MÉMOIRES POUR SERVIR A L*HIST0IRE DES POÈTES FRANÇAIS
L'auteur de ces Mémoires était l'abbé Brun, Doyen de Saint-Agricol d'Avignon (3). Où et comment se forma
(i) I^ Nouvelliste du Parnasse; Paris, 1731, tome I, page 41.
(2) Barbier, Diciionn. des ouv. anonymes; 2c édit., tome I, p. 298. n. 3884. — De Backer, Bibliothèque des écrivains de la Comp, de Jésus, art. Souciet,
(3) Nous ne savons presque rien sur ce savant aussi laborieux que modeste. Barjavel, dans son Dictionnaire historique, biographique et bibliographique
ramitié qui l'unit à M. Le Clerc, nous n'avons pu parvenir à le savoir. Mais, le 28 août 1730, leurs rapports étaient déjà bien anciens, puisque M. Le Clerc en parlait en ces termes : a M. Tabbè Brun, homme d'étude que je connais depuis prés de vingt ans, et qui est ici depuis plus de deux ans pour rétablir sa santé, se délasse à un ouvrage qu'il intitulera Anecdotes du Parnasse Français. Il est presque terminé, et je lui ai fourni beaucoup de mémoires sur nos poètes. Je lui ai surtout remis toutes les corrections que j'avais £iites sur VHistoire de l'Académie de M. Pellisson. J'aime mieux que cela paraisse sous le nom de mon ami que sous le mien. L'abbé Brun est Bachelier de Sorbonne et Doyen de Saint- Agricol d'Avignon, qui est sa ville natale. Son ouvrage sera en état d'être imprimé cet hiver, et il n'y aura quoi que ce soit qui puisse choquer aucun des écrivains, même vivants, dont il rectifiera quelques fautes. »
Le Président Bouhier, auquel ces lignes étaient adressées, répondit, on le devine sans peine, en exprimant son « impatience de voir l'ouvrage, » ne doutant pas qu'il n'y apprit « bien des faits curieux. » Peu de temps après, des encouragements non moins flatteurs arrivaient à M. Le Clerc de la part d'un autre Président de Parlement, M. De Mazaugues (i). L'abbé Tricaud, qui était sans doute en commerce de lettres avec cet érudit magistrat, lui ayant écrit touchant les Anec-
du département de Vattcluse (Carpentras, 1841, 2 in-S»), nous apprend seulement que Tabbé Brun « était oncle de Marie-Thérèse-Gabrielle Brun de La Martinière, des seigneurs de Flaux, et cousin de Louis Ferrier, qui lui laissa sa Bibliothèque et quelques-uns de ses ouvrages manuscrits, et qu*il fut doyen de Saint-Agricol d* Avignon et vicaire-général du diocèse. » D'autre part , nous lisons au tome III du Recueil manuscrit de Tabbé de Massilian , conservé au Musée Calvet, à Avignon, sous la date du 31 juillet 1767 : « M. Louis Crépin Brun de La Martinière, Docteur (?) de Sorbonne, doyen de rÉglise de Saint-Agricol depuis 171 8, vice-gérant en 1764, consulteur du Saint-OfHce, vicaire général et officiai du Diocèse, meurt à Avignon âgé de 72 ans. n
(i) «^Son nom est Henry-Joseph Thomasân, seigneur de Mazaugues, Président aux enquêtes du Parlement de Provence » (Note autographe du Président Bouhier sur une lettre de M. de Mazaugues). Né en 1684, il
doUs poétiques» en reçut une lettre qu'il communiqua à M. Le Clerc. Le Président y marquait « qu'il se souvenait fort bien de la visite que » celui-ci lui « avait rendue à Aix cinq ou six ans auparavant. » Ce gracieux souvenir détermina M. Le Clerc à « renouer la connaissance » (i), et il écrivit à M. de Mazaugues pour lui faire part de son plan et en obtenir quelques renseignements sur divers poètes de Provence, particulièrement sur les Porchères d'Arbaud.
Le Président répondit par trois lettres que nous avons, et qui sont datées des 28 Mai, 4 Juillet et i*' Août 173 1. La première est trop honorable à M. Le Clerc pour que nous n'en citions pas au moins les premières lignes :
« Je suis très-aise, Monsieur, de ce que vous ne ni*avez pas oublié, et encore plus de ce que vous me fournissez l'occasion d*entrer en commerce avec vous , avantage que j'estime infiniment , et dont j'aurais fait toutes les avances, si j'eusse été à portée de savoir où vous vous trouvez. Cette correspondance pourrait bien vous être onéreuse, car comme j'ai aussi quelque goût pour les recherches , surtout pour celles qui ont pour objet les auteurs de cette province , vous courez risque d'être souvent importuné par mes questions. Je pousserai même mon indiscrétion jusques à vous prier dans vos quarts d'heure de houquinerie, de me chercher quelques livrets d'assortiments. J'ai vu avec plaisir le plan de l'ouvrage que vous préparez avec M. l'abbé Brun, et où je présume que vous aurez la principale part. U ne saurait manquer d'être favorablement reçu du public par les curieuses recherches et les anecdotes littéraires dont il sera rempli. Cela lui donnera un relief qui manque à YHistoire de V Académie de M. l'abbé d'Olivet, écrite d'ailleurs avec esprit. »
Cependant, le travail avait subi les demièr.es retouches et était prêt pour l'impression. Le titre en ayant paru équivoque à quelques personnes, parce qu'il semblait annoncer un recueil de poésies ou pièces Anecdotes (c'est-à-dire inédites) ^ on y avait substitué celui-ci : Mémoires pour servir à l'histoire des
mourut en 1743. Il recueillit de son père les fameux manuscrits de Peiiesc. Ses relations avec Ducange et les PP. Montfaucon et Lelong le montrent comme un ^and érudit. (Rouard, Notice sur h Bibliothèque d^ Aix dite de Méjanes; Paris et Aix, 183 1, in-80, p. 78).
(i) Lettre de M. Le Qerc à Bouhier, du 18 mai 1731.
poéUs français, par M. l'abbé Brun, Doyen de Samh-jtgricol d'Avignon (i). H resuic à obtenir un approbateur. A cette fin, M. Le Clerc écrivit à M. Galliot, secrétaire du Garde des Sceaux (2), une lettre qui fait bien connaître l'omet et le plan de l'ouvrage, et qui a sa place marquée dans cette Notice. Elle est datée du 19 juin 173 1.
m Monsieur, me permettrez-vous de rraoux-eler une ancienne, mais bien ancienne connaissance, fondée sur une parenté un peu éloignée? Je suis fils du célèbre Sébastien Le Qerc, des Gobelins, et \c demeure depuis trentecinq ans parmi Messieurs du Séminaire de Saint-Sulpice. Void Foccasion pour laquelle j*ai l*honneur de vous écrire. Un de mes amis a composé un ouvrage auquel il donne pour titre : Mémoires pour servir â THisioire des poètes Français. Je Tai fort aidé dans cet ouvrage et je Tai dirigé dans sa composition. Je ]*ai ensuite revu, corrigé, augmenté en divers endroits, et aussi diminué en beaucoup d'autres par divers retranchements. Plusieurs savants de mes amis ont eu connaissance de cet ouvrage, et Font vu en tout ou en partie , comme entre autres M. le Président Bouhier, i qui j*en fis voir une partie considérable i Dijon il y a près de deux ans ; M. le Président Dugas, alors Prévôt des Marchands i Lyon , qui le vit presque dans son entier il y a aussi près de deux ans ; M. Brossette en a vu les principaux articles ; M. le Président de Mazaugues, à Aix, à qui j*en ai envoyé le plan avec quelques articles séparés , etc. Ils en sont tous fort contents. Le but de cet ouvrage est de donner des particularités curieuses et anecdotes touchant les poètes français les plus célèbres, d*éclaircir d'autres particularités qui les regardent et qui ne sont pas assez correctement énoncées dans nos meilleun Bibliographes, et, enfin, de faire voir la fausseté de. divers fiûts que Fon en débite communément. Une autre vue de Fauteur a été d*y fisdre coimaitre un grand nombre de poètes inconnus. Au reste, Monsieur, on a évité avec soin dans ces Anecdotes que Fon donne de ces poètes (au nombre d'environ six cents) tous les faits qui ne serviraient qu*à faire tort i leur mémoire et qu*à scandaliser le public. On y a aussi évité avec soin toutes matières de dispute , c'est-à-dire tout ce qui pourrait regarder FËut ou la Religion , de façon que, quoique Fon y parle d'une centaine ou environ de protestants,
(i) Toujours insatiable, le Président aurait voulu un titre et un plan plus vaste : « Pourquoi avez-vous restreint les Mémoires de M. l'abbé Brun aux seuls poètes français ? Il me semble qu'il y avait bien des choses curieuses i dire sur nos autres auteurs, et qu'il aurait mieux valu mettre : pour servir à l'histoire des Auteurs Français » (3 août 1731).
(2) Lettre de M. Le Clerc à Bouhier, du a6 juin 1731.
et que l'on y marque de chacun d'eux qu'il était Calviniste, on ne les y envisage néanmoins uniquement que comme poètes. On n'y a donné pas un article de poète encore vivant. On y corrige, à la vérité, bien des fautes que quelques écrivains encore vivants ont faites dans leurs écrits en parlant de divers poètes morts , mais on le fait avec tous les ménagements nécessaires. La grâce, Monsieur, que je voudrais que vous obtinssiez de Monseigneur le Garde des Sceaux, serait que sa Grandeur voulût bien nous accorder ici un examinateur, Monsieur Brossette, par exemple, ou quelque autre. En cas que cela ne se pût , je souhaiterais qu'au moins vous fissiez en sorte que le Manuscrit fût remis à Paris à quelqu'un qui ne le gardât pas longtemps et qui ne nous fît pas languir, par exemple â Monsieur de La Barre, qui est de mes amis. En relisant ma lettre , j'y aperçois une équivoque dans la parenthèse où j'ai mis , au nombre d'environ six cents, que vous pourriez peut-être entendre des Anecdotes, au lieu que c'est des Poètes dont on parle dans l'ouvrage , qui sont au nombre d'environ six cents. L'ouvrage fera un fort inquarto. Je suis, etc. » (D'Artigny, Nouv, Mèm., t. V, p. 421-424).
L*abbé d'Artigny fait suivre la citation de cette lettre des paroles suivantes : « Cette Histoire de nos poètes se trouvait malheureusement alors en concurrence avec le Parnasse Français defl'illustre M. Titon du Tillet. Tous les mouvements que se donna M. Le Clerc pour obtenir un Privilège furent inutiles; et le manuscrit est resté dans la Bibliothèque de Saint-Sulpice de Lyon, de même que le Traité du Plagiat ». Si ce jugement n'est pas téméraire, — ce que nous ne saurions décider, — il est, du moins à notre avis, faux et erroné. M. Le Clerc obtint un examinateur, mais, en fait, il n'obtint pas de privilège, parce que l'ouvrage ne fut pas examiné pour des raisons auxquelles la jalousie des gens de lettres paraît avoir été heureusement étrangère, et dont il fait lui-même le récit dans sa lettre du 29 mars 1732. Après l'avoir lu, on appréciera davantage encore le service que rendent aujourd'hui aux auteurs les gouvernements qui se chargent de transporter promptement et sûrement leurs manuscrits.
« Je ne vous avais rien dit de l'ouvrage de l'abbé Brun , parce que je le crois fort reculé. Je m'étais chargé de le faire tenir à Paris au jeune Duplain (fils d'un libraire de Lyon), qui y était, pour le remettre à un Ajfrobateur. Je l'avais porté moi-même à la diligence, et j'avais payé le port. Malhcu-
reusement cdui à qui \e Tavais adressé à Paris pour le remettre à Duplain te trouva parti deux jours auparavant pour Nantes. Le portier du Sénûiiaire, qui £ûsait le ballot de celui-ci , ayant reçu le manuscrit que j'envoyais à ce Monsieur, le mit aussitôt dans le ballot qui, par un autre malheur, arriva à Nantes , quelques jours après que cclui-d en fiit parti pour aller au Puy en Vélay. Enfin après âx mois, et plus, de course, le manuscrit me fut rapporté du Puy, il y a trois semaines. Je Tai rendu à Fabbé Brun qui travaille à k réduire sous une autre forme , et qui , comptant partir pour f*en retourner à Avignon au mois de mai, compte aussi Êdre imprimer l'ouvrage cet été dans la même ville. Je ne Tai pas vu depuis qudque temps et je crois qull se bornera à tirer de son ouvrage uniquement ce qui concerne les poètes de l'Académie , en y joignant quelques augmentations qui pourront avoir relation i quelques endroits de VHiskirt de M. Pelisson sur lesquels M. l'abbé d'Olivet n'a mis nulle note. »
La lettre du 7 juillet de la même année 1732 nous donne la suite et la fin de cette histoire. <c L'abbé Brun est retourné à Avignon où il travaille à mettre son ouvrage en ordre. Cela pourra venir en son temps. Ce que je lui avais communiqué me servira en temps et lieu» parce que j'en ai conservé par devers moi la minute. Ce pauvre abbé n'a pu trouver en ce pays la guérison de son mal. Il tombe de temps en temps, et il n'est pas en état d'étudier avec une certaine application. Il m'a donné ses Remarques, comme je lui ai donné les miennes, et ainsi j'ai tout ce qu'il a. »
A partir de ce moment, les lettres de M. Le Clerc sont muettes sur l'abbé Brun et sur son ouvrage. La santé de cet abbé, qui ne mourut pourtant qu'en 1767, fut-elle la cause pour laquelle son œuvre resta inédite ? Nous l'ignorons, ainsi que le sort du manuscrit de M. Le Clerc. Heureusement cebi de l'abbé Brun est aujourd'hui au Musée Calvet à Avignon, ce qui nous permet d'ajouter encore quelques mots sur ce beau travail (i).
(i) Le recueil se compose de trois volumes in-folio dont le dernier est un supplément aux deux autres. Les auteurs y sont rangés d'après l'ordre alphabétique. Ce manuscrit est enrichi des notes autographes de M. Le Qerc qui, quelquefois, parle de lui-même à la troisième personne, et écrit par exemple : « Je rapporterai cette anecdote dans les propres termes de M. Le Qerc qui me l'a communiquée ». Parmi ces notes , les unes sont de
HISTOIRE DES POÈTES FRANÇiUS 2^^
Quoique, dans le cours de son livre» Tabbé Brun soit exact à marquer tout ce qu'il doit à M. Le Clerc , il le fiait d'une manière générale dans sa Préface, et en termes qui témoignent également et de sa profonde modestie et de l'estime qu'il portait à son collaborateur. En voici un extrait :
« La République des Lettres est un pays d'une étendue immense, et quelque loin que les savants y aient poussé leurs recherches, on y trouve toujours de nouvelles terres à découvrir. La Critique surtout est une science d'un fonds inépuisable. On a beau multiplier les corrections, on n'épuisera jamais les fiiutes. Conmie ce genre d'études a toujours été. mon goût Êivori j'avais ramassé un nombre d'observations, anecdotes et critiques que j'avais faites en parcourant quelquefois, pour me délasser, les terres les plus reculées du Parnasse français , et en feuilletant cette foule de nos anciens poètes que presque personne ne s'amuse plus à lire aujourd'hui. Je communiquai un jour ces remarques à mon illustre ami , l'auteur de la 'Bibliothèque du nouveau Dictionnaire de Ricbeîet, c'est-à-dire, car il serait inutile de vouloir le dissimuler, à M. l'Abbé Le Clerc : son nom seul fait son éloge. Je le priai d'examiner mon Recueil avec quelque attention, et je n'avais alors d'autre dessein que de l'engager à corriger pour mon instruction particulière les fautes qui pouvaient m'étre échappées. Il eut la complaisance de se recueillir pendant quelques jours sur mon manuscrit, et après l'avoir lu avec beaucoup d'attention , il m'en dit son sentiment , et il m'exhorta en même temps de donner au public les découvertes que j'avais faites. Le conseil d'un homme si éclairé m'ébranla d'abord. Je n'achevai pourtant de me rendre qu'à la proposition qu'il me fit de me communiquer ses propres Mémoires et les Remarques qu'il avait faites sur ces mêmes tnatières. En effet, il me les confia peu de jours après, et par une générosité dont on trouve peu d'exemples , il voulut bien s'en départir en ma faveur et m'en abandonner la propriété. Je n*oublierai jamais l'obligation que je lui en ai, et si je ne puis pas le reconnaître, j'aurai du moins soin de la
simples additions, les autres sont des notices composées en entier par M. Le Qerc. Ces dernières sont au nombre de 32, et leur ensemble forme environ 50 pages. A propos de l'abbé Abeille, successeur de l'abbé Boileau à l'Académie française , M. Le Gerc écrit ces paroles : « Je le vis à Rouen en 1716 en allant à la terre de La Martinière passer quelques mois de vacances chez M. Ferrier, poète} dont je parlerai en son rang » (M. Le Qerc n'a pas tenu cette promesse). « L'abbé Abeille me fit présent de quelques pièces qu'il avait fait imprimer séparément en 17 14 à Paris. »
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Les Mir^^c senient cdlesDc:: ayrîsrVfs, mcoie a^îoiird'hid, p2r ceux qui s^occcpes: de IHîssoire Esênâre des poètes Fncç^is. NL livet t eût trouvé p&cs d'un dmil précieux pour son cdidon de l'Hîsîcire de FAc^iémit^ Sur Bcnsat, par exemple, Fabbé Ykxm fjpp o ne une anecdote assez colieiise qu^ dit tenir de XL Le C3erc, et que odm-o, dans sa lettre à XL de La Bastie du 9 janvier 1729, raconte en ces
m Uc j^sc hc septzagrrjirT , qai 2 demeuré kx^sessps i Yxone, m*i £t y rrocr appis qce les pirerits 6e Boissat jp yt r*yn i iri qa*cn poèse ne fikt c oeiai c cne tacbe dans kur faTiriTic, xrajesî dêcrdt qodqoes balles qm coctenaSess tocs les nzpiizxs de sept à hidt feuilles, et gardé le rcsae, aân qoe ce mangomcat ôci: l'enrie am curieux d'aroir le Recueil. Jai aussi ocî dire au tîcux RoUet , booqmmste ou rereDdenr de bouquins i Viemie, qc*il avait m xtsàiz^ n nV a pas 20 ans, i Yienne, tout le Boissat à la rame : is Vkwm venâeninm Ûms d odara, et piper et ÇÊÔdçmid eiartis ^— ■^■'»'" imeptis. \jt pauvre Boissat ne pensait pas appaicnmient que soq Recneil dât avoir un si mauvais Kin » (i).
(I) Dans ce même ardde, Piart de 'Boissat, M. Le Clerc a encore écrit de sa main la petite apo!ogie suivante : « Javais lu Taiticle de rAcadêmiden lierre de Boissat dans le tome 1 3 du R. P. Nicéron, sans remarquer que j'étais repris i la page 399 où le savant auteur en parlant des RgdxrdMS sur Us duds, imprimées en 1610, à Lyon, in-40, Sujette sais commuât M. Tabbé Le Cltrc a pu donner cet ouvrage au fis (c*est-i-dire à rAcadémiden) dont il a mis la naissanu en 1604 ou 160$ - Je fus d'autant plus surpris en lisant ceci, que je savais qu*ayam ces Recherches depuis vingt ans, ou environ, il ne m^était jamais venu en pensée qu'elles fussent de Boissat TAcadénûcicn. Cependant je ne me crus pas pour cela justifié de cette faute, jusqu'i ce que j'eusse relu l'article que j'ai donné à Bcnssat dans ma Bihlioihéque... Mais enfin en le relisam j'y ai vu bien certainement que je n*avais point fait la faute dont il est ici question. Void apparemment ce qui a donné Heu à me l'imputer. Py dis, p. 34, col. i : « On peut ajouter aux œuvres de Pierre II les Recherclies sur les Duels, Lyon 1610, mince in-40, et un autre marqué par le P. Lelong ». On aura pu, en ne lisant que cela, croire que le Pierre II dont je parle id est Pierre l'Académiden. Je croyais pourtant m'être assez clairement expliqué pour que mes lecteurs conçussent
On remarquera encore dans les Mémoires une étude approfondie et parfois très-piquante de TÉpitre de Boileau sur Y Amour dt Dieu. Elle n'est pas de l'abbé Brun, ni môme, à ce qu'il paraît, de M. Le Clerc, mais d'un autre ami du Doyen de Saint- Agricol. a II y a huit à dix ans, dit celui-ci, qu'un de mes amis composa une critique tliéologique de l'Épitre de ce poète sur V Amour de Dieu, Il me l'a communiquée... Je la donne telle qu'elle est sortie des mains de l'ouvrier..., et je n'y ai ajouté que bien peu de choses de mon crû... Ce petit ouvrage n'est, pour ainsi dire, qu'un tissu de réflexions .critiques et théologiques sur la pièce de Despréaux... On pardonnera l'ennui de quelques courtes controverses à la nécessité du sujet et en faveur des anecdotes dont ce horsd'œuvre est rempli ; je me flatte qu'on ne me fera pas un procès de l'avoir inséré ici » (i).
que, selon moi, rÂcadémicien est Pierre III : car immédiatement avant ces paroles , oit peut ajouter, j'avais dit en corrigeant l'article de Moréri i viOny parle,., d'un autre Pierre (c'est celui que je regarde comme Pierre I), etc. Voilà , ce me semble , la distinction- des trois de Boissat du nom de Pierre, dont l'Académicien n'est que le troisième, la voilà, dis-jc, bien marquée. » (i) Mlmoires pour servir à Vlxstoire des poètes français, tome III, page 40. — Cette critique de l'Épitre de Boileau fait partie d'un autre ouvrage également manuscrit conservé au Musée Calvet. Il a pour titre : Remarques critiques en forme de lettre sur le Dictionnaire de Bayle, Ces remarques portent la date de 1729 et remplissent les 394 dernières pages du manuscrit. Les premières, qui paraissent être de la même main, contiennent des Nouvelles Remarques sur différents articles du Dictionnaire de Moréri de Vèdition de MDCCXVllL La Préface, en forme de lettre, est datée du 11 Avril 1730, et signée des initiales : C. }. B. D. D. S. A. Si elles ne désignent pas Louis Crèpin 'Brun, Doyen de Sdnt-Agricol , elles sont sûrement du moins celles d'un ami de M. Le Clerc, qui est souvent cité dans le cours de l'ouvrage. L'auteur, en effet ,' dit dans sa Préface : « Vous verrez dans les Remarques imprimées de notre ami M. L. C. (Préface, p. 46, no 16) ce qu'il pense de la BibliotJjèqtie Clxirtraine du P. Liron. » A l'article Bièvre, il avoue avoir vu fort souvent le père de M. Le Clerc aux Gobelins. Enfin, à l'article \Saint Amphiloque, il écrit ces paroles : a Voici un mémoire que M. L. C. m'a communiqué (en manuscrit) où il éclaircit ce qu'on peut trouver de répréhensible dans sa remarque sur saint Amphiloque , et où il montre qu'il n'y a'rien avancé que de vrai. » C^ui ne reconnaît ici la réponse de M. Le Clerc à la Discussion de D. Méri ?
Chaudon et Delandine ont avancé que l'abbé d'Anigny a emprunté à Tabbé Brun les articles les plus intéressants dont il a enrichi ses Nouveaux Mémoires. « C'est ce que nous avons vérifié, disent-ils, sur Fouvrage même que ce dernier écrivain nous avait communiqué. Cette Histoire existait aussi en nunuscrit dans la Bibliothèque du Séminaire de Saint-^ulpice de Lyon, où l'abbé Le Clerc, ami de l'abbé Brun, avait demeuré longtemps ; et c'est par le moyen de quelque séminariste de •cette maison que l'abbé d'Artigny se l'était procurée. Ce plagiat rendit ses Mémoires beaucoup meilleurs » (i). Le sentiment de Chaudon est aussi celui de la Biographie générale (art. Artigny) et du Dictionnaire historique du département de Vaucluse (art. Brun) (2). Une nouvelle confrontation de quel- 'ques articles de l'abbé d'Artigny avec le manuscrit de l'abbé Brun,. nous a convaincu que celui-ci a, en effet, fourni au premier quelquefois le fond, quelquefois la forme même de certains passages des Nouveaux Mémoires. Si nous en produisons quelques preuves, c'est bien moins dans le but de convaincre de plagiat l'abbé d'Artigny, que pour faire connaître ce qui, dans son livre, appartient à M. Le Clerc. Ainsi, au tome VI (p. 81-85), les cinq premières pages du Mémoire sur la vie et les ouvrages de P. Richelet sont empruntées presque textuellement à celui de M. Le Clerc, dont l'abbé Brun dit avoir reçu communication (3). Les pages suivantes se ressen-
(1) Xouveau Dictionnaire historique, 8« édition, Lyon, 1804, art. Artigny.
(2) M. Weiss, dans la Biographie universelle de Michaud (art. Artigny)^ avoue qu* a on ne peut douter que Tabbé d'Artigny ne connût Texistence de rou\Tage de Brun , puisqu'il dit que le manuscrit en était resté dans la Kbliothèque du Séminaire de Saint-Sulpice de Lyon , ainâ qu'un Traité du plagiat, par le même auteur. » Le biographe se trompe en attribuant à Tabbé Brun le Traité du plagiat. Il eût évité cette erreur en prenant d'un peu plos haut le passage de l'abbé d'Artigny auquel il fait allusion.
(3) « Je vais commencer l'article de cet auteur (Richelet). Je ne promets pas de le suivre exactement depuis son aurore jusqu'à son couchant et d'achever de le peindre. Je laisse ce soin à de plus habiles mains , et je vais seulement le crayonner sur les Mémoires qui m'ont été communiqués par M. l'Abbé Le Clerc. » — Cet article repipiit 16 pages. — > A propos de l'édition du Dictionnaire de Richelet, parue à Lyon en 1728» l'abbé Bnm écrit
tent aussi de la lecture des Mémoires, quoique le plagiat y soit moins i^nsible. H Test davantage, il l'est surtout dans ce que l'abbé d'Artigny dit sur Godeau (i), sur Guillaume Colletet et les deux Cotin (2), sur Bautru (3) et sur les Montereuil (4), dont les articles, au témoignage de l'abbé Brun, lui ont été fournis par l'auteur de la bibliothèque du Richelet.
Au reste, l'abbé d'Artigny avoue lui-même avoir lu les Mémoires dont nous parlons. C'est dans ce qu'il écrit touchant l'auteur de la Satyre du Tems, lequel, selon lui, est Besançon. « Voici, dît-il, sur quoi je me fonde. M. l'î^bbé Le Clerc, dans ses Mémoires pour servir à l'Histoire des poètes français, ouvrage manuscrit qui est à la Bibliothèque de Saint-Irénée de Lyon, dit expressément que cette Satyre de Besançon fut imprimée en 16 19, à la suite des poésies de son compatriote d'Estemod. Voilà un fait positif, bien circonstancié, et sans tloute on ne soupçonnera pas M. l'abbé Le Clerc de l'avoir tiré de son imagination, lui qui faisait une étude particulière 4es livres les moins connus et souvent les plus négligés... U €st vrai, comme l'observe M. l'abbé Goujet, que la Satyre du Temps forme la dernière pièce d'un Recueil de Courval- Sonnet intitulé : Satyre Ménippée contre les femmes, sur les poignantes traverses et incommodités du mariage; Lyon, in-8**, 1623; mais c'est précisément ce qui me fortifie dans mon opinion. J'ai un exemplaire de ce Recueil, dont M. l'abbé Le Clerc me fit présent un peu avant sa mort, et où il écrit au bas de la Satyre du Tems à Théophile : Cette satyre est d'un auteur peu connu, nommé Besançon, et avait déjà paru m 1619 » (s).
encore : « Elle est enrichie d*une Bibliothèque des auteurs qui sont dtés dans le Dictionnaire. M. Tabbé Le Clerc a fait ce riche présent au public, et, sans prévention pour mon ami, je puis dire que son ouvrage est rempli d*érudi« tion, de recherches curieuses et de traits d'une excellente critique. »
(i) Nouveaux f>lèmoires, tome V, page 219.
(2) Nouveaux Mémoires, tome VI, page 104.
- (3) Nouveaux tMimoires, tome VI, page 183.
(4) Nouveaux ViCimoires-, tome V, page 228.
(5) Nouveaux ^Mémoires, tome VU, pages 115, 116. >