‹ Vie et aventures de la princesse de MonacoChapitre 2 sur 13 · II · texte numérisé non relu

II

— Qui choisirez-vous du roi ou de Monsieur?

— Pourquoi faire ?

Les yeux lui sortaient de la tête, mon étounement, qu*il prenait pour de la dissimulation, lui donnait plus de colère encore.

— Gomment! pourquoi faire? Qu'est-ce qu'une jeune et belle dame comme vous peut fairo de princes jeunes et beaux comme eux?

— Ce que je n'ai jamais songé à en faire assurément.

— Vous vous jouez de moi, madame, vous me rendez la risée de la cour, vous me forcerez à manquer de respect... Je ne me connais plus.

— Je le vois bien, et vous cessez de me connattre aussi, CQ jm gemblQ* S'il vous déplaisût de vous expliquer mieux, de me dire tranquillement ce qui en est, pous finirons peut-être par nous entendre.

^ Àb I s'écaria-ri-il» vous ne m'aimest plus. G'éttit profondémeiit injuste, j'eus d'abord envie de me fleber, et puis, au contraire, ja fiis bien aise.

-i-> Je ne sais ee que vous voulez dire, je ne vous ai jamais tant aimé.

—» Et vos amants?

— Que vous importe ! Us me trouvent belle, et c'est là tout le 45ecret, je ne leur ai jamais permis d'alïer plus loin.

— Mais ces deux-là î

— Lesquels ?

— Le roi ! Monsieur !

— J'ijsaor^ ce quç cel« sigtJÔ0^

DE LA ^tltNCfiftSK Dfi HONACO 3

-•Ke meûte2 pas, je vous en conjure. Je vais tâcher, moi, de parler avec calme. Monsieur vous aime.

— Vous ne connaissez pas Monsieur, il n'aime personne. Il n^aimera surtout jamais une femme. Il voit en nous des êtres plus jolis que lui, à la peau plus dottêe, plus fine, ^us blanche, des rivales en ajustements, en pierreries, en tout ce qui l'occupe uniquement. Il cause avec moi, parce que j'entends mieux qu'une autre et la parure et les joyaux, parce que j'écoute sans l'interrompre ses plaintes sur Madame, parce que je ris quand il a envie de faire rire et que je cause sérieusement de bagatelles. Mais de l'amour 1 de l'amour avec ftiillppe d'Orléans ! ïl n^aura des maltresses qu'en peinture, je vous en réponds.

** Alors ce sera le roi.

— Le roi, qui ne me regarde pas, qui me salue juste, lorsqu'il y est obligé, pour ne point manquer au nom que Je porte ! Le roi , qui ne se doute pas si je sdk brune on blonde. Allons, mon cher l^uyguilhem} décidément vous Stes fou.

— Je ne suis point Am ; je sBJê ce que j*ai entendu moimême à Fontainebleau avant-hier. Sa Majesté interrogeait madame Golbert sur plusieurs dames, avec un Intérêt trèsmarqué, vous avez été la première. — Quel est $ùn âge f A-Uelle de Pêêpritt Elle ne peut aimer M. de Valentiruni ? Quelle est son humeur f Elle est fort belle. Elle danse bien. Madame la va conduire avec ellCy je suppose f -^ Que pettsez-vous de ces questions ?

-^ Que Sa Majesté n'avait apparenunent rien à dire à madame Golbert,. el qu'elle s'était informée de moi, faute demieQi.

Je ne pus in*empècher de rougir, et ma vanité se trouva agréablem^t chatouillée. La jalousie est maladroite. Est-ce qu'il aurait dû me raconter cela ? Les hommes ordinaires on peut ne les point écouter, mais un roi qui parie a la voix bien haute. Puyguîlhem s*en aperçut, et ne reUnt plus sa colère. Il me traita de Turc à Maure, au point de m'embarrasser, et finit par me défendre le voyage de Fontainebleau. Jamais il ne fut homme plus dominant. et plus despote ; il a été ainsi avec tout le monde, même avec le roi ; aussi il est à Pignerol et il y restera, ainsi qu'il Ta dit en y entrant, in secula seculorum.

Je me révoltai, car je ne suis point patiente. Itous eûmes une vive discussion, et, comme je lui objectais ma charge, M. de Monaco, Madame, et le reste, il me répondit fort honnêtement que j'étais libre de les envoyer par dessus les moulins,

Malg{é ma mauvaise.humeur, je ne pus m'empêcher d'en rire. Jeter par dessus les moulins mQn mari, la surintendance de la maison de Madame, parce que le roi avait dit trois mots de moi à madame Colbert, et que Monsieur prenait l'air de me conter des galanteries I J'allais essayer quelques raisons, lorsqu'on nous entendîmes Guiche qui revenait.

— Arrangez-vous comme il vous plaira, me dit très-yjlte mon cousin, mais si vous allez à Fontainebleau, j'éclate, et, ma foi! gare la.iÇastille et le couvent, cela dépend de vous.

Mon frère entra, aussi empressé que Puyguiihem. IL s'aperçut de la querelle ; mais il ne voyait que ce qu'il voulait voir et ne parlait jamais de ce qu'il voyait. Uplai*

santa aigrement, suivant sa manière, puis tout-à-coup haussant le ton :

— Puyguîlhem, aile» un peu faire la cour à mademoiselle de Tonnay-Charente, s'il vous platt, j'ai besoin de parler à ma sœur.

— A mademoiselle de Tonnay-Charente ! Pourquoi elle plutôt qu'une autre ?

— Parce qu'elle est plus jolie, parce qu'elle lui platt infinimmit, et que je ne l'encrors pas mal traité.

— Vraiment ! Il compte l'épouser, peut-être ?

— libâame, je ne me marie pas ainsi. Un astrologue, c'est-à dire une sorcière de nos montagnes, m'a prédit que ma fortune ou ma ruine se feraient par un mariage. M. de Mortemart est fort riche, fort grand seigneur, mais ce n'est pas encore assez haut pour moi. D'dilleurs, mademoiselle de Tonnay-Charente est courtisée par le marquis de Montespan, quasi notre voisin ; je n'irais pas sur ses brisées.

— Enfin, monsieur, je ne vous impose personne ; pourtant je voudrais vour voir occuper ailleurs, pour une heure au moins.

— Puyguilhem ne se le fit pas répéter ; mais, pour s'enfuir en Parthe, ainsi que le dit M. Corneille, il me lança comme adieu ces mots :

— Vous êtes réellement trop incommodée, madame la duchesse, et vous ne pouvez être demain du voyage de Fontainebleau.

Aussitôt qu'il eut disparu, Guiche se récria.

— Comment l vous n'huez pas à Fontainebleau ? J'espère qu'il se trompe, et que vous y triompherez, au contraire.

6 TIK BT àyBUTCI&Bft

-^hw sais, repris^je, comme une sotte Iftcbe qae |'é^ tais; je ne me sens pas bien, en effet.

f^. Ne pas aller i Fontainebleau l jnais c'est impossible, ma sflBur, c'est impossible de toutes les matières. Madame a besoin de vous, et moi je vous conjure de n'y point maa'< qjm, si vous m'awez seulement un peu. .

— Et pourquoi, s'il vous plaît ?

•««^ Ma s(wr, YQidez^YQus vm reodre un (prand, un trèsgrand service ?

— De tout mon coe«r«

«i» Ëco«taz^*iiioi donc, alors. Non seulement il fairt aller demain à Fontainebleau, mais U faut vous y conduire d'uuQ cartaine &çon,

«^ QueUa est cette certaine façon t

^f^ Monsieur vous aime.

^ Allons donc l Quelle folie 1

«-* Monsieur vous aime, vous dis^je. Il vous aime, parcei que je le veux. Il vous aimera bien davantage lorsque celu sera nécessaire à mes intérêts.

^^ Je n'ai aucun kitérét à être ^mée de Monsiemr.

— Vous, peut-être ! mais moi...

^ Vous !

«^ Ouîi moi. St, pour ce même intéréti si yws ftes uhq bonne sœur, il faudra. . . il faudra. . .

*-« Achevez.

^ Il faudra aimer Monsieur vous mimei ou du moins en faire assez le semblant pour l'occuper.

— Il vous ennuie donc, que vous cberebea ^ voils en décbai|[ep sur moi î

-^UmWffètTmma^f 4«'ë^ja bes<HQ de vous en 4ir%

DE LA MlHOISftE BE HORACO. 1

davantage ? Je vous croyais pltts habile. El d^aflleors , qu'est-ce que cela tous fait T le ne vous demande, après toat, ri^ de bien pénible, rien en dehors du devoir. Monsieur a de Tesprit, Monsieur est bien fait, MonMeur est aussi futile que la femme la plus futile de France ; il n*eSI point méchant, il aime à rire, attirez-le & vous, t&ebes qu'il Ht s'occupe que de vous et vous me rendrez le plus heureux du monde.

— Vous êtes donc bien amoureux de Madame t

— Yous êtes une curieuse, madame la duchesse.

— Eh bien 1 franchement, je ua serais pas ffirïiée d'as- »ster à cela. Je vous défie de vous en tirer tous les deux. Vous visiterez les quatre coins de la carte du Tendre et vous ne serez pas plus avancés en ce pays-là qu'en celui-ei. Vous n'avez pourtant pas, comme l'illustre Sapho qui sort d'ici, pris pour fille suivante la demoiselle Modestie ; vous ne placerez jamais vos fonds à la banque éC Estime ; mais si vous trouvez moyen de découvrir quelque nouveau village en cette contrée, vous n'aurez garde de le laisser à Técart. Ah 1 mon cher frère, vous ne connaissez pas Madame. Bi vous l'aimiez, et au cas où elle vous réciproqueraitj comme disait cette diablesse, c'est qu'elle ne vous connaîtrait guère non plus.

— Ge sont là nos affaires, et non les vôtres ; soyez seutement bomie soeur, et le reste ira de soi-même.

^^ Hélas ! monsieur, je suis fichée de vous refhser ? -^ Pourquoi me r^ser ?

^ Parée que je ne sois p«s libre de faire autrement : M. de Val^tteois m'emmènerait.

-^ niiévoiisettmènerapfts, «HiSteliii ferons défendre.

8 VIE ET AVENTUftBS

— Bbdgré cela, je ne saurais.

— Ma petite sœur, s'agit-il donc de qnelqne galant ?

— Qaand cela serait ! Vous en voulez donner un à Son Altesse Royal, je ne saurais faire mieux qu'elle.

— Mon Dieu ! je ne me mêle pas de vos amours, ma chère duchesse, M. de Valentinois ne le permettrait pas ; il est gardien de ses trésors, maintenant, et nous n'avons plus que le droit de conseil. Allez à Fontainebleau, soyez belle, soyez ajustée, qu'on vous remarque, et que je puisse vous vpir satisfaite, je n'en demande pas davantage.

Ml de Monaco ouvrit la porte et allongea la tête pour regarder qui était là ; il n'en fait jamais d'autres ; il semble qu'il n'y ait point de laquais dans sa maison et qu'il soit obligé de se chausser lui-même.

Il entra de son pas d'éléphant.

— Madame, j'ai rencontré M. de Puyguilhem sur le degré, il m'a appris que vous renonciez, au voyage.

— Je me sens fort incommodée, monsieur.

— J'en suis fâchée , madame, il faut tâcher de vous porter mieux; j'ai besoin que vous alliez à la cour, ne fût-ce que pour une semaine , et vous me semblez disjposée à garder le logis.

— Ne puis-je me reposer un peu?

— Vous reposer, madame! vous vous reposerez dans îe carrosse, Madame vous permettra de prendre le vôtre pour cette fois. Pourtant, il ne serait guère honnête de céder votre place dans le sien , songez-y. Vous avez voulu vous mettre chez elle, au lieu de venir commander chez vous, œ n'est pas moi qui vous y ait forcée, vous ne me

refuserez pas votre crédit, lorsque j'ai nécessité d'en user ?

— Vous entendez, ma sœur?

— Je sais que le roi s'est enquis de vous, je sais qu'il vous a distinguée, je sais jqu'il ne vous refusera point ce que vous lui demanderez, et qu'il s'agit d'une chose importante pour notre maison,

— Allons ! pensai-je, ils ont tous gagé que je n'en sortirais pas nette. Que faut-il demander ?

— L'annexe au duché de Valentinois , de la terre de dressé, donnée à madame Diane de Poitiers , par le roi Henri II, et qu'on nous a retirée lors de nos lettrés-patentes. Nous la rêvons, mon père et moi, depuis tant d'années!

— Ah ! vous voulez la terre de madame Diane ! repris-je en souriant , et que diriez-vous, monsieur, si, avec sa terre, je prenais aussi sa place ?

— Sa place! Laquelle, s'il vous plaît?

— Celle de maîtresse du roi, qui me trouve belle, qui parle de moi, et auquel vous m'adressez si bien.

M. de Valentinois me regarda, tout étonné de cette conséquence. 11 hésita un peu, ensuite il reprit plus fermement :

Madame, nous partirons demain pour Fontainebleau.

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