Lyon en 1675, mort le 14 décembre 1740, chanoine de l'église d'Ainay, dans la même ville, a H s'est rendu recommandable, dit l'abbé Pernetti, par une grande connaissance des livres, qui était rare alors dans cette ville ; elle l'avait fait l'arbitre de ceux qui voulaient former des bibliothèques. U s'en forma une pour lui assez considérable ; elle fait partie
(x) Cujas, lettre du ix janvier 1574.
(2) Remarques criUqius sur,»» U Dicihnmire de Bayk, art. Dorai*
aujourd'hui de la Bibliothèque publique de cette ville, à qui il la vendit sous une rente viagère... Nous n'avons qu'un reproche à lui faire, c'est de n'avoir pas recueilli les anecdotes et les particularités de plusieurs savants, qu'il avait apprises par sa correspondance avec eux ; il en parlait volontiers et en savait beaucoup (i). »
Âmhelme Tricaud, abbé de Belmont, était aussi chanoine d'Âinay (a). Passionné pour l'étude, il y donnait tous les instants dont il pouvait disposer. Il avait composé plusieurs ouvrages d'érudition, entre autres les Remarques critiques sur la nouvelle édition du Dictionnaire de Moriri donnée en 1704. Ses goûts et ce genre d'études devaient naturellement l'attirer vers l'auteur des Remarques sur différents articles du Dictionnaire de Moréri de l'édition de J718. Mais il était un point sur lequel les deux savants critiques ne se rencontraient malheureusement pas, c'était la Constitution Unigenitus (3). L'opposition de l'abbé Tricaud à cette Bulle lui attira même, en 1735, une lettre de cachet qui l'obligea à sortir du diocèse. Aussi, M. Bimard de La Basde avait-il raison de supposer qu'il n'y avait pas, entre ce chanoine et M. Le Clerc, une liaison bien intime (Lettre à M. Le Clerc du 9 juillet 173 s)« Le Licencié de Sorbonne fut même chargé de présenter à la signature du Docteur le Décret de la Faculté ordonnant à tous ses membres l'acceptation de la Bulle, comme nous l'apprenons par une lettre de M. Le Clerc au président Bouhier, en date du 10 juin
(i) Rtcherches pour servir à l'Histoire de Lyon, ou les Lyonnais dignes de mémoire, Lyon, 17S7, tome II, p. 293-295.
(2) « Docteur de Sorbonne le 25 mai 1708. C'est le jour de la prise de bonnet. Il est né à Belley le 4 mars 1671, comme il me Ta dit lui-même » (Lettre de M. Le Clerc à Bouhier du X2 juin 1729). L*abbé Tricaud mourut le 19 juillet 1739, âgé de 68 ans.
(3) L*abbé d*Artigny raconte dans ses Nouveaux Mémoires une anecdote qui justifie bien notre assertion. Voy. tome II, page 6.
(4) « Allant ce matin à sept heures dire la messe dans un couvent de religieuses nos voisines, j*ai rencontré Tabbé Tricaud qui sortait de cetie ^Ue, à cheval, pour se rendre à son prieuré de Belmont en Bugey. Vous lêsQz apparemment que Monsieur notre Intendant lui fit porter, dimandi«
Parmi les Lyonnais avec lesquels M. Le Clerc eut également des relations, il faut encore citer Tabbé de Faramant, prévôt d'Ainay, qui fut plus tard vicaire-général de Christophe de Bcaumont, archevêque de Paris ; M. Roman, prêtre et bénéficier dans l'abbaye de TIle-Barbe, de qui il apprit plusieuR détails concernant Philippe -Sylvestre du Four (i); M. de « Millière, Lyonnais curieux en livres et qui en avait de fort bons » (2); Brossette, avocat, éditeur et commentateur de Boileau; enfin, Laurent Dugas, né à Lyon le 10 septembre 1670, président au présidial de cette ville à l'âge de 28 ans, et prévôt des marchands de 1724 à 1730, « magistrat aussi recommandable par sa piété que par son amour pour la justice et pour les sciences » (3). En 1700, il fut, avec l'abbé Tricaud, un des sept fondateurs de l'Académie Lyonnaise, qui comptait également parmi ses membres l'Archevêque de Lyon, M^ de Neuville de Villeroi, l'abbé de Faramant, Brossette, les PP. De Colonia et Folard, tous amis de M. Le Clerc.
La haute estime qu'ils avaient conçue de ses talents et de sa science, moins d'un an après son arrivée à Lyon, leur inspira l'idée de l'associer à leur Compagnie, témoignage d'autant plus honorable que le nombre des Académiciens était alors fort restreint (4). Mais les Supérieurs de Saint-Sulpice, jugeant sans doute cette distinction peu compatible avec la vie cachée dont la Compagnie a toujours fait profession, ne permirent
dernier, une lettre de cachet qui Tobligc de sortir de ce Diocèse... Je suis fdché qu'il ait donné lieu à cette lettre. Je n*cn appris la nouvelle que mardi dernier, à mon retour de la campagne. Ayant été, le lendemain, diner chez Monseigneur, Sa Grandeur me dit sos griefs , auxquels je ne sus que répliquer. Monseigneur savait que quand je portai à TAbbé le Décret de la Faculté pour l'acceptation de la Constitution > il y a environ deux ans , il ne voulut point le signer, et que , de 27 Docteurs qui étaient dans le Diocèse, dont deux ou trois étaient Jacobins , il fut le seul qui en fit refus , etc. » (i) Bibliothèque du RicheJet, art. Four.
(2) Remarques critiques sur,,, Bayk, art. Utino,
(3) Mémoires de Trévoux, octobre 171 3, page 17 16.
(4) Les statuts de F Académie arrêtés en 1724 portent : a La Compagnie sera composée de vingt-cinq personnes » (Hist, de VAcad, roy, des Sciences^ Lettres et Arts de Lyon, par J.-B. Dumas ; Lyon , 1840, tome I, p. 20).
pas à M. Le Clerc d'accepter cet honneur. Ce fait intéressant nous est révélé par M. Perdoulx de La Perière dans sa lettre à M. Le Clerc en date du i6 août 1723 : « Etes-vous présentement de TAcadémie Lyonnaise ? Permettez-moi de vous le demander et de le souhaiter pour l'avantage de cette société naissante. Serait-il possible que les Supérieurs de Saint-Sulpice désapprouvassent une liaison purement littéraire avec quelques personnes choisies, la plupart ecclésiastiques, qui ont pour chef leur Archevêque ? Comptez toujours également sur ma discrétion pour tout ce qu'il vous plaira de me confier et sur la bonne envie que j'ai de vous rendre tous les petits ser« vices dont je suis capable ».
Mériter les honneurs vaut infiniment mieux que les recevoir. C'est aussi à quoi s'appliquait M. Le Clerc. Pendant cette même année 1723, il contribuait à l'amélioration du Dictionnairt de Moréri en communiquant « cinq à six mille corrections » (i) à celui qui prenait soin de l'édition qu'on en faisait alors à Paris. Ce savant était La Barre, membre de l'Académie des Inscriptions et éditeur de plusieurs ouvrages auxquels son nom est demeuré attaché (2). Quelques fragments de ses
(i) Bihliothèque du Richekt, art. t^€orêri,
(2) En 1727, lorsqu'il composait sa BibUotbcque du Ricljtlel^ M. Le Clerc demanda à La Barre les éléments d'une notice biographique qu'il espérait lui consacrer, mais dont il ne put donner qu' « un mot » à l'article Moréri, La Barre répondit par une lettre qu'on nous saura gré de citer en entier, parce qu'elle confirme et complète sur plus d'un point l'Éloge composé par De Boze, et inséré au tome XIV (édit. in-40, p. 308-315) de V Histoire de T Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, La voici : ' « Je ne suis point, Monsieur, de l'Académie des Sciences, mais de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, où j'ai été reçu au mois de février de cette année (1727). Je vous suis très-obligé de la part que vous voulez bien y prendre, mais je ne sais comment répondre à ce que vous me demandez à la fin de votre lettre, n'étant point de ceux qui méritent qu'on parle d'eux dans le monde. Il est vrai qu'il faudra qu'on le fasse tôt ou tard, puisque l'Académie me doit un éloge après ma mort. On trouvera peut-être que vous deviez attendre à ce temps-là à parler de moi; n'importe, ce serait vous désobliger que de ne vous rien dire ; ainsi je vous marquerai que je m'appelle Louis-François-Joseph, ayant reçu ces trois noms au baptême le 9 de mars de l'année 1688 dans la paroisse de Saint-Jacques, à Toumay,
il8 M. LE CLERC AU SÉMINAIRE DE LYON
lettres k M. Le Clerc montreront le cas qu'il faisait de ses Remarques :
« Ce n*est qu'aujourd'hui, i8 avril, que les libraires m*ont » remis entre les mains vos Remarques sur les lettres R, S, T, » avec quelques autres sur les lettres précédentes, quoique vous » leur eussiez écrit que vous vous pressiez, afin que Tunifor- » mité pût être mieux gardée. Je vous assure, ce qui est très- » vrai, que je fais tout le cas possible de vos Remarques; je » les emploie avec beaucoup de plaisir, et j'estime heureux » qu'un homme aussi habile et aussi laborieux que vous se » soit intéressé à la perfection de cet ouvrage. Je l'ai dit à » beaucoup de gens, parce que je ne dois pas me parer du
où mon père a été référendaire à la Chancellerie. Il avait épousé une fille d*un marchand de Valenciennes , où il se retira après la déroute de ses affaires, et il y mourut âgé de 63 ans ou environ, après avoir fait pendant une douzaine d'années la profession d'avocat au Conseil provincial du Hainaut, qui a été supprimé depuis. Pour moi, ayant été amené dès Tdge de trois ans et demi à Paris, j'y ai toujours demeuré depuis, n'ayant £iît qu'un voyage de six mois à Valenciennes en 17 12. J'ai fait une partie de mes études dans cette communauté dont feu M. Durieux avait pris la conduite après la mort de M. Gillot qui l'avait instituée. » — La Barre désigne ici le Collège de Sainte-Barbe. V. Dictionnaire de Moririy art. Gillot. Quicherat, Histoire de Sainte-Barbe, III« partie, chap. i et 2, tom. II, p. 249-282. Vie de M. Oîier, par M. Paillon, 4c édit., tom. III, p. 308-310. — « On ne m'obligea pas d suivre bien exactement l'ordre à^ études, et j'y eus assez la liberté de satisfaire mon goût pour l'Histoire ancienne. Je prii ensuite la part que pouvait prendre un jeune homme de dix-huit ans , à l'ouvrage que le R. P. D. Anselme Banduri, Religieux Bénédictin de la Congrégation de Meleda, présentement bibliothécaire et antiquaire de S. A. S. MonsgT le Duc d'Orléans, et Académicien honoraire étranger de notre Académie , a donné au public en deux volumes in-folio , sous le titre Imperium Orientale, etc. Après cet ouvrage, D. Banduri en entreprit un autre de même taille , sous le titre : Numistnata Imperatorum Ramanorum à Trajano Decio ad Pdlaolo^os Augustos, etc., et je l'y secondai encore. Aussitôt après, je fus chargé de revoir le Moréri et de préparer une nouvelle édition du SpiciUge de D. Luc d'Acher}'. Vous savez , Monsieur, combien peu de part j'ai eu au premier ouvrage; c'est à vous que sont dues la plupart des corrections qui y ont été faites , et je n'ai presque fait que vous copier. Si vous voulez en parler, du moins marquez bien que je n'ai aucune part aux généalogies , tout ce qui a été fait en ce genre éunt de M. Vailly, Avocat , qui y a ajouté aussi divers articles. A l'égard du SpiciUge, j'en ai préparé
» bien d'autrui, quoique, en ne me parant que du mien, je » me trouve presque nu; il serait ridicule d'aimer en moi- 9 même la vanité qui me déplairait dans les autres hommes » (18 avril 1723). — « Vos Remarques sont toujours très- » exactes » (6 juin 1723). — « Elles sont presque toujours » sûreSy et le public vous aura obligation aussi bien que moi » (3 mars 1724).
Les rapports de M. Le Clerc avec La Barre cessèrent avec la cause qui leur avait donné naissance, savoir, la nouvelle édition du Dictionnaire de Moriri. D'autre part, à la date où nous sommes parvenus, c'est-à-dire en 1724, de tous les érudits avec lesquels M. Le Clerc entretenait un commerce littéraire, les uns, comme les PP. Lelong et Echard, ont passé une vfe
Tédition qui n*a pas été faite sous mes yeux ; c'est Timprimeur Boudet qui en a vu les épreuves. La préparation a consisté à en ranger les pièces , et à faire usage des diverses leçons de plusieurs de ces pièces , recueillies tant par feu M. Baluze ,. que par les RR. PP. D. Edme Martène et D. Ursin Durand , Religieux Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur. J'y ai ajouté quelque peu de notes et des conjectures pour corriger principalement les sermons de S. Pierre Chrysologue aux Catéchumènes , et les ouvrages de Rathérius, Évêque de Vérone , qui n'étaient pas lisibles dans l'édition de D. Luc d'Achery, et qu'on entend parfaitement dans la nouvelle édition. Voilà beaucoup parler de moi : j'y ajouterai pourtant encore que, depuis que j'ai fim les deux travaux dont je viens de rendre compte, je me suis appliqué à préparer une édition grecque et latine d'Hérodote , et une traduction du même historien. Cela ne se peut bien faire en peu de temps. Je joindrai à l'édition du texte qui sera rectifiée en une infinité d'endroits , une nouvelle version latine et beaucoup de remarques toutes neuves. J'y ajouterai aussi un Le»con d'Hérodote, parce qu'au moyen de cette édition, les Lexiques que nous avons se trouveront tous chargés de beaucoup de mots qu'il en faut bannir, ou auxquels on a doimé une signification- qui ne leur convient pas. Je ne puis vous parler ainsi sans que mon travail soit avancé ; aussi l'est-il ; à l'égard de la traduction française, j'en ai préparé les deux premiers livres qui font à peu près le tiers de l'ouvrage entier. »
Uouvrage est resté inédit , mais l'Histoire de l' Acadéniie des Inscriptions et Belles-Lettres en contient quelques fragments détachés. On trouvera dans V Éloge déjà cité la suite des travaux de La Barre. Il avait aussi conçu le projet d'un Dictionnaire giograpinque de Vital prisent de la France. Dans ses lettres à M. Le Clerc il y revient souvent, et il comptait beaucoup sur son concours pour la partie concernant le diocèse de Lyon.
120 RAPPORTS AVEC LE PRâsiDEKT BOUHIER
meilleure; les autres, comme M. Perdoulx de La Pcrièrc, le P. Desmolets, Dom Liron, n'écrivent plus que rarement et n'embrassent qu'un cercle assez restreint. Autour de lui, — nous ne l'avons pas oublié, — M. Le Clerc ne voit que bien « peu de savants » qui aient du goût « pour cette espèce de littérature, » à laquelle il a voué ses loisirs. Qui ne sait, cependant, « quel charme l'amitié répand sur les travaux des hommes consacrés aux lettres, et combien elle sert à les conduire, à les corriger, à les exciter, à les consoler » (i)? Mais l'aimable et douce Providence avait préparé à M. Le Clerc des savants capables de s'intéresser à ses travaux, de l'aider dans ses recherches et d'en contrôler les résultats. Ils habitaient la ville de Dijon, toujours féconde en hommes de mérite, magna (parens) virûm, toujours jalouse de conserver le rang distingué qu'elle a conquis dans le monde littéraire. Un des érudits Lyonnais, qu'il voyait quelquefois, mit M. Le Clerc en relation avec le plus célèbre des trois Dijonnais. Les deux autres vinrent naturellement à la suite du premier, et c'est ainsi que successivement, en 1725 et 1726, M. Le Clerc devint et resta jusqu'à sa mort le correspondant habituel et Tami dévoué du président Bouhier, de l'abbé Papillon et du révérend père Oudin.