‹ Vie et aventures de la princesse de MonacoChapitre 13 sur 13 · II · texte numérisé non relu

II

298 VIE ET ATENTCEES

ccMUiaissent ce scandale, vous allez le r^idre puUic» vous allez deTenir riiii et Faatre la risée de toute TEurope. Et c*est bien la peine vraiment Réglez la conduite de madame la princesse, sauvez Tavenir par un peu de vigilance, et abandonnez le.passé dont vous n'êtes plus le maître. Yoilà mon avis ; est-ce le vôtre, monsieur?

— Oui.

— Et vous, madame de Monaco ?

— Cent fois.

M. le prince était du nombre de ces gens qui demandât un conseil pour ne point le suivre. D'ailleurs, trop irrité, trop humilié même, il ne rompit pas le silence et nons quitta en disant que, réflexion faite, il allait demander an roi la permission d'agir.

— Si le roi n'était aveuglé par sa vieille haine, il vous la refuserait, monsieur, lui qui voit si bien tout.

Le roi ne la refusa point, madame la princesse fut envoyée à.Cbâteauroux, où elle est encore, sans que nul ne la voie, sans un domestique nombreux, rien que des femmes et des vieillards. M. le prince est impitoyable, et M. le duc encore plus que lui, ce qui fait supposer qu'elle y restera longtemps de la même manière.

Madame ne s'était pas trompée La cour et la ville ridiculisèrent raventure, on en parla jusque dans les derniers coins de la France, on eu fit des chansons, des images, des ponts-neufs de toutes sortes.

Duvai alla proprement aux galères ; quant à Rabutin, je l'ai dit, il entra au service de l'Empereur, se battit contre le Tare, et arriva en peu d'années à une fortune qu'il n'eût point atteinte ici certainement. Mon père me disait l'autre

jour qu'une comtesse, princesse du Saint-Empire, s*était éprise de cet aventurier, et qu'il l'épouserait certainement. Voilà un événement, source de sa fortune, et qui perd madame la princesse en même temps que Duval. II n'y a qu'heur et malheur en ce monde. .

Justement, ce pauvre M. d'Olonne était à souper à l'hôtel de Nevers, lorsqu'on y vint conter cette histoire un jour avec des embellissements, et voilà M. de Courcelles qui entre aussi sur cette entrefaite. M. de La Rochefoucauld était auprès de moi, qui me dit :

— Madame, jamais ces deux hommes ne tiendront ensemble dans cette chambre

Cette folie me fit rire, et, en effet, Courcelles sortait, lorsque le petit Coulanges le rappela en disant :

— Les discussions vont se terminer, on ne criera plus, je suis pour le bruit! je suis pour le silence. Nous avons ici M. de Courcelles et M. d'Olonne, les deux hommes de Paris les plus compétents sur cette question. Demandezleur leur avis.

— Ma foi, dit d'Olonne, un de plus, un de moins, qu'importe ! M. le prince était fait à cela.

— Et vous, Courcelles?

— Moi... j'aime mieux les procès répliqua-t-il.

Chacun d'eux dit ce qu'il faisait, ne juge-t-on pas toujours d'après soi? Ce pauvre d'Olonne! lorsqu'il mourut, prétend mon père, on lui annonça un prêtre nommé Coruouailies, qu'il avait demandé pour confesseur.

— Hélas! marmotta-t-il à l'oreille de sa garde, ne pouviez-vous en avoir un autre? Dois-je donc être encomaillé jusqu'à la mort.

XXVIU

Madame de Grancey possédait l'esprit de Monsieur à ce point de tout se permettre et de lui faire braver le roi luimême, ainsi qu*on va le voir. Mademoiselle de La Mothe- Hondancourt, la même que madame de Soissons avait voulu donner au roi à la place de La Yallière, et pour laquelle ou écrivait de si belles lettres, mademoiselle La Mothe donc, épousa le duc de Ventadour, lequel était le plus vilain singe, bossu, presque louche, méchant comme un âne, débauché et libertin dans le suprême, enfin la peste des maris... trompés. Aussi cette jeune et belle duchesse fit-elle émerillonner les yeux de tous les plumets, et fonde-t-on sur elle des espérances que jusqu'à présent, il faut en convenir, elle n'a point démenties. Mon père lui disait le lendemain de ses noces, alors qu'elle était sur sou lit et recevait toute la France :

— Madame, tous ces jeunes gens sont ravis et ils ont

raison. Il n*y a pas d'apparence que vous refosiez à d'antres ce que vous accordez à M. de Ventadour.

— Âh! oui, reprenait Benserade, je voudrais bien qu'une mère, une tante, une amie voulût se mêler de gronder une femme comme celle-là parce qu'elle haïrait son mari et aurait un galant; ma foi, elle aurait bonne grâce et je voudrais bien l'y voir !

— Vous avez bien raison, lui répliquai-je, et c'est là un vilain moment à passer pour une si jolie fille.

— Pardieu, madame, je disais autrefois que je ne me consolais de ne pas être M. d'Armagnac avec sa grande beauté, que parce que je n'étais pas H. de Saint-Hérem, avec sa grande laideur; mais je me rétracte, il paraît que les magots ont aussi leurs heures de triomphe.

Le magot comprit là raillerie et voulut prendre ses précautions. Grâce à ses goûts orduriers, il en trouva vite le moyen, et les galants s'éloignèrent ; car, selon l'expressicm de madame Gornuel, il mit un bon suisse à sa porte.

Je sais qu'il n'a rien perdu pour attendre, mais enfia it a aUejidu^ c'est plus qu'on ne devait supposer.

 cette noce de madame de Ventadour nous arriv&oids, madame de Neversetmoi, coiffées par la Martin, decettâ coiffure que nous avons mise à la mode et dont on a taat parlé. Elle nous avait testonnées en Bretaudin, les cheveux coupés et frisés naturellement, ce qui nous faisait une petite tête de choux ronde, sans coiffe, fort jolie pour les jeunes, mais à faire rire pour les vieilles. Nous nous em réjouissions, convaincues qu'elles nous imiteraient, et elles n'y manquèrent pas. On appela cela la coiffure hurluberlu; ce fut mon père qui le baptisa, en se moquant de moi.

DE LA PRINCESSE DE MONACO. 3Qft

Toutes les femmes devinrent comme folles; on se faisait poser le premier appareil, et on se reposait comme d'mie opération, car toutes ces papillottes vous faisaient souffrir mort et passion les premières nuits. On coupait les cheveux» partagés à la paysanne, en boucles rondes, d'étage en étage, cela faisait deux gros bouquets de cheveux de chaquQ côté, on mettait les rubans, comme d'ordinaire, et une grosse boucle nouée entre le bourrelet et la coiffure, tombant jusqu'à la gorge. Elles étaient incroyables, ces femmes sur le retour avec ce style de juments, et les laides aussi. Madame de Ghoiseul ressemblait, disait Ninon à un prinr temps d' hôtellerie ' Je ne sais, combien d'autres étaient horribles, eutre autt>es cette pauvre madame de Marans, ]^ sœur de Montalais, l'ancienne maîtresse de M. le duc, dont die a une fille que l'on appelle Guenani, anagramme d'Aughien.

La reine enfin y vint. Elle se fit testonner par La Vienne, et les dames par mademoiselle de la Borde ; ils firent toutes les exécutions chez les princesses, à l'exclusion de la Martin, qui devint furieuse. J'entendis de mes oreilles la relue bien rabrouer madame de Crussol, laquelle se mit à crier au coucher de Sa Majesté, dès qu'elle l'aperçut :

— Ah ! madame, Votre Majesté a donc pris notre coiffure.

— Votre coiffure? lui répondit la reine, je vous assure que je n'ai point voulu prendre votre coiffure. Je me suis fait couper les cheveux, parce que le roi le trouve mieux ainsi, mais ce n'est point pour prendre votre coiffure.

On ne parlait d'autre chose, nous avions fait ce qui s'appelle une révolution. Madame de Soubise pensa mourir de

chagrin, parce que Tétat de ses dents ne lui permit pas les cheveux coupés, elle en fut toute honteuse ; le fait est qu'on n'osait plus se montrer avec ses anciennes boucles renversés et que nous triomphons (1).

Au conunencement, les premiers jours, il y eût cabale et nous voulions nous défendre. (J'en reviens à ce qui a comr meucé.ce chapitre). M. le duc, devant lequel on pai*lait de cette petite guère, nous dit :

— Eh bien, Madame, je suis du parti de l'hurluberlu, et si vous le voulez bien, nous allons décider une réunion où il sera parlé de cette jolie invitation-là.

Il va sans dire que les anges étaient des nôtres. M. le duc était amoureux de madame de Marcy à en perdre la raison, jusqu'au point de la faire venir à son gouvernement de Bourgogne, lorsqu'il tenait ses états à Dijon, et de faire tirer le canon à son arrivée. Il en était jaloux au point que toutes les jalousies se taisaient devant la sienne, c'était la quintessence de la jalousie, la jalousie incarnée ; j'admii*ais qu'il en fût resté dans le monde après ce qu'il en avait reçu.

Il imagina de nous donner une chasse. Nous étions : la comtesse de Soissons, mesdames de Goëtquen et de Bordeaux, les anges et moi, plusieurs hommes, dont le chevalier de Lorraine et le duc de Monmouth, fils naturel ^e Charles II, dont il me faudra parler en détail tout à l'heure, et ce fut une délicieuse partie. C'était en carême, un samedi; nous soupâmes à Saint-Maure, après la chasse, des plus beaux poissons de la mer, ensuite on alla à une petite

(1) Tello est Forigine des anglaites et des coiffures k la Sévîgné.

{me de rédilew).

maison, près de l'hôtel de Condé, où après minuit scrupaleusement sonné, nous eûmes un medfanochc en viandes trës-exquises, plus les musettes, les violons, les hautbois, les fleurs, tout ce qu'il y a de plus brillant et de plus amusant au monde.

Madame la duchesse n'y vint point, il n'en fut pas question même, et ce qui indigna les dévots et appela sur nous toutes les foudres, ce fut, non-seulement son absence, mais encore la petite circonstance que ce dimanche si religieusement attendu était le dimanche des Rameaux, où Ton ne permet ni ne tolère aucune viande. Notre coiffure fut célébrée, intrônée avec du vin de Champagne et de Bourgogne ; nous ne rentrâmes chez nous qu'au grand jour.

Madame de Montespan eût voulu en être priée, mais les anges ne la pouvaient souffrir, elles s'en défendirent près de M. le duc, qui y avait pensé, elle n'en fut point. Elle en eut une colère horrible et s'en fut crier partout à l'orgie, au manque de religion, presqu'au sacrilège; elle endoctrina le roi, qui prit la chose au grave et en tança M. le duc et toutes les dames, hors moi, à qui il ne disait mot en ce temps-là.

Monsieur vit revenir madame de Grancey tout en larmes de Saint-Germain ; il se mit dans une vraie rage, et, sans vouloir rien entendre, fit mettre ses chevaux, partit pour la cour, alla droit dans le cabinet du roi, et lui demanda pourquoi il s'en prenait ainsi à ses amies. Le roi en resta dans un étonnement profond, lui accoutumé à voir son frère si humble.

— Mais, monsieur, lui dit-il, je n'ai rien dit au chevalier de Lorraine ; c'est pour lui une peccadille si mince que je ne m'anmse pas à la relever.

306 TIE ET AVEMTUEES

— Sire, il ne s'agit point du chevalier de Lorraine; il S*agît des dames que vous avez reçues de façon aies rendre malades, pour une pauvre aile de faisan ou un ortolan gras qu'elles ont sucé chez M. le duc.

n se révolta ainsi pendant une demi-heure; le roi eut grande patience, il l'écouta doucement, le calma par des pranesseff, et le renvoya à peu près satisfait. Ge fat une des rares fois où Monsieur sortit de son apathie, et il MltA qu'il Ait bien ferré de cette Grancey pour en trouver le eourage. U voulut la faire nommer plus tard dame d'atours de Madame, à la place de madame de Gourdon, et lui adieter la charge cinquante mille écus ; Madame ne le voulut pas, et cela, parce que je ne m'en souciai guère.

Je faisais la pluie et le beau temps à cette cour jusqu'à Pépoque où je tombai malade. Le chevalier de Lorraine n'aimait plus la Grancey que pour la forme et pour ne pas laisser dire qu'il m'aimait trop, ce dont je ne me souciais pas non plus, non pas que cela me déplût ou que cela fût faux, mais à cause des conséquences.

Monsieur avait épousé cette Madame-là bien vite et sans regretter l'autre. C'est la princesse palatine Anne de Gonzague qui a arrangé cette affaire ; Madame est la nièoe de feu son mari. On voulut m'envoyer en avant de la princesse, je refusai; je ne trouvais pas séant pour moi, qui .étais si bien avec madame Henriette. La palatine y alla. C'est nm fiè*e intrigante. Elle a fait encore il n'y a pas longtemps sa nièce reine de Pologne. Quand je dis sa nièce, chacun me regardera, car on ignore bien généralement cette parenté; je la vais dire, elle est curieuse. Ma mère le tenait du car-

dinal de Richelieu, son oncle, et j'ai une lettre de lui qui le prouve.

Madame Marie de Gonzague, sœur de la palatine, épousa le roi de Pologne, et Ton se souvient encore de la belle et singulière embassade qui la vint prendre. Mais, avant c# mariage, elle ne s'était pas privée de galants, d'abord M. Le Grand, le pauvre Cinq-Mars, puis en secret et plus intimement M. le prince, aujourd'hui le grand Condé, qui fait enfermer sa femme, Elle en eut une fille, et ce n'était pas une petite affaire que de la cacher. Car M. le prince était marié, et par conséquent point de réparation possible pour la maison de Mantoue. M. et madame d'Ârquien aimaient la princesse Marie comme leur sœur; celle-ci leur offipit de prendre la petite fille comme la leur, et M. le prince la dota très-richement; elle n'était point au monde. Madame d'Arquien feignit une grossesse, accoucha de la petite Marie, dont la princesse fut la marraine, et, lorsqu'elle alla en Pologne, ellel'emmena avec l'intention de l'y établir.

Sobieski, depuis le grand maréchal, est un homme d'un vrai mérite, il est le plus beau cavaher, et il trouve mademoiselle d'Arquien un parti de tout point désirable. La reine Marie perdit son mari et épousa en secondes noces son frère, qui lui succéda; elle était toute-puissante à Varsovie^ Sa filleule devint le point de mire de toutes les ambitions, ce fut à qui l'aurait. Sobieski, bien que d'une grande naissance, était jeune, et il avait des concurrents redoutables. Cependant, il était le plus amoureux, et il lui semblait que la filleule ne le voyait point indifféremment.

On faisait, dans toutes les cours du Nord, des courses en tratneaux où le luxe s'étalait à Tenvie. Mademoiselle d*Arquien en raffolait, f'honneur d*étre son cayaiier se disputait répée à la main, car ils n*y font point tant de façons en ces contrées presque sauvages. Un jour, on était dans les jardins du palais, par un beau soleil de février, c'était à qui s'emparerait du traîneau de ]a belle Marie. On en venait aux couteaux tirés, Sobieski seul se tenait à l'écart, non par faute de désir ou par crainte, mais parce qu'il savait com- Uen mademoiselle d'Ârquien, élevée en France, était loin de ces mœurs-là. Elle le remarqua et lui sut gré de ce sacrifice. Le soir, au bal, elle le prit pour son danseur, elle écouta les yeux baissés Taveu qu'il osa lui faire, mais sans lui répondre encore.

D rentra chez lui bien triste, bien inquiet, la reine avait nqppelé sa filleule après leur danse, et depuis lors elle ne

3i0 VIE ET AVENTURES

l'avait plus quittée. Sans doute elle lui défendi^ait de Téconter à Tavenir, et un plus puissant que lui obtiendrait sa main. En effet, à dater de ce jour, tout les sépara. Il ne lui fut plus possible de lui adresser un mot, la reine le traita avec une rigueur inaccoutumée, lui répondant à peine lorsqu'il osait lui présenter ses hommages. Le malheureux jeune homme était si triste qu'il songea à s'en aller en Hongrie combattre le Turc et se faire tuer.

Le printemps vint, les glaces fondirent, les feuilles poussèrent et les fleurs aussi. On fit des fêtes ainsi qu'il est d'usage chez ces peuples, Sobieski n'y assista pas. Il se retira dans un de ses châteaux, solitairement, ne voulant point entendre dire à ses rivaux combien Marie était charmante, quels beaux rubans et quel belle couronne elle avait, et qnelle grftce elle avait déployée dans le ballet des Saisons. Un matin, jamais le soleil ne fkt plus brillant, jamais l'air ne fiit plus pur, jamais les roses n'embaumèrent de leurs •enteors plus parfumées, ii était seul au bord d'un ruisseau, ^ns son parc, il vit venir à lui deux femmes en costumes es paysannes lithuaniennes, mais en velours, en soie et ett pierreries. Il ne les reconnut point et allait passer près Celles sans leur parler; tant il était malheureux. Celle q^ semblait conduire l'autre l'arrêta :

— Bel ermite, lui dit-elle, puisque vous ne voales ^oft TOUS feire de la cour avec nous, nous venons vivre avee TOUS aux champs. Ne nous renverrez-nous point î

n n*en pouvait croire ses yeux I c'était la reine, e'étail Marie, c'était toute la cour cachée derrière des.arbres etqjA «e montra sur un signe de la souveraine. Tous vêtus en bergers et en bergères de la plus galante façon qu'on pqm6

DE LA PRINCESSE DE MONACO. 3ll

Wir. Sobieski croyait rêver et ne trouvait pas une parole.

— Vous avez été le plus modeste, le plus dodle, le plus persévérant , après l'épreuve que vous avez si bien supportée, vous serez le plus heureux, dit la reine, voici votre femme.

Les noces se célébrèrent à ce ch&teau, où la cour resta plusieurs semaines chez Sobieski, Us n'ont point d'étiquette comme nous, la couronne étant élective et chacun pouvant devmr roi à son tour. D'ailleurs ces seigneurs polonais sont très-riches et très-magnifiques.

Après la mort du mari de madame de Gonsague, le nA^ «or la prière de la palatine, employa son influence pour So* Ueski, voilà comment mademmselle d' Arquien est, à l'heure qu'il est, reine de Pologne, sa sœur prétendue, a i^ttsé M. de Bétfaune et est ambassadrice en ce pays, ce qui loi éoKme un air fort agréable.

Pendant que je suis dans le nord, je raconterai une autre Ustoire, dont on s'est peu occupé à la cour, mais dont j'ai su tous les détails de la bouche de Madame, puisqu'il s'agissait de sa famille et d'une espèce de favorite à elle, ma* dame la {nrincesse de Tarente, née Amélie de Hesse, tante de Madame, qui eût facilement pris ma place sans son eiH tèlement dans la hnguenoterie. Le roi ne la voulut point souffirir près de sa belle-sœur, à leur grand regret à tontes 4ràx. Elles baragouinaient de l'Allemand avec délice; elles mangeaient des choux aigres et toutes les horreurs de leur thfeime de cuisine. Le grand régal était du lard et du san* fisson. Je l'ai vue sortir à jeftn de la table du roi, où se trou* viinil les dioses les plas «xquises, pour venir détorer m

312 TIK ET ATSHtUftES

Falaift-Boyil, dans un ooui, raffireose fricassée dont Todeor me ùdsait évanouir.

Le bruit courait, de par le monde, que jen*étais plus si bien avec Madame, parce qu'elle m'avait découvert une galanterie avec le chevalier de Lorraine, et là-dessus les conjectures mardiaient. Le fait est que madame de Tarente avait jugé à propos d'éc/oirer Madame, disait-elle, sur ce qui se passait et sur ce qu'elle souffrait à ses côtés. Madame me bouda, sans oser m'en rien dire, mais j'eus l'adresse de me rendre nécessaire en la brouillant avec Monsieur, et eu les raccommodant après, chose que seule je pouvais faire. Elle fut forcée de revmr et de me tout conter. Je le revalus à la Tarente, non pas vis-à-vis de Madame, qui ne le souffrait pas et qui me faisait taire, mais vis-à-vis d'elle-même. Je la rudoyai de la bonne façon, je ne souffris plus qu'elle entrât en dehors des heures habituelles, sans un ordre exprès de Madame ; enfin, je m'établis si bien, qu'elle me quitta la place, et se sauva à sa terre de Vitré, en Bretagne, où elle resta un an sans reparaître. Le même jour, pour amuser madame et l'empêcher de la regretter, nous allâmes nous promener dans les rues et aux Tuileries, incognito. Madame et moi, avec d'Hacqueville, le galant de ma sœur borgnesse. Elle fut enchantée de cette équipée, et comme le roi le sut et lui en marqua de Tétonnement, du mécontement presque, elle lui dit fort bien :

— Sire, lorsque, conmie moi, on n'est pas sur le pied d'être galante, on peut oublier un peu sa dignité et se donner carrière. On sait que je ne fais point de mal et on m'excusera, soyez tranquille, plus que beaucoup d'autres qui ne l>ougent de leur fauteuil, mais qui savent s'en dédommager.

DE LA PRINGESSB DE MONACO 3l3

Cette Tarente avait une fille, madame de la Trémouille, qu'elle avait envoyée en Danemarck, dont le roi et la reine étalent ses proches parents. Il lui arriva à cette cour une aventure des plus romanesques ; elle récrivit en entier pour Madame, qui me Ta donnée sur ma demande. Je vais la mettre ici, bien peu de personnes la savent bien, cela s'est passé trop loin de nous, et à la cour on ne s'occupe que de ce qu'on voit, ou de ce qui peut servir à quelque chose.

Mademoiselle delà Trémouille fut envoyée à Copenhague, près de la reine, sa cousine germaine. C'est une très-belle et très-aimable personne. Elle ne venait point pour chercher ui mari, mais elle en trouva plus qu'elle n'en voulait ; les jolies filles riches et de grande maison n'en manquent point. Cependant elle avait entrevu en France, plusieurs années auparavant, un frère du roi, un prince Christian, fort bien fait et fort galant, dont son jeune souvenir était plein encore, bien qu'éloigné, et qui, dès son arrivée, devint passionné d'elle.

Certes, le mariage était assorti sous tous les rapports. La reine s'aperçut de cette inchnation, elle en parla à sa cou* sine, qu'elle ne trouva point indifférente, et elle se réjouit à l'idée de la fixer près d'elle. Dieu ou le diable en avaient ordonné autrement.

lU

En tout pays il y a des favoris ; le roi de Danemarck en avait un, digne de tous les romans, les plus romans possi- Mes. Il s'appelait Shumacker, et n'était autre chose que te fils d'un marchand de vins, dont les talents et le mérite extrême le firent parvenir de ce rien à la position de comte de GrifTenfeld, et de grand chancelier de Danemarck et de Norwége. Le roi ne voyait que par ses yeux, et la reine ellemême, cédant à son influence, voulut le marier avec la fille du duc de Holstein-Augustenbourg, de la branche cadette de la maison royale. Il gouvernait admirablement ce pays, pour lequel il fit des lois qu'il n'avait point, jusqu'à être ap^ pelé le Richelieu du Nord.

. Lorsfjue la princesse de la Trémouille arriva à Copon* k9gae» la princesse de Holstein était çn route pour s'y r^- 4c^^ )e Qomte de Griffenfeld n'ei^t P9j| plutôt vu la prinfi€;9$<»

316 YJI ET AVENTURES

Amélie, quMl en devint aussi passionné que le prince Christian, et qu'il écrivit sur-le-champ au duc de Holstem qu'il renonçait & l'honneur de son alliance. Jugez.

Sur-le-champ les deux prétendants se posèrent en rivam; Griffenfeld avait pour lui son autorité, mais Christian avait le cœur de la princesse ; les chances pouvaient donc se combattre. Lprsque la reine, forte de l'aveu de sa cousine, alla trouver le roi et lui parler du mariage qu'elle désirait, elle fut tout étonnée de recevoir un refus, car Griffenfeld n'avait rien dit jusque-là à personne, il avait caché son amour et ses prétentions, espérant ce qu'espèrent tous les amoureux, un encouragement de sa maîtresse ; le roi était son seul confident. Son empire sur lui était poussé si loin qu'il lui fit trouver bon son refus de la prmcesse de Holstein, et tous les embarras qui s'en suivirent.

— Madame, dit le roi à la reine, lorsqu'elle lui parla, mon frère n'épousera point la princesse Amélie, j'ai d'autres vues sur l'un et sur l'autre. Mon frère épousera une princesse de notre maison ; quant à votre cousine, il est un homme, le plus éminent, le plus magnifique de mon royaume, celui auquel j'ai le plus d'obligation et dont je souhaite le plus récompenser les services, cet homme me la demande, je ne puis la lui refuser.

— Mais, monsieur, vous n'êtes pas le maître ; mademoi* selle de la Trémouille n'est pas votre sujette.

— Mademoiselle de la Trémouille se laissera toucher par l'amour qu'elle inspire, par les talents, le courage, le mérite incontestable de Griffenfeld ; d'ailleurs, je ne prétends point la contraindre, lui-même ne le souffrirait pas, il dé-

sire ^obtenir d'elle-même et d'elle seule ; je l'y veux aider, Toîlà tout.

A dater de ce moment, l'existence de la princesse fut des plus agitées. La cour se partagea en deux. Le roi voulait GrilTenfeld, la reine voulait Christian ; chacun avait ses partisans et ses soutiens, c'étaient des cris abominables et des intrigues de toutes sortes. La princesse voyait Christian dans l'appartement de la reine, à l'insu du roi qui ne l'eût pas souffert. Ils avaient des entretiens les plus tendres et les plus touchants : car, selon la coutume, plus on les séparait, plus ils s'aimaient. La reine pleurait avec eux leurs infortunes; le prince voulait provoquer Griffenfeld et le tuer; la princesse le luj défendait au nom de son bonheur et de son repos. C'était à fendre le cœur.

Uu matin, Christian reçut l'ordre formel de partir pour inspecter l'armée au moment de la guerre. Il voulut résister; son frère lui déclara qu'il le ferait mettre dans la forteresse s'il osait lui désobéir. On sort moins facilement de la forteresse qu'on ne revient de l'armée ; il partit.

Le lendemain même on annonça publiquement son mariage. La princesse Amélie l'apprit en arrivant chez le roi , et se trouva mal. La reine, qui entrait en même temps^ l'emmena chez elle, et la cour en fut toute déconcertée. E!n revenant à elle, elle se se leva sur-le-champ, se rajusta, Qt, ' sans écouter les (observations de la reine, elle retourna immédiatement chez le roi, qui la reçut dans son cabinet, seule, aussitôt qu'il sut qu'elle le demandait.

— Sire, lui dit-elle , Votre Majesté connaît mes sentiments, il ne lui en a point été fait mystère ; ceux du prince» son frère, lui ont aussi été déclarés. Le reAis qu'elle fait de n. n.

318 VIE ET AVENTURSE

oonsentir & notre union, et Tobstmation qu'elle met m contraire à en foimer une autre, me dictent mon devoir. Je Tiens donc demander mon eongé et la permission de rejoindre ma mère, à laquelle je rendrai compte de ma conduite.

— Gela ne se peut pas, dit le roi; c'est impossible « madame, tous ne songez pas à nous quitter.

— Je le dois, sire, ma place n'est plus ici ; vous me refusez l'honneur de votre alliance; vous ne me voulez point dans votre famille.

— Je vous veux plus que dans ma famille. Je vous donne à mon ami, à l'homme qui m'est le plus cher, an plus brave, au meilleur, au plus généreux de tous les êtres.

— Sire, Votre Majesté n'a pas réfléchi sans doute que la maison de Hesse et la maison de la Trémouille ne se peuvent unir au fils d'un marchand de vins.

— Vous êtes fière, madame, vous êtes plus fifere que moi; je l'avais fiancé à la fille du duc de Holstciu, qui ne l'avait point refusé, lui! Un héros peut prétendre à toutes les récompenses.

— De votre part, sire, peut-être; mais moi je ne lui dois rien, que la persécution que j'endure, et je ne puis que le baïr. Laissez-moi donc partir.

Le roi n'y consentit point, et quand la reine sut cette disposition, elle jeta les hauts cris, assurant qu'elle ne pourrait vivre sans sa chère cousine. Griffenfeld (1) n'osa se présenter devant elle, mais il l'accabla de tous les soins dont sa puissance lui laissait la liberté. Des courriers en-

(i) C'est ce même Griffélifeld dont Victor Hugo a fait un des héros de loa roman à'Ban c^ Islande,

Yoyés dans toutes les directions lui apportaient les fleurs les plus magnifiques, les fruits les plus succulents. Il arri« Tait des ajustements magnifiques de chez les meilleurs faiseurs de Paris. Avant qu'un désir fût formé par elle, il était satisfait ; c'était une splendeur digne des contes de fées. L'ingrate ne se laissait pas toucher, non que le comte fut vieux ou désagréable, il avait, au contraire, la jeunesse, la beauté et tous les agréments possibles ; mais il n'était point g^tilhonune,^et cette pensée seule la faisait évanouir.

Le moment vint où la guerre appela le roi et ses seigneurs ■CMitre les Suédois; le comte partit plein d'ardeur; décidé à remporter tant de gloire qu'elle pût toucher son insensible.

— Madame, lui dit-il en partant, je vois de quelle manière Yous me traitez, mais je veux vous forcer à m'accorder votre estime.

Elle ne lui répondît que par des larmes, dont le soir même elle fut dédommagée par l'entrevue qu'elle eut avec Christian chez la reine. Il arrivait déguisé pour s'assurer de sa constance, pour lui jurer que rien ne saurait le séparer d'elle, et que les volontés de son frère seraient impuissantes à lier son sort. «

La reine qui les aimait, les garda presque toute la nuit dans son appartement sans que personne en fût informé, hors une fille de service très-affidée. Le lendemain il partit. Lui et Griffenfeld faisaient à l'envi des prodiges de valeur afin qu'elle en fût instruite ; la renommée lui apportait leurs noms tous les jours. Le comte fit mieux encore ; les courriers, par une erreur calculée, lui apportaient les paquets . de la princossc ; il les lui renvoyait avec une suite d'ex-

320 TIE ET ATEiNTUREft

cuses, pour avoir seulement Foccasion de lui écrire et de tracer le dessus, qui était son nom.

La reine rejoignit le roi au siège de Weimar ; la princesse suivit sa cousine, et là les exploits redoublèrent. On ne vit jamais une lutte plus noble et plus glorieuse; rien n'y faisait, elle voulait toujours partir ou épouser Christian, et ne regardait point l'infortuné comte.

n s'en lassa. Il la voulait à tout prix ; il commença par calomnier le prince auprès de son frère, et par lui attribuer des vues coupables, que certainement celui-ci n'avait pas ; mais, avant d'en venir là et d'aller plus loin encore, il voulut prévenir la princesse de ses résolutions. C'est encore une manière d'honneur. Comme elle le fuyait sans cesse, il se masqua à un bal de la cour et la vint trouver pendant qu'elle rêvait seule derrière une courtine.

— Madame, lui dit-il, voç rigueurs me poussent à bout, j'ai résolu de vous obtenir ou d'y perdre la vie. Je vais donc risquer ma tète pour votre service, et je vous déclare d'abord que, moi vivant, jamais vous n'épouserez le prince. Je sacrifierai plus que ma vie encore, j'y vais perdre l'honneur, j'y vais perdre la gloire et la renommée que j'ai acquises; peu m'importe! si, après tous ces sacrifices, je parviens à en être récompensé par un de vos sourires.

— Vous avez tort, monsieur, lui répondit-elle froidement, ce n'est pas le moyen de réussir, car, lorsque vous aurez perdu votre gloire et votre renommée, je ne sais trop ce qui vous restera.

Et elle lui tourna le dos, tout en fureur, en lui défendant de luiadresser jamais la parole. Outré de colère, il alla droit au roi et lui dénonça le prince Christian comme ayant ourdi

U LÀ PRINCESSE OE MONACO, 8fl

une trame abominable pour s'emparer de la couromie, afin d*épouser la princesse. Il aposta des témoins, fit écrire de finisses lettres, enfin, il obtint la disgrâce complète du prince, son exil et sa séparation d'avec la princesse.

— Vous l'avez voulu, madame, lui dit-il lorsqu'il la vit tout en larmes, ne vous en prenez qu'à vous.

— La reine et moi nous préviendrons le roi de votre félonie, monsieur ; nous ne soufiHrons le malheur d'un innocent.

•— Hélas, madame, j'ai fait bien plus encore! je ne craiiui personne à présent. Le gant est jeté.

Il était jeté en eflét, et loin encore !

Ce Griflénfeld était un homme dans le genre de Biarîtz, à i>as5Îons vives et profondes, nn homme à bouleverser le monde pour l'objet aimé. Le roi, notre roi à nous, est Far- Mtre de l'Europe, il 'imagina d'obtenir son appui ; pour ce ftdre il lui écrivit en secret, et lui proposa l'abandon de certaines prétentions tout à l'avantage de son maître, enfin il hii v&idit le Danemarck, à la condition qu'il lui donnerut la main de mademoiselle de la TrémouîUe..

Le roi accepta sans se faire prier. Tout marchait à merveille, déjà il avait prié Madame de s'intéresser à cette affaire, déjà il avait écrit de sa propre main à la princesse de Tarente qu'il verrait cette union avec plaisir, lorsque la catastrophe arriva. Un agent infidèle le trahît pour une récompense, apporta au roi la preuve de sa perfidie, et força la reconnaissance de ce monarque, son affection à se taire. Griffenfeld fut arrêté. Lorsqu'on l'eut mis en prison, îl avoua tout sur-la-champ, et conserva une grande no-

3t4 . Y» ST ATENTOMS

blesse dans sa perfidie. Il écrivit au roi une lettre, que je regaifde comme un modèle de franchise et de bon esprit.

f Sire,

c J*ai trahi Votre Majesté, je mérite la mort, je ne viens c demander ni pitié, ni merci, je suis coupable, châtiez* c moi. J*ai calomnié le prmce, votre frère, j'ai fait tout c cela, Sire, et j'aurais fait plus encore, si j'avais cru c pouvoir obtenir le prix que j'en attendais. Je n'aurai pas c recours à de lâches détours pour m'excuser ; ce que j'ai c fait )fi Ybï fait de mon plein gré, emporté par un sentic ment auquel j'aurais sacrifié plus encore, si j'avais ea c quelque chose de plus sacré que l'honneur et la con* c Qance de Yotire Majesté. J'accepte et je demande la pu* € nation qui m'est due, mais je vous conjure de ne me < point haïr, de ne me point mépriser, car, mon respect et c mon dévouement pour Votre Majesté sont hidépendaots c de mes perfidies. Je vais mourir et j'en suis heureux; c lua vie déshonorée ne peut plus être offerte à personne ; c si J'avais réussi, j'aurais été un héros, j'ai échoué, je c suis un misérable; le succès est tout. »

Le roi, ou plutôt le conseil suprême, le condamna à perdre ses biens, ses emplois, ses titres et à avoir la tête tranchée ; la princesse s'était sauvée de ces abominations, n lui écrivit une lettre qu'elle refusa deUre, bien que ee fût le dernier adieu d'un mourant ; elle le baissait en perfection.

Tout le Danemarck fut en deuil; on l'aimait. Bien des villes envoyèrent solliciter sa grâce près du roi, qui ne de-

t>X U ?llINCEftSS Dl XONÀCQ, 98K

mandait pas mieux. Il reçut les députations avec beaucoup de bienveillance, mais il répondit toujoiirs :

— J'en suis plus fâché que vous, il faut que justice soit faite.

Le jour ûxé pour Texécution, il fit venir un de ses ancien» unis, et lui dicta ses dernières volontés.

— Vous verrez la princesse et vous lui direz que je meurs pour elle, vous lui direz que j'ai tenu ma promesse etquo j'ai tout perdu, tout sacnifié pour l'obtenir, j'ai perdu la partie, j'ai tort. Vous lui direz encore que l'on ne m'a rien laissé, mais voici un bijou inestimable, la seule chose qui m'appartienne, je la prie de le conserver en souvenir de l'homme que sa haine a fait mourir et qui n'en est pas moins son plus passionné, son plus dévoué^ serviteur. Jem'en vais sans remords et sans craintes. J'ai commis un crime, mais la cause en est si belle que je ne le regrette pomt. J'ai tout connu, tout possédé sur la terre, excepté le bien pour lequel j'ai donné tous les autres, je n'ai plus rien à faire icibas. Adieu, je ne vous ferai point honte au dernier moment, et le pauvre Schumacter mourra la tète aussi haute que le noble comte de Griifenfeld, lorsqu'il entrait dans la cour précédé de ses massiers.

On le conduisit au supplice, au milieu d'une foule àé* solée, qu'il harangua avant de monter sur l'échafaud. Il était plus beau que jamais ; la sérénité de son visage, ses traits calmes, son sourire bienveillant tiraient les larmes de tous les yeux.

— Ne pleurez pas, disait*il, le roi est juste, j'ai mérité mon sort.

Lorsqu'il (tat pr^ré et fu'il livra su boiirrea« sa têtet II. i9

' Yfft IT AYRimniil»

ment même où le glaive «e balaofait nm^m^nt,

•*. OiAm ! delà ptrt de Sa Miyesté. poiir ^otuftpaotor.

Un immense cri retentit dans toute la place ; ce fat iim htMkiim onîTeraeUa au roi pour aa çltoam^« Quant m patient, lorsqu'on lui reofldt l'arrêt diaiw^ftMrt aa v^im mvm JfK^Êmt pirpiluaUa, il dit froidenifaut :

«^ Celte «liée aat pbia douloureuse Que la oiort mèm ; Je oNiyai^ tous mea maux Anis, et. Ua reeommeueeut.

Il fedeseendil lentemaiit tes marebea de V^ebafand, en ivlimriiant aea retarda vers la place ou la mort M sanût ▼eaive*

EaooBdult daiia aa priem, il fit demmder au roi de k «ervir comme aeUat« ai» d'expier aa faute en ae fwaaat Uêop pour lui. Celte griee lai fut refuaée,

mm Tout eai daae fini i dil-4l alora, je ne imia pi vivre ai mentir.

Il raaia à Cûpenhague daus une étroite priaoa oh il e$t eneore, ouAUl ee le voit, oii uni ue sait ce qu'il senti ui ce qu'il pense ; pour moi, je le crois trèa*iualbeureux.

Le lieau de Thistoire, c'est que la princesse et le prince Christian ne se sont point mariés, bien que le. pauvre Grifienfeld iM» se mêle pliss de leurs afiaires et que personne pe a^ eppoae. Cbriattau revint près de son firère bieu justifié \. mais le cœur bumaia est ftât d'étrange sorte 1 Dèa qu'il fut libre d'adresser ses vowx <t mademoiselle de la Trémouiltei

il ne s'en soucia plus. Soit qu'il lui en voulût de ce qu'il

iiveil souftrt, seit qu'il eut etogé par un effet d'inconstance naturelle, il fut le premier à demander au fq! de re-

DE LA lPf)i|reKMI IHI KONACO * 397

40 J4 oa SAif ok* Ces fioms «ItemAndB éoorcliènt ma plume.

La reine, tout^ surprise, lui dit qu'il pouvait maiutenuit songer k ^a cousine,

->* Je $ais que je }§ puis, madame, mais je me reconnais indigne d'elle, et Je n'y songe plus. Mademoiselle de la Trémouilie avait le a»ur trop bien placé pour ne pas lui rendre la pareille *, elle eût même la force de n'eu montrer ni dia** grin ni tristesse. Elle revint en Danemarck etle revit eonime un (^utre, eft apparence du moins ; peut-être qu'au fond...

On assure cependant qu'elle accueille à merveille un cer^ tain comte d'01denbourg*Alteo])ourg» qui soupire pour ses beaux yeux.. Toute F Allemagne en crie ; ce comte n'est pas i^n prince et cela ferait une més^illauce à son noble eau^. Madam£[ en parle toute la journée ; elles s'écrivent aveo ma« dame de Tarente des lettres de quarante pages en allomand 14-dessus, \

La prince^s^ persistera-t-^elle ? Oubliera-t*elle edui-là comme elle a oublié l'autre ? Je ne sais. Ce qu'il y a, c'est que le pauvre Schumacker est dans sa prison. Le curieux, et cela est possible, le curieux serait qu'elle le regrettât-€t que lui l'eût prise en haine. Dieu seul saura ces cdioses et ne vous les apprendra point (1).

Je viens d'avoir tout à l'heure la visite d'un joli médecin que j'ai ccmnu fort misérable et que voilà devenu tout pitîs* $fmt ; j'interromps mon récit pour dire cela. C'est encore ujie de ea9 révolutions qu'on ne comprend point et que I» I^iden^ se plait à faire.

•4t> tm prlnceaae de l» Trémoufile épousa le comte d'Oldenbourg- Ât^ tenbonrg» (Ht^U de fêdiUwr,)

8S8 * VIB Kt AfBRTimKS

D 8*q>peUe Amomo et est italien. Il vint en France éta^' dier. Il était fort pauvre, mais fort beau, et par je ne sais quelle circonstance, il fit connaissance avec madame de GheUes. Celle-ci n'imagina rien de mieux que de rétablir à Tabbaye en qualité de médecin. Il n*eut garde de refuser. Le voilà dans le troupeau de nonnes, qui, toutes, se mettent à en raffoler ; il y avait bien de quoi ! Ghelles semblait avoir la peste, les religieuses tombaient malades à la douzaine, il ne savait auxquelles entendre. Cela alla passablement pen^ dant quelques mois, mais la jalousie s'en mêla. Pour les vieilles, il fut uniformément respectueux et plein d'égards ; pour les jeunes, il fut uniformément autre chose, allant de Tune à l'autre, suivant sa fantaisie, en tout bien tout honneur certainement, mais suivant ces privautés de couvent dont ces bonnes sœurs sont très-friandes, à défaut de mieux» Un jour elles découvrirent mutuellement les préférences qu'il partageait. Lorsqu'une eut parlé, les autres, outrées de colère, parlèrent aussi.

— Et moi !

— - Et moi !

On n'entendait que cela, le scélérat avait fait ses affaires*

«—Il partira I II faut qu'il parte !

On demanda donc son renvoi à madame Tabbesse, trop coiffée de lui pour y consentir, d'autant plus qu*on se garda d'en dire la raison. Il fallut le voir malgré soi, la réflexiœi les avait calmées, elles se seraient apaisées certainement, mais il vint un supérieur provincial en tournée que le visage du médecin offusqua fort. Il fît toutes les remontrances à madame de Chelles, qui soutint Âmonio, dit que c'était on ange et qu'il n'avait pas môme une pensée de Satan.

DE LA PRlNCCttSE ftE MONACO. 829

Le provincial fouilla la question et découvrit Taventare, quMlsehâta de crier sur les toits, sur ceux de l'abbaye d'abord et partout ensuite ; il en écrivit aux supérieurs, tant et si bien que le pauvre Amonio fut bonteusement cbassé, que les dévots l'entreprirent et le mirent sur le pavé où il faillit . mourir de faim.

Le basard lui fit rencontrer mon frère, qui me l'ainenay qui le présenta à tous ses amis et qui lui refit une sorte de bien-être. Et puis, tout-à-coup, il se trouve que le pape meurt, que le nouveau est un cardinal cbez lequel son oncle était camérier secret, et l'oncle appelait son neveu auprès de lui pour être médecin de Sa Sainteté, c'est-à-dire aider à gouverner la cbrétienté tout entière. U n'a pas oublié ses amis en partant, et il vient de m'assurer qu'il m'enverrait les indulgences in artieulo mortis.

— Mais aussi, madame, madame de Ghelles et ses nonnes auront de mes nouvelles, je vous en réponds. Je les fais re^ mettre à la règle la plus sévère, je réforme jusqu'au cou*» fesseur.

Je suis sûre qu'il tiendra parole. ,

Amonio me conduisît tout naturellement à un souvenir que j'ai effleuré tout à l'beureet qui n'en est pas moins resté un des plus parfumés de ma vie, au duc de Montmoutb. Ce fut ce même Amonio qui nous servit de confident en cette circonstance trop singulière pour que je ne la rappelle point. Amonio fut placé par mon frère dans une petite maison de la rue de Yaugirard, où il allait quelquefois, non point faire la débaucbe, mais passer deux ou trois jours tranquille, pour se remettre de ses fatigues avant de recommencer.

Cette maisoû était fort jolie» solitairct entourée de jar-

930 VIE IT ATUTVBKS

A»; en Aé, OD y est passé sa Tîe, etnoas y aUtans souveDt.

Ja vis M. de Montiiioiitti pour la pramièn ibis à cette chasse de M. le doc, dont je tous parlais, je fu$ comme lent le monde, frappée de sa beauté. C'était un de ces vi^ sages pâles, allongés, anx yeox de fen, dont le front sem-« Me porter nne marque de malheur* Ils sont gâséralenient trislei d*Bne tristesse doaœ qni se oonmitmiqne, et qui n*est point désagréable. M. de Montmonth, ce soii^là, ne IM quitta gobre, et cela deraît être, n'était«-il pas bâtard de Charles n, et en ai-je jamais manqué un seul t

Je le retioontrai de nonreau à la cour et à la ville, peu an Palais^Royal, où il ne Tenait presque jamais. La mort de sa tante Fayait fort affecté, il la croyait morte empoisonnée, et ne Toulait point, disait-il, revoir ses bourreaux. On Ta accusé d'une intiigue stcc elle pendant mon premier s^otu* à Monaco, mais je suis certaine que cela n*est point yrai, je ne le connaissais que par ouï dire, mais lui savait que j'étais Tamie de sa tante, et ce fut la première diose qui l'attira.

Cependant il ne me pariait que pour marquer la position, moif j'y songeais tout au plus ; nous restions donc indiiérents l'un pour l'autre, en ^)parenoe, du moins. Un matin j'allai chez Amonio^ il faisait un si beau tempSi que l'idée de son petit jardin me trottait par la tête. Je voulaid alors cueillir un bouquet de roses, il en avait de si parfumées 1

Je partis seule avec Blondeau et un laquais dans un carrosse gris, très-simplement vêtue, enveloppée d'une cape, et je me réjouissais de cette petite matinée cbampètrei En entrant chez le médecin, j'entendis une voix qiii étail étr&n*

gère, et Taccent du duc de Moutmouth me le fit reconnaître sur-le-champ, et ne me fit point fuir. Quelques mots lui expliquèrent ma présence; quant à lui, il avait consulté Amonio pour des palpitations de cœur auxquelles il était sujet ; celui-ci avait parlé de sa retraite, il eut envie de la connaître, et il y vint, en Tabsence de mon frère surtout, qu'il ne voyait guère de sangfroid.

Amonio nous fit servir une collation fort propre, et puis nous laissa seuls, il était fort discret.

M. de Montmouth me parla sur-le-champ de Madame, qu'il avait aimée à l'adoration bien qu'elle ne l'écoutât point. Il voulut mille détails que seule je lui pouvais donner, et nous restâmes des heures infinies à causer d'elle. Peutêtre à la fin étions-nous tentés de causer un peu de nous.

Quelques jours après, nous nous retrouvâmes chez Âmo-> nio, où nous allions certainement avec un désir secret de nous rencontrer encore. Je ne sais pourquoi nous n*en par* lames point, ce qui donna à ces hasards un air de rendez* TOUS à s'y méprendre. M. de Montmouth était d'une mélancolie plus grande qu'à l'ordinah^e, il répondait simplement à ce que je lui disais, et ne m'interrogeait pas. Il se levait souvent, il me regardait, se rasseyait ensuite ; enfin, il me dit :

— Madame, croyez-vous aux fantômes ?

Cette question me rappela la chambre du tableau et les apparitions que j'avais eues ; je frissonnai presque en lui répondant :

— Certainement, j'y crois.

— Avez-vous entendu dire que l'esprit de madame Hen» nette revint près d'une fontaine à Saint-Cloud T

— Je l'ai souvent entendu dire, j'ai même vu des personnes qui prétendaient l'avoir parfaitement reconnue.

— Et vous n'avez jamais eu la curiosité d'y aller ?

— Non, je l'avoue.

— Eh bien ! je veux y aller moi. Si je pouvais lui parler une fois encQre, ma chère tante ! Quelle serait ma joie!

— En amûez-vous donc peur?

— Je ne sais... Je crois que oui.

— Pourtant elle ne vous ferait point de mal, elle vous aimait beaucoup, et vous l'aimiez aussi, ce devrait être pour vous mie douceur.

— Il me semble que les gens de l'autre monde ne reviennent en celui-ci que pour faire du mal.

— Elle était si bonne! Quant à moi, j'irai, n'y voulezyfWÉ& point venir avec moi ?

— Avee V9US, monsieur^ peut-être. . .

— Que pouirigK-vous craindre ? Venez, eUe s^a beiir«uae de nous voir réunis, et nous aurons aussi bien du b^ibeur à la retrouver ensemble. Il se peut aussi que eda 00 S(Hl rim ; nous Terrons.

U me tourmenta tant que je finis par le lui promettre, et que nous prîmes jour pour cette escapade. U fut convenu que nous irions chacun de notre côté, comme une promenade, que nous nous rencontrerions près de la fontaine que je Gonnaissats bien ; Madame y allait presque tous les soirs en été, c'était l'endroit le piuâ frais du parc, et encore la veille de sa mort, madame de La Fayette y fut avec elle. Le fantôme ne paraissait pas avant minuit, et nous y trouvaat avant sept heures, nous le devancerions.

M. de Montmouth me resterdia beaucoi^^ de ce qu'il appe-

DB LA PIIINGXS8I DB MOHAGO.

bûl BM eomplftisancei il fut galant, empressAy^U taX presque gai et passablement tendre, il ne tint qtt*à moi qu'il le fût . davantage, je le quittai fort contente de ses façcMlS« et n'ayant pas grand'peur d'un spectre que je devais aller saluer avec lui.

Le jour dit, je pris mou carrosse gris et mes grisons» J'allai a Saint-Cloud en cachette, Madame n'y était point, et je me promenai seule dans le parc, jusqu'à l'heure convenue. Mais il ne me fit point attendre ; je le rencontrai nez à neï au tournant d'un quinconce, il me cherchait. Blendeau et mon laquais restèrent à quelque distance, et nous nous acheminâmes lentement vers la fontaine. C'était une de ces belles nuits de juillet) par lesquelles il fait si bon vivre. La senteur pénétrante des arbres me montait au cerveau et me rendait très-disposée à ce que nous allions voiri ou. du moins à ce que nous allions chercher.

La conversation s'en ressentit. Elle prit un tour plein de rêves et de chimères ; nous pensions tout haut, et nos peiisées n'étaient point de ce monde.

— Madame, me disait-il, ne trottvez-*vous point que ces beaux arbres, cette belle lune, ces bruits lointains de la rivière et des cascades font penser à des choses inconnues?

— Je le trouve ce soir, je ne sais pourquoi, monsieur.

— Oh ! je lésais bien, moi; c'est mon influence. Il Bs'est toujours arrivé de communiquer mes pensées tristes aux autres. Je suis prédestiné à des malheurs, je le sais ; je ^ressemble à mon grand-père et je mourrai oomme lui, jemie, et de mort violente; il y â longt^nps qu'on l'a prédit à ma mère.

— Pourquoi me parler de cela, monsieur T Peurquei

386 tm BT ATEHTCRM

TOUS ncNirrir de f!es idées? EUes ne «mt pmnt de voCre Ige, ni de votre conditkm ; pensez platAt à votre jeunesse, aux plaisirs qu'elle vous offre, et laissez venir le tenps, avec ee qu'il q^KMtera. Ne sera-t-U pas t^nps de s'en occuper

•lors.

— Ne croyez pas que cela soit pénible ; ne le croyez pas, ail moins, j'y suis accoutumé, et ces idées sont mes codh pagnes ordinaires. Ma tante les avait aussi quelquefois, vous voyez qu'elles se sont réalisées ; il en sera de même pour moi.

Minuit sonna à l'horloge du chftteau, dont nous étimis peu éloignés. Nous tressaillîmes tous les deux.

— Ah ! dit-n, voici l'heure. Allons ! elle nous attend peut-être.

Nous nous dirigeâmes vers cette fontaine, où tant de fois j'avais été à pareille heure, avec celle qui n'était plas. Quel changement! que de fantômes apparaissaient à mon cœur, qui ne devait plus les revoir ! Lauzun d'abord, qui ne m'aimait plus ; Madame, deux ou trois autres femmes jeunes comme eûe, disparues comme elle ; je me sentis pénétrer d'un frisson mortel, et j'eus à peine la force d'avancer.

— Ah ! dis-je en moi-même, quelle différence !

Tout se taisait autour de nous, excepté ces mille bruits de la nuit, qu'on entend sans les définir, et qui cessent si on les écoute. J'ai toujours cru quje la nature travaille sous les yeux eu. créateur, et que ces mystères nous sont interdits. Nous approchions lentement; la lune éclairait tout Fespace vide entre les arbres, autour de la fontaine^ dont l'eaii étincelaH comme des paillettes.

DE LA PRIN«ESSe DE MONACO. 337

Feoe Madame avait fait placer des pierres couvertes de «mousse autour du bassin pour qu*on pût s*y asseoir ; sur une d'elles elle se plaçait toujours ; mon sang se figea quand j'aperçus, sur cette même pierre, à la même place, une forme blanche à travers les feuilles. Je m'appuyai invokmtairement sur M. de Montmouth, j'allais tomber,

— Ah ! mon Dieu ! c'est eUe, la voilà !

— Oui, oui, c'est elle ! Venez.

Il m'entraîna plus morte que vive, vers cette apparitioni quand nous fûmes assez près, elle se leva à une taille démesurément grande et marcha vers le bois en nous faisant un signe bienveillant de la main droite, ce qui a toujours été regardé comme d'un favorable augure. Je restai clouée à ma place, mais M. de Montmouth s'élança à sa poursuite en criant :

— Madame I Ma chère tante ! Henriette!

Il fut obligé de faire un détour à cause de la fontaine, qui les séparait; je le vis s'enfoncer sous les arbres, criant toujours. Il revmt très-peu après, me disant :

— Elle est disparue. Nous ne la reverrons point.

Je l'espérais bien, car je ne suis point brave avec les gens de l'autre monde. Il se rapprocha et me présenta la main pour sortir de cette broussaille.

— Je n'en puis plus, lui dis-je.

— Âh ! vous ne l'aimiez pas conune moi, alors, car vous eussiez été bien heureuse de cette apparition. Pauvre tante ! Elle revient donc! c'est vrai !

Nous nous acheminâmes , lui ému , touché , presque joyeux, moi très-effrayée. Au moindre bruit, je tressaillais et je me pressais contre lui^ bien involontairement, comme

838 Tl« BT AtBMTOUKi

fA o'eAt M UB aatfe« lAsensiblement il me pirli moiiiS de Madame et plu» de moi ; je ne lui répondais guère, maie il devint plus preasant, plu4 tendre ; il était bien bete, bna apirituel et bien passionné le due de Montmouth^ en ee temps^là I

Les ombrages de ce pai% sont lâagàifigties, et le aeUtenir m'en plaît encore, à cette hettre que je ne le verrai plus. Cette lune éclairait les grandes âairières i les fleurs avaient, BWiemblait^il» une senteur plus doucO) et les eaux un bruit phia barmonieuXf des paillettes plus vives et plus brillantes; des gazons parsemés de mousse et de violettes invitaient k s'y reposer, et les souveiûrs de sa première jeimesse sont souvent dangereuxi

Le lendemaitt) je retournai sevde àParis. H» deMoutmoutli y passa trois mois seulement; il n'y était que d'afroiture, et on le rappelait en Angleterre ; le roi de ee pays n'aimait pas à le savoir loin, il m*aignait son esprit inquiet, son ambition sans cesse éveillée, et je crois qu'il n'avait pas toM.

Quant au spectre de Madame, je ne saâs qu'en penser. Voici ce qui arriva peu après et me fait quelquefois rougir -de ma poltronnerie; il est encore possible que ce jour-là, cependant, ce fût un vrai fantôme.

Un soir, un laquais du maréchal de Glérambault idla puiser de l'eau à la fontaine; il vit une grande femme blanche, sans visage, qui disparut comme j'ai dit. Le pauvre homme revint en criant qu'il avait vu Madame; il en eut une telle peur qu'il tomba malade et mourut.

M. de Lastera, capitaine du château ne fut pas si crédule .que moi et les autres, il se rendit à la fontaine l^n accompagné, en ayant soin de cacher son escorte, et quand il vit

DE LA PRinOISSB DV HONAGO. 330

lei'tTenafitt il leiûenaça de cent coups debâtoni »*tl n^sTOttitf I ce qu'il était. Le spectre dit :

•^ Ah ! monsieur de Lastera, ud me fmtespdtil de ùial, je sttlB la pauvre Pbilipinette.

C'éUît uae vieille de Tillage, abominable^ sans donts, l68 yeux rougeS) le nez enflé, la boucbe jusqu'aui oreineij soixante^diX'^sept ans, enfin, un vrai monstre. On voulait la faire enfermer, Madame s'y opposa. J'étais présente lorsqu'elle la vint remercier.

— Mais, lui dit la princesse, quelle ragQ vofls tient de taire l'es|Nrit, au lieu de Votis aller coucher?

«« Ah ! Madame , répondit^lld en riabt , je ne pois avoir têgrei à ce que j'ai fait ; à mon ftge, on dort petif il fitut bien quelle petite chose pour réveiller. Toiit ce que j'ai âul dans ïHa jeunesse he m'a pas tant réjoui que de Um l'espril» J'étais bien sûre que tous ceux qui n'duf^ent ^B peur de mon drap blane auraient peur de moii viss^. lies poltrons faisaient tant de grimaces que j'en mourais da rire* Ce plaisir me payait d'avoir porté la hotte toute la

Je me sentis rougir ; l'idée que j'avais été du nombre de ' ces poltrcms, que je n'y étais pas seule, et qu'elle pouvait le raconter, ne m'arrangeait guère. J'osai savoir à quoi m'en tenir.

*-*■ Et reconnaissiéE-vous les gens qui allaient à cette fontaine? demandai-je.

^- Oh 1 que oui, madame, je les reconnaissais bien tous.

— M'y avez-vous vue, par hasard?

— Jamais, au grand jamais, madame, mais je crrâ bian y avoir aperçti une fois le neveU de feue Ma^hune, ce beau

840 TIK ET ATEKTCILES

seigneor anglais qni a des baUts dV, et qu'on dit qui est le fils d*im roi.

Je me le tins pour dit. La diablesse de vieille savait toot. Je loi fis un joli présent, et j'écrivis à M. de Montmouth :

c -* Notre spectre n'était autre qu'une vieille abomina* t ble, nommée Philipinette, à qui feue Madame faisait des « charités et qui la singe après sa mort. Si elle savait qui c nous avons pu prendre pour elle, elle ne nous le pardonc nerait jamais. II me semble que nous nous sonunes bien c trompés cette nuit-là. »

Le comte de Ghamy, que Mademoiselle avait appelé an Luxembourg, fut ravi du départ de Montmoutti^ car il voulait fort renouer l'ancienne connaissance de nos premières années. Il était donc fort bon cavalier, très-brave et très* agréable de propos, tout fils de Louison qu'il fût. Monsienr et Madame Faccueillirent au mieux, il passa plus de la moitié de sa vie à Saint-Cloud et avec eux à Paris, à l'hAtel de Gramont, où mon père et une autre personne aussi le recevait avec plaisir. Mademoiselle le voulait marier avec une parente de Partioelle, qui avait tant volé, et qui la dotait ; il refusa net; j'ai rarement vu un bomme si amoureux.

Mon frère en même temps était en commerce avec la du« cbesse de Bnssac, et je vous assure que rien ne m'amusait davantage. Elle était le suprême en coquetterie, comme loi le suprême des avantageux. Ils se faisaient flamber mutuellement et ne brûlaient guère au fond, car ils étaient trop préoccupés de leurs personnes pour bien songer à autre chose. Ils passaient des heures entières à sophistiquer, ils montaient à cheval sur les nuages et s'en allaient à perte de vue. Et leurs lettres ! Ah! quelles lettres ! J'en avais con-

DE LA PRINCESSE DE MONACO. 34i

serve, je ne les retrouve plus , j'en suis fâchée. C'est du sentiment distillé, c'est un alambic perpétuel, ils ne disent rien c(»nme les autres, et jusque dans les mémoires, où d'ordinaire ou ne cherche pas ses phrases , ils en faisaient des plus étranges. Cependant madame de Brîssac avait pris en outre conune provision d'hiver M. de Longueville, que bien d'autres lui disputaient , sans compter celles qui l'enviaient tout bas. La maréchale de La Ferté en avait un enfant qui servait de pont à la légitimation de ceux de madame de Montespan, sans nommer la mère. Le maréchal , jaloux à tuer, n'en présenta pas moins à sa femme M. de Longueville et le petit Bon (le comte de Fiesque), comme deux jeunes gens à montrer aux dames. Il fit ensuite des reprodies à M. de Longueville, alors comte de Saint-Paul, de ce qu'il ne le venait pas vou*, c'était peu de temps après la . naissance de cet enfant de l'amour. M. de Longueville lui rendit d'un très-grand sangfroid :

— Monisieur, j'y ai été bien des fois cependant , il faut donc qu'on ne vous l'ait pas dit.

Ce fut à sa mort un déluge de larmes de toute!i ees femmes. C'était mesdemoiselles de Dampierre et de Théobon, ille de la reine, qui s'enferma au couvent sous prétexte de pleurer son frère ; madame de Nogent ^ soeur de Lauzun, prit aussi le prétexte de pleurer son mm*i ; là marquise de Castelnau , qui se consola sous prétexte qu'il ne raimait point, et qu'il avait dit à Ninon :

«M Mademoiselle^ déiitrels-moi de cette gt*os6e marquiie de Gastelnau.

Ensuite madame de Màraus , dont ebacun se moquait. Enfin, cette mort mit toutes les belles eu deuil. Mon fr^e en fut cause première^ et M. de Longueville aussi. GUiche Tiitt dire que la rivière était guéable et elle ne Tétait pas, et M. de Longueville rdfusa quartier à des gens qui se rendaient et qui pour lors le tuèrent. Mon frère se couvrit de gloijre, mais fit crier tout le monde après lui, à commeneer

344 TIE ET ATBMTVItEft

par le roi. Mon père ne s'en exécuta point et cria partoat qne c'était un héros. Il avait raison.

M. de Monaco revint de courir sa belle, et, comme il était de fort mauvaise humeur, il n'entendit aucune raison et ne me voulut conduire à Monaco. Je me débattis de toutes mes forces, il y fallut céder; comme la première fois, mon père me déclara qu'il n'y pouvait rien. Ces deux folles de Man* eini occupaient tout l'univers, on les arrêta à Âix, déguisées en homme , l'une venait chercher le chevalier de Lorraine, et l'autre le comte de Marsan ; je vous demande la figure que faisait là mon mari * Ni l'un ni l'autre de ces princes de Lorraine ne songeaient à elle ; Tun était en train de s'occuper de mille femmes, et l'autre d'épouser la vieille duchesse d' Aumont et ses trésors^ ce dont il ne put venir à bout, grftce à Louvois, qui lui en voulait.

Je ne sais si vous comprenez bien que je ne suis pas les dates, et que je raconte comme cela vient à mon souvenir. Je ne pourrais débrouiller assez vite, s'il me fallait fixer les époques , et le temps me presse. Mon voyage de Monaco m'occupa fort au moment où je pense à présent ; nous eu étions tout-à-fait désolés, moi et mes amis. Cependant, je le répète, il fallut s'en aller. Tout ce que je pus obtenir, ce fut de voyager seule avec mes gens et mon nain, et d'être délivrée de cette vision cornue de mon mari dans cette ca* lèche où je m'ennuyais tant.

Gomme nous passions à Lyon, ou plutôt à Vienne, nous descendions le Rhône, j'allongeais le chemin de mon mieux, j'entendis dire que le marquis de Vardes y était de passage. Je ne revendiquai point l'honneur de sa connaissance. H était exilé d'ordinaire enLanguedoc» mais il obtenait parfois

DE LA PBINCkSSE l>fi MONACO. 348

la permission d'un voyage ailleurs , soit pour ses amours, soit pour ses affaires. Alors , et depuis longtemps déjà , il était fort épris de mademoiselle de Toiras, fille de qualité de Languedoc , avec laquelle il eut toutes sortes de trag6* dies; je ne sais où ils en sont maintenant. Ce jour-là donc, à Vienne , j'étais dans une petite hôtellerie, fort borgne, et je ne comptais guère sur une visite. Laski m'avait fait cent contes pour m'amuser, Blondeau arrangeait des hardes dans la chambre voisine ; le nain, me voyant toujours sérieuse, alla la rejoindre et finit par s'endormir, ainsi qu'il en avait Thabitude le soir.

Je regardai couler le Rhône de ma fenêtre, maudissant le caprice de mon mari, et maugréant en moi-même, lorsque la porte s'ouvrit et je vis entrer l'homme du monde que j'attendais le moins, cet audacieux marquis de Vardes.

— C'est moi, princesse, dit-il, et vous n'y comptiez guère.

— J'y comptais si peu que je vous prie de sortir à l'instant, ou j'appelle mes gens pour vous mettre hors.

— Bah! bah! ce grand courroux se calmera tout à l'heure, quand vous saurez que vos gens sont hors d'ici, que cette auberge m'appartient, que Blondeau et le nain sont enfermés à triple tour dans leur officine, enfin, que j'ai résolu de passer quelques heures à causer avec vous sans être dérangé, pour mettre nos comptes eu règle.

— Gomment, luidis-je, vous avez osé?...

— Qu'est-ce que je n'ose pas, moi ! Je n*ai qu'un mot à dire pour vous faire comprendre mon pouvoir , et mes rai* sons. Je suis a\ec un de vos amis, M. Bimiz.

Je fis un saut de peur.

346 ¥i£ «î iVCIÎTUA«&

li0, d*excrt)eol» tMdiâa(ieft quivou& adorent, qui me cfmik voUv d^mteur pasmaoé, et ^ m'obéisseot san»répU({i)^^ quand je lem eoixuuaiide de mar dier a'importe pu t pour Y(4r« serviee*

'^ Quoi ! la reiii« a*eat laisaéa tromper par vim^ t elli 6i adroite et »i fine 1

^ La raina ast morte^ mais je l'anrais bien trompée t^t de wtaie, ce sont ses liants qui vous «oignent , pou^ ac* emplir ses dernières volontés : Biaritz vous adore et vqq» hait, et moi je suis à moitié de son avis. Vous me plaças et je voua déteste. C'est vous qui avez édairé Madame, c*ast voua qui m*ave;s perdu, et eependant je trouve en voua 4fi9 attraiia qui me séduisent. Je me promis de me venger, çn me satiafaiaant.

Je eomm^nçaia k ma remettre, et je n'ai jamais été ftdle

à intimider, si ce n'est par les spectres.

mm Je ne vous crois point, répUquai-je en levant les épaules, je ne aui^ point en votre pouvoir, mes gens sant-là, et ils vont revenir ; vous n'auriez point osé risquer un p^tapons à une femme de ma qualité et démon caractère. . •^ \om le voyez, votre bateau, votre carrosse et vos gens ne sont plus U, la maison est remplie de mesbobêmês, qui n'étai^t point Ik en ce dessein, je l'avoue» nous sww^ seuls et personne ne vous enlèvera à mes désira*

— J'ai bien asses de moi pour me défaadre»

"i-r Je 4^mp(o sur vous, au eontraira, poor m'aidor à tiiompb^.

— Insolent.

— J'ai vu Biaritz, madame.

DE LA PRINCiSM ftS MONACO. 3lf

10 emuiieiiçais à étouffer de colère, Je me eontine poor-

-^ Akni, Madame, d*ici à demain iieiis avoqe le temps de omia ittj^ler le passé et de nous préparer des souvenirs, lia seront doux ou emels, selon qu'il yous plaira.

— .Vraiment!

— Ecoutez-moi d'abord.

U me raconta tontes les Intrigues que }e vous ai dites, il me raconta lentes ses aventures avec Madame , fl me ra-« eonla ses amours êiveic tout le monde, et au beau milieu Je PiBtefrompis.

««* \WB oublie^E cette malKeurense dudiesse de Roque-» la«M que vohs aves tuée k vingt-quatre ans.

U devint p&ie comme un mort.

— Ne parles pas de cda, n'en parlez pas, Je ne puis entendre «d nom, U me rappelle trop de oboses que Je veux onhUer.

11 nvatt doue un endroit fuinéraMel II se remit né«mmoins et recommença, )e le laissai dire, pour savoir Jusqu'oè 0 irait et ce que signiûait cette levée de boucliers, à laquelle je m'attendais si peu.

~ Je suis loin de tout cela, continn**t41, loin de eelto pauvre Soissons qui m'adoi*e, loin de la eour, moQ ceatm, 01 «'eil grtee à vous. Voua me connaisses aseez pour être sûre que je ne vou^ aime pemt« Le hasard me fiiit tronvop ifii «lûovrà'biii, oauraat vf/t^ madimmiseUe de Toiras, qui iM feiit et 400 je vouai enlever.

«-^Freioft tardOt mMudenr l on est condamné àUro pendu pour enlever les filles de qualité. Voyez ptatAt ViO* menars et la fille du marquio do CMomi.

348 VII BT AiBinriitis

«- Oni, mais Pomeuars n'est pas pasda^ ma^ré-Ia eendamnatioii, et mademoiselle MaiUé de Gr&uix s'est avisée de se plaindre de rapt après quatorze ans de cmumerce, et cela ne m'arriyera jamais : d'abofd parce que maderaoisdle de Toiras ne se plaindra pas, et pois parce que notre eommeroe ne durera pas quatorze ans,

Quant à cela je n*en doutais point.

— J'avais emmené nos Ixâiêmes pour cette expéditiou» quand j'apprends que vous êtes dans cette modeste hùHàr lerie. J'ai acheté l'hôtel, j*ai acheté la maison, vous êtes chez moi. Les bohèmes sont en bas qui vous croient garder d'un danger, et cela vous explique la tranquillité où je suis.

Je fus obligée de reccmnaltre en md-mème qu'il avait raison.

— Mais enfin, repris-je, que me voulez-vous?

— Ce que je vous veux, vous le pouvez deviner, mais ce que je veux de vous, c'est autre chose. Vous avez une lettre de moi à madame, de Soissons qui peut empèdber i jamais mon rappel et me perdre tout-à-fait.

— Qui vous l'a dit ?

*— Je le sais, Madame l'a obtenue de la comtesse en édiange de son retour à la cour, et Madame l'a ^voyée à Guiche qui vous l'a remise.

J'étais stupéfaite de le voir si bien instruit d'un secret que je croyais savoir seule ou à peu près.

— Cette lettre, continua-t-il, est dans une botte à secret que vous avez ici. Vous me la remettrez, s'il vous ptatt, tout à l'heure, ou de gré ou de force. Je ne sortirai pas d'id sans l'avoir.

— Cette cassette n'est pas ici.

•^ EQe y est, elle ne voas quitte pas plus que retre om* hre, voas TempcKrtez même dans vos voyages de quelques heures. Elle contient votre correspondance galante, et vous ne Fexposeriez point à être vue.

Tout était vrai. Qui donc m*avait trahie? J'entrepris néanmoins de nier, il se mit à rire.

— Si vous me refusez cette simple lettre, j'emporterai la botte, et alors je serai plus riche que je ne le voudrai. Je vous laisse le temps de décider, nous ne sommes pas pressés, madame; savez-vous que vous êtes plus belle que jamais!

Et là-dessus il me débita un torrent de» galanteries des ^08 crues et des plus concluantes; ma résistance l'anima à ce jeu, et il finit par me déclarer qu'il prendrait la lettre d'abord, et que si je ne rachetais pas la cassette par un peu ùd complaisance, îl la prendrait aussi.

Ma position était difficile et délicate. Je me trouvais bien seule avec lui : Blondeau et Lasky trop éloignés pour m'entendre, mes autres domestiques éloignés, l'auberge un peu isolée et les environs endormis ; il vit que je calculais mes chances, et comprit à mon égard que je n'en trouvais point.

— Essayez de crier par la fenêtre, on ne viendra point, et si Ton vient, la fable est déjà trouvée, vous êtes folle et je suis ici par ordre de votre mari ; vos gens même n'en seront pas étonnés, ils savent commentions êtes irascible.

Tout était vrai; et pour cette fois, je me croyais bien pordue. Cet homme a un esprit singulier, un des plus amusants que je sache. Lorsqu'il me vit très-convaincue de son pouvoir et de mon impuissance, pour se donner des airs de magnanimité, il parla de mille choses, il me raconta mille 11. 20

3B9 fil tt AvtiiTinM

liteloiPM, il parvint à' me lUre MOrire vMgft h perspeeCive qui m'attendait et à laquelle je ne trouvais d^èâtre isane que de descendre par la fenêtre dans nû petit Jardin bordant le Rhône, et ce parti n'était guère ft^te, vnlaê» quinze pieds qui me séparaient du sol.

Vers onze heures et demie fl revint à son discours par un chemin détourné. Je m'embarrassais dans mes réponses, toujours un refus très-prononcé, lorsque J'entendis du bruit dans la j^èce voisine, des éclats de voix criards qui me^ sembhdent appartenir à mon vaillant main, et je m'âançai vers la porte en l'appelant. Cette porte était fermée à don* Me tour, et Yardes m avait la clé dans sa poche. Il affeeta mi grand mépris pour mes espéranoed et ma confiaoee entière aux bohèmes, et le mit à me presser dayaUtage.

-*• Quand le nain et Blondeàu seraient dans celte dom-t bre, assurément je n'en aurais pas peur ; tta n'iccmt paa plus loin, dit*il.

* le me gardai bien de lui répondre que je connaissais lear fidélité et leur intelligence, et qu'assurément ils me tne* raient de là.

'— La cassette, belle princesse, répétait-il; la cassette,'

ou bien...

— 'La cassette... la cassette...' monsieur, répliqùd-jè pOur'g^er du tenlps et feignant d'être 4 moitié 9édùite, la. cassette... chercheK* vous-même; eUe n'est point ea cette chambM.

' 11 llire^ de l'oeM, en effet, et ne l'aperçut pas. Mes coffl^s étaient chez Blondeàu, mais la cassette étaît, ^lon rtoHnairé, sôus le lif où je devais coucher, défendue par. UisvMeàut et' lés courtines. Il commençait à être inquiet,'

;D« liA PRi^G£8Sfi^D£ MQNiCO^ 9Hf

ear s'il ouYrait .4a. porte il était perdu. Le bruit avait oessé; évidemment Lasky et Bloud^au travaillaient à. ma délivrance.. Je me défendais mollement de façon à ne pas ^i permettre de rdentir Fattaque pour s'occuper d'autre ch«s£, et j'écoutais... vous pouvez le penser.

J'entendis enfin marcher dans le jardin, j'entendis d'autres voix; j'entendis Blondeau crier, j'entendis le nain crier, et dix personnes qui disaient :

-^ Par ici! par ici l

-— Oui, par ici 1 m'écriai-je également en me précipitant à la fenêtre.

En une seconde, deux ou trois hommes, que je reconnus pour des bohèmes, furjent à l'escalade. Vardes, à côté de moi, très-embarrassé, n'osait me toucher, néanmoins ; d'ailleurs, il ne savait où était la cassette, la chère cassette.

Lasky grimpa sur les épaules de tout le monde et arriva le premier au balcon. Vardes avait, je crois, grande envie de le jeter par la fenêtre ; il n'osa pas et essaya de son moyen de folie; mais il avait compté sans Blondeau, qui connaissait tous les bohèmes et que les bohèmes connaissaient. Lorsqu'il prononça le premier mot :

— Folle! dit-elle, folle, madame la princesse! Allons donc! Je vous dis que non, moi, et vous me connaissez.

Là-dessus, les bohèmes montrèrent le poing à Vardes. Je ne sais trop ce qui serait arrivé, car il avait laissé ses domestiques à une hôtellerie, pour ne pas ébruiter sa belle aventure, et il était seul, lorsque comprenant comme lui qu'il valait mieux garder l'histoire pour nous, je dis en riant à ceux qui se mutinaient :

— Ce n'est rien, mes amis, rien qu'une gageure ; M. de

m TU Et ATrarUftES l»B LA niVCISSB »B SOMACO*

Tardes Fa perdue, il en conYieiidra, et cela ne Tant pas la peine de nous fâcher. Mon vaillant nain, tu &ï auras le prix et sur rheure. N*est-il pas Trai, monsieur le marquis ? «« Il mangea des poids chauds, et comme je Toulais jouir de mon triomphe : ^

— I>onnez tout à l'heure les vingt-cinq pistoles à Lasky ; la cassette est sous mon lit, et vous ne Tavez point yœ. Donc, TOUS avez perdu, et tout est dit -

U fut obligé d'en passer par là, mais quelle rage ! En donnant les vingt-cinq pistoles au nain, il me regarda, et ce regard promettait tout ce que, aidé de Biaritz, il m'a tenn dqwis.

XXXIY

J'arrivai à Monaco sans autre aventure, et j'y trouvai Je prince arrivé avant moi, faisant déjà rage d'ordonnanceSi de lois, de tout le gouvernement possible et dont je ne m'inquiétais guère. En voyant ce cliarmant pays, je n'éprouvai qu'un ennui mortel; les jours m'y paraissaient d'une longueur infinie ; nous étions entourés de courtisans dont la stupide flatterie m'eût fait haïr la couronne. Quelques beaux visages italiens m'apparaissent bien par-ci parlà; mais M. de Monaco, ne pouvant mieux faire, se mit à être jaloux, et à mesure que je les remarquais, ils s'éclipsaient sur-le-champ.

Je recevais des nouvelles de Pai'is, c'était une consolation; ainsi j'appris l'histoire de ce pauvre M. de Monlouet, mort subitement à cheval en lisant une lettre de sa mattresse, ce qui n'empêcha pas sa femme de le pleurer au point d'en perdre la raison. J'appris la passion de mon frère K. 20.

354 TU ET ATEXTOKES

Lomrjgny pour madame lagrande-dnehesse, laquelle n'était rerenoe en France qne pour être la maîtresse du roi, sur la UÂ d'un astrotogne italien. Le roi ne Toolut point d'elle ; mais elle ne Tonfait point de Lonvigny, qui s'en consolera en se Toyant faire... tout à son aise. Sa femme, qu'il tourmentait à la journée, confia sa peine à plusieurs jeuoes seigneurs de la cour, lesquels ne furrait point discrets et ai firent retentir les échos. Mon père m'écriYit tout cela, et eonunent, sans d'Hacqnerille, ils allaient chacun de leur côté :

€ Il l'a trouvée écrivant une lettre qui ne lui a guère c plu, à un muguet inconnu, et depuis ce temps il fait c rage. Il est aussi bète que votre mari. »

Mon père ne se doutait pas jusqu'à quel point mon mari allait mériter ce compliment, et qui l'eût pu croh*e en effet ? Les rigueurs de madame de Mazarin lui faisaient tourner la cervelle; ne pouvant s'en prendre à elle, il s'en prit à moi. Sa jalousie monta, monta conmie une pyramide. Il fut d'abord jaloux des jeunes gens bien faits, puis des laids, puis des vieillards, puis des femmes, puis de ma famiUe, puis de mon nain, puis de ma petite chienne. Il chassa successivement tout cela, excepté ma famille, mon nain et ma petite chienne, que je défendis ; ce furent entre nous des scènes et des querelles que je supportai avec ma partience habituelle, mais que je n'oubliai point.

Le séjour de Monaco était donc mortel; je fus un peu distraite par une visite que me firent M. et madame de Grignan, qui vinrent exprès de leur gouvernement de province. Ils me trouvèrent presque esrtrçpiéepar un misérable chffurgieup qui me saigna de travers. Je les reçus c^en-

dant de mon mieux. Nous causâmes fort. Je l*ai dit : madame de Grignan a de l'esprit, beaucoup d'esprit même, mais elle manque de charme et de naturel. Quelle différence avec sa mère! Nous passâmes quelques jours assez bien et qui firent diversion. Us sont très-aimables l'un et l'autre, mais je n'aimerais point à vivre avec eux. M. de Grignan me fait l'effet de l'ogre des contes de fées avec ses trois femmes, dont il a tué deux en moins de dix ans.

Après leur départ, je retrouvai plus de solitude eilCdre. Vou» le savez : un peu avant de quitter Paris, j'avaié accueilli passablement le comte de Gharny, qui se rappelait son enfance et la mienne. Il me précéda à Lyon, o& se trouvait le régiment dont Mademoiselle lui avait fait un présent fort généreux. Nous passâmes une semaine très-agréablement, puis il fallut se quitter. Il m'écrivit et très-souvent, le pauvre garçon! La jalousie de M. de Monaco n'empêcha point ses lettres, et j'en faisais ipa seule consolation, lorsqu'un bien triste événement vint changer mon existence et me tirer de ma monotonie.

Une lettre de ma mère m'apprit que le comte de Guidie était fort malade à l'armée de M. de Turenue, et je reçus par un courrier, trois jours après, une lettre de lui, ou plutôt an billet, où se trouvaient simplement ces mots :

« Ma sœur, je sens que je n'en ai plus pour longtemps à € vivre; et je voudrais, avant de mourir, vous revoir en- « core. Vous seule me savez af^récier, vous seule savez ce € qui me tue, c'est l'ennui et la lassitude de la vie. Ils croic ront tous que c'est le chagrin de fuir Madame; en vérité, « il n'en est rien, mais c'est que je trouve seulement qu'il « îf y a plus moyen de rie» faire de ikmveau ici-bas, que

c rien n'est amusant, et qu*il vaut mieux partir. Si je ne c vous revois point, sachez que c'est là layérité, et ne lais- € sez pas dire de menteries. Je crois que madame de Brissâe c m*a achevé, elle s*ennuie autant que moi, nous ne nous c allions en rien. Adieu, tâchez de venir me trouver, car je c ne puis me faire transporter, hélas ! ce qui me coûte hieu c des regrets. Il m'ennuie de mourir ici, dans ce camp, oa c plutôt dans ce village, et de ne pas revoir Paris. Ne m'ooc bliez pas, si vous pouvez... »

Dès que j'eus reçu ce billet, je courus à M. de Monaco et je le lui montrai en ajoutant que j'allais partir de suite.

— Point! me répondit-il.

— Gomment point? Je vous assure que si, au contrave.

— Non, madame, non, vouis ne partirez point. L'idée de monsieur votre frère est d'un malade ; vous ne le guérirez pas, vous n'avez pas besoin d'aller courir les armées, restez à votre devoir, chez vous, et ne m'en parlez plus.

Je lui répondis sur le même ton, la discussion s'échauffa, nous nous fâchâmes, enfin je lui déclarai que je m'en irais quoi qu'il en eût; il me jura que je ne sortirais pas de la principauté; ce défi me réveilla un peu.

— Par ma foi ! c'est ce que nous verrons, pensai-je; J'eus encore l'esprit de ne point le dire ; mais il me vint l'idée du courrier qui allait repartir. Je lui donnai un mot pour Charny, contenant ses instructions, je le fis partir de* vaut moi, et je revins fort tranquille. M. de Monaco crut que j'y avais renoncé et se calma. Il alla jusqu'à me proposer d'envoyer un courrier à mon frère pour lui donner du courage, je refusai.

Quinze jours après, mon nain entra chez moi devant M» do

Dl U F11IN€ES8E W MONACO. 357

Monaco, qui me regardait coiffer; il m*annonça un homme qui vendait des perles. J'ordonnai quMl entrftt. Mon mari ne s'y opposa point ; il n*en était pas venu à craindre les marchands. Sous sa barbe et sa robe je reconnus Gharny, fort mal déguisé) du reste. Quelle différence avec Lauzun ! Le souvenir qui me vint de celui-ci et de ce premier voyage de Monaco, ou il m'aimait tant, me mit sur le point de renvoyer celui-ci. Le souvenir et les regrets de cet honune m'ont toujours dominée, et, sans la rage de ses trahisons, qui me porta à la vengeance, jamais je n'aurais eu de regards pour personne. Oh ! qu'il m'a fait de mal !

Je me fis montrer les perles. Lasky et Blondeau, confidents tous les deux, aidaient et bruissaient autour de nous pour occuper le prince. Je ne trouvai rien de bien, et je demandai si l'on ne pouvait en avoir d'autres.

— Madame, nous partons pour le Levant demain au soir, notre vaisseau est au port d'Hercule, commandez, nous obéirons.

Je donnai en effet un ordre pour plusieurs joyaux, et mon mari me laissa faire. Il s'informa seulement du navire. Il venait réellement de Marseille, j'avais donné toutes les indications, et il appartenait à un juif, qui, pour une somme ronde, s'était prêté à nos désirs. En me quittant, Gharny remit à Blondeau les habits d'hommes apportés pour nous deux, et la robe de petite fille pour Lasky. Je fus charmante le reste du jour, pendant que Blondeau emballait derrière triples verroux mes pierreries. Nous eûmes même Taudaee de faire descendre un coffre de bardes précieuses pSbr un laquais, sous prétexte de les porter chez le tailleur

de Ummr; àma de» npatdsly.yinrimi lYpmidre» tem A comme de la dre.

La journée fut eocûre plug facQe. Le prince, Dieu ^ea^ bUit nous favoriser 1 le prince alla à la chass^ et couclier à NeBtone. Il me le fit dire à six heures pour m*Ater Tinquiér Inde : c'était la première fois qu'il mp quittait depuis q^ ff0f}5 étions en ItaUci a^ssl ne fallut-il riep moins tR*utf cbttte de cheval et Tin^saibilîté pour qu'il s'y décidât. B Q'osa pas me (aire venir le soir mfime, mais il en S'*ill^ .4*envie et comptait bien s'en dédommager le lendemain.

Je ne lui en laissai pas le t^nps. A dix heures, j'étais sa mer, habillée en cavalier, ainsi que Blondeau : je pouvais l)ien faire comme madame de Mazarin et madame Colonne. Je retrouvai Gharny, et nous mimes à la voile; au matin nous étions hors de poursuites. J'avais laissé uu mot sans dire par quelle voie j'étais partie. A Marseille, je repris mes habits dé femme et la poste. J'y laissai Ghamy, pour ne pas être accusée, et je poursuivis ma route pour Paris, où j'arrivai le plus vite possible et sans me reposer.

Mon retour surprit tout le monde. Je contai franchement ce que j'avais fait, en supprimant Chamy, toutefois, présentant Blondeau et Lasky comme les héros de l'aventuro. Je trouvai l'hôtel de Griment dans le désespoir, c'est-à-dire mon père, car ma mère n'y était point, elle était chez elle à Frayé ; ma belle-sœur de Guiche n'était point désolée, et quant à Louvigny et à sa fenune, ils étaient inconsolables, en ce sens qu'ils n'étaient point affligés du tout, bien au contraire. Le lendemain même, la nouvelle arriva.Elle me frappa d'une sorte de stupeur, qui resi^emblait à .s'y m.éprendre à de la douleur. Le marédial était dans le petit ^

DE LA NtmetMIfi WE KONAGO. 389

pnament (|u*fl à en d^hor». des Capucines, h chargeai le Père Bourdaloue d*aJler le lui apprendre. Je savais quel omip lut j^orterait la mort de Talné de sa maison. Le Père mt, fil sortir tout le monde, sa vue seule «disait tout. Le nttréDhal se jeta à son cou, ne pleura point, dit qu'il en iBOurrtit, qu'il perdait tout ce qu'il aimait au monde, je le orois> et qu'il n'y survivrait point. Il y a survécu, et il me survivra encore mieux. Le Père lui parla de Dieu six heures durant, puis il se fit descendre à l'église, où les capucins disaient les vigiles pour le pauvre Guiche; ensuite, il le remonta. Le roi lui écrivit, tout le monde vint à sa porte, il ne reçut personne, pas même nous, disant que nous étions tous charmés de cette mort, parce que nous étions jaloux.

M. d'Hacqueville eut la corvée d'aller annoncer la nouvelle à ma mère, qui, elle, pleura réellement son fils. Il avait écrit, avant de mourir, des amendes honorables, des pardons à tout le monde, particulièrement à sa femme, qui fit fort bien son personnage. Elle pleura lorsqu'on lui conta les honnêtetés et les excuses que son mari lui avaient feites.

•«^ Il était aimable, disait-elle, je l'aurais aimé passionnâaoïQnt s'il m'avait aimée un peu! J'ai soufi^ert ses mépris arec douleur, sa mort me touche et me fait pitié. J'espérais toujours qu'il changerait de sentiment pour moi.

Sa grand'mère, la chancelière, était ravie, et ne pensait qu'à remarier cette riche veuve. Huit jours après, excité la maréchale, personne ne songeait plus qu'il y eût an comte de Guiehe au monde. Il écrivit à Vardes, et lui manda miUû choses qui pourront peut-ôtre lui être bonnet, mai» pàa &i bonnes que ma fami^se lettre. Enfin, il a bSen fini

TIB Wî AVINTOmSS

la comédie, et u'a pas laissé vue Arlémise, Je voo&oi réponds.

Loavigny, enchanté, imagina de me quereller et de dire que je donnais mauvais exemples et mauvais conseils à sa femme. Elle n*avait en vérité besoin ni de Tuu ni de l'antre.

M. de Monaco devint furieux et m'écrivit des lettres enragées. Je lui répondis que je ne retournerais point. Il écri« vit à mon père, mon père lui répondit que dans rafflictioa de sa maison il désirait me garder près de lui, que du reste il n'était pas raisonnable, que j'avais été deux fois à Monaco , que j'y avais fait un long séjour, que je lui avais donné plusieurs enfants, qu'il pouvait bien me laisser tranquille. Il écrivit à Madame, qui répondit qu'elle avait besoin de moi. Il écrivit enfin au roi, qui répondit qu'il ne se mêlait pas de ces sortes de choses. .

C'en était trop pour lui! 11 n'avait qu'à venir, mais il n'eût garde. Il s'entêta à rester sur son rocher, et il loi passa par la tête la fantaisie la plus étrange que jamais mari, et mari souverain, ait imaginée. Un mauvais plaisant» Yardes, peut-être, lui envoya la liste de tous mes amants» vrais ou faux, elle était longue, car on m'en a beaucoup donné, je ne dis rien de ceux que j'ai pris. Sa passion pour madame de Mazarin lui avait troublé l'esprit qu'il n'avait point; ne pouvant me ravoir et se venger sur moi, il imagina autre chose.

Il fit faire autant de mannequins qu'on habilla suivant ses indications, et auxquels on fit des visages suivuit ses renseignements, ensuite il fit mettre autour de sa principauté, à des distances honnêtes, de jolies petites potences auxquelles on accrocha ces effigies avec leur nom aa-dcs-

&E LA PftINGE«SE WL M(ftfAGO. 361

SUS, le tout sans autre jugement, bien entendu, et au gaudissement de ses sujets, qui se les montrent et en sont dans la joie. Non-seulement il Ta fait pour le passé, mais il le fait aujourd'hui encore pour le présent, du moins pour ce quQ, Ton se divertit à lui dire du présent. Il en résulte qu*on est obligé de rapprocher les potences, et que plus de moitié des hommes de la cour sont pendus à l'heure qu'il est sur les frontières de Monaco. Je vous atteste que j'en ai souvent bien ri et d'autres avec moi, le roi lui-même. C'est une frénésie de pendement qui passe toute idée. Ce qu'il y a de sûr, c'est que je n'y suis point retournée, que je n'y retournerai pas, dût-il me pendre moi-même au milieu de mes galants, et me faire aussi laide que je le suis devenue maintenant.

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vérité. Je ne me prétends pjii^ inéjB^wMki mw to PMr iniere torts yjenn^Ot d'elte e^ je m led ABiSfspte {nis. Hous 3on9a)ies réconciliées ii y a peu de joiurs , c^e^t «Ue /gii m^ donné les détails que j'jgnoriûs sur sa yi<e, iiiu*dle ^ écrite «t qu'elle m'a permis de lire; oii isn fierait ycribontises u& roman; et si lacb^te plume de mademoisalte âBudéry s'était acoommodée d'amours aussi ¥agabo&d6s, jainais elle n'en aurait raconté de pareilles.

pu devine qu'il est question d^ madamie de Goqreelias; elle s'appelait madame de Lemmcourt de Marelles. Elle fejr^t, mt eatf^, son p^ #t «es frëjpes à Famée; s»

mère se conduisit comme une coquine, et épousa en secondes noces uncroquant. Onluienleva sa petite fille, qui fut confiée à sa tante de Lenoncourt, ral>besse de Saint-Loup, à Orléans, qui releva de son mieux et l'aima à l'adoration. Elle est belle et jolie comme madame de Montespan, plus charmante encore, peut-être. A quatorze ans, elle perdit soa dernier frère et sa dernière sœur, et devint héritière de tous les biens de sa maison. Elle était donc certainement une des plus riches héritières de France.

Aussitôt tous les yeux furent tournés de ce côté ; M. Colbert, tout d'abord, la reluqua pour son frère MaïUevier. Il obtint le consentement du roi, et regarda la chose comme feite. Ordre arriva donc à Saint-Loup d'envoyer la demoiselle à la cour ; à quoi l'abbesse, qui se croyait maîtresse, répliqua que sa nièce n'irait pas, qu'elle était trop jeune, et qu'elle ne se marierait qu'à son choix et celui de sa tante.

'M. Golbert irrita le roi contre cette désobéissance, tant et si bien, qu'il envoya un de ses carrosses avec des femmes et un exempt, plus douze gardes , pour amener mademoiselle de Lenoncourt à Paris.

L'abbesse résista, pleura ; la petite fille en fit semblant, bien' qu'elle eût grande envie de s'en aller dans ce beau pays dont on lui parlait toujours. Elle se cramponna aux arbres, aux portes, à tout ce qu'elle put , très-sure que cela n'empêcherait pas son départ et satisferait sa tante. Elle jouait déjà la comédie , la petite masque ! Aussitôt arrivée on la présenta au roi, en habit de pensionnaire. Il lui dit qu'il récompenserait en elle les services de sa famille, et lui laissa le choix de demeurer près de la reine ou d'une princesse du sang. Elle n'eut garde de choisir la reine, trop

pieuse et trop sévère ; elle choisit la princesse deCarignan.

Cétait la belle-mère de la comtesse de Soissons; elles demeuraient ensem])le : jugez quelle école ! Les deux colonnes delà maison étaient la duchesse de Ghevreuse et la princesse de Bade; il y avait de quoi corrompre les trente-six mille vierges. Aussi, en quelques mois, mademoiselle de Lenon« court fut modelée à leur image et ressemblance,

A peine arrivée, on lui parla de son mariage avec Mau-> levier ; ellen*osa pas dire non, bien que celaneluiplûtgaère. Des roturiers, et qui choisissaient sa maison, jusqu'à ses femmes, sans Ten prévenir! Il était en S.spagne, mais son frère agissait pour lui. Ce à quoi elle tenait le plus au monde, c'était à sa volonté; cette manière de l'attaquer d'avance ne lui disait rien qui vaille, et elle ne savait que faire pour s'en retirer. Heureusement le diahle inspira à Ménars, frère de madame Golbert, une passion désordonnée pour elle ; il osa s'introduire dans sa chambre. Elle en eût une telle peur qu'elle s'évanouit, et en tombant se fit une blessure à la tête. Le prétexte était trouvé ; elle rompit avec les Golbert.

Ses braves amies la poussaient dans cette voie, sans en avoir l'air, et cela, parceque Louvois, qui avait alors trente-six ans et qui marchait à grands pas vers sa toute puissance, était devenu aussi amoureux de l'héritière, non pour l'épouser, il était marié, mais pour en faire sa mat-» tresse. Il les: avaient mises dans ses intérêts, il lui fallait un mari à sa dévotion, il le trouva dans le marquis de Gourcelles, neveu du maréchal de Yilleroi; il avait besoin de Louvois, étant militaire, il était grossier et désagréable ; cette belle Sidonie ne l'aimerait point; il était perdu de

360 tll if AfBHTVRfit

dettes et de déhanches, ]a fortune était pour lui et là femme rien. Elle né le Toulait point cependant, il ne Ini plaisait pas, elle se ûi prier, la naissance était loin de la sienne; enfin, elle se décida par te promesse formelle que son mari li laisserait ft Paris et & là ëoH^, ef qu'elle serait libre, la diuse Alt mite dans le eontrat.-

Le mariage se Ût atee Hdé pm^ (Mi lèë dolhêrt enr»gtireht ; noua t étions tous,* le toi èigda le <5ontrat, la reine vint soa^r h l'hAtel de SliissofiS et lui donna te elieinisé. Mi^s é*étaient les fOfteSa lé tië saië de que ce brutal lui dii lorsqu'ils furent seuls ^ ni dé qtielles menaces il accompagna ses galanteries^ taùt il y a qu'elle en eut une peur horrible, qu'elle jura qu'elle M lui serait rieti, et qu'elle se saura chez ses proteetHces, qiii en rirent très-fcrrt. A fbrce de présents, de eomplaisaneë, dé liberté donnée et promise, Gourceiles l'apaisa et ils se raccommodèrent. Trois semai* des durant ils téeurent eu tourtereaux, ce fut tout ce qu'il eh eut en sa tié;

Mt qu'il rèémnmeh^ftl Sëi biiltalltés ou qd'elle e&t de mauvais conseils, elle déclara tout haut qu'elle n'ed Voulait pointi qu'il n'aU^Élt pas lëS droits d'un mal*! et (|tie leur désduidh était aecofllplië) àuSiitdt efaiquèhte galaâtê eiifi%^ r0itt éit lleoi et les piiuiets pluf ëui & rhdttl de Sëiésénsi ëfi m$ ‫iietti*8it dneère ë^ ^shiiëPS i^m^

Leutoiii févehu de U gttêri^ dëFMlirë^ ell ééttli k m miiéé imi tes ritâiit. Ils âllérëflt tàoH âëhlehfei» à VAf^ séôil, qA le fiilttistre ti»iait tous les jdui'S i les ibâëtiéhS éë Ûtai'eëned ift rapproehaieiil sahs mm^ m hiedtAt li jéiuië

mmé ni M ehiû^êê tijàe de »6ë Qfiiim^. Itmê se ttgilfi^ f^i ëtif iM» et 8* Mtte-hiiriW éèic»; ë» M 1 4»i

DE LA J^RtUGKSflB Di VOIIACO. 367

nierait et écarterait les autres, poiir aroir seuls Vhonneur et le profit de la donner à Louvois ; eUe s'en aperçut et tout cela réloigna de lui. Elle craignit surtout son autorité, par la eonfiance du roi qu'il avait; il osa venir chez elle un soir, à onze h^res^ elle le renvoya très-honteusement^ disant qu'elle entendait être sa maîtresse et que personne ne prît chez elle pied de tyran*

On raconta à la cour les choses tont autrement, elle passa pour la mattresse de Louvois et le laissa dire : c'était pour elle une couverture et une façon d'occuper les gens. Blld avait un galant, et un galant qu'elle voulait cat^her. Q^est ici qUe la chose me regarde. Je crois qu'il a été pour elle ce que Lanznn fîit pour moi, elle l'a aimé et n'a aimé que lui^ malgré ses nombreuses aventures ; eu cela, nous nous ressemblons. J'avais alors quelque bonne volonté pour celui qu'eUe choisit, qui n'était autre que le marquis de Yilleroi, le eharmantj ainsi qu'on l'appelait partout. Il était cousin germain de son mari, un des amants en titre de ma-' dame de Soissons ; intrigue à petit bruits sans que nul s'en dotitât^ moi encore mcdns qu'un autre.

La première chose qu'elle fit, ce fut de lui déinauder riotré rupture^ Il y consentit, il ne m'aimait guère, parais» saita-il j mais ee qu'il fil de plus idsotninable et de vraiment indigne d'un gentilhomme «» il est vrai qu'il l'était tout justOf -^ ce fut de lui sacrifier mes lettres et celles de Lauznh» qh'il m'aVait dérobées en grande partie. Cependant ee commerce devait rester encore secret, elle ménageait Lou-* vois, et moi je servais de parav^t à oe bel àmouTi Joli rôle!

Cependant ils ne' surent point assez se contraindre, LaiH

368 TIB KT AYENTC&Eji

glée les surprit un jour, et s'en alla toat conter à M. de Lon^ vois, mais à Coorcelles, ce qui était dn pis pour eux. Il en*' tra en furie, interdit son logis à Yilleroi, ce qui donna à sa femme Tenyie de le voir ailleurs ; Fabbé d'Ëffiat, qui demeurait à l'Arsenal, beau, charmant, le plus dangereux coquin de la cour, si bien que le roi l'exila pour cela seul ; l'abbé d'Effiat, qui n'était point abbé, offrit sa maison, qu'on accepta, et dont la belle Gourcelles lui paya le droit d'en^ trée, bien entendu.

De cette façon Louvois et moi, nous restâmes dans l'ignorance. Mes lettres allaient toutes à cette beauté ; elle les lisait, envoyait des extraits à son amant quand il était à l'armée, et il me répondait là-dessus. Je vous prie de tous bien figurer que la meneuse de tout cela avait à peine dixsept ans. Elle haïssait son mari plus encore, je crois qu'elle n'aimait le charmant; elle finit par accepter la galanterie de Louvois, sous la promesse qu'il la protégerait contre Ck)urcelles et contre sa belle-mère, aussi méchants, aussi corrompus l'un que l'autre. Il lui suffit, en effet, de quel^ ques mots pour faire rendre à la marquise sa chère liberté; sa famille tomba à ses pieds, en la croyant puissante. Louvois enivré et ne se doutant pas de Yilleroi, comme ViUeroi ignorait d'Effiat, la fit paraître à la cour, resplendissante de parures et d'attraits, on ne parla que d*elle.

Madame Henriette s'en engoua singulièrement. Je la vis souvent chez elle, je ne sais pourquoi sa jalousie s'excita davantage en me voyant souvent. Mais elle défendit au charmant de m'écrire davantage, et comme il était à l'armée que commandait mon père, elle en recevait sans cessecourriers et lettres déguisés, tandis que je n'entendais par-

1er de lui que par la renommée. Mon père prit Ûtulenarde. Il en voulut porter la nouvelle à la reine ; mais avant lui, Gb«r]evilie,le valet de chambre de Villeroi, était arrivé chez madame de GourcelleSi avec une lettre qui lui apprenait la victoire, qu'elle n*eut garde de tenir secrète, sans dire d*oii elle la tenait. Gharleville, selon les ordres de son maître, se tenait caché jusqu'à ce qu'elle fût publique, mais il s'en* imyait et s'imagina de se déguiser en Polonais, pour ne plus rester sous les verroux II se promena ainsi vêtu dans la cour du château de Saint-Germain. La reine sortait pour aller au salut : elle et ses dames furent frappées de cet habillement. On appela le faux Polonais pour le voh* de plus prés; je le reconnus aussitôt, la douairière de Courcelles rappela par son nom, et la jeune marquise, incapable de feindre devant tant de gens, s'évanouit.

Ce fut un trait de lumière; je compris tout. Depuis longtemps déjà, je les soupçonnais. Le silence deVilleroi m'ouvrit à moitié les yeux, cette circonstance les dessilla. Alors, je l'avoue, je fus terrible. J'excitai la douairière, le mari, Louvois, Madame. Je fis fouiller ses cassettes, on y trouva la preuve de toutes ses intrigues, on y trouva mes lettres et celles que Villeroi lui avait sacrifiées. Lauzun l'apprit, je vous laisse à penser ce qu'il en advint ; ce fut alors qu'il creva les yeux de mon portrait, qu'on trouva en cet état quand il fut conduit à Pignerol. Cependant il n'y eut point de partage ; toute la cour fut pour moi. Madame surtout entra tout-à-fait en furie, de cette insolence envers elle et envers sa meilleure amie. Les Courcelles emmenèrent cette Hélène d'une nouvelle sorte ; elle fut séquestrée et enfermée plus que jamais, se ooasoUat sur l'amour de Villeroi ; mais u. «.

11 ftit aussi lâéhe avec elle qa*aTéc moi, et potif rèàlrei éa grâces, il signa la promesse de rompre ayec elle de prèsl et de loin. On ne manqua pas de lui montrer cette pièce, elle en prit une fièvre maligne, dont elle pensa mourir.

Cette maladie la changea au point de ne pas 6tre reéou* nue, elle courut alors s'enfermer près de sa tante, à On léans, là elle se remit de toute les manières et reparut comme devant. Les amoureux répiarureht, Louvois en tété, bien qu'elle ne fut pas pour lui tout ce qu'il souhaitait, il la protégea néanmoins, pendant que mesdames d'Elbeuf, ds Rohan, de Bouillon, d'Auvergne, de Mazarin et tutti ^tui la promenait en masque. Elle se moqUa dé lui à plàiifilr, il he la voulut poiiit voir, jUsqti'au Jour où sa patience lui échappai et où il la fit bel et bien renferme^ aux Filles-de-» Sainte-Marie du faubourg Saint-Antoine. Madame de Mfr« zariri, réprise après ses équipées, j était tout comme eîie; elles se lièrent bien vite et se convenaient parfkitement. EHeé firent tatit engager les pauvres sœurs qu'elles obtinrent d'en être délivrées et qu'on les mît à Chelles, d'où le duc de Mazarin voulut enlever sa fenmie à la tète de soixante cavaliers; il n'y réussit point.

Elles sortirent ensemble, après le procès de la ducbesset et demeui*èrent toutes deux à l'hôtel Mazarin, où tout alla bfen jusqu'au jour où ëles se disputèrent Gèrugé qui dé* butait. Ce fut la Gourcellés qui TempOrb, et ^ui ne trouva rien de mieux, en quittant sa rivale, que d'aile s'établit* cheK éou ihari. Madame de Ma2aHti le prévint de tout et il ehcar-* cha querelle à Gârhge. Us se battirent, eûsiiité ite s'ôxja^ quërent et s'embrassèrent en bcms tâxà^y je tiB dais trop ee V&s {eurent et^Xi^^ ^ le» MèéîMlftMItt «lài ¥IM fc

DE LA PRIIIOBBSI Bt MONACO. 871

6dl. Ce Umchiuit accord ne les empêcha pas d'aller en prison, tous les deux, pour ce duel, et Ton jeta toutes les pierres à la femmes ; son mari la reprit, l'emmena ou plutôt renvoya à sa maison de Gouroelles, près de Ghftteau-sur- Loire, dans le Maine» sous la surreillanee de sa belle-mèrei et tous ils lui tendirent un piège.

On lui apporta à point nommé un joli page nommé Roë^ taing de la Perrière, que, faute de mieux, elle accepta, et elle devint grosse. Le mari, qui le sut de suite, envoya un offieier et des soldatâ pour la garder, lui intenta un prooës, obtint la prise dé eorps^ et la fit eondnii*e, avec son eseortOy an château de la Sànnonière, ohe^ M. de Sanallee, son pa^ r^nt. Là, croyant se venger de Son mari, elle avoua sa grossesse, son commerce avec Rostaing, qu'on fit sauver, Bon rôle fini, et qu'on ciicha dans F Arsenal. Quelque chose de toutes ces saletés transpira, M. de Rohan, qu'elle trouva moyen de faire prétenir, vint à son secours, la délivra, la fit passer à Luxembourg, d'oà elle revint, sur le conseil da ses avocats, se constituer prisonnière à la Conciergerie.

Là, elle dévoila tout, elle montra le testament qu'on l'avait fbrcée à faire chez Sanallee, en faveur de son mari. Elle accusa Rostaing d'être leur complice, et soutint que l'enfant était à Gourcelles, ce que celui-ci niait sur toutes les coutures.

Madame Goniuel disait sur cela :

— Gourcelles sera rasé et mis dans un couvent au lieu de sa femme. Ce chien de Parlement de Paris ne croit non plus aux... qu'aux sorciers, et il a de bonnes raisons pour cela.

Ce que madame dç Ck)ttroeUes confirmaitfen répétant :

— Je ne crains rien, puisque ce sont des hommes qui me jugent.

Or, il advint autre chose que Ton ne présageait point.

Madame de Courceiles se lassa de la Conciergerie; elle gagna une de ses suivantes, prit ses habits et se sauva en Angleterre, près de madame de Mazarin, qui s'y était re-^ tirée, et avec laquelle elle se raccommoda facilement; elles avaient besoin Tune de Tautre. Je crois que ces femmes, et particulièrement la Courceiles, étaient possédées, ainsi que le dit FÉvangile, du diable nommé Légion, car elles ne pouvaient tenir en place. A peine fut-elle à Londres, qu'elle y trouva un nouveau galant, et celui-là valait à lui seul tous les autres, car c'était non-seulement un honnête homme mais un homme de bien que ce pauvre Brulart du Boulay. Il en devint passionément fou, amoureux n'est pas assez dire.

Il se mit à la plaindre de toute son âme; ses malheurs, les basses intrigues dont elle était victime excusèrent ses fautes à ses yeux ; il crut qu'elle se pouvait attacher sérieusement à quelqu'un qui la rendrait heureuse ; il y essaya, en essayant de vaincre une jalousie que le passé ne motivait que trop. Elle ne s'en inquiétait guère. Elle revint à Paris incognito, à son insu, et recommença ses courses avec Rohan, Grillon et le marquis de Villars, qui prit la haute-main de ses affaires. Combien de pensées coupables elle eût put étaler, la belle Sidonia !

La peur la fit sauver près d'Auxonne, chez un de ses parents, nommé Lusigny, au château d'Athie. Boulay vint l'y prendre pour la cond^uire à Genève sous le nom de madame de Baulieu; elle y vécut assez retirée. Cependant, sa beauté la

fit remarquer, et la duchesse de Hazarin, qui était en route pour Hambourg, l'étant venu voir, tous les yeux furent sur elle. On ne l'appela plus que la belle étrangère, et Ton se groupait dans les rues lorsqu'elle passait. Elle joua là une comédie si complète qu'elle obtint la protection des immaculés magistrats de cette pédante et ennuyeuse république, et, ce qui est plus difficile encore, elle se fit bien voir et considérer de ce tas de prudes, stupides huguenotes, leurs femmes. Elle s'empara de la maison du comte de Dhona, qui ne vit que par elle, et rendit amoureux le célèbre Gregorio Litti lui-même. Elle avait une lettre pour lui qu'elle ' lui présenta en lui disant :

— Ne croyez pas, monsieur Litti, que je sois ici pour^ quelque mauvaise affaire. Ce qui m'amène, c'est que mon mari le veut et que je ne le veux pas.

Il lui répondit, moitié plaisantant :

— Certes, madame, il y en a bien d'autres qui vous voudraient, parce que^vos beautés sont trop grandes pour être le partage d'un seul.

Elle eut la prudence de se tenir assez tranquille et de cacher son commerce avec Boulay pendant assez longtemps. Quand il allait la voir, il se cachait à sa campagne, et elle se montrait partout, dans les plus belles assemblées, montant à cheval comme la duchesse de Bouillon et faisant en cachette tous les tours possibles au pauvre Boulay qui le devinait sans en être sûr, et qui se mourait de jalousie. C'étaient des cris et des scènes à se tuer ; ils étaient malheureux; Boulay négligeait tout pour elle ; elle l'aimait à sa manière, d'estime, non d'amour, comme ce qui est bon. Enfin, un jour il la trouva en faute positive avec un pal-

374 tlfc KT AYENTURfiS

flrenieri Dftns le premier acoès de Bà rage et de emi dMêi^ poir, il fit une action indigne de lui, et écriTit à tonâ len amis de Sidoniai à Genève) ce qu'elle était, ce qu'ils étaient Ton pour l'autre, et cela dans des termes qu'un gentil-> homme, un homme d'honneur n'emploie pas envers cett) qu'il a aimée. On la chassa honteusement. ' Il en eut tm cuisant regret, d'autant plus ^u'il l'aimait encore et qu'en quittant l'asile qu'il lui enlevait , elle lui écrivit une lettre noble et touchante pour lui pardonner*

c Toutes vos injures et toutes vos impertinences, lui dit» ff elle, ne me peuvent faire oublier que vous êtes rhomme € du monde auquel j'ai le plus d'obligations, et tout le md t que vous m'avez fait à l'avenir, n'empêchera pas que c vous ne m'ayez rendu les derniers services. Ne vou8lais>» c sez donc point surprendre, en lisant ce billet, à eettfl « horreur qu'on sent pour les caractères de ses enneniis. c Songez seulement que ce sont les mai*ques de la l^econ- « naissance d'une personne que vcAis avez aimée, et qti! « vous regardera comme le plus honnête homme dumondêf « si vous ne voulez pas que ce soit comme le meilleur de « ses amis. Si la passion que vous avez eu pour moi ne « vous avait coûté que des soins et des soupirs, je ne voué « laisserais point rompre avec moi présentement, car je n'ai < d'autre crime à me reprocher envers vous que de ne pal f vous avoir aimé de la manière que vous voulie:i l'être el « que vous le méritiez. »

Elle se retira en Savoie et de là tâcha de faire réfortaef le jugement prononcé qui lui rendait ses biens tout en la condamnant au couvent. On ne sait ce qui serait arrivé, lorsque son mari mourut. Le plus fort embarras était levé,

DK LA rftlMGIMB M MONACO. 8711

nMlaifeat les héritiersi plus âpres «neore peul^irst Elle n'y prit pas garde, revint à Paris, et se mit à y vivro en ftaime qui se divertit. Son beau-frère , le chevalier de CeurcelleSi la fit mettre à la Conciergerie) et là elle fut con* damnée définitivement comme adultèrOf avec Rostaing (hé<- Km I que celui-là)^ à soixante mille francs à donner aux GotircelleSt sans compter les amendes, annonces^ etc» Mais aussi elle fut libre^ et dégagée de tout^ elle trouva que ca n'était pas trop payé.

C'est alors, à 1§ Conciergerie^ qu'elle m'éeriviti et que nous nous réconciliftmes. Je fis pour elle ce que je pus, sans la VINT qu'en cachette ; elle a disparu depuis ; maintenant je ne sais où eUe esti

VoUà toute l'histoire de cette femme qui a tant fait parler 4'eUei et qui a mon retour de Monaco occupait la renommée •ft ses tr<mipettes \ on ne tarda pas à l'oublier, moi surtoutf pour une autre histoire, bien plus merveilleuse et qui me touchait de plus près, je veux dire le mariage de Hadonoi* selle et de Lauzun. Je ne raconterai que ce qui me touche et les choses ignorées, car pour les faits généraux^ ils sont les plus eonnus du m(mde«

Mademoiselle avait refusé la moitié des rois et des prin* ees de l'Europe» et avait été reftisée de l'autre; cependant #Ue vieillissait et le eéUbat lui s^nblait dur. J'ai d^à dit phi8iett*s fois que, ôegm» longtemps, elle s'était oocupée de LauEun, non pas comme d'un mari, sans doute, une pensée si éaonm ne pouvait lui venir tout d'un coup, mais comme d'un homme qui lui plaisait. Mais, comme tout le monde la tourmentait pour son héritage, le saut fut bientôt fait dans ma imagiiifitîûQ t ^ ^lUi ^ décida à choisir m époux, oe

376 VIE BT ATEMTURES

qu'elle annonça hautement, pour qu*on la laissât en repos sur son testament.

Il fut d*abord question du duc de Longueville , alors comte de Saint-Paul, qui eût été son iils , ensuite du roi d'Angleterre, et, après la mort de Madame Henriette, de Monsieur. Il n'y eut qu'un cri pour Monsieur, excepté le roi qui ne s'en souciait guère, et Mademoiselle, qui ne s'en souciait pas. Elle refusa donc, avec la permission du mattre, et Monsieur ne regretta que sa grande fortune. Aussitôt les ambitions recommencèrent, et le comte de Saint-Paul fut mis en avant. Mais ce n'était le compte ni de Mademoiselle, ni d'un certain homme qui, depuis 1666, mettait tous ses soins à exciter une inclination qu'il avait vu naître du premier coup d'oeil et que lui seul avait vue. Il soignait ses équipages, ses troupes, ses tentes, il redoublait de passion pour le service du roi, il fuyait les femmes. S'en laissant hautement aimer, il se fit l'ami brusque de la princesse, lui dit ses vérités, l'attira à lui par une pente insensible, et, lorsqu'il la vit bien prise, il se retira.

Mademoiselle alla vers lui davantage, elle le consulta sur toutes choses, elle l'honora d'une faveur toute avouée, qu'on trouva toute naturelle; il était le favori du roi, nul ne s'en inquiéta que moi, quelquefois, et encore, je me moquai de moi-même. Laiizun, qui voyait les dioses marcher selon sçs désirs, fit de la coquetterie sévère avec la petite-fille de Henri lY, mais il l'entoura de sa sœur, de ses amis, qui lui (Gantèrent ses louanges ; ils en vinrent au point de lui faire croire que madame de La Sablière, dont Lauzun s'occupait présentement, était une vieille bourgeoise borgne, et qu'on l'avait calomniée. Pour qui connaît Mademoiselle) §i hautâ

et si entière, cette crédulité dit tout. Ne voyant plus Lauzun, qu'elle avait Thabitude de voir tous les jours, Mademoiselle s'ennuya. Son occupation de lui augmenta au point de devenir de Tamour ; elle se l'avoua à elle-même sans s'effrayer. Elle se persuada facilement qu'elle était payée de retour; son respect et son éloignement le prouvaient. Il la comblait de soins délicats qu'il s'efforçait de lui cacher, croyait-elle; elle comprit alors la grandeur de sa passion et voulut la combattre : il n'était plus temps. Elle pria de toute son âme, et enfin, avec des combats d'orgueil déchirants, elle se décida à ne plus lutter et à couronner cette belle flamme par le mariage. Elle chercha dans l'histoire, dans le mariage de sa sœul» avec le duc de Guise, des excuses à sa folie, elle en trouva de suffisantes et les accepta. Il ne fallait plus que prévenir Lauzun de son bonheur, et lui, qui le voyait venir, pour le rendre plus sûr, affecta de reculer.

Il fallut qu'elle lui écrivit, en propres termes, qu'elle lé voulait, et encore la refusa-t-il d'abord, en lui disant qu'elle se moquait de lui et qu'il ne croirait jamais qu'elle voulut épouser le domestique de son cousin germain. Il fit ensuite mille autres objections pour qu'elle les levât, ce qu'elle ne manqua pas de faire. Il lui persuada qu'il haïssait les femmes, le traître! lorsqu'il en grillait d'ardeur. Pauvre Mademoiselle, pauvre grande princesse bercée ainsi par un cadet de Gascogne !

Il ne voulut faire aucune démarche, elle les fit toutes ; elle parla au roi, ce qui était le plus difficile; elle avoua sa passion insensée et ridicule, à son âge. Elle ne s'épargna rien, et àla grande surprise de tout le monde, à la sienne propre, le roi, après quelques difficultés, lui donna son consen-»

378 Tlt IT A?K«TirMC8

tement. Mon pinre saTait tout, je crois qii*il éeontait «a portes. Il Tint sur-le^cbamp chez moi et me conta cette belle noorelle. Je fis mi saat de trois pieds sur mon fauteail* «^ Épouser Mademoiselle i lui ! allons donc, cela ne se pentl

Gela se pomra, car le roi y a consenti, et la chose doit élre propo^ demain eu plein cmiseil, aprbs qu'une dépn« tation^ dont je ferai sans doute partie, aura remercié le M et Mademoiselle de l'honneur qu'ils font à la noblesse. — Gela he sera pas, tous dis-je, cela ne sera pas ! Je courus chez Monsieur, auquel je présentai rénormité de la chose ] il la sentit et me jura qu'il ne la souffîrirait point.

Je vis qu'il fallait pousser l'amour-propre^ et je le fis, je le laissai bien endoctriné; Le voir, lui^ était inutile, je cou^ rus chez Mademoiselle, j'étais consignée, elle ne me reçut point. Quelle nuit je passai ! Le lendemain, j'attendais l'issue du conseil : malgré la résistance de Monsieur et de bien d*autres, le roi prononça que sa cousine était libre, qu'A n'avait pas le étoit de l'empêcher et qu'il donnait de nou« veau son consenteihent. On vint me rendre cette réponse) j'éeUmais. Heureusement la vanité de LauzUn le perdit. Au yeti d'attendt'e pour les livrées et pour donner plus de potnpe à son triomphe, il fallait se marier le soh* m^e et triompher le lendemain. Je le sentis bien, moi, et quand je vis cette fahte, je repris courage. Je retournai chez Monsieur, qui enrageait aussi, j'allai chez madame de Lange* ron» la grande influence de l'hôtel de Gondé, j'allai chez tout le monde. Je remuai ciel et terre, enfin j'eus le bonheur d'entetidre M. le prince dut) à Monsieur :

hÉ lA PAI19C188S DB VOUAGO. 379

*^ Noilfl Irons ensemble chez le roi lui représentei* cette inâigjilté j mais si, malgré cela, il passe outre, le favori aura affaire à moi; je ne souffrirai pas le désbonneuf de la pre^ mière maison d'Europe*

l^ftVais fait mieux : j^enroyài Monsieur cbez madame de Itoutespati I j'étais sûre, pmt cette fois, que nous serions d'accord. Elle jeta cent cris et répéta que Mademoiselki était fbUe apparemment, et qu'il la fallait enfermer. Toute œtte cabale soulevée, j'attendis comme une araignée dans sa toile. Sans moi on eût discouru, On eût projeté^ on n'eût rien accompli du tout^ C'est à ifioi, à moi seule, qu'il a dû da éhttte. L'orgueilleux l Je remuai jusqu'à la reine par Molina, à laquelle je donnai un diamant de cinq centA pistoles, j'aurais donné jusqu'à mon dernier joyau pour qu'il tombât! On alla cbez Mademoiselle la complimenter^ je m'en abstins, je l'aurais mordue I Elle lui donnait seë immenses biens ! Il était insolent à révolter. Mais le len^ dn&Aîiif tnais lorsque le roi^ rendu enfin à sa ri^son^ fit venir sa eousinef et lui défendit de passer outre) lôrsquH M. de Montpensier devint Lauzun comme devant, ab! que je fus heureuse! Ah! que cette humiliation lui allait à ravir ! Gomme je lui écrivis :

« — C'est à moi que vous devez tout. »

Ce fut un des beaux moments de ma vie. Cette sotte Mademoiselle ne me fit aucune pitié avec ses vieilles larmes ! J'en voulus jouir pourtant et j'y allai avec sa mère. Elle ne soupçonna même pas ma joie et ne devina pas sa rivale victorieuse, et c'est là de l'amour ! Cependant le roi y mit une grande bonté encore, lorsqu'il le revit après la réception et lui dit :

— Je VOUS ferai si grand que vous n'aurez pas sujet de regretter la fortune que je vous ôte : Je vous fais, en attendant, due et pair et maréchal de France.

— Sire, répliqua-t-il, vous avez fait tant de ducs, qu'on n'est plus honoré de l'être, et pour le bâton de maréchal de France, Votre Majesté pourra me le donner quand je l'aurai mérité par mes services.

Toujours insolent! A dater de ce moment, néanmoins, la fortune tourna. Madame de Montespan, Louvois, tous ses ennemis le minèrent et le représentèrent au roi, comme très-dangereux ; ils vinrent à bout en lui cherchant des crimes, en blessant l'orgueil du maître, en lui rappelant ses bienfaits si brutalement refusés, ils parvinrent à le perdre, nul ne sut jamais pourquoi, mais la foudre grondait. Je ne m'en mêlai point. En commençant ces Mémoires j'ai dit que je ne lui avais jamais fait de mal, j'étais décidée à ne pas révéler la part que j'eus à la rupture du mariage, ma colère, ma jalousie m'ont emportée, j'ai tout dit. Qu'on me le pardonne, mais» si c'est un crime, il Ait le mien.

Madame de Montespan lui montra son visage ordinaire, elle remploya à choisir et faire monter ses pierreries, à qaoi il se connaissait très-bien ; la veille du jour où on Tarrëta, i) était encore à Paris pour elle, lorsque le duc de Rochefort, capitaine des gardes en quartier, l'arrêta, sans lui dire pourquoi, sans lui donner même la permission d'écrire. Il fut conduit à la Bastille et de là à Pignerol, à ce même Pignerol où le pauvre Philippe est encore avec lui peut-être! d'Artagnan l'emmena avec toutes sortes d'égards» Il était dans un si grand désespoir qu'on ne le quittait pas d'un moment. En un endroit dangereux, on voulu le faire descendre du carrosse.

Ces malheurs-là ne sont pas faits pour moi ! dit-il, et il resta.

A Pierre^Eneise, il crut rester» et eommençâit à Lyon

ses eomi4iments à M. d'Artagnan, quand il sut qa*(m allait à Pignerol :

— Je suis perdu! dit-il en soupirant.

Lorsqu'il entra à Pignerol, il dit à Cinq-Mars :

<— In secula seculorum!

Beaucoup eussent répondu : amen.

Un peu plus tard, il mit le feu à la prison, puis il fit son trou, dont je vous ai parlé avec cette folle de madame de La Force ; puis voilà ce que j'ai appris l'autre jour. Il est venu à bout de voir M. Fouquet , soit par permission, soit par fraude. Ils sont là trois, grandement marquants, dans cette forteresse. Ils ont commencé à causer, M. Fouquet Ta peu connu, il était encore peu de chose ; mais il l'interrogea avidement, et voilà Lauzun qui raconte sa fortune et ses malheurs à M. Fouquet, qui l'écoute en ouvrant des oreilles

'^Qm\ vQ^s j|?0^ été générui d^i» 4r9tg9ii$| msium» T(mi

«^ Ow, ^, PW fflft faute, j'#i i^aaqu^ l'^tWerl©,

r— Kt enspite, j'4| 4û épo^s^r ]M[fi4emoi^Ue, avçf leicapr H^utm^t du roi.

. Ppur cMd fois, il Je crut fou, &t il eut peur de s^ trpu?^ iyee )ui. Ç*^st plus tard qu'il apprit U véilté (les cl^pse^ et ^tt'ii )e9 ^âsfûfsi, efiispre davs^ptage. Q^puis ç^ m^^ousnt^ j^ n'ai plus entendu parler de lui.

• Ç'm est (mil im voili au Jierrm,] à ^ 9&fM» WPWC^ par Fagon, je ne souffre plus; encore un jour, deu}, %^'4r

Mm limsfi fiiiit^m, çt im m^ fim- h n'mf» m ^

DE LA PRIMQESSi DK HONACO. 383

temjM^ de temmer jtout cfs que je voulais. Ge$l, àqm m danûer a4ieu, ^yamt de quittdr la plumei, fit ce dernier Adieu, jd T«a¥ 1# 4N 4 Ift d^roifere iommk de triomphç vie j'ai eue, ensuite j'appellerai Bourdalque at ja w p^saml plus Qu'à Pian, qui m pard^mi^i par j'ai Nan âoufBwt p onr i^q^ tout cela {

C'était au mo\» de juiUad j'ét&i^ à Varsamea, lUMia étiaiia toute la 4^our da France dans le b^ appart^aaent du roi, si divînem^t meublé. On n'y avait poMdH; ebaiïd, tout était magnifique. Le jeu de reversia domiait la fortune. ]La Montais pan tenait la caria, le roi auprès d'elle, MmisiNv, la Mfaaa at i^adaina d# Spubis^« qui portait Bes&ineaaea ginmâalles d'é^iarai}dm)« ^em da raodaiMreiia i^tre le rai et alla, Dao^au, l^angUe, lea joueurs, anfin, étaieotrlà autour de fsatte table, que je regardais, h^ Monteapau était belle à aie fûra creveir dç rage, coiffée de nulle boucles, les deux des tempes tombait très^bas, df^s rubaus noirs sur sa tte, des perles de la maréchale de Lhôpital, embellies de Hiyff^HP e| de |[>^3deloques de la derpièr§ t^uté t tr<ûa ou tffmttt ppiaçous, pojut de coi0»s, eufin ig^yeiUaufie, kélaal Qa j^, aes cpnversationa durèrep^l juaq|ii'4 tNa beuaas, au^iemMés de musique. Le roi sortait pour a§a ^urriiNre, jetait des çiots à droite et à gauche juaqfi'4 ^i^ baur^s, pu m quitta le jeu. Les jetons ét;aico|; des louis, on ue lea comptait point. A six heures, noua montâmes tputea au 9l^è^, le rai avMt ayeo lui madame da Monteapan , Mpnaienr , madame de Thianges H madame d'ileudieourt, qui a bien un peu gaAié d^ la pomme d'or que Sa |A<(yesté ne laisse paa le temps de mûrir. La reine était dans ui^e d§ ee§ nouYaUâP ealtohea ,

<iu'ou app^Us if^ ghir^ d§ Pimk* pu Vm m se lagarde

point; j^avais nionneur de suivre Madame. Nous allâmes sur le canal en gondoles, où nous attendait la musique, on y resta jusqu'à dix heiu^s, où Ton rentra pour la comédie. A minuit il y eut médianoche jusqu'au jour presque; ainsi se passe la vie à la cour de France ; c'est encore là ce que je ne verrai plus. J'avais un manteau, une jupe, un corps de jupe couverts de point de France d'été, avec le dessous en beau damas uni bleu de ciel. Les nœuds étaient assortis et ferrés de diamants, comme au temps de lareine-mère, c'était ime mode qu'on voulait reprendre. J'avais mes belles perles; j'étais encore belle ainsi parée, je l'entendais répéter partout, et je me sentais beureuse. Un amour.., une folie à moi, un enfant presque, mais qui semblait m'aimer! C'était un traître, le jour fini je ne le revis plus, et depuis lors je souffre et je meurs. Yardes, Biaritz, il les connaissait, je l'ai su, c'est leur vengeance. Il avait dit qu'il me prendrait ma beauté, Biaritz, il me l'a prise, en effet. Âb ! quel poison! leslAcbes!

Je me souviens encore que ce jour-là, la cour était tout occupée de madame de Ludres ; j'en veux parler de madame de Ludres, son souvenir me plaît, elle était belle, et puis cela me conduira au roi. Peu de gens savent tout sur elle, il y a pourtant là un roman tout de bon. Elle est cbanoinesse de Poussay et fille cbez Madame. Bien jeune, bien charmante. On commença à la remarquer parce que le chevalier de Vendôme et le maréchal de Vivonne devinrent amoureux d'eUe et voulurent se battre pour elle. C'est-àdire Vendôme voulait faire battre Vivonne, et celui-ci ne le voulait point, avec son gros ventre.

•^ Allons donc ï c'est comme si il tirait dans une porte

eodi&re. Qa*il se batte s'il le veut, mais je le défle de m» ftûre battre, moi !

On en rit partent, le roi plus qne les antres, etOremarqna l*Hélène de cette nonvelle Troie, il la tronva ce qu'elle Aait, cbarmante. Un peu fatigué des hauteurs de Mon* tespan, un peu tiraillé par M. de Gordom , il cberchaic d'autres liens, cette jeune fille était là toute prête. Pour achever. Monsieur dit au roi qu'elle l'aimait, ce qui était rrai, et ce que Monsieur, qui était commère, découvrit sans trop de peine. Aussi tomba-t-il un jour à Saint-Cloud comme on ne l'attendait pas ; elle devint pâle et rouge en même temps. On joua sur le tq>is tert, il l'emmena sous les arbres, de ce moment son sort fiit déddé. le la vis re« Tenbrle soir, elle était radieuse ; le lendemain elle demanda nn congé à Madame et s'en aUa à Versailles avec la maréchale Duplessis.

Sans être déclarée, sa faveur fut connue. Madame de Montespan en entra dans une fureur à en mourir, rien n'y lit; elle tûit deux années , sans rang ni titre, mais trèsétablie. On ne voyait guère le moyen de l'en faire sortir, lorsqu'on imagina une calomnie abominable, qui, du jour an lendemain, lui retira son bonheur. Ils dirent au roi qu'elle était couverte d'un mal contagieux, par suite d'un poison qu'on lui avait fait prendre dans sa jeunesse. Le soir elle l'attendait, et avec une dureté sans pareille, il ne vint pas, il ne la prévint pas, il la quitta, fl la laissa pour reprendre sa vieille chaîne, sans un regret, sans un adieu.

Sachez-le bien, et j'ai promis de le dire, je le dis : le rd n'a ni cœur, ni ftme, il n'aime que lui, il ne songe qu'à son plaisir et à sa gloire, Umt lui est instrument pour ces deux

tu n

386 fIB lET âYBHTUIES

patêt «près Q l^riae ee quilui a senri. Sa seule vertu est un grand vice, c'est son orgueil. Cet orgueil lui donne tout, cet OEgueil Yà fait ce qu'il est, pet orgueil lui i^ête le faux Iirillant qui ^en|e1^«, cet orgueil l'a placé au-4ef^us 4^ tous les ^uverains do monde, parce fju'il a voulu y être ^t Que la Providence l'y a conduit. Tons ceui;^ qui ont aiuié }e roi ont été S0s victimes, bonunes et femmes, U n'a poifr ^x pi souvenirs, ni regrets. Il a torturé lapauvra La Ya)liërei elle est au couvent, il l'y ^isse. Elle y a été trois fojs pw4dii| liçur conttn^pei la premii^e il l'alla enleva à £ihaiI)Qt, |a seisimde Uf ei^Toy^, ai^si sut-elle bien dir^: .

r- La première fois i) est venu lui-même !

La tri^isîèn)^ a ne V4 pdtô inéme la Toiv.

L^ rpi est grand pur}^ qu'il est bai^ ^ (V^!^^ '^ Y^ 4^ Jniu, fuand on en (ipprodie, 1^ pnopprtions s» ofipetlifsef^ Quant à moi, je suis heureuse de dive ceci et que )es raees ^tures l'apprenneul, ciir mainteuaat la fiattgri^^of (i^rinet pas la vérité. - . ^

/e reviens & la pauvre Ludr es. .v > ■{ . '

Abandonnée ^insî, elle ne- demanda ni explicâliomi, n| te* (our, elle fut digne en toutes cboses; et reparut cottùàe si sa place eut été la même, au point d'embsrj^sser le «naître, qui lui fit offrir deux cent mille francs. - < • * -

— Dites au roi que jç n'ai besoin de rien,-^ répliqu ^-t^^e, e^ ^e je suis d'assez bonne maison pour n'avoir pas besoiu d'être dotée. - /v

Elle vint chez Madame, lui avoua tout et lui demanda de 1^ reprendre. Madame avait de bons momcaits, tout ce qui était'grand et simple |a touchait, elle la releva, l'embrassa ^1 lui p^npit 1U rentrer (sb^ elle, sans mj^me jui faire uim

DE LA PRINCESSE DE MONACO. 38l

morale mutile. Elle la ramena ayec elle une fois ; la Mou- * tespan i'accabfa de mépris, elle alla jusqu'à dire en pajrlatitd^ elle : ce haillon!

Quofi qu'il en fut, ce haillon en tentait bien d'antres, Ql^ rage luidit :

'-^ Ittadame, vous êtes, iha foi ! plus belle que jâtÉiais ! ,,, — Tout de bon ! j*en suis bien aise, c'est un ridicule de moins.

Peu à peu elle s'écarta, elle resta au Bouchet,^hez une amie, lorsque Madame allait & la eout, et fusait seuleiaâit son service lorsqu'on était k Saint-Gloud ou an Palais^ Royal, puis elle vint moins, de manière à ne pas faire â'é^ clat pressant. Un jour elle ne vint plus , elle écrivit à Madame qu'elle se retirait dans un couvent en Lorraine, qu'elle la remerciait de ses bontés. Ce fut tout : ni éclat, ni prise d'habit, ni plaintes, elle y est maintenant. Elle est heureuse peut-être. Cette image m'est venue en pensant à cette dernière journée où elle était humiliée et où je triomphais pdûr la dértiière fois, J'ai pensé â son douvënt.

Un couvent ! J'y voudrais bien être et vivre en repos, expier ! N'ai-je pas expié î Pas assez peut-être. J'ai une lourde conscience, Bourdaloue va venir, il me la déchargera, mais changera-t-il mon cœur ? De toutes mes fautes il me semble que la moins pardonnée sera cette sécheresse et ce peu de bonté que j'ai montrée aux autres. Dieu est bon, lui ! Il nous aime, il veut que nous l'aimions, et que nous nous aimions aussi. Mais, ai-je aimé? Lauzun, oui... Après ?

Je me confesserai tout à l'heure.

Adieu donc à la vie, adieu au passé, adieu à l'avenir,

888 YtB ET AfSHTUftIi W U FIUNCESSB M MOHACa.

adiea à Umtes choses, j*ai vécu. Je quitte ce que Dieu m*dte, il me laissa mon âme, il rappelle, elle va à ses ordres, cette ime altière qui ne sait obâr qu'à lui. Prions, priez pour moi, vous qui lires ceci. Je sens le vent de. rétemité soufBer sur mon cœur, et en diasser ce qui tient à la terre. Je tremble, je me sens faible et petite devant celui que j'ai offensé, car il est souverainement juste.

Pai vu Bourdaleue, je suis pardonnée, je suis heoieuse., Si Dieu est juste, il est bon aussi, il pardonne an repaitir, jemerepens.

m DIS ÂtBirruRis ds 14 ramcassi w hoiugo.

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