Vie et amours de Marion de Lorme
VJELLE qui passa sa jeunesse avec les beaux esprits de la cour la plus spirituelle et la plus polie de TEurope , peut avoir assez connu la société, pour en faire un tableau ressemblant, où , comme l'ont fait quelques peintres célèbres , elle occupera un des coins de la scène. J'ai vu tant de clioscs , je les ai bien vues , pourquoi n'en parlerais-je pas ? C'est ainsi que Marion de Lorme s'entretenait avec un de ses amis , qui remplaça , auprès d'elle , ceux qui n'existaient plus , et semblait demander son approbation , pour e'crire les mémoires du temps où elle avait paru,dan^le monde, avec une sorte d'éclat. Cet ami , qui lui tint lieu d'époux dans ses malheurs, désirait que sa vieille amie suivît son projet j mais , i onnaissant combien la contradiction excite le désir, il paraissait , au contraire , désapprouver son entreprise , bien sur qu'elle en devicudiait plus ardente à l'exécuter,
et , en effet , le mystère qu'elle mit à ce travail le lui rendait plus agréable ; enfin, e'tant parvenue à tracer le cercle entier des inconcevables vicissitudes de sa fortune y elle remit à cet ami fidèle ce gros manuscrit , qui , long-temps resté dans les mains d'un des amis de M. Beaumont,vient de m'être communiqué. J'y ajoutai quelques détails sur les dernières années de sa vie , qu'elle n'avait pu y mettre , et je m'empresse d'en faire part au public. Ce n'est point un enfant de la muse j^oman-^ tlcfue j, quoiqu'il s'y trouve de longs et pénibles voyages , des brigands , une pompe funèbie , que celle à qui on rend cet lion-» iieur voit passer , et ne peut s'empêcher de rire , en étant témoin de la douleur de ceux qui y assistent , et en réfléchissant combien il est facile d'en imposer à la multitude. On y trouvera encore des choses qui paraîtront des fables , mais qui n'en sont pas moins de la plus exacte vérité. Il faut se souvenir qu'il a été dit que le vrai îi'estpas toujours A-raisemblable.
VIE
DE
j\L4RION DE LORME.