‹ Vie, écrits et correspondance littéraire de Laurent Josse LeClercChapitre 52 sur 83 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

REMARQ.UES SUR LA C BIfiUOTHÈQ.UE » DE D. LE CERF ET SUR LES a MÉMOIRES » DU P. KICERON — HISTOIRE DES PAPES.

Nous sommes encore en 1727.

L'année précédente, Dom Le Cerf, religieux Bénédictin, avait mis au jour sa Bibliothèque historique et critique des Auteurs de la Congrégation de Saint-Maur (i). Par plus d'un endroit, l'auteur donnait prise à de justes critiques. Aussi, M. Perdoulx de La Perière publia-t-il à Orléans, au mois de janvier 1727 (2), un petit écrit où, caché sous le nom de Dom P. Le Richoulx de Norias, il releva un assez grand nombre d'omissions, de méprises et de fautes de conséquence répandues dans le livre du Bénédictin. H fut aidé dans ce travail par M. Le Clerc, comme l'atteste la lettre de celui-ci au Président Bouhier, en date du 3 mai 1726 :

« Pour ce qui est de la 'Bïhliollxque des Bénédictins {inUr nos s*il vous plaft), j'ai communiqué à une personne 80 remarques au moins sur cette

(i) Dom Philippe Le Cerf de la Viéville, né à Rouen en 1677, entra dans la Congrégation de Saint-Maur le 18 mars 1696, y fit profession le 20 du même mois de Tannée suivante, et mourut le 11 mars 1748 à Tabbaye de Fécamp, où il passa les trente dernières années de sa vie. Ses supérieurs de Paris refusèrent de laisser imprimer sa Bibliothèque à cause des traits satiriques qu*il y lance contre quelques-uns de ses confrères. D. Le Cerf confia alors son manuscrit à D. Prévost , si connu depuis sous le nom de Prévost ^Exiles, lequel demeurait aussi dans Tabbaye de Fécamp. Celui-ci Tenvoj'a au fameux Jean Le Gerc, qui publia Touvrage à La Haye (D. Tassin, Hist, littir, de la Congr, de Saint-Maur, p. 645-647).

(2) a Quand j'ai reçu votre dernière lettre, Monsieur, j'étais occupé à revoir mes Remarques sur la 'Bibli4)tîjèque des auteurs de la Congrégation de Saint'Maur, pour les faire imprimer. Elles viennent de paraître » (Lettre de M. Perdoulx de La Perière à M. Le Qerc, du 13 janvier 1727).

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'Bibliothèque; à un honime, dis-je, bon bibliothécaire, et qui y avait déjà remarqué nombre de fautes qui lui avaient £ait venir Tenvie d*en faire une courte critique. Les principales fautes que j*ai communiquées sur cette Bibliothèque, sont : 10 que les titres des ouvrages sont souvent mal énoncés, en sorte qu*on ne peut quelquefois deviner si le livre est latin ou s'il est français; — 20 qu'il y a bien des écrivains ou des ouvrages omis. J'ai indiqué sept à huit Bénédictins tirés du P. Lelong... ; — 30 beaucoup de noms défigurés ; — 40 des fautes énormes pour un homme qui tranche du savant, comme celle de M, ht Teïlier, ^Archevêque de Rouen, sucusseur de M. Colbert dans le Ministère; de Gennade, Évêque de Marseille; de M, Folard, auteur des notes sur le Lactance De mortibus persecuforum, au lieu de Toynard; de Dom Estiennot dans la familiarité d! Urbain VIII au lieu de Alexandre VII \ du Cardinal de %,ichelieu, abbé de Saint-Midard de Soissons en 1659, au ^^^ ^^ Cardinal Ma^arin; de M, Toynard adversaire du P. Lamy de V Oratoire, sur la Tdque, quoiqu'il fût certainement de ses plus zélés partisans, etc. Je ne vous en marque rien de plus, parce que j'ai prêté mon exemplaire noté à un P. Jésuite de mes amis ; — 50 II n'est guères de Bibliothèque où Va^nour de communauté reproché par Baillet à Alegambe et à Sotwel éclate plus que dans celle-ci. D. Le Cerf prend parti sur tout pour son ordre, et dit dans un endroit : Un ordre aussi illustre que le nôtre, phrase dont on ne trouvera pas, je pense , la pareille dans les Bibliothèques jésuites; je ne la crois pas intolérable en elle-même, mais laudet te os alienum, non tuum. Il maltraite fort le P. Germon, et pour moi qui ai autrefois examiné à fond cette dispute, le P. Germon avait raison (i) ; — • 60 il y a bien des articles dénués de date , de pa}^ , etc. Tout cela réuni à ce que le savant en question aura ramassé de son côté donnera de la matière pour faire une critique fort jolie ».

D. Le Cerf tâcha de se justifier par un écrit où, croyant avoir affaire à un confrère, il prend le haut ton et répond avec beaucoup de vivacité (2). M. Perdoulx de La Perière résolut

(i) « Je pense comme vous sur le P. Germon, qui joignait à beaucoup de science un style excellent... Il est surprenant que les Jésuites n'aient pas mis son Éloge au Journal de Trévoux » ( Lettre de M. Bouhier à M. Le Clerc, du 12 mai 1726).

• (2) Défense du livre qui a pour titre : Bibliothèque, etc. Au R. P. Dom •^j Religieux de la môme Congrégation (de Saint-Maur). Paris, chez Chaubert, 1727, in-i2 de 19 pages. Cette Défense parut aussi dans la Bibliothèque française de Du Sauzet, tom. XI, 2* partie, p. 167-194, année 1728. La Lettre de D. Le Cerf est datée de Rouen, le 15 mars 1727, et signée De La Pipardière, pseudonyme sous lequel il cacha son nom.

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de répliquer, et, pour le faire avec plus de force et de solidité, il eut encore recours à M. Le Clerc (i). La nouvelle critique parut sous ce titre : « Seconde Lettre de Dom P. Le Richotilx de Norias à un de ses confrères sur la Bibliothèque historique et critique des auteurs de la Congrégation de Saint-Maur, composée par Dom Philippe Le Cerf de la Viéville, etc., Orléans, 1727 » (2). Elle contient les nouvelles Remarques communiquées par M. Le Clerc; mais, au jugement de celui-ci, elle a, comme la précédente, le défaut de n'être pas écrite « dans un style assez serré » (Lettre à Bouhier, du 23 décembre 1727).

La même année 1727 vit paraître les premiers volumes des Métnoires pour servir à l'histoire des hommes illustres dans la République des Lettres, par le P. Nicéron, Bamabite. Ce fut un nouveau champ ouvert à la critique de M. Le Clerc, un nouvel élément fourni à sa correspondance avec ses amis de Dijon. D écrit, en effet, au Président Bouhier le 16 août 1727 :

« Le dessein du P. Nicéron est beau , mais il n*est pas exécuté comme il faut. Ce Père ne me parait pas homme à discuter, avec toute l'application et tout le discernement nécessaires , les matières qu'il embrasse. J'en ai dit ma pensée au libraire Briasson , lequel m'en avait écrit pour avoir quelques particularités touchant mon père, duquel le P. Nicéron avait dessein de donner un article dans son troisième volume. Je lui ai marqué que cet article me paraissait superflu. Il y en a un dans le dernier Moréri , et je l'ai rendu le plus exact qu'il m'a été possible... J'ai pris de là occasion de lui Caire observer que son livre n'aurait pas grand' vogue tant qu'on y verrait quantité d'articles ne disant que ce que tout le monde sait , ou peut aisément trouver ailleurs; qu'il ne devait y parler des savants très-célèbres qu'en donnant à leur sujet àts particularités remarquables et peu connues , ou bien en corrigeant les fautes àts Dictionnaires , Recueils ou Èhgistes qui en ont parlé ; qu'il devait particulièrement s'appliquer à déterrer des gens de mérite touchant lesquels on ne trouve presque rien nulle part, et dont on est obligé

(i) Lettre de M. Perdoulx de La Perière à M. Le Clerc, du 26 juillet 1727. L'autographe porte 1721 , mais c'est évidemment un lapsus qui a causé une erreur dans le classement et fait donner la première place à cette lettre, qui devait occuper la dernière ou l'avant-dernière.

(2) Elle est analysée par D. Tassin, Hist, littèr, de h Congrégation de Saint-Maur, page 648.

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