‹ Vie et aventures de la princesse de MonacoChapitre 3 sur 13 · II · texte numérisé non relu

II

J'ëlais tort tourmentée au sujet de Puyguilhem, je ne sâr vafs réellement pas quelle figure il me ferait à Fontaiueblemi; je craignais ses brusqueries, et Tavenir a prouvé que j*aYais grandement raison de les craindre. Je montai dans le carrosse avec Monsieur et Madame, très-inquiète de mon arrivée et de ce qu'il allait me dire en public; cela ne Farr était point.

Nous arrivâmies aux flambeaux. Le roi et les courtisans vinrent au-devant de Madame, ce qui formait une superbe cavalcade; il faisait le plus beau temps du monde; on avait servi le souper dans l'appartement de la reine-mère, les portes ouvertes et le parterre embaumant, je vous assure que c'était fort propre. J'aperçus dans la foule le visage de Laoznn, pâle et courroucé. Comme j'étais à la table de Leurï^ Majestés, il n'approchait pas. Je né servais pas Madame, le

roi avait décidé que la reine serait servie par sa dame d'honneur, et les Filles de France par les filles; d'ailleurs ma place de surintendante était au-dessus de la dame d'honneur, et je n'aurais point consenti à donner la serviette. Madame Henriette a été la première Madame qui ait eu une surintendante, en sa qualité de fille de roi et aussi de Petite- Fille de France, la reine sa mère étant fille de notre bon roi Henri IV. Il est digne de remarque que cette grande reine d'Angleterre a eu son mari décapité par ses sujets rebelles, et son père assassiné par Ravaillac. Elle est bien heureuse de n'avoir pas vu mourir sa fille empoisonnée par cet exécrable chevalier de Lorraine, qui eût dû périr sur réchafaud. Cette race royale des Stuarts est marquée d'un sceau fatal.

On se retira tard, malgré la fatigue de la journée. Monsieur ne me quitta pas, et Madame ne s'occupa que du roi, lequel ne s'occupa que d'elle. C'était pitié de voir la mine de mon frère d'un côté et celle de Lauzun de l'autre. L'un sérieux, rongeant ses lèvres, l'autre piteux et pleurant à moitié. Mon frère n'a jamais su se dominer en rien, par une faiblesse dans les nerfs, il n'avait pas une impression un peu forte sans pleurer. A l'armée, où il était fort brave, il était rare qu'on ne lui vît pas une larme. Je rentrai dans l'appartement qu'on m'avait donné, et M. de Monaco s'en alla jouer le reste de la nuit chez la comtesse de Soissons, où ils restèrent à perdre des sonunes folles.

Je n'étais pas encore couchée, lorsque Blondeau me vint trouver dans le cabinet de ma toilette, et me dit que Puyguilhem était là, insistant pour me parler absolument.

— J'ai eu beau dire que madame quittait ses bardes, il

m'a répondu qu'il voulait la voir, et madame sait bien que lorsque M. le comte veut,..

— Qu'il entre dans ma chambre, restez aux alentours, afin d'écarter les gens, et prévenez-moi si M. de Valentinois arrivai^.

J'étais en craintes, je l'avoue. Je passai chez moi presque tremblante. Il vint à moi, me prit les deux mains, sans me faire de mal, cetta fois, et me regarda quelques minutes en silence, bien fixement :

— Vous me mettez au supplice, ma cousine, dit-il; vous voulez que je me livre à .quelque extravagance. Ne pouviezvous rester à Paris? Ne pouviez-vous être malade?

— M. de Valentinois ne le veut point.

— Ne pouviez-vous parler à Monsieur de telle sorte qu'il ne continuât pas son manège?

— M. le comte de Guiche en ordonne autrement.

— Ne pouviez-vous, au moins, vous montrer moins avenante, moins affable, moins coquette, s'il faut le dire, et ne pas attirer après vous cette foule de mouches bourdonnant et brillant à votre suite?

— M. le comte de Puyguilhem ne me le pardonnerait pas.

— Comment ! s'écria-t-il en furie, je ne vous le pardonnerais pas, moi qui enrage de vous voir ainsi!

— Si j'étais moins suivie, c'est que l'on me trouverait moins belle, c'est que persomie ne vous disputerait votre maîtresse , et vous cesseriez de m'aimer, je vous en réponds. Vous m'en voudriez bien fort de ma retenue.

— Raisonnement de votre frère de Guiche, sophistication à perte de vue, à laquelle je ne me laisserai pas prendre. Je ne veux pas, entendez-vous, je ne veux pas souffîrir ces

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façons dd fain». Je tous aime pour moi tout setQ, et ni roi, ni princes ne partageront ce qui est à moi.

•^ Alors, nous aUons rompre ayec Madame, n'est-^eepas? quitter cette place que j*ai obtenue à si grande peine ?

—^Certainement, qu'avez-vous besoin, madame la du* ehesse, d*ètre domestique chez madame Henriette? Vous êtes assez grande dame pour être s^vie, sans servir les autres. '

— Faisons donc nos paquets, et partons pour Monaco; e*est là o& on ntô servira bien et où j'aurai un trdne tout à mon aise. Par exen^le, M. de Puygmlhem ne me verra i^us ; M. de Puyguilliem ne sera plus le maître de me dicter ses ordres. J'aurai près de moi des gens de qualité fort bonfiètes, assure-t-on; il me sera facile de cboisir une distraction, sans compter les cours dltalie, que Ton me propose de visiter.

n écumait et mordait ses lèvres, selon son h£*itude en pareil cas.

— Vous me rendrez fou.

— Choisissez.

Nous eûmes ainsi une longue lutte, qui se termina le mieux du monde : par une de ces heures qu'il savait occuper de façon à faire oublier le reste. Il n'est point d'homme plus agréais et plus attachant ; Mademoiselle, madame de Mcmtespan et mille autres le savent bien. Notre attachement fut pendant des années tel que je viens de vous le montrer : un combat perpétuel entre sa jalousie, son despotisme et les nécessités indispensables du ûom que je porte, de ma fa- Bulle, ùd tout ce qui m'entoure, et notre amour mutuel. t| me àmmiA en déi^t ie tout ; il me tourmentait de toutes

DE LA ritmenss »i monago. 15

im Biamères. J'essayais m vain de me révolMr, di le hir ; liieQ plus, de chereher aiUeors les distractions qni lae déta>> cbenûant dd loi» je suis rsTenue, j'ai tout pardonné; je l'aime même aujourd'hui» on sa dureté et son ingi*atitttde ont passé les bornes. Hélas ! je n'ai pas longtemps à l'aineri et je ne regrette la vie que pour lui.

Ifons eûmes quelques j<Nirs de trêve après eettft scène. La cour entière fut occupée de la nouvelle attitude du f^ près de Madame. Il connaissait, en la voyant de plus jNPès, msiàm il avait été ii^uste en ne la trcnivant pas la plus Mie personne de l'univexs. Il s'altaebait à die de plus eu plus ; elle était la véritable reine ; elle disposait de toutes les parties de divertissanents ; elles se faisaient pour die, ^ le ïO) n'y aiviûlde {Msir que par eelui qu'elle en reeevait.

J'étais dcffie agréablement placée, je voyais tout, je savais teut, j'étais de tout. En dépit de Puyguîlhem et de sa jalott» sie, le roi et Monsieur me traitaient de façon à créer Ymm des envieux ; cela ne manqua point. On essaya de me brouil*- 1er avec Madame, et cette princesse me le vint dire sur^-te^ chffflap, en m'assurant que tout serait innlile, et qu'elle n'éeoutaûtrien.

C'était dans le milieu de l'été; Madame s'aUstt baigner teus les jours et nous avec elle. Nous partioBS en earrosse^ à cause de la cbaleur. Nous restions assez longtemps âaaaa l'eau* ift prineesse aimait ce rafratchisseaiént. Neua reivelûens eusoite à cbeval avec les dames,, habillées gala»^ mm%^ mâle iduaies au efaafieatt^ accompagnées eu rm et de la jeunesse de la cour. Aj^ès seup^, on montait dans tei «lèclMis^ et, aii^ brun des viotoas, ou s'aUail promewr uue parti» de la nuit autour dit eauaL

16 TIE ET ATENTURES

Un soir,. nous rentrions, ou plutôt un matin, j*eus l'honneur de su(vre la princesse jusque dans sa chambre du lit; comme je m'en allais, elle fit deux pasyers moi, et me demanda si j'avais envie de dormir.

-— Pas le moins du monde, Madame.

— Eh bien ! que diriez-vous d'un tour de parc toutes les deux, pour bien causer? Le temps est superbe, j'ai envie d'un bouquet de roses, allons le cueillir!

•— Mais, Madame...

— Qui le saura? Ils dorment tous, depuis le roi jusqu'au marmiton, excepté les amoureux, cependant, qui ne dorment point.

— A ce compte-là. Madame, le roi ne dormirait guère. Madame rougit un peu et ne répondit pas. Elle appela sa

femme de chambre anglaise, la mieux dans ses confidences, et se fit donner une mante; elle ordonna qu'on m'en jet&t une sur ma toilette, déjà un peu chiffbnnée par la promenade, et, me montrant la vaste étendue du parc et de la forêt devant nous :

— Allons, duchesse, ce sera charmant. Mary, ajoutât-elle, enferme-toi ici et n'ouvre qu'à nous. Si Monsieur vient céans, ne fais pas mine d'entendre, laisse-le frapper; sa patience n'est pas longue, il s'en ira. Pour tous les autres, je dors, fussent les reines.

Elle sortit, riant en vraie enfant, bien enveloppée, se croyant méconnaissable et s'apprêtant, en cas de rencontre, à se donner comme une femme de service en bonne fortune. Nos coiffes, très-amples et très-faibles, appartenant à Mary, pouvaient tromper au premier coup d'œil, mais il ne fallait voir ni la chaussure ni les broderies de la robe. Nous ne

trouTâmes personne par les montées, ce qui irit un vrai coup du sort, et nous arrivâmes sans événement dans le p^rc. La princesse sautait comme une petite fille en riant de joie. Elle me voulut faire courir, mais j'avais grand'peur d'être vue, et je l'entraînai le plus tôt possible vers le couvert. Elle se calma tout-à-coup.

— Duchesse, me dit-elle, je ne suis pas venue ici pour danser, au moins.

— Je m'en doute, Madame, malgré les apparences. Il y a tant à admirer en ce beau lieu, et cette lune a des rayons si brillants ce soir !

— Les beaux lieux et la lune ne gâteront rien, mais nous causerons, s'il vous plaît.

— Tout autant que Votre Altesse le désirera.

— Dites-moi , madame de Valentinois , et bien franchement , m'aimez-vous ?

— Je crois cette question.inutile. Madame. Avant d'être madame de Valentinois, j'étais mademoiselle de Gramont, et la princesse Henriette d'Angleterre daignait m'appeler sa sœur et son amie.

— On change quelquefois , en vieillissant.

— Vous ai-je donné sujet de le croire?

— Non, je ne puis dire cela; mais, en la condition où je suis, on craint toujours d'être trompé.

— Madame, je ne demande rien à Son Altesse Royale , e'est elle qui veut bien...

— Je vous crois donc , alors , et nous allons nous faire une promesse.

— Laquelle ? je m'y soumets d'avance.

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— Confiance entière, absolue. Je yous dirai tout ; vous ne jne cacherez rien.

^- Je le jure.

—Nous commencerons à présent, tout à Theure. Je vous conterai ce que vous me conteriez vous-même, pour vous mettre à voire aise , et puis je vous ouvrirai mon cœur. A nous deux ensuite nous ferons merveilles. Âvouez-moi que vous aimez M. de Puyguilhem , madame la duchesse.

Je ne songeai point à le cacher ; c'était pour moi chose si naturelle ; c'était une vérité si bien entrée dans ma vie, je répondis simplement :

*- Oui, Madame.

— Le maréchal, M. deGuiche connaissent-ils cet amour?

— Le maréchal, certainement ; quant à mon frère, il ne m'en a jamais parlé, mais il doit le savoir.

— Et M. le duc de Valenthiois ?

i— Doux sauveur! Madame , il ne s'en doute pas.

— Tant mieux. Maintenant , dites encore , M. de Puyguilhem est ambitieux ; il veut plaire au roi ?

— Avant toutes choses , Madame.

— Je m'en charge. Le roi l'aimera et il deviendra son favori avant la fin du voyage , vous pouvez le lui dire de ma part. Seulement qu'il n'en parle pas encore ; laissez le temps passer et ne donnez pas l'éveil aux envieux.

*— Que de bontés Votre Altesse Royale a pour moi !

— C'est pour vous, en efiet, ma belle , car M. de Puyguilhem ne me platt point. Il n'est pas beau , pardonnezmoi mon mauvais jugement ; il n'est pas bon ; son regard gronde sans cesse comme un tomierre lointain ; enfin ce

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petit kobmi&^li n'est point de mon goftt , el J'ai idéô que TOBs n*^ seres pas longtemps contente.

— Hélas! Madame, c'est bien possible.

— A Totre place, j'aimerais mieux Gharny, j'aimerais nienxle chevalier Duplessis , j'iûmerais mieux... oui, j'aimerais mieux... Monsieur lui-même.

-^ Ah! cependant. Madame, pour ce qui est de Monsieur... il me semble que...

— Que je ne l'aime guère, n'est-ce pas? Aussi je dis: à votre place , non pas à la mienne, je n'aime pas Monsieur , c'est vrai, mais Monsieur ne m'aime point , partant quitte, an lieu que vous!..

— Monsieur croit peut-être qu'il me fait l'honneur de m'aimer, c'est possible ; quant à moi , je suis assurée qu'il se trompe.

— Vous pourriez avoir raison.

— Monsieur ressemble trop à une femme ; il a trop des mêmes goûts que nous , pour pouvoir être jamais amoureux. Ce qui lui plaît dans celle qu'il appelle sa maîtresse, ce sont des atours à chiffonner, ce sont des pierreries à placer , ce sont des points de Venise à toucher et des brocards à frôler en passant. La plus belle personne de la terre qui ne serait point ajîistée lui ferait l'effet d'une buse, tandis que la buse sera pour lui la plus belle personne de la terre si elle suit la dernière mode , si elle porte des perles, des rubans et des satins.

— J'en suis aussi sûr que vous ; eh bien! duchesse, me bUmeriez-vous de ne pouvoir supporter un pareil homme ?

— Je n'en ai ni le droit ni la volonté.

— Me blâmeriez- vous ?. . mais il faut reprendre les cho-

20 TIE ET ATENTURES

ses de plus loin. H faut tenir l'engagement que j'ai pris el TOUS révéler mes pensées. Gela ne me coûtera pas beaucoup, vous avez tant d'esprit !

Pourvu que vous soyez sincère.

— Madame, encore un coup, je supplie Votre Âltessc Royale de ne me rien apprendre.

— J'en serais plus fftchée que vous; j'ai trop besoin d( pvler.

—J'écoute, madame.

— Apprenes donc, avaut tout, que la reine-mère est jalouse de moi.

— La reine-mère?

— Oui, dUe-même. EUe m*a envoyé ce matin Tabbé de Montaigu, avec la mission de me parler séyèrement.

— Pourquoi ?

— Depuis que je suis ici , le roi ne me quitte pas, le roi ne va plus chez elle ; le roi vient avec moi par les chemins, à la chasse, sur la rivière, il ne se plaît qu'en ma compagnie, je l'ai ravi même à la jeune reine, dont la grossesse ne lui permet pas d'être des nôtres, et qu'il laisse parfaiteiBent au logis.

— C'est vrai.

— La reine-mère est malade , elle est dévote, elle fuit ks plaisirs , et voudrait que son royal fils eût les mêmes

idées. Il en est fort loin, car il ne songe au contraire qu'à se divertir, et à rendre sa cour la plus brillante du monde. La reine-mère est abondonnée dans son oratoire, et la jeune reine avec ses femmes espagnoles. Gen*est point leur compte.

— Je le comprends.

— Ma belle-mère pense qu'en me retenant auprès d'elle , on y retiendra le roi , qu'en m'engageant à rester sous sa tutelle, le roi et Monsieur y seront également. La mort de M. le cardinal a apporté beaucoup de tristesse dans la vie de ma belle-mère , elle l'aimait plus que de raison , cet Ita* lien , qu'en pensez-vous ?

Je me rappelai le pauvre Philippe et ce que j'avais vu dans mon enfance , il me sembla que Madame disait vrai, mais je me tus, malgré nos conventions.

M. de Mazariu était fort bien fait du t^mps du feu roi , répliquai-je, mon père me l'a assuré, du moins.

— Quoi qu'il en soit , l'abbé de Moutaigu est venu ce matin, de Ym sucré que vous savez. Ma <dièi«, il m*a représenté que aous étions bien jeunes , le roi et moi , pour courir ainsi partout ensemble, sans autre eseorle qu'une folle jeunes^, à qui souvent le respect interdit de nous approcher ; c'est un tête-à-tête public. Monsieur en pour* rait prendre de l'ombrage, et les médisants en jaseraient, Le seul moyen d'empêcher ces deux choses, c'est de nous tenir le plus possiUe auprès de la reine-^mère, de ne point la quitter, de nous contenter des amusements sérieux aux-« quels notre rang nous condamne. Alors, la cour reprendra 9a dignitéi et nom serons, le roi et moi, des pqi#pnnes ac-

<-* Et qu'a rép(mda Votre Altesse Royale ?

«^ J'ai répondu sans détour que, depuis mon enfanee, farais souffert, que j'étais lasse de l'ennui et de la eon* trainte essuyés auprès de la reine ma mère, que je ne oéder^is jamais plus à une autorité pardlle , maintenant que je m'y pouvais soustraire. J'ai ajouté que les bontés du roi m'étaient trop précieuses pour y renoncer , et que je ne saoflHrais pas qu'i» me les enleyât. J'assurai, à eela près, fia Miyesté , de mon respectueux attachement et de mon obéissance. Je ne puis oublier le Louvre, le temps de* la Froade, la maladie que j'y ai gagné à forée de mis^ , et comment la fille et la petite*fille de Henri lY ont été traitées par sa bru et par le galant desabru Groye^Hnoi, chère dockesse , ces choses-li ne s'oublient pas parmi ceux de ma condition.

—•Je le csrois, en effet , madame. Et que compte faire maintenant Votre Altesse Royale! La reine doit êtrefti<riense.

— Elle le sera bi^ davantage encore. Ne prenez point de jalousie de ce que je vais me lier avec la comtesse de Soissona , le roi me Ta demandé , et c'est uniquement pour hn complaire, car cette femm^là m'est odieuse. Mais la jeune reine la croit sa rivale, et la reine«*mère, pour cette raison et pour d'autres » l'a en aversion. Quant à moi , je sais à quoi m'en tenir sur ses façons avee Sa M^esté , et je n'ignore paa lea motifs qui les rq[iprochent. L'amour n'est peur rien en eela, du côté du roi du moins , car» pour la eemlease ; je n'en répondrais pas. Je ne répondrais pas non plaa qu'à son àUuA elle ne tourna ses visées du edté de HoBSîeiur. C'est à vous d'y porendre garde , dnchefiie'

Nous nous mimes à rire. Cependant, j'osai, au milieu de cette gatté, adresser à la princesse une question trèsintéressante , en m' autorisant de l'exemple qu'elle m'avait donné.

-— Madame daignera-t-elle me répondre , ainsi que je l'ai fait? luidis-je.

— Tout aussi franchement. Parlez.

— Est-ce que le roi. . . en vérité, je suis très-indiscrète , est-ce que le roi aime Madame autrement que... comme la femme de Monsieur...

— Hum ! hum? fit-elle en secouant sa jolie tète avec un sourire mutm, cela se pourrait.

— Est-ce que Madame. . . . regarderait Sa Majesté comme le plus honnête homme, le mieux fait de la cour, ainsi qu'il est réellement.

— Ahi duchesse, je suis fort embarrassée pour vous rét>ondre. Je suis charmée de cette question, parce que cela me donnera de l'occasion d'examiner mon cœur. Nous Talions faire ensemble, n'est-ce pas : vous m'éclairerez. Le roi est en effet le plus honnête homme et le mieux fait d.e son royaume, je le vois et je le sens, mais le roi a surtout un grand charme âmes yeux, c'est le roi, et puis c'est celui qui m'a tant méprisée, c'est celui quia refusé de danser avec moi au mariage du roi de Pologne et devant la reine de Suède, parce que y étais trop laide. C'est celui qui a déclaré hautement qu'il laisserait éteindre sa lignée plutôt que d'épouser une princesse mendiante et désagréable d< mon espèce ; c'est cdui qui raillait Monsieur de son empressement à ma recherche, qui m'appelait la vaUée de Josaphat ; c'est celui-là même aigoord'hui qui me supplie . I

DE LA PniNCESSE DE MONACO. 25

est à mes genoux, il m'aime, il quitte tout pour moi> il se proclame aveugle, je suis la plus adorable de Tunivers ; de moi dépendent son bonheur et sa vie. Qu'en pensez-vous, duchesse ? N'est-ce point là une vengeance douce à savourer ? et croyez- vous qu'il soit pressé de pardonner à cet homme, d'en faire doublement mon maître, tandis que ce maître-là est en réalité mon esclave? Est-ce de l'amour que cet orgueil satisfait ? Vous qui aimez Puyguilhem, est-ce de cette sorte ? Est-ce pour la passion seule du triomphe ? Croyez-vous enfin que j'aime le roi ?

— Il me semble, au moins, que c'est une sorte d'inclination particulière.

— Je ne veux point être en une autre posture auprès de lui que celle d'à présent ; mais je ne veux pas non plus qu'il ait des maîtresses. Je possède l'empire tout entier, je n'entends point de partage. Il me semble que je haïrais toute rivale dans son amitié. Je suis sa belle-sœur, la première dame de France, après la reine, et la première dame de la cour, avant elle. Une maîtresse méprendrait tout cela ; une maîtresse relèverait de sa main ce superbe, qui m'a méprisée, et que je laisse à mes pieds; il n'aura pdnt de maîtresse.

— Alors vous n'aurez non plus ni mari, ni amant, si vous voulez tout interdire?

— Non.

•— Âh ! je sais quelqu'un qui mourra de chagrin.

— Et qui cela î

— Faut-il le dire ?

— Oui, oui, dites-le.

— Mon pauvre frère, dis^je en soupirant.

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