‹ Vie, écrits et correspondance littéraire de Laurent Josse LeClercChapitre 56 sur 83 · CHAPITRE XK · texte numérisé non relu

CHAPITRE XK

BIBLlOTHÈaUE DU RICHELET.

in. Principaux articles de cet ouvrage et jugement qu'en ont porté

les Mémoires de Trévoux.

En novembre et décembre 173 1, les Mémoires de Trévoux donnèrent deux extraits, Tun du Dictionnaire ^ l'autre de la Bibliothèque du Richelet.

Le premier est une censure sévère, mais bien motivée, de l'œuvre de Richelet et de son dernier éditeur, M. Aubert.

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« Si l'on croit sur ce nouveau Richtlet, disent les journalistes, certain critique un peu *chagrin de la patience qu'il a eue de parcourir ces trois immenses volumes y et qui nous a adressé une partie de ses remarques, la destinée (malheureuse) des premières éditions serait due à celle-ci. » (Novembre 173 1, p. 1869). L'auteur de l'article reproduit ensuite avec une sorte de complaisance les observations qu'il dit avoir reçues, et dont le résumé ne remplit pas moins de quatorze pages. Il y donne même sa complète approbation, déclarant qu'il ne peut a contester au critique que ses Remarques soient bonnes et judicieuses » (p. 1882). Bien plus, il y ajoute les siennes propres, d^une étendue à peu près égale.

On pouvait bien ne voir là qu'un détour ingénieux habilement imaginé pour faire passer la critique et en tempérer l'amertume. Néanmoins M. Âubert ne prit pas la chose de la sorte, et peut-être n'avait-il pas entièrement tort, comme nous le dirons bientôt. Il alla même jusqu'à soupçonner M. Le Clerc, — lequel avait bien eu en effet « la patience de parcourir les trois immenses volumes » du Richelet, — d'avoir envoyé au journaliste le Mémoire sur lequel celui-ci disait avoir travaillé. C'est M. Le Clerc lui-même qui raconte ce fait au Président Bouhier dans sa lettre du 3 janvier 1733. « Je ne dois pas oublier de vous dire qu'allant voir, il y a quelques jours, M. Aubert que je n'avais point vu depuis environ huit à neuf mois, je le saluai et lui souhaitai une bonne année de votre part. Il se porte encore assez bien pour être à la fin de sa 91* année. Ce qui avait fait que je ne l'avais point vu depuis si longtemps, c'est que l'on m'avait dit chez son libraire qu'il croyait que c'était moi qui avais fourni aux journalistes de Trévoux le Mémoire qu'ils ont donné sur son Dictionnaire, où il n'est pas trop ménagé. Je ne voulus pas m'exposer à avoir peut-être querelle. Je me contentai de dire au libraire que je n'étais point auteur du Mémoire. »

Non, M. Le Clerc n'était point auteur du Mémoire; il l'affirme, et sa parole nous suffît; car, selon le beau mot d'un grand moraliste, « un honnête homme qui dit non

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mérite d'être cru : son caractère jure pour lui » (i). Mais M. Le Qcrc n'avait-il pas, sans s'en douter, fourni les principaux points de la censure ? Est-ce à lui que nous devons rappeler ce qu'il écrivait au P. Oudin, le 9 janvier 1729, dans cette même lettre dont nous avons donné un extrait à la fin du chapitre précédent? « Je ne vous dis rien du Dictionnaire qui est à peu de chose près, tel qu'il était pour tout ce que M. Aubert n'y a point mis. Il n'a pensé qu'à ajouter, et peu ou point à corriger. Il a pourtant retranché quelque chose qui était criant au mot Adultère. Il a laissé un grand nombre de noms défigurés, de fautes de dates, etc., de vers estropiés, et d'autres fautes semblables qu'il eût pu corriger fort aisément. Pour la doctrine, j'en ai fait retrancher plusieurs endroits, et c'est ce qui a produit les douze cartons que l'on y voit, quand on prend le livre en blanc. Nonobstant cela, il y aurait encore bien des choses à retrancher. Les additions de M. Aubert sont, pour la plupart, à mon avis, un peu trop longues et trop chargées d'inscriptions anciennes, de latin, etc., qui naturellement n'appartenaient point à un Dictionnaire de la Langue Française. »

Si l'on rapproche de ce passage l'article des Mémoires de Trévoux, celui-ci en plus d'un endroit paraîtra n'être que le développement du premier, avec plusieurs termes absolument identiques. Citons-en quelques fragments.

« Le nouvel éditeur, au jugement de notre critique..., paraît s'être moins appliqué à perfectionner le Dictionnaire de Richelet, qu'à en augmenter le nombre des volumes... // y avait cependant plus à retrancher quà ajouter. Les additions... roulent, les unes sur des termes de jurisprudence, etc., les autres sur des points de littérature ancienne et moderne... (p. 187 1). Les citations multipliées rendent la plupart des articles trop longs, et la matière n'intéresse pas assez pour dédommager de l'ennui qu'elles causent par leur longueur. » — ce Après ces remarques générales, notre critique entre

(i) La Bruyère, Les Caractères ; De la Société et de la conversation;

iàiu Servcûfi, PariS) 186$ , tome I, page 234*

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indique a scrupuleusement les sources où il a puisé , et cela en faveur des gens exacts qui, dans un ouvrage comme celuici » veulent y à la suite de chaque fait, en avoir de bonnes preuves. Au reste , ajoute-t-il en terminant, je serai toujours fort obligé à quiconque prendra la peine de suppléer à mes omissions, d'éclaircir mes doutes et de corriger mes fautes. »

a Nous n'entreprenons pas de suivre le Biblioihicaire dans toutes les particularités de la vie et des ouvrages de plus de six cents auteurs, qui se trouvent cités dans sa Bibliothèque. Nous nous bornerons à quelques traits singuliers et moins connus de leur vie et à certains endroits critiques de leurs ouvrages, que le savant écrivain a traités avec plus de soin, conmie plus intéressants et plus capables de plaire à ses lecteurs » {Mim. de Trév., p. 2096, 2097).

a Le premier auteur qui se présente dans cette Bibliothique, selon Tordre alphabétique qu'on y a suivi, est le fameux Pierre Ahailard ou Ahélard, si connu par ses aventures. Après avoir donné une suite chronologique des principaux fiits de sa vie, le Bibliothécaire fait* quelques observations critiques sur ce qu'en ont » dit plusieurs écrivains. « U prouve en particulier, contre le torrent des auteurs, qu'Âbailard n'a jamais été disciple ou élève de Roscelin, et il le prouve par les dates, qui sont absolument discordantes sur ce fait » (p. 2097, 2098). — Mais cette preuve, qui pouvait paraître décisive au temps de M. Le Clerc, doit aujourd'hui céder devant le témoignage formel d'Âbailard, lequel, dans sa Dialectica, publiée pour la première ÉDis en 1836, s'exprime en ces termes : « Fuit autcm, tnemini, magistri nostri Roscellini tàm itisana sententia ut nullam rem partibus constare vellet, sed sicut solis vocibus species, ità et paries adscribebat » (i).

a L'article d'André Alciat est un de ceux où parait le plus l'exactitude de » l'auteur « dans la discussion des moindre faits. » Entre autres, celui de l'enseignement d' Alciat à Bour* ges, en 1327, est « fort bien débrouillé » (p. 2099).

(i) Ouvrages if ledits d*Abélard,„, publiés par M. Victor Cousin; Paris, 1836, in-40, page 471. Voir aussi V Introduction, pages xl-xlui.

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