‹ Vie, écrits et correspondance littéraire de Laurent Josse LeClercChapitre 59 sur 83 · BIBLIOTHÈOPE DU RICHELET · texte numérisé non relu

BIBLIOTHÈOPE DU RICHELET

que l'on en tirât ce qui ne se trouve point ailleurs, et que Ton en fit un bon abrégé. Mais qui est-ce qui se chargera d'un pareil travail? » (i)

Un pareil apologiste du Mercure méritait bien d'y avoir son éloge. D'ailleurs, en parlant ainsi, il était mû par un sentiment de reconnaissance aufânt que de justice. « Après le nombre assez grand de particularités littéraires que j'y ai' puisées, dit-il, je ne pourrais sans ingratitude, ni même sans injustice, souscrire au jugement qu'on en a porté. » On en trouverait des preuves par centaines dans les ouvrages de M. Le Clerc. En voici un emprunté à sa correspondance. — « Vous me prendrez pour un Docteur en Mercure Galant, mais enfin tout sert en ménage à gens de notre métier. Jean- Antoine de Charnes, prêtre et doyen de l'Église coll^ale Notre-Dame de Villentuve-d' Avignon Voilà un. éclaircissement à ce que vous m'avez demandé touchant cet auteur,. €t il est tiré du Mercure Galant, Février 1686, page 30. Vous voyez par ce petit échantillon combien la muse qui préside à la littérature nous favorise à point nonuné, car je n'avais parcouru ce volume, — lequel me coûta mes trois sols il y a environ trois semaines, — que sept à huit jours avant que votre lettre du 12 de ce présent mois de Mai me fût rendue » (20 mai 1726).

Ce solliciteur, on le devine bien, était le Président Bouhier, toujours en quête de nouvelles littéraires. Peut-être ne sera-t-on pas fâché d'apprendre ce qu'il pensait aussi du Mercure. « On est bien heureux, Monsieur, de trouver des chasseurs qui sachent lancer le gibier, aussi bien que vous. Je vous rends mille grâces de vos éclaircissements sur l'abbé de Charnes. Tout méprisable qu'est le Mercure Galant, aussi bien que la Galette de Loret, on y trouve de bonnes choses et

(i) On peut aujourd'hui répondre ; Marmontel, Suard, De La Place, De Bastide et de La Porte, qui, de 1757 à 1764, publièrent le Choix des anciens Mercures avec un extrait du Mercure Français; Paris, 108 volumes, dont un. de Tables; « mine très-précieuse, selon M. Hatin, et qui mériterait d*ètrc mieux connue » (Bibliographie historique et critique de la Presse périodique fran* çaise; Paris, 1866, in-80, p. 27).

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des Êdts qu'on chercherait inutilement ailleurs (i). Ainsi, ce ne sont point des livres à négliger. Il serait bien à souhaiter qu'on en eût fait de pareils dans tous les temps. Combien de choses saurions-nous qui seront éternellement ignorées ? Mais puisque depuis plus d'un demi-siècle on a pris cette méthode, il faut profiter de ce qu'il y a de curieux et en laisser les bagatelles, comme vous savez très-bien le faire » (2 juillet 1726). — Aussi le même ï^résident goûta-t-il beaucoup l'article Mercure de la Bibliothèque, a J'ai lu avec grand plaisir ce que vous dites du Mercure Galant, et j'adhère au jugement que vous en faites, n y a longtemps que j'ai désiré comme vous qu'on en ât un abrégé sur le plan que vous donnez » (23 mars 1729) (2). La Biographie universelle de Michaud renvoie à la Bibliothique du Richelet pour une plaisante bévue du ministre Du !hCoulin. « Elle se trouve dans son Antibarbare, Genève, 1631, p. 95. Le Ministre y transcrit d'après un Missel l'Antienne du vendredi saint, qui commence (par ces mots) Ecce lignant cruels, après laquelle il y a Deus misereatur nostri... Evoae. Du Moulin ne sachant ce que marquent ces lettres E. V. O. A. E. (nos livres portent aujourd'hui E. U. O. U. A. E.) a cru que Ton chantait cela en un seul mot, et il se récrie ainsi

(i) Dans cette suite de résunrections littéraires qui se succèdent sous nos yeux , la Mu^e Instarique de Jean Loret , aussi curieuse que rare, ne pouvait manquer d'avoir son tour. Commencée par le libraire Pierre Jannet , qui donna le premier volume en 1857, une nouvelle édition de la Galette buT" lesque, comme on Ta aussi appelée, s'achève en ce moment, avec le concours de M. Ch. livet, d la librairie Daffis, laquelle a racheté et continue la collection si connue sous le nom de Bibliothèque El^éviriemie, La Mu^e historique formera. 4 vol. in-S».

(2) Tel est aussi le jugement d'un auteur moderne qui a fait des journaux français une étude spéciale et approfondie. « On £ût généralement, dit M. Hatin, ou plutôt on affecte de faire peu de cas du Mercure; il est certain cependant qu'il vaut mieux que sa répuution, et il serait difficile de méconnaître le grand rôle qu'a joué dans l'histoire littéraire du xvni« siècle ce recueil^ célèbre qui a eu le singulier privilège d'intéresser pendant un siècle cf, demi liné société qui n'éuit pas précisément sotte, qui a compté parmi ses rédacteurs les plus grand noms de la science et des lettres, qui enfin a pu sur ses bénéfices annuels servir jusqu'à 30,000 livres de pensions aux gens de lettres » (fiibUogr. hist. et crii. de la presse périodique française, p. 24).

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là-dessus : lequel mot, Evoae, est un mot de triomphe dont les Saches enragées et yvres se servaient en l'honneur du Dieu Bacchus. Je pense, dit M. Le Clerc, qu'il aurait ri lui-même de sa sottise, s'il eût dans la suite découvert que ces lettres son^ mises uniiquement pour marquer en abrégé les derniers mots du Gloria Patri, savoir, Seculorum, Amen y et que tout le monde le sait parmi les catholiques, jusqu'aux pajrsans qui chantent au lutrin dans les campagnes ».

Nous ne finirions pas si nous voulions citer toutes les anecdotes intéressantes contenues dans les articles Nicole^ Perachon (i), Richelieu, S. Zacharie, pape, duquel les Mémoires de Trévoux parlent fort longuement. Concluons ce chapitre par où les mêmes Mémoires terminent leur extrait, et reconnaissons de nouveau pour auteur de ces lignes le P. Oudin qui, on ne l'a pas oublié, avait reçu de M. Le Clerc un exemplaire corrigé de la Bibliothèque du Richelet. « Finissons cet extrait. Nous en avons assez dit pour. faire connaître le mérite de la nouvelle Bibliothèque, qu'on peut regarder comme un trésor d'anecdotes curieuses , et de remarques savantes sur divers ouvrages. L'Auteur y parait partout ami constant de la vérité, et bon critique; ses jugements ne sont point hasardés; il n'avance rien sans preuves. Cette Bibliothèque servira à réformer un grand nombre d'articles dans

(i) A Tartide Ttrachon, M. Le Clerc recherchant par qui et à quelle époque Louis XIV reçut pour la première fois le surnom de Grand, mentionne une médaille gravée par Sébastien Le Qerc, d'après Tidée fournie par le P. Souhaitty, cordelier du couvent de Vire en Normandie. Ce religieux se proposait de la faire entrer dans un ouvrage qu*il n'a pas exécuté et dont il n'a jamais voulu découvrir le dessein. Au milieu de Tesumpe, on voit le portrait de Louis XIV, au-dessus duquel voltige un écriteau avec une légende écrite en cette sorte : LUDoVICUs MagnUs. Au bas sont gravés huit vers avec ce titre : L'époque de Louis le Grand fixée à Vannée de J.-C. i6ji, — M. Meaume n'a malheureusement pas connu cet article qui lui eût beaucoup servi pour rectifier sur ce point Jombert et l'abbé de Vallemont. Le savant auteur de Sébastien Le Clerc et son œuvre (p* t7*79)> y aurait appris : !<> Que les lettres numérales des mots LUDoVICUs MagnUs , convenablement disposés , donnent bien MDCLVW VI , ou en chiffres arabes 1 671, ce qui explique « l'espèce de logogryphe » du P. Souhaitty ; — 20 que l'estampe n'a pas été gravée en 1671, comme on pourrait

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les Dictionnaires de Bayle et de Moréri, surtout si l'auteur veut bien en communiquer un exemplaire corrigé de sa main, comme celui sur lequel nous avons fait cet extrait. On y trouve beaucoup d'additions , de changements et de corrections nécessaires qui en font souhaiter une nouvelle édition ^ que Ton vende séparément, et que Ton puisse avoir, sans être obligé d'acheter les trois gros volumes in-folio du Dictionnaire de Richelet » (Mim. de Triv. Dec. 173 1, p. 2120).

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