‹ Vie, écrits et correspondance littéraire de Laurent Josse LeClercChapitre 45 sur 83 · RAPPORTS AV£C S£K£CÈ · texte numérisé non relu

RAPPORTS AV£C S£K£CÈ

Senecé (i). Nous lisons aussi dans le même ouvrage que Gratien BauderoB, aïeul de notre poète, a laissé « entre les maias de ses héritiers vingt-deux volumes in-folio manuscrits de ses ouvrages. » Au sujet de Brice Bauderon» médecin célèbre par sa Pharmacopée, qui a eu plusieurs éditions, M. Le Clerc tenait de son arrière petit-fils une anecdote qu'il raconte, * sauf, ditil (et nous le disons avec lui), à ceux qui la regardèrent comme trop mince, de ne m'en savoir aucun gré. »

« M. de Senecé, arrière petit-fils de Bauderon, étant à Paris » vers 171 5 , et ayant besoin de quelques drogues, entra chez » un apothicaire et les fit peser et empaqueter après être con- » venu du prix. En tirant de l'argent pour payer, son cachet » tomba par hasard sur le comptoir, et l'apothicairç , y ayant » aperçu les armes de Bauderon^ le regarda de plus près et » les confronta avec celles qui se trouvaient à la tête d'une » Pharmacopée de Bauderon, qui était sur une tablette. Seriez- » vous. Monsieur, dit-il ensuite à l'acheteur, de la famille de a » grand homme? L'autre lui ayant répondu qu'il était son arrière » petit-fils, ahl Monsieur, reprit aussitôt l'apothicaire, que je » suis heureux d'avoir vu quelqu'un de sa race ! C'est lui qui » me donne du pain et à dix mille de mes cônfirères. Sa mé- » thode, qui est merveilleuse et qui durera éternellement, est » la seule à laquelle on doit s'attacher. Quelque effort que fit » M. de Senecé pour lui faire prendre son argent, il le refusa » constamment, lui protestant que sa boutique était tout en- » tière à son service et qu'il lui ferait plaisir d'y venir prendre » librement tout ce qui lui pourrait être nécessaire. Je sais ». le fait d'original (2). »

(x) « Les vers du bon M. de Senecé ne valent pas grand*chose. Ce n*est pas la vieillesse d'Homère. Dans tout le Recueil de ses épigramxnes, il n'y a pas deux dragmes de sel » (Lettre de Bouhier à M. Le Qerc du 4 août 1726). : (2) Si M. Emile Chasles avait lu cette anecdote, avec les mots soulignés â la fin, dans la 'Bibliotltèque du RicJjekt, il n'aurait sans doute pas écrit que la Tharmacopie « demeura longtemps célèbre, s'il enfant croire Le Clerc, et après lui Papillon » {Œuvres clmsies de Senecé; Nottv. idit. précédée étune Monographie delà famille 'Bauderon de Senesuy, par M. Emile Chasles ; Paris, P. Jannet, i8$$, p« 11). Papillon, dans sa bibliothèque des auteurs de 'Bmir^

RAPPORTS AV£C BIMARD DE LA BASTIH I3I

Le baron Bimard de La Bastie était né à Carpentras, le 6 juin 1703. Sa famille appartenait à l'ancienne noblesse du Dauphinè. Doué d*un esprit solide, d'un jugement sûr et d'une mémoire très-heureuse , il avait acquis de bonne heure l'habitude d'écrire en latin avec une facilité et une pureté remarquables. Il était, de plus, d'un caractère ferme et ennemi de toute dissimulation. Un procès considérable qu'eut sa famille en 1726 le força de se rendre à Grenoble, où le président Val' bonnais lui inspirale goût des recherches historiques. L'affaire qui l'occupait ayant été renvoyée devant le Parlement de Dijon, il fit plusieurs voyages dans cette ville ^ où il connut le Président Bouhier, qui lui communiqua bientôt son ardeur pour l'étude de l'antiquité (i). .

Ccst en 1727, au retour d'un de ses voyages qui l'obligeaient à passer par Lyon, que le jeune antiquaire vit M. Le Clerc, auquel le Président l'avait sans doute recommandé, comme il l'avait déjà fait l'année précédente pour M. d'Drvillé, "jeune Hollandais plein de mérite et de savoir, allant également à Lyon pour se rendre ensuite en Italie (2). La première entrevue eut lieu le 19 mars 1727, car, le même jour, M. Le Clerc écrivait au Président Bouhier : « J'ai reçu aujourd'hui la visite de M. le baron de La Bastie, et je vous avoue que je n'ai pas été moins surpris de sa grande érudition, dans un âge si peu avancé, que j'ai été charmé de sa politesse. Je vous suis très-redevable d'une connaissance si estimable que vous m*avez procurée. »

M. Le Clerc n'eut garde de négliger cette nouvelle ressource, qui lui était envoyée par la Providence. Comme il travaillait sdors à la Bibliothèque du Richekt, il demanda à M. de La Bastie

gcgne (art. 'Sauderott), raconte Thistoire un peu différemment, et, dans une lettre à M. Le Clerc (si mars 172^), il dit la tenir « d'un M. de la Sencerie, parent de Bauderon et habile homme, » qui la lui écrivit avant Tannée que l'auteur de la 'Bibliothèque du RicMet dit être celle où elle arriva.

(i) iiqgraphie univ. de Micijaud, art. La 'Bastie. — Voir surtout son Èlcge, OfU* Fréret, dans V Histoire de T Académie royale des Inscriptions et 'BeUes-Lettres f Paris, 1752, itt-4^ tome XVI, p. 335-347.

(3) Lettre de Bouhier â M. Le Qerc du 2 juillet 17261

quantité de renseignements sur certains personnages dont il voulait donner des articles. Le baron répondit toujours a\iec une complaisance égale à son érudition, et justifia l'opinion que M. Le Clerc s'était formée de sa politesse et de sa science. « Vous auriez eu tort, Monsieur, de me soupçonner de vous avoir oublié. Je gagne trop à entretenir commerce de lettres avec vous pour ne pas chercher à m'attirer souvent de vos nouvelles (i). » Ainsi commence la première des quatorze lettres du baron à M. Le Clerc. La plus grande partie de ce qu'elles renferment a passé dans la Bibliothèque du Richekt, principalement dans les articles Alletnand, Thomas de Lortne et Marville. Quant aux fragments de cette correspondance, qui ont un rapport direct avec les ouvrages de M. Le Clerc, ils auront leur place naturelle dans le cours de cette Notice.

Page 1