‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 107 sur 379 · XV. — Dénoùmcnt · texte numérisé non relu

XV. — Dénoùmcnt

Il approchait, hélas! le jour fixé pur le plus absolu des pèrei. Sophie, r.issiirée quel pie temp< par l'i.lée d'un mariage chiui' riq le, se leiréseiitiiit le liieii-aime il si s ;igréiiieut8 séducteurs. Elle siimit renaître sa répugnance et ses craintes Du iiioiiienl où elle re iouia vérilableineiit d Egligiiy , il lui devint iiis'ip|iort:ible. Ccp'iil.nt elle était retenue par une promesse qu'elle croyait s.icne, bien qu'elle n'eût pis été fiite librenu nt. L'ispere de vénération qu'elle avait pour M. Hotte, sou estime, qu'elle tremblait de perdre, tout U forçait au sacrihre : elle allait le consoinmer.

D'EgI giiy s'éLiit (lersuidé qu'il h regirderait toujours comme une soeur ciiéue. Tout ( ntier a l'amitié, il se nourri^siit «le la douce chimère de piri;,ger eiihn la sienne entre le père et la hlle , et d'éti lidre ainsi la plus iuiiuoeiite des joui sinres. Plein d honneur, incapil.le de manquer volonta renient à s< paioe, mais plein de roifiioce eu Iniuième, défini troji coiunion au\ jeunes gens , il clii'r.'li.iit , il muliipliait ces eiitrt tiens p.irliculiers, ces *''paiichemiriils ipii fii jiaraiss. lient sans Conséijucuce , et (jui tléji at.irmaieiit Soplin-. Jamais il ne I a|>|ielail que sa scpur, jamais il ne donnait au senliminl qu il cprouv.it le seul nom qui lui fût propre; et si ipielqiefois Sophie trouv.<il son amitié tioji vive , SI elle en fiisait l'observ.ition, il répondait de bien bonne foi qu'il fallait qu'il euntraciàl de bonne heure 1 iMliitude de faire le mari de jour, |iour qu'il pût exécuter le traité de nuit. L'habitude, ajouta t-il est un cilmaiit. Il ne voulait pas s'apercevoir encore que celle-ci irrite, lor-q l'elle est suivie de la privation. Mais voit-on claie, chrrche-t-on à \oir clair dans son cœur a viiii;t cinq ans?

le marquis n'avait pis l'air de s'api-rcevoir de ces loi gs tête à-iête; mais il les voyait avec une secrèie salisf ction, et il bs favorisut par df s prétextes toujours nouveaux. Il se fl iltiii que d'Kgliijny fiis..it tous les jours des prog'ès s^nsililis, que bientôi il cHiceriit jusqu au souvenir de son rival, et le vis ge decoloié de sa fille, sa langueur, sa méDncolie ne le désabus lient pas.

C était encoie la veille du mariage. Pour la seconde fois, Sophie voyait le fl luibeau de 1 liyiueo prêt a s'.illumer (loiir elle; mais quelle dilîerence de cette fois a la iieniièrel Elle était seule avrc d'Egligny; e le ne lui avait rien caché encore, et el e lui développ'ii les plus secrètes p -usées dt: l'âme la plus pure. D Egbgiiy l'encourag ait, la rassurait, s eiifl imiuait , et la trornp.it et se iro npait lui-même. U lui serrait les mains, et les pressait dans les tiennes , et l attirait sur ses genoux. Son œil était humide, son haleine brûliite... Sophie le regirda. — INou, vous n'êtes pas mon frère. — Je le suis, je veux toujours l'être. Et ses lèvres se collent a cell s df Sophie, s'y impriment ; elles ne p' uwmt s'en détacher. So|>h c fa l un effort, elle se dégige , elle fuit en s'écriant : Le traître deviendrait vraiment mon époux.

Elle court se renfermer dans sa chambre. C'est U que le sort qui l'attend se préscn'e à son im<g<natiun sous des couleurs cft'rajanles ; c'est là que le cruel, que l'iniptoy ible amour l'iruie contre le devoir, lui souille le mépris des bienséances. — INou, dit-elle, non. ce sacrihce horrilil.r ne s'achèvera pas. La mort... plutôt la mort ! Et sans réfléchir aux .suites de sa démarche, sans rien voir dans l'avenir, que l'affranch ssementd'un lien odieux, elle sort de la maison de son perj, seule , à pied, a dix heures du soir, sans savoir ou elle trouvera un asile, sans avoir pensé à en choisir un.

Elle marchait au hasard, d'un p^s mal assuré. Elle était dans une de ces rues étroites, malsaines, où se retirent l'indigence et le vice crapuleux. L'ouvrier se reposait du travail de la journée; tout était clos; pas d'autre lumière que la sombre clarté des réverbères. (J ii-lqiii s allées étaient ouvertes (lour ces femmes qui accueillent la brutalité dont elles sont les victimes. Trois dragons ivres cberchiient un repentir. La démirche incertaine de mademoiselle d'.\rancey les abuse. Ils l'aiiordent; elle entend des exprcs-ions q l'elle ne connaissait pis; le gfsic audacieux lui en explique le sens Elle s'écrie, on la raille j^ eue se défend, ou I insulte: et de l'insulte à l'outrage, il n'y a pas d'intervalle pour les hommes grossiers.

Un officier du même corps passe; l'infortunée implore son secours. Il s'approche, il regarde... — Dieu! notre demoiselle! — C'est Georgfs I... c'est le ciel qui l'envoie.

M. Hotte faisait le bien pour le seul phisir de le faire, et Georcps lui-même ignorait ce qu'il lui devait, ^ot^e digne oncle avait euipoié en sa laveur le cré lit toujours puissant d'une probité généralement reconnue, et une action d éclat avait décidé le mmi-ire. Des brign ds s'étaient retirés dms la foret de Séoart , et un det icliemei.t de dragons fut commande pour se réunir à la gendarmerie et forcer ce repaire. La haine de la vie produit aus^i sou héroi;ine. Geor;;es se battit

K. BOTTE

rri bomuio qui voulait se fiire tuer, rt il trouva l.i gloire où il cherchait la mort l'iie sons lietitenance fut accorilt'o à M. Botte.

Toujours ex et à ses devoirs, toujours prêt à oMiper, prompt à prdouner une fjule, incapable «i'eu commettre, Oturgts avait mérité et olilcnu 1,1 roiisidëration de sesi'gaui et de ses supérieurs. Il parla nui trois dragons s-ns hauteur, uiais sans faib'esse ; il leur lit sentir leur f.ute avec la dignit'i qui convient i un olficier et le ton alTeclucut qu'on aime dans un c iniarade. Ces hommes, prêts ii se porter aux derniers excès, l'ecoulent; il semble qu ii sa voix leur ivresse se dissipe.

— Quelle punition nous iu.posez-vous ? dit l'un d'eux. — Uepentezyous , sojii (lus S'ges, et renirtz à la caserne.

C'e>l àlois q'ie midemoiselle d'A'anoty sentit les conséquences qu'eniraine une démartlie h.;sar.lée. E'Ieji'geait l'opinion que Georges pouv.iil avoir d'elle en la trouvant d. us une semblable pusition. Llle entreprit de le ilélrooiper, et ses sanglots et ses larmes ne lui permettaient pis de s'evpliquer. A travers quelques mots sans suite, Georges •ais.t s( n intention, et se hâta de rétablir le calme dans son âme bourrelée. — Nuire demoiselle, vous n'avez pas besoin d'excuses , je le crois, j'ai besoin de le croire. Si vous cessiez d'èlre la plus vertueuse des femmes, je serais I lionime le plus malheureux. Ou voulez-vous que je V us conduire? Sophie, reconnais ante de tant d'amour, de tant ^ d'estime, Sophie lui serra la na n. p:it sou hias, et eu marchant elle j lui racontait sj dé|lorahle aveiilare. E'ie se sou'ageait en prouvant à Georges qu'elle n'étiit coupable ipie d'une imprudence; Georges respirait en trouvant sa diviuiié to"jours digne de ses hommages. Elle fr.^l'pa à une porte ; on ouvrit. Georges poussa un profoiid soupir et s'éloigna.

D'Egligny , confus du transport qu'il n'avait pu maîiriser , afflige de l'tfl'el que ce niiilheureux baiser avait produit sur mademoiselle d'Araticey , s'était renfermé, de son côté, dans le cabinet oii il couchait, et n'avait pas entendu sortir la belle fugitive. Le marquis terminait au dthirs quelques arrangements relatifs à la cérémonie du lendemain, et son l'remier soin, en rentrant, fui de rassembler sa famille, et de ne pas faire attendre à deux ou Irois amis qu'il avait amenés un souper qui ne valait pas trop la peine d'être attendu.

Le chevalier parait. Sophie ne se trouve point. Le marquis, mnlgré l'Cipoir qu'il avait fondé sur les fréquents tête-à-tête des jeunes gens, le marquis soupçonna aussitôt la triste vérité. Il interrogea le portier, q<ii répondit que mademoiselle était sortie il y avait environ une heure. Quel aiVront pour un homme comme lui, et comment le cacher ii ses convives! Pas de moyens d'excuser l'absence de sa fille à celle heure, la veille d'un mariage , lorsqu'il venait d'annoncer qu'elle était dans sa chambre, et que, par con;équent, elle était sortie à l'insu de son père. Le marquis, he pouvant rien gagner à dissimuler sa douleur, la laissa librement éclater. Ses amis s'empressèrent de lui prodiguer ces consolations d'usage, qui ne con'^olent jamais ; ils lui promirent un secret inviolable , qu'ils se proposaient de garder comme celui de la noblesse de M. Botte; ctd'Egligny. l'honnête d'Egligny se reprochait ce kaiser si doux , dont les suites étaient si cruelles.

Lorsque les amis eureut débité tous les lieux communs que put leur fournir uuu mémoire exercée, ils épuisèrent les conjectures sur la retr .ite qu'avait choisie la charmante fille : c'était en rfTet ce qu'il fallait d'ab'jrd savoir. Le marquis ne réfléchit pas longtemps, et d'un ton d'.issurance il nomma M. Botte.

Le chevalier prit hautement la défense de Sophie. Il affirma qu'elle était incapable de s'être jetée dan^ les bras de sou amant, et que M. Botte pensait trop bien pour le souffrir. Le marquis persista dans une opinion qui eût été vraisemblable à l'égard de beaucoup d'autres femmes , et il envoya chercher un carrosse de place.

Le cher oncle était loin de penser que M. d'Araocey dût jamais paraître à l'hôtel ; il devint furieux en le voyant, et lui cria d'aussi loin qu'il l'aperçut: — Il est fort extraordinaire, monsieur, qu'après m'avoiriiilerd.t '•otre porte, vois vous avisiez de vous présenter chez moi!

— Monsieur Botte !... — Vous qui avez ajouté ii cette marque de mépris, secrète au moins, l'indiscrétion révoltante de publier 1 histoire de mes lettres de noblesse... — 'Vous croiriez, monsieur... — Vous, qui m'avtz livré â la malignité générale, et même aux brocards d un journaliste ! Sortez, monsieur, sortez k l'instant. — D'un ton plus bas, s'il vous plait, monsieur Botte. — Ce ton-là est le mien, monsieur Thoiiidsseau. — Il ne convient pas à uu homme qui a favorisé un rapt. — 0.1 vous a en evé votre fille ! J'en suis, parbleu ! bien aise. — Il est inutile lie jouer l'étennement ; il est all'reux d'y ajouter 1 insulte. Fin ssons, monsieur. Qu'avi z-voiis fait de mademoiselle d'.\rancey? — lAlonsieiir le niirquis, votre repioehe est fondé, et quelque tort que vou» ayez envers moi , je devais respecler lu douleur paternelle : assejex-vous, je vais vous répondre.

Je me rappelle didicileuient le bien que je fais ; mais vous n'avez pas oul'lié, monsieur, que je v< us ai rendu quelques services, que je me proposais d'en rendre de plus essentiels a votre fille, et vous ne croyez pis qu'on pense a desbonurcr ceux à qui on s'est attaché par ses bienfaiis. — iMdis votre vivacité... — J'ai été vif toute ma vie, citez-moi, d.iiis le cours de 6inquaute ans, un tr.>it dont j'aie 'n rougir; et, puisqu il f.iut que je me vante, monsieur, vous devtz savoir que le sacrifice le plus péuible ne coûte rien à ma probité. iSouveuez-vous , monsieur, que ce jeune homme était mourant lorsç!X '^'ù forcé mademoiselle

d'Arancey à ployer sous l'autorité paternelle. — Monsieur Botte, un mot, un seul mol : ne savezvous rien de ma fille ? — Rien, monsieur. — Je vous croissur votre parole. — Et vous me rendez justice ; je vous la rendrai également quand vous serez moins malheureux, et je vous prouverai que les fautes des enfants sont souvint celles des pères. En attendant, monsieur, puis-je vous être de quelque utilité? Me voilà à vos ordres.

Le marquis embrassa cordialement M. Botte. — Ah I lui dit-il en lui serrant la main, vous méritiez d'être noble.

Dès les premiers mots de M. d'Ai- inccy , Charles était sorti de son accablement. Il avait écouté avec avidité tout ce qui avait quebiue rapjiort à sa Sophie; il trouvait du soulagement à penser qu'elle n était plus au pouvoir de son pète; il tirait uu favorable augure des marques d'alTection que son oncle vei.ait de recevoir du marquis. Il faut si peu à l'infortuné pour lui rendre le courage ! Si la prévoyance est un présent cruel, bénissons au moir.s l'espérance.

Charles se mit eu tiers dans la conversation , et le marquis lui fit l'honneur de l'écouter et de lui répoudre. Uu raisonnait, on discutait, on n'était d'accord que sur un point : c'est que mademoiselle d'Arancey ne pouvait avoir choisi qu'une retraite qu'il lui fût permis d'avouer publiquement ; mais cette ojiinion, consolante pour un père, ne l'instruisait de rien. 11 appelait si fille, il lui dounait les lioms les plus doux; il s'affligeait , il s'attendrissait, il allait se repentir peut être. Charles suivait les mouvements de son âme ; il s'applaudissait du changement qu'il croyait remarquer, et il ne songeait pas que le père qui cesse de contraindre est encore loin d'être indulgent.

Cependant il fallait prendre uu parti. M. Botte voulait aller au milieu de la nuit chez toutes les personnes que connaissait Sophie. Charles se défiait toujours des promesses de son oncle, et ne croyait pas toarà fait encore aux dispositions nouvelles du marquis. Il ne désirait pas que la charmante fille se retrouvât si promptement. Il représenta à son oncle qu'il serait impossible de cacher aux personnes qu'on ferait lever à cette heure un secret qu'on avait le plus vif intérêt de renfermer; que , sous le prétexte naturel de visites , ces recherches pouvaient se faire de jour, et qu'enfin il n'était pas à présumer que la personne qui avait donné asile à mademoiselle d'Arancey osât en faire un mystère au marquis. Il espérait bien cependant , qu'attendrie par la position malheureuse de Sophie, que vaincue par ses prières, cette personne se tairait.

Ces messieurs furent interrompus par un laquais qui apportait une lettre. Il l'avait reçue d'un homme qui exigeait qu'on la remit aussitôt à M. Botte, dût-on' le réveiller, et qui attendait à la porte. Le cher oncle brise le cachet, pircourt rapidement le papier, et s'écrie: — Votre fille est trouvée. Ecoutez , écoutez ce que m'écrit madame Duport. — Quelle est cette madame Duport? demanda vivement le marquis. — C'est la femme la plus respectable que je connaisse, celle chez qui j'aurais conseillé à votre fille de se retirer, si celui qui ramène Us enfants au devoir pouvait jamais les en écarter. — Voyons donc, monsieur, ce qu'on vous écrit.

n Mademoiselle d'Arancey est chez moi, et dans un état impossible à rendre. Elle ne peut supporter l'idée de son prochain mariage ni celle d'avoir manqué à son père ; elle sent qu'elle est déplacée ici , et elle ne peut se décider à retourner chez le marquis. Cette enfant me désole, sa position est déchirante : la mienne est délicate. Venez à l'instant, mou cher ami; Sophie vous aime , elle vous respecte, et j'ai moi-même besoin de vos conseils, a

— Qu'on mette les chevaux, dit M. Botte. — Je vous suis, dit M. d'Araocey. — Arrêtez, monsieur; vous êtes tranquille mainteuant sur le sort de votre fille , et je puis m'expliquer librement avec vous. Si la démarche à laquelle votre dureté l'a réduite ne vous a pas ouvert les yeux ; si la crainte de l'avoir perdue n'a point amolli votre cœur; si enfin vous ne la cherchez que pour la sacrifier à votre satisfaction personnelle, la maison de madame Duport vous est fermée. — On prétendrait disjioser de ma fille ! — Non, monsieur. Je vais chez madame Uuport ; je parle à mademoiselle d'Arancey le langage qui convient à la circonstance, je la ramène à des principes dont elle n'eût pas dû s'ccarter, et je la rétablis cette nuit même dans la maison de son père. Vous la trouverez soumise et disposée à vous suivre demain à l'autel. C'est là, lorsqu'elle aura rempli ses devoirs dans toute leur étendue , c'est là qu'on vous reprochera publiquement d'avoir violé tous les vôtres. L'officier civil est instruit, il l'est par moi, et au lieu de serrer les nœuds contre lesquels votre fille se révolte, il la mettra sous la sauveg.irde de la loi, que vous oulragi z dans ce qu'elle a de plus sacré, le libre consentement des parties. Voyez maintenant dans quelles dispositions vous êtes : père sensible et humain , venez embrasser votre fille; homme inflexible et cruel, allez l'attendre chez vous. — Je vaii embrasser ma Sophie.

— Ne croyez p is, monsieur, que l'intérêt de mon neveu ait déterminé ma conduite : 1 homme courageux doit son appui au faible, et ce que j'ai fait jiour raademoisel'e d'Arancey, je l'eusse également fait pour toutauti'C. — Mou cher oncle ? — Mon ami ? — M'est-il permis de vous accompigner? — Non, nionsii ur. — Qu'iriez-vous faire chez madame Duport? blâmer la conduite de mademoiselle d'Arancey ? — Je n'en ai ps le d oit. mon oncle. — Je n'exige pas même que vous en ayei la force. Qu'y feriez-vous donc? vous applaudiriez à sa démarche, car

M. BOTTE

il fuit oplor? — Je me tairais, mon oncle. — Iiii|>os il)le , monsieur. — Mais je la verr.iis un inoinent , je ne demamlc ini'un iiiuiix nt. — Vous ne pouvei l'oMenir que de l'aveu de son jxre, el vans voy<7. que monsieur gaido le silence. — (Jue je suis niallienrem ! — Je le sais bien ; mais vous devei rester ici, et vous y rcsttrci. Parlons, monsieur le marquis.

M.daine Ilnpoit attendait M. Botte, mais «lie t'iait loin de jirfîvoir que M. dWranccy dftl raccompagner, lille av.iit n tenu So|>liie aupiès d'elle, et elle clu reliait i lui prouver par mille eirmplei ipie les mariaprs de pure inilinalien sont rarement lu nrenx. l'allé désirait que la jfune personne la crûi pour son repos; ni:iis croyons-nous jamais ce qui roi.trarie nos pinilunls, ce qui Messe nii nu' nos siuii lis (joi'ils? Ces dames avaient coniuimc^ une llu'^se dans 1rs ri'-t;''* >"!■ '•> mélapliy.lque de l'amour, lorsque ces messiuns eitn'-rei.t. I.a millieuriuse fille frémit en apercevant un pî"re dont elle redoutait le jnsti' ressentiment, et elle ca( lia sa roiifieur, sa lionle et ses regrets dans le sein de son amie. — Mademoiselle, lui dit le marquis, vous ni'av(z mal j' !."'• ''^' j'avais cru voire répugnance invincilde, je n'aumis pas exirjii un i-fl'ort qui devait me coùliT votre : (l'ection. — lié! n'ai-je pas tout employé, mon père, lis représentations, les prit-res, les larmes? — Me rap|ie|iins pas le passé, mademoiselle, je pourrais lilAmer votre conduite, mais j'aime mit ux n'imputer votre faite qu'à moi: |iardonnonsnoiis mulurllement... I.cvrx-vous, Sophie, ce n'est point à mis pieds que II nature a nurqué votre place. — Bravo 1 liravo! dit le rlier oncle, ils s'embrassent, et cordialement. Ma foi , marquis, je vous fais compliment; je n'aurais pas cru que vous pussiez vous exécuter d'aussi bonne grâce.

La conversation devint g;énérale. M. d'Arancey avait soixante ans; mais il joigf.ait à une figure distinguée une taille noble et bien prise, cette politesse de cour qui n'a rien d'atïecté, it qui sait unir k des nianières aim ddes une ttinle de respect qui plait toujours aux f> mmes. Plus on vieillit, et pinson cliercbe » f.iire v..loir ce qu'on conserve d'avantages : le m:irquis n'avait pas de système, mais il se conduisit comme s'il eiit adopté eelui-li , et madame Uiiport sentit les ressources qu'a une femme d'esprit avec un homme de ce c.iractère. Klle entreprit la justilicalion de Sophie avec Us ménigemenis que la circonstance exigeait et la délicate tiiiesse particulière a sou sete. Klle se Rarda bien di- pirler de Charles. Elle savait que la persuasion s'insinue et ne se violente jamais; mais à l'air d'intérêt avec lequel le marquis l'écoul.tit, a la grâce qu'il mettait dans ses réponses, elle o^a se pronv tire quelque succès de ses soins à venir, pourvu toutefois que M. Botte ne brouil âl pas tout pir quelque nouvelle incartade.

Il était t.ird. M. d'Arancey obser\a que sa visite était déjà trop prolongée. 11 reiutrcia madame Duporl, dans les termes les jdus vifs, de ses sentiments pour Sophie, tt il présenta la main à la jeune personne. .Madame Duporl observa à son tour que mademoiselle d'Arancey avait trop soulTert au moral pour qie le physique ne fiit pas .••(Teelé, et qu'il ne serait pas prudent de lui fiire traverser une moitié de l'.<ris à l'heure qu'il était. Elle ajouta d'un ton caressant qu'elle se flattait que le marquis ne refuserait pas de lui confier sa hlle jusqu'au leudrinain. Le maïquis répontit pir une profonde révérence; il suivit M. Botte, qui le remii ii son hôtel garni, et revint rendre scrnpuleuseinent compte à Charles de ce qui s'était passé.

M.idanie Duport avait plus gagné en une hiure que le cher oncle en tiois mois. M. d'Arancey ne se dissimulait plus ce que sa conduite avait de répréhensible; mais une chose à laq>.el e il n'avait pas enrorc pensé l'embarr.ssiit furieusement : il ne s:ivait comment rendre k d'I'g igny une parole qu'il lui avait arrachée par toutes sortes de movens. 11 s'était aperçu du goiit, chaque jour plus vif, que prenait le chevalier pour s* fille, el il s; niait q l'un jeune homme qui aime entend dilliciicnient raison. Demain, pensait-il , je retournerai ehtz madame Ouport, et je la prierai franchement de me conseiller. Une femme aim.<ble trouve toujours des moyens de conciliation auxquels nous ne pensons jamais nous autres hommes.

Il trouva sur sa cheminée une lettre qui le dispensait de consulter personne; elle était du chevalier. Il éctivait qu'on peut déterminer une jeune personne par la douceur à un mariage de convenance, mais qu'il est affreux de la tyranniser, et que la fuite de mademoiselle d'Arancey devait les éclairer l'un et l'autre. Il s'empressait de rendre ^ son .imi la liberté de sa fille et l'entière jouissance d'une fortune qni sufbrait à peine ^ lui seul. Il flnissiit en disant qu'il estimait trop le marquis pour n'être pas persuadé de prévenir le seul vœu que put former un ]ière en ce moment.

— Parbleu, mon cher d Egligny, dit le marquis en entrant dans le cabinet du jeune homme , il nous eiit été impossible de persister dans notre projet. Ce diable d'oncle a persuadé au magistrat... Eh bien, cil e»t-ilflonc?.

Le chevalier avait plus que du goût pour Sophie. Le baiser de la veille l'en avait convain!:u , et lui avait fait sentir l'impossibilité de se borner près d'elle à un rôle purement pa^sif. Il ne se dissiinnl lit pas que, moins épris que Charles, indiflérent, désagréable peut-être i> mademosellea'Aranciy. c'était à lui qu'il convenait de rinoncerà sa niair. Il redoutât l'inflexibilité du marq^iis, et il avait pris le moyen le pius .•■ùr de se soustraire a ses persécutions , celui de s'éloigner.

M. d'Arancey aimait trop d'Egligny pour n'être pas vivement affligé

d'une séparation lyii paraisniil devoir êlredur.ible. le dénùmenliilKOlu où se trouvait crt Ininiiêle jeune homme ajoutait encore a si peine. Si'U ami le plus vrai, obligé de truvaillcr pour vivre! quel lurl! et coiiiiiient faire pour l'adoucir!

Il lui restait une fille; mais pourrait elle aimer un p^re qui l'avait séparée de ce qu'elle av.iit de plus cher? I.a société de iiiidaine Duport lui paraissait extrêuienienl agié.ilile; miis ne remplirait ele j iiiiiis le vide rriiel qu'il éprouvait ? (', et lit pourtant auprès de ers deiu feuiiiieR qu'il devait trouver les ressources dout il avait t-mlde besoin. Siphie pl.iignit siiieèremint le chevalier di'S ipi'elle cessa de le craiiiire, et elle sentit qu'elle aimait un père qui n'iliiisait plus de son autorité. Les grâces savent quelqin fois s'allliger, sans rien p^rlrc de leurs eli rines : mail une Duport possélait cet avantage précieux. Ils caiis:iienl loiis trois avec effusion , avic épaii' bement. le ma q lis se fût trouvé heureux, parr.iileinent heureiiv , si d'l'',|;ligiiy eût été près de lui.

IMadiine Diipuit entrevoyait d.nis l'éloicneiiient le jour oit elle pourrait parli r de Charles au m ir.|uis sans bless r son orgieil. Cipindant elle ne se dissimulait |ias roiiibu n il était dillicile d'arriver au l>ut oi'i tendaient tous les va'iix de .Sophie. Elle senliil que ses efforts seraient sans fruit, tant que .M. d'Arancey pisserait les journées entière» avec des gens titrés, qui canssiient sa chimère fivorile ; el dans un de ces monunls où une lemme aimable nbtiint i peu pri-s tout d'un liommc qui parût l'apiiréeier, dans un de ces moments (piiine feiiiiue siit toujours si bien saisir, el'e lui dit : — Monsieur le mirquis j'ai deux propositions à vous faire, et j'espère qu'elles ne vous déplairont pis. Vous regrettez voire ami , vous êtes triste; votre hôiel garni ne vous convient plus. Je suis veuve, je n'ai pas d'enfants, ma réputalioii est pure, el je peux sans inconvénient vous abandonner la moitié d'une maison beaucoup trop grande pour moi. L'usage veut que j'aie deux femmes, une seule me sullil ; l'autre sera à mademoiselle d'Arancey. ^ ous vous Servez quelquefoif d'un carrosse de place , une de mes voitures sera » vos ordres. Un père d'un ceriain âge et une fille trèsjeune ont peu de choses à se dire; vos rrpis ser.iieut soinbns, et je ne veux pas que vous vous ennuyitz ; j'ai du minle touj le» jours, et

vous ajouterez aux agréments d'une société choisie Vous paraissez

étonné, et vous avez tort. Votre séjour ici n'ajoutera rien à ma dépense habituelle : voilà pour votre délicatesse. J'aime trop mi charmante Sophie, pour ne pas aimer aussi un peu son père, el vous êtes trop galant pour ne pas vous rendre aux avances d'une dame qui vous aime, et qui veut bien vous le dire.

Le marquis souriait et ne répondait pas; mais madame Duporl savait que dans certaines circonstances sourire c'est répondre, et ede |iouisuivit : — Ma seconde proposition est une suite iialuielle de la première. Le chevalitrest un humuie estimib'e, vous lui devei beaucoup; ct,ju'q'i'au moment où on pourra faire pour lui quelque chose d'esS'uiliel, vous lui consacrerez 1 1 pluf grande partie d'uu revenu qui sera k peu près inutile ici. — Madame . je suis confus, pénétré de tant de bontés, mais comment voulez-vous, lor-ique j'iunoie la retraite du Di:ilheureux d'Egligny ?... (^'estoù j'en veux venir. Vos amis ne peuvent rien, M. Boite peut beaucoup. Il vous a quelquefois déplu, mais il n'a pas mérité que vous dédaigniez ses services. D'ailleurs je ne vous propose pis de vous adresser à lui. Autorisez -moi seulement k le prier de chercher M. d'Egligny, et à le (aire placer d'une manière couvenalile. — Accepte?,, mou p re, acceptez. .INe me séparez pas d'une amie qui vous propose aussi nolilement de devenir la vôtre. — Maiiame , s'occuper du chevalier, c'est mériter déjà ma r- cotinais-iance. Jugiz de quels stnliments vous me pénétrez , et par l'intérêt qu'il vous inspire , et par ce qui me regarde persoiinelleinent dans ce que vous me propos'z Mais puis-je sms indiscrétion.... — F.iites quelque chose pour >opbie , p'mt-êlre lui devez-vous un dédommagement. Sophie emb'assa son père, son père se rendit, etdeui heures après il élail établi chez madame Duport.

Les grands seigneurs qui venaient le voir trouvaient d'abord extraordinaire qu il tût accepté les oiVres d'une femme qui ne tenait pas k la noblesse. — Venez, venez, disait le marquis, et vous verrez si on peut rougir de lui devoir quelque chose. Il les présentait. Les grands seigneurs oubliaient leurs cordons <t tous les souverains du monde pour ne s'occuper que d'elle et chercher les moyens de lui plaire.

M. d'Arancey s'aperçut bientôt lui-même que ses ancieunes conversations avaient quelque cho.se de sec et de monotone. Il trouva la figure de madame Duport préférable au blason , et son esprit à ia chronolosie. Il eut le courage de dire tout haut si façon de penser à ses illustres confrères, et ces messieurs s'accoutumèrent volontiers à être reçus dans le salon de madame Duport, q-ie le marquis ne quitta p'iis. Le petit duc, celui qui avait si bii n épluihé les litres de M. Botie, cessa seul de le voir. Cette femme, disait il, me réconcilierait avec la roture.

iMadame Duport s'apercevait des progrès rapides qu'elle faisait chaque jour sur l'esprit de M. d'Arancey. Sophie s'en applaudi-sait ; Charles et M. BoUc, que l'amie commune instruirait de tout, ne se possédaient plus, el voulaient absolument qu'elle risquât la grande proposition. iMidame Dupori sentait que tout etiit perdu si le marquis refusait. Il pénétrerait le plan de séduction, si sa.j.-iuent conduit jusqu' lors, et ne manquerait pas de s'y soustraire par une prom,l- retraite. Elle résistait aux sollicitations pressantes des deux amanU et du

M. BOTTE

l'Ius ii«|>ilitnl lira oi.cli'S , lorsqu'une Circouslaiice heureuse la d^tcrnjin.'i k lu'il l).<âiir(liT.

Vous vous ddiitix liirn qu'on aviilt onvoyi' riiilriijant Guillaume à In rei'lioii'lic "lu clifviilicr. 1,'iiiiiial' e jinin' lu:, ..m ne savait riin f 'ire que lounirr, tl suis avo r l'aitiibsc d un (iiiill lUiiiC , ce n'est q e rliil i.n loui III ur q'i'i'U l<nl été ilieubtr, it e'isl aiis>i la qu'où le trouva. .^1. Holtr et I li s'ei.lrii.laieiit toujours assi z , (( lanJ le tlier oncle ne un disait |>j» de M. d A rail' ey , et d ne lui fui pas dillieile de (leisuailer » d 1%); igiiy qu'il n était pis fait pour passer sa vie une gouge à la nixiii.

On allait «e nielire à laMe cliei madame Hnport. Complaisanle autant que M nsiliie , elle retenait ioii|oiiis q eli|uiin des auiis de :M. d'Arancej, et ce juiir-U elle lis avait tous i.i»sé~ sortir. Ils n'êi 'ient que trois, on avait mi» un qnair'ème «ouvert il un p.iqiirt eailiite élut sur la scrvii tie. Le m..rq'iis ngarde la siiscnpiioii : Au citoyen il'Kgi i;nt. — Li>e> . lisez, iiioi>si<ur. dit Uodaine Diipurt j votre auii ne l-eiit rien avoir de secret pour vous.

M d Araneey lil :

•I I.e jjoiiverneuH nt aimera lo. jours à donner des marques de sa hieiiveiiï.iice a c< m qui ont des uioils aussi li'jjilimes que le cilojen liutle. Il \ous prévient en eoiiS' quenee , rtojeii, qu'il vi'US a nnmiiié secrétaire d'ainbs-.ide près la cour de l*i rli .. \ ous vous rendrez i In z le ministre des nlitiuiis eitcri(U cs , où vo.s recevrez vos instructions. »

— C'est vraiment un digne liomme que ce M. liolle, s'écria le marquis, et je vous i<s«uic que j'irai le reuiercur. iMais < ù tioiutr mon paii\re d I giigoy ? Une porte s'ouvre, le chevalier parait, les deux amis sont ilai s les liras I un de l'autre.

— C'en est tri'p. madame , c'en tst trop. A ous donnez au hienfait un charme ilont aucune autre uiain ne siiirail l'eiiibi-llir. Il est inipus- Sib e de résister a la l'éuniuii de i.iiit df fjrà'.es. Et le marquis, eiiipoilé p.iT un moiiveitient qu'd ne peut niaitiiser, embrasse mad.iiiie Dii|iort, non pas |iri''ciséiiieiit à la iii.>nière «lu chevalier, mais avec une expression qui ht rougir l'aimable Vfiive.

I.e iliiier fnt d'une g'ielé folle. \1 utemoisel'e d'Arancey ne craignait Jilus «l'Ei; gny, et elle « l^it a son aise. Son pè'e trouvant la Siillie piqu.iiile ilaiis 1rs je' I île nudime l)i|Ort, et inulaiu'" DiiporI répon- Uail a c'iHipie tr.iit p.ir ite et s elioses<|ui lienia'ntà la fois *'u se"tinu-i>t et de la pliisintene il n'y a ipi- le» leiun» s qui eniin nsS' ni ce [;riire- U. n Egligiiy. instruit de la rupture de sou inariagc par M. B Ule, se livrait a l'auiitié sans en redimter les reproches. Il épiouv..it b en qu- Upie imbarras en rej^ardanî .**opliie : le soivenir de ce bnscr... — Alb'US allons, lui dit miilame 1) iport, quel liuinme n'a pas été la dupe dune i 1 'Sioii ? I,a vôtie liouorait voire eieur. e le est de celles (|u'oii se pardonne. Sou^ en ez vous seiilemeiil de l'C jd-is croire à I anii'ié qii'iiispirriil les leinmisde div-hipt ans, surtout lorsipi'eilt ssoni cliariu.<i>t>s.

— M dauie, reprit M. d'Arancey. celle qi iiispreni di s leiiimes d un âge foit et IjuI au.ssi dangereuse. Celte sortie inaltenduc euili.irrassa à sou tour madame Dupurl, di posée a p.ir er de Ch r e.s, et mali;ré les coups de genoux rép'ttsdc S'pliie, elle pensa qu il fiut se taire quand on n'a pas assez de 1 berie d esiint pour bien dire. On allait la d speiiser d'entamer ladaire, et lui laisser l'avantage toujours précieux de voir venir.

Le diuer était à peine fini. i\L d'Arancey, qui aimait, qui rherehait même a prolonger l'eiiintieu toujours animé qui suit le café, M. d'.\r.iiicry était devenu rêveur. Il se leva brusqin ment, et sortit sans rien dire. — Eh! où all^z-vous donc? lui cria iii. d.iuie Ouport. — Krmer- C er >I. liolle. — Je le remercierai pour vous. Elle craignait q le le cher oncle ne gàlàt encore les alTaires de son neveu: le uiarquis était déjà loin.

— Monsieur Boite, réconcilions nous sincèrement. — Je le veux bien, tninsieur d Araneey. — Ues hommes comme nous ne sont pas faits pour se tracasser cteruellemeul. — C'est c que j'.ii souvent pensé.

— Vous m avez rendu un service essentiel en f .i-ant employer <1 Egigny .. — Bill, bah, c'est une misère. — Et j'en attends uu de vous plus important encore. — Tant mieux, j'aime a obliger. — Je vous avoue qui-... que je ne sais.... — Pas de phr.ises. (Jiie voulez-vous? — Que je ne sais cumuienl m'y prindre... — Que vouli z-vous, vous dis je? — Tour m'eipl qin r sur l'^riii le délicat.... — Monsieur le marquis , nous allons nous brouillir encore. ()nr. voultz.vnui? (?orl>leu! parlez sans préambule. — Vous ne vous ninquertz pjs de moi? — Je ne me moque de personne. — Madame Dupuil est chai mante. — Je le sais bien. — Je laime de tout mon caur. — l.l moi missi, parbleu. — Mais... je ne l'aime pas.... eouime vous. — Ah! je cnuiiutnce a vous entendre. — El vous ne troivez pis rdieuîe a mon âge?... — Votre âge, votre âge! ou n'est j.imais vieux quai.d ou 5" porte luen, et qu'on sent baltie son rour. Et piiii, ni.idame Duport n'est plus une enfant. — Ce qui m'embarrasse le p:iiS... — I..'! si qu'elle n'est pas noble. — Oh ! je l.ii.oblirais Ce qui m'embarrasse le pius, c'est sa grande fortune. — Ce n est ) as un malheur que d être riche. — .M^is ne soupi onnera-t-elle point <; le dei vue» d'intérêt?... — Votre condiiiic avec d Eg igtiy vous met i 1 abri du soupçon. — Mais... croyez-vous que sou étal ictuel lui pèse?

— Ma lui , je n'en Siiis rien. — \ uus ne savez pas si un nouvel ei ga— gement pourrait lui plaire? — ^ou, le diable m'euiporiel — Mus.... vous pouiriez la prtsiiulir. — Mais, mais, mais.,, je ne me mêle plus

de mariag s; je n'ai pas la main heureme. — Mailame Uuport a Ue 1» conli uce eu vois; elie vous écoute. — Tout cela est fort b.eu, mais... — P.irlez lui, je vous eu prie, mon cher ami. — Mou chef ami, mon cher aiui! c'est bii n n.ltenr sans doute... — Parlez-lui, je vo-s <n conjure. — Eh bien, nous verrons. — A mon iigc ou compte lis inomenis. — Ah! vous êtes pressé? — Mais.,, oui un peu. — Eh bien, j'y vais tout de suite. — Vous êtes i harmant. — Wesl-ce pas? Comme le besoin vous rapproche les hommes!

M. lîutie a. ail senti, dès les premiers mois, les avantages que pouvait tirer son neveu de la coiiliilence du marquis. Il couuuençait à perdre riiabiiude de tout voir ployer devant lui; il apprenait a se posséder. Il av..il pris sur lui, avec bien de la peine à la vérité, de ne pas P'oiioncer le nom de Charbs; il s'était montré un peu dillicile pour I exaller d.ivanisgi- le nnrquis, et, enchiulé d'une mission dont le succès puiirtant n'était rien moins que sûr. il comt chez madame Duport, il la lire d'un cercle de trente pi rsonncs, il prend maileiuoisi Ile il Araiii cy de l'autre main et va s enfermer avec elles d.uis no arrièie- Cibinel, — Enfin, madame, il ne tii nt plus qu'a vous que ces chers ei.fiiilH se niirient. — Et que f.iut-il faire pour cela? -^ Il faut vous marier aiiss . Sophie ouvrait îles yeux, mais des yeux!...

Pourquoi ne piut-ou parler de m nage à nue femme sans la faire rire, quelque âge quelle «it, quelque raisonnable qu'elle soit? Madame Diipiirt ril en disant q e la |>rnposition était extravagante; elle rit eu rtemm l.int quel élan celui qu'on lui destinait, ce qui n'étoit pas du tout ilitli i e à dev iner ; elle r.t eu répondant qu'elle ne pouvait se prê'er a cela. — Vousvoiiliz doiii;, ni.diue, que j'enterre mon neveu? — J en serais bien là'-hée ; nids pour vous le conserver, faut il que j.* me sicrihe? — Qu'appelez-vous vous sacrifier? le marqd-i est-il reb liant? — Pas du tout. — Est ce un imbécile ? — Au contraire. — E>l-il d'un commerce ddlicile? — J'en fus ce que je veu». — Eh ! que diable voiib z-vous île mieux que ci t homme- la? — Mais je ne veux rien , moi. Je nie trouve à merveille comme je suis.

— T nez, malanie , je ne crois point les veuves qui font l'éloce du veuv.igr. Elu s rrssi inlilent un peu à ceu% qui n'ont rien, et qui vantent s.ins cesse la médiocrité. — .Monsieur cil penéirant — Ah! vous en co vtniz. — Je me moque de vous, mon cher Balle- — Moq lezvou.s-en tant que vous voudrez, il n'en sera pas moins vrai qu'une veu e se marie quaod elle trouve un p irti convenable, et celui ci vous Clin ient lie toutes les mnières. Un homme dont vous f iltsce que vous voulez , quel irésor! Et la salislaction de s'allier à une fimille respe table, de la relever, d assurer le bonheur de ces pauvres enf >nt3, le mien, madame; car vous mettrez une condition à votre consentement... Je vous le répèle, le paru vous coiivi. ni, donc vous vous marierez. — M lis, monsieur Bitte, pensez... n fléchissez... — J u pensé, j ai réfl chi el d' puis qui je vous parle, vous avez eu du temps de reste pour tn f'iire autant. — L\Ja bonne amie, il me serait si doux de vous a|ipi 1er ma mère ! — El crois tu que je sois ins-nsibie au plaisir de te nommer ma filU ? — l orbleu, l'affire est arrangée. Monsieur le marquis, monsieur le m Tq is! — Finissez donc, monsn ur Botte; vous . Ib z me comp'omelte cruellemi nt. ( )n n'a jamais vu se conduire de la sorte. — Oui, oui, grondez aujourd'hui, vous me remercierez demain. Monsieur le ma quis, arrivez donc... Eh bien, allez-vous faire l'enfant? levez les yeuv, regirdez madame, parlcz-lui donc... Que di.ibie. vous ne l'épouserez pis sans lui parler, peut être?

Malanie Uuport éiait aussi embarrassée au moins que le marquis. — Vous ne sauiiez croire, lui dit-elle enfin, monsieur, les folies que M. Botte me débile depuis un quart d heure. — J iguo e, madame, quelle forme il a donnée a l'hoiumage de ma main ; mais rien n'est aussi sérieux et aussi vif que mes seutiments pour vous — Il n'est pas cioyible, monsieur, q le celui qui ne compatit pisain peines de l'amour place vraiment sa lélicite dans les jouissances du cœur. Vous n'avei qu'un moyen de me convaincre de votre siucérilé. — El oserais-je vous de nandi r. madame , quel sera le prix de voire conviction?

— Ah ! que de phrases . que de phrases I une femme qui vous prie de la conviincre n a-t elle pas tout dit? — Je me nuls, madame, et j'aime à pi user que ma fille vous devra son bonheur. M .demoiselle , embrassez votre oncle.

Ce fut une ivresse, un délire, un transport, que cette chère petite Sophie s'eft'orcait en vain de cacher. Elle serrait à la fois dans ses bras M. Boite et son père. Oh ! ijue dans ce moment elle l'aimait , sou père! — Ma bonne aune, n'euihMSserai je p.isaussi ma mère? — Oui, Sophie, oui , je suis la mère , et une mère bien ttndre. Monsieur le marquis, je suis franche, il y a quelques jours qui je soupçonne vos projets; mais, en vérité, je ne croy.us pas a leur exécution.

i\l. Botte, presque aussi satisfait que mademoiselle d Araneey, se remit en course. Lrs pas ne lui contaient rien qu.inl il sagiss.iii d'exhaler sa joe ou d'en donner à qiielqu'nii. Il retourna chez lui aussi vile que Ses chevaux purent I y traîner. Il embrasse son neveu de tout sou cœur, el, sans lui dire un mot, il le Iraine vers sa voiture. — Mais, mon oncle, je suis en robe de chambre. — C'est égal. — Eu bonnet de nuit. — C'est igil. — Eu pantoufles. — C'est égal, c'est égal, — Mai» où me conduisez-vous? — Dans les bras de ta femme. — Dieu!... grand Dieu!... Quoi!. . ma Sophie... sou pire!... — Oui, trop heureux fripon, le père est rendu , el Sophie est à toi. Je le savais bien, uioi., que ce mariage se ftrail... Eh bien I eh bienl.,. il a voulu te

M. HOTTE

noTtr p.irce.qiip je lui nfnsiin si ni.'îtrcsse ; il a voulu ae laisser mourir parce que le marquis nVnlcn'Ijit pis raison , it il va ]n'i(lrc la lile (larce que tout va niieui qu'il n'osait l'espi rir. — Il y a de ipioi la p, rdre, mon oncle; il y a «le quoi en perilie cent... Mais doniiiTmoi le temps de nihabiller. — Ta lenmie ne le verra jamais en dt■^llabillo, et niuins lialiillé encore, n'est-ce pas? — Mais la dt'cence... — Veut que tu prouves ton empressement, et en le présentant comme te voi'a, il ne sera p.is t'<|iii\oque. — C'est de la démence. — Cela se peut, mais je veux ainsi. V.l le cher oncle le pousse dans sa voi lure , le pous-e dans le s.ilon de mailame Duport, le pousse au milieu du ctrcle nouibreui qui déj<i , sincèrement ou non, félicitait le marquis.

Kien qu'on cunnût U vivacité de M. Rotte, on ne laissa pas de trouver l'accoutrement de Charles fort étrange. Une visite de cérémonie en robe de cliambrel — Cela ne s'était jamais vu, disait-on. — l'.b bien, messieurs, vous le voyez, disait notre oncle. Kallait-il, pour un habit p'us long ou plus court, relar'ler d'une heure le p'ai.sir qu'éprouvent c«s aimables enf.mls? Ku elï<l, Cb.irles, tout lionteu\ d'abord, venait île s'échapper du grand fauteuil cii ou l'.ivait ciinriné, un conisin sous lis pieds it un autre sous la lèle. H ne voyait plus que sa Sophie, et il l'avait conduite au bout, tout à f.iit au bout, d.ins le coin le plus reculé de l'appartement, et ils parlaient, ils parlaient... ils citrav,'giiaii'iil, ils riaient , ils pleiiiiiient... ils f liraient ce que \ous avez fait pcutétic, ou ce qiie vous ferez peut élre bieniot, ce qui vaut mieux ; c'est si pi u de chose que le passé ! la plus faible jouissance tffjCC le plus brillant souvenir.

On les rt gardait avec un plaisir! en les regiidiint, on était tenté d'amour, le marq'iis était animé... Ah! madnuc Duport n'avait pas l'air de s'en apercevoir; mais elle en augurait bien : on n'est pas veuve sans avoir quelque eipérience.

M. Botte voulait absolument faire 5 M. d'Arancey les avantages qu'il lui avait déjà pro]iosés .Mad .me Duport prélimlit que personne n'avait le droit de lui ôier la saii^faetion d'enrichir son époui. Elle consentit seulement iiu'il acciplàt cette terre à Liquelle il tenait tant i cause de son nom. Sophie, qui, dans certaines circonstances, n'avait pas le droit de répliquer â sou oncle, fut oblgée de prendre les trois fermes et la terre du Rc rri; Ch.irles eut les herbages de Normandie, et il restait encore à M Botte soixante mille livres de rente. Ces gens-là n'étaient pas a plaindre du tout.

Une cho>e sur laquelle on ne put faire entendre raison à noire oncle, c'est la m^'guilicenie qu'il voulut déployer aii\ deux noces. Madame Duport prétendait q l'une femme r.iisonnable doit se marier sans éclat; et, en eiVrt, ce n est point à la pompe que tient esseiiliellenient une veuxe qui se remarie. M. Bjtte soutenait qu'on ne peut rendre un pareil jour trop remarquable, et qu'un serment prononté de bon cœur se ferait à la face de l'univers. On tira donc encore une fois des remises, des armoires, des magasins, les carrosses, Us livrées, les ameublements. Sophie reprit de fort bonne gr;ice son brillant trousseau, elle permit au cher oncle de rattacher encore les giran loles aux jolies petites oreilles condamnées sans appel à être tiraillies, et on partit pour le château, fort contents des autres et de soi. lloreau même fut gai, rt pour la première fois il eut des saillies.

Edmond ni le curé ne savaient à qui appartiendrait enfin ce château qu'on achetait, qu'on donnait, qu'on revendait, et tous deux, fermes dans la foi, laissaient agir la Proviilence. Eu attcnd.mt ses adorables décre'S, ils jouaient au piquet pour charmer leurs loisirs, et mademoiselle Fancbon, étahl e dans la même chambre, rrpass.iit à côté d'eux les aubes et les surplis : de temps en temps elle suspendait son travail pour juger d'un coup, donner des consei s, verser le petit verre de vin blanc et ranimer la conversation langussante. Le bon pasteur recevait ces soins avec beaucoup de compl.iisance, parce que le curé le plus sage est toujours plein d égards pour sa gouveriianie.

Et comme les gouvernantes de curé ont, ainsi que les autres humainî, un penchant décidé à se faire valoir, c'était Fauchon qui , en l'absence du pa-teur, recevait 1rs ouailles, qui conseillait aux femmes de ne jamais céder .i leurs maris, qui faisait dire le c.itéchisme aux petits enfants et qui leur expliquait le mystère de la sainte Trinité; c était à elle qu'appirtenail exclusivement l'honneur de changer et de blanchir les chiffons de sainte Anne et de bilayer les araignées qui s'attachaient scandaleusement aux visages sacrés de la bonne \ iergc et de son divin poupon; c'est elle qui répondait d'un ton d'importance : — Nous ne disons pas de messe à dou7e sous; c'était elle enfin qui, de temps en temps, chapitrait le heJeau , grave personnage, chantant fort, labourant bien, mais accrochint toujours à sa charrue une vieille canardière avec laquelle il assassinait djns les sillons quelques perdrix, dont il garnissait son pot, sans même en oRrir la dime au curé, ce qui déplaisait fort à mademoiselle Fanchon , qui s'éLul fait une réputation extraordinaire pir sa manière d'apprêter les perdrix aux choux.

Fanchon repassait dune, ainsi que je vous le disais, et tout k coup elle poussa uu grand cri et laissa tomber le fer sur son pied. Les carrosses entraient dans la cour, et elle avait reconnu et Sophie, et son père, et le cher oncle, et le neveu. Comme un fer tombe sur le pied d'une gouvernante est un événement pour tous les cures possibles, celui-ci jette les cartes, court a Fanchon et s'écrie à son tour en voyant lia xoyageurs. Edmond s'aiiproche pesamment de la croisée, ouvre de

grandi yeux et s'étonne comme les autre». L'ëtonnement devint stupéfaciion quand ils surent qu'il y avait deux mariages à faire, ol le plus tôt posilile.

M. Botte avait fait aflieher dès longtemps celui de son neveu, f\, toujours impatient de jouir du bonheur d'aulcui , il voulut profiterdu béiiélice de l'.ilbche, et prononça «pie le m.iri.ige »e ferait le suir iiiéine. (har'ei avait d'excellehlrs raisons pour être de l'jvi» de sou oncle; Sophie roiigissiit, ne disait mot et se résignait. M.d.\raure\ ét.iit bien aise de prouver à madame Duport qu il saisirait avec euipnssement toutes les occasions de lui plaire; la belle veuve disait qu il isl inutile de remettre au lendeni un une bonne a'uvre qu'on pi m firc ii l'iiisl.int même; et tout le monde était parfaitement d'aceord. llunau fut député vers le maire du lieu, et le curé se fit mettre des papillotes par l'anchon.

Dans un instant tout le village est en l'air. Les enfants de chonur quittent leiir> saliols, se débarbouillent, et l'un d'eux, le fameux Coco, brailleur infit galile et raboteur consommé, fait résonner la grose cloche, que M. Botte a fait jucher au plus haut de la cli irpeiite. L'église e.-it pirée; le pasteur est en grand lostume, et il attend les futurs sous le i;rand portail, le g iipilluii <i la main.

Le marquis aurait donné vingt arpenis pour avoir l'habit brodé, les talous rouges «l le t hapeau à pluimt. A défaut de ces mirques distmctives, il se reiresjait, il ngirdiit tout le monde du huit de«a ijr.nidenr. tout le monde le saluait, et il disait à sa fille, qu'il roiuluisiit i l'autel : — Ces gens-là reconnaissent toujouis leur niiilre. De temps en temps il oibliait sa nobbsse et se tournait vers madame Duport, qui av. lit pris le bras de M. Montemar; il lui adressait des choses trèsfines, Irès-piipiinles sur les suites de la cérémonie; et, comme une femme aiiiiab e saisit toujours une agréable allusion, la bclie veuve lui souriait, et on m'assur.i qu'ille disal bien bis : Dieu le veuille!

E'Imond fermait la marclie, appuyé sur la grosse Fanchon M. d'Arancey n'était jiis trop d'avis que son fermier fût de li noce; m.iis madame Duport lui avait dit : — Je vous en prie! et il avait invité le vieillard d'assez bonne gàce.

Le curé plaça le marquis dans la stalle la plus voisine de l'autel, et l'encensa avec de mauvaise résine dont l'odeur lui parut délicieuse, et il disait à madame Duport : — Je vous assure que je ne suis sensible à ces justes lionueurs que parce qu'ils rejaillissent sur vous.

Le curé, qui sivait se prêter aux f.iblesses humaines quand il pouvait le taire sans inconvénient, n'oubliait jama s ce qu il devait a son ministère: il adressa aux fortunés ijioux, sur les obligations qu'ils contractaient, un discours qui, bien <[ii impromptu, développait suis pédinlisme celte saine morale que les hommes de tous les climats reconnais ent sans contradiction. Charles, trè» disposé a rendre sa Saphie la plus heureuse des femmes, trouvait l'orateur un pi u long. Mais le bruit de trente musiciens et de cinq cents fusées volantes avertit l'estim.'ble curé qu'il était temps de finir, et il termina par le protocole ordinaire : — Un mariage bien ass irti est le commcucement de celte éternelle félicité, que je vous souhaite , au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Amen. »

— (,)u'ils vous entendent tous trois, ou qu'ils vous enteridi-nl tout seul, dit ce coquin de (iuillaume, qui se fouirait partout, et qui avait pris la poste, avec de l'argent du cher oncle, pour voir la cérémonie.

Nos aimables jeunes gens furent unis eniin , et le furent en présence d'un Père éternel blanc. Ce n'est pas que le peintre noir n'eût attaqué le curé, comme il l'en avait menacé; mais il plaila devant desjujjes blancs, et il fut condamné : n'ayons jinuis de r.ipportd intérêt avec nos juges. Cependant, comme un artiste ne se décide pas aisémcntà perdre un chef-d'oeuvre, le peintre envoya son tableau au roi de Congo, à qui je ne vous conseille point d'aller dire que le Père éternel n est pas noir.

Mademoiselle Fanchon voulut bassiner le lit des mariés, et elle disait à la jeune épouse: — Le moment est péuible, madame; nuis cela n'est pas long : j'en sais quelque chose.

Vous allez me demander ce qi'est devenu d'Eglipny, car vous voulez tout savoir. 11 avait senti qu'il ne jouerait pas un rôle agréable au château, et il s'était jeté de suite dans la diplomatie pour tâcher d'oublier sa petite sœur.

yuioze jours après, madame Duport rougit à son tour. Les femmes rougissent de co'ère, de plaisir, de pudeur; elles rougissent de tout; elles rougissent comme elles veulent, tl il faut être bien fin pour dire précisément ce qui les fait rougir. Au reste, je suis 1res sûr que la colère n'entrait pour ritn dans la rougeur de madame Duport.

Le monde approuva beaucoup le mariage des deux jeunes gens, et il s'égaya uu peu sur celui du marquis: il était vieux, et m.id.iine Duport était encore belle. Elle imposa silence aux plaisants par des soins si tendres, des altentionssi soutenues, qu il fallut croire enfin qu'elle aimait vraiment son mari. On ne se permit pas même de douter qu il ne fût vraiment le père d'un très-joli petit enfant que lui donna son épouse

Jamais elle n'usa de son ascendant sur l'esprit de sou mari que pour le rendre p'us heureux et meilleur. Si s paysans l'avaient toujours craint : il devint attable et bon; ils rainièreni, et il s. nlit comluen il est plus doux d'inspirer un sentiment que l'autre. 11 itisait encore de temps en temps : Un homme comme moi, un homme de mou riiig; il appelait constamment sa femme madame la marquise. U est des habi-

M. BOTTE

tudes q'ii nf si" prnlpnl jim:iis tolnlompnt, et p'ils on lui pardonnait uns peint' le pitil rrsie <le cil i-n : elle ne TiishI ilr mil ii |ier!>oiine.

Sophie fut mère av.ml la marquise, el cela il' v.iil titf. Un niaii de vii'gt ans a tant d'av»nl.<g> s qu'un a pi rdus à soitantc ! Rile le fut une seouiule, une troisième fois, el, à i li que (ois (^liarKs lui junit qu'il r.iiuiait toujours devant (je. (Vi'sl didicile il cmirc; mais ce qu'il y a de crrlain c'est que l'estiuie, une bonne el frinelie aniitië remplacèrent avec le temps un sentiment qui mallieurcuscment ne dure pas toiijoi.rs.

.M. Hotte criait sans cesse, mais on lîtait convenu de le laisser fiire; et on le livrait, quand il cii.iit trop fort, i l'ami Ilortan, homme tO'ijjurs hon d lo jours nul . ipii lalt'olait, disait il , dï sa femme, et qui ne p'Ssait pas un mois de l'année avec e.le.

I' tg'igny devint amli.iss idi ur; et il se chargea des ruines d'une princisse n sse, en faveur de vingt il trente villages et de leurs babitaiils qu'il époosi avec el'e.

L'amour nialheureui est plus opiniiîlre que l'amour fortuné. Cependant Cl orges revint à ret tiat de calme oii tout le momie désirait si sincèri mei t <k .. voir. Parvenu à la lêle île sou corps, il venait religi' usi ment tous lisons pa.sser quelques semaini s auprès de son vieux père aveugle et sourd. Il lui lisait un chipilre de la Bil)le, et criait à tue lile pour se f,iire enieii'ire; — .Ah ! «lis.iil le lion lioiunie, si tu av..is le s- cret du jeune Tolùe ! ;nais il et perdu, on ne le rrlrouvera pas!

Le vieillarl mourut enlin, il f ut liun finir p;<r là. Un le p cura, ou lui fit un furt joli convoi : c'est tout ce qu ou peut pour un mort.

Guillaume devint k peu près honnôte homme, parce qu'en récompense de ses l;on3 cl de ses mauvais si-rvices Charlts lui donna de Otioi le guérir itc la lent .1 on de faire îles dupes.

I e hon curé resta commensal du chàieau. Il enseignait un peu de latin aux petits -nevcui île IM. Boite, et y faisait sa cour aux deux mamans, et il continua à dire des messes, à faire des prônes , cl à laisser danser les pelitis filles.

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