M. BOIT
iTuVitt' lie rèlr.', car je l'aurais voulu. C'est donc il moi 6 sacrifier un pcneli.iut oui ne uw i. ailrisf point tiicore.
— Que Uilrs-voiis, monsieur? Uieul... Qu'avei-von» dit? — Que je renonce à vnus, madi uiuuiellr. Il m'tn coile : Sdcliez moi grt' >le r< llurl... — Ali ! uuiniirur le cli«-valn-r, niun adiiiiratun, mon cstitne, ma rei'onnais>aiicr... — Votre aiuilit', inalfiiioistlle , c'est tout ce que je deniaiiile, il vous me la deMt. — Nous liivez tout mlière... Ah! Chrl'S, ail! mon ami, si lu savais ce que f;iit (lour iio.i» cet hoinnio péin-rcu» ! — Il le saura, m.nteuioist He. — \ ous ^uirei hi liuiiiéde le viiir! - Je le vrrr.ii. — AU I si voiisd:ii(;iii.i encore... — l'.irlii inadeiiioiselle. — Vous cliaifitr seul auprès de Dion pi're... — De la ruptnie, niailenioisille, je m eu « baij;. Ml ; ■. oiis jouirez d un bonheur qui' ne pricéilera auci'n n'iage; je les écarterai de vous : ces lieaui yeux ne Minl pis faits pour les l.iinies.
I. Iiiuiiuie ist le juiict des autres hominis, de leurs pussions, des siennes, descireonslaneeset du li isard. l,e mnnieut où il s'..|ll (je louilie à relui qui vient le consoler, et trop souvent si joie M'esl,p.s phis duralile <|iie sa docili'ur. C'est ainsi que m ilriiioiscnc ilAraiicej s'abnduiiiie suliiienient à son ivresse, a son dé ire ; c'est ainsi quelle ne voit plus dans ce rlievalicr, qu'elle redoiitiit tant, que le premier des bomuies après ( b.irlis. Klle continuait à eipiimer, par dis unis suis suiie, un ravisi nient que d'I i;lig'iy piria(;e.iit : il i t.'it son ouvrige.
Cuoinunt dilïéri r d .'iiprend e au bien-.iiiiié le cli.irgenu ni q'ii vu ut de se faire dans liur siiuaton? M'is CDinmeiit pioposrr au elievalier de sortir à l'h'ure qu'il est? Cependant une beuieuse nouvelle fait passer une si Nonne iiuil! cl un nialjde a besoin de repos. On ne dit p. s pté 'iséinent cela ; ni'is il est si facile de se fiire deviner pir celui qui \eiil bitn entendre! D'Égligny av.iit pris son clnpeau, et s'était arrêté devant une ccriloiie. — ^on , dil-elle , je n'icrir. i pas, je 1 ai promii. Mais je ne me suis pas engagée à celer ce qu'il n'était pas possible de piévoir. Dites-lui tout, monsieur le cbevalier, tout absoluniint. Ajoiitex, si vous voulez... non, non, pas un mot de ma part sans l'aveu de mon père. — Mais de la mienne, mademoiselle? — Je n'ai pas le droit de vous imposer silence, monsieur le cbevalier.
On annonce une visite à M. Botte. — Une visite à onze heures du soir, c'est bien prendre son temps! I e nom du visiteur? — Le cbevalitr d'Fg igny. — (^>u'il s'aille coucher, et qu'il nous laisse tiarquilic.
Le clitvairr n'a pas pi rdu un mot, et il entre en sonnant. L'œil de Charles s'enll>mine, cl d Ejjiigny s'approcbe de son lit M. Hotte cr.iiiit unesièie; il passe entre son neveu et le chevalier. D'EgI gny l'écaric doucement, et prend la main de Charles. — Réroncmous-noiis, mon heureux rival. J ai renoncé à madeiiioselle d'.Arancey : elle m'a accordé son amitié , et je \iens vous demander la vôtre.
H est toujours 1 heure ilapporter une bonne nouvi lie. La figure de M. lîolte, cille de Charles s'éiianoulsient ; leur surprise, leur joie sont éi/iles .i Crile de Sophie. Charlts déraisonne couime elle; le cher oncle jette d'iùfillgny d.ins un gr.fnd f lUlcuil. le baise sur h s deux joues, et s'a-sied à rôle de lui. Il drmande des dét.ils, on lui eu donne; il en deminde encore, on répète ce qu'il a entendu. Charles, émerveillé, a retiouvé des forets. Assis sur son lit, sa jolie bouche ouverte, les yeui hiés sur le cbev-lier , il saisit avidement tout, tout , ju-:qu'>; l'expression la plus indiCTérente, et il sent un baume consolateur circuler dans ses veines.
M. Boite se frippait 'es genoux , se frottait les mains , se dressait le menton : c'était sa grinde manière d'exprimer un scntim>nt inattt'iidu et I gréable. Il était fl.ilté, très flatte que la reuiO'itrancc qu'il avail faite au chevalier eût produit plus d'efl'ct qu'il n'avait o.-é s'en pronictlre , et il disait : — Je le s. vais bien, moi, qu'avec une figure coiiime celle-là on doit 'tre sensibL* , généreux, et que !• langajje de la raison est toujours enttndu par un homme que 1 âge et les préjugés n'ont point encore eniliiroi. — Malliz pas plus loin, monsieur Butte. 1^1 and voiisavez dit à .M. d'Arinrey i-'es vérucs désagréables, vous étiez en présence, et il pouvait se défend' e. — Après? — Vous connaissez l'aniitié, et vous saviz qu'un lioiime d'honniur ne sO'ifTri; pis qu'on outrage son ami absent. — C'est trè^-bien dit, jeune homme, vous me faues la lie. n -i votre tour, et comme vous j'en profite. M.iis, cor- Meu.je le rewrrai, ce père-là... A pripoi, n'oubliez rien de ce que cette chère enfant vous a recommandé. Fî-.fusez-l i lii> n positivement.
— C'esl mon ii/teotiun. — (Ju'" Ile p.raisse toujours disposée à obéir.
— C'est convenu. — Piqu-^e même de votre refus. — OU ! ce ser„it trop fort. — C'est qu'eil- m'est bien chire, et je ne ve-it ; as q l'on la hnsq'ie, quoi' la mette auxarréts, oh! je sais tout, moi. — J'.ttirerai '"orage sur moi seul. — Brave garçon, digne garçon! je vous pardonne d'être noble. — Vous êtes bien bon.
— Ah çà , monsieur Botte , il faudra me seconder un peu. — De 1 ut mon pouvoir. — Ménager davantage mon ami. — Je ne vous p omets pas cela. — Il aime les défér-nces, K-3 égards. — 11 faud ait lin marquerdu respect, peut-être : vous vous moquez de moi. — Mais vous connaissrz son fnble. — Qu'il s'en rorrig", niorli'eu ! et quiu.i je lui dis tout simplement : Je vois demande votre tille pour mo^i neveu, qu il me frappe dans la m. in, cl qu'il me réponde de nèuie : C est une affaire faite. — Celle là ne se fera pas ainsi. — Eb bien , nous b..taii|i;rons. — Quand les choses peuv- ni s'arr. ng. r doucement. .
— J .ime le bruit. — Et surtout que tout le mon le vous cèJe. — C'esl yT:j. — Et vous ne pardonnez pas au marquis d'oser vous résister;
vous saisis-ei les oee.isioni d'humilier son amour-propre, et Vûui savez, vou< l'olisi^rties tout ii I lieun-, qu'à son âge ou ne change puinl. .Monsieur Bulle, vivre avec lis bummts, tels i|a'ils sont , kA d'un sage: vouloir qu ils voii'nt, qu ils pensent, qu'ils a^jisseut cumoie nous, est d'un... — ^h ! finissez, ji- vous prie, monsieur le chi.vjlier. Il faut que vniiH me pi usiez fort pour que j aie écoulé tranquillement votre pieuiière ineiciiriale', mais... — Il est vro , mon cher oncle, que vous avez éié cruri dans voire derii>èr<' entrevue avec le marquis. — A l'autre, à présent! — t.'e.nt que tout lela tend , mon oncle, à aigrir divaiilig'-... — Paii , paix, nioibieul Pensez à vous guérir, et laissez -moi nu-iier vos alfaires. — Mai^, monsieur Hotte... — Mais, uiunsii'iir le rhevalier, il est minuit, et les confidents, comme les amoureux, ont besoin de repos.
Je présume que M. d'Araneey faisait lever les uns apri'S les autre» les arquéreiiis de SI s métairies , car il n'était pas rentré lorsque d Kgligny revint a son liôiel garni. Je crois bien, a»ec M. liottr , que lu dmoiireiix ont b siùn de repos; mais i's ne le cherchent p. s luiijouis, car la charmante l'i^le pens il a loul, excepté au soinuieil. Elle av.iit -'mplnyé le temps à s'as-eoir, à se lever, » rrlire les leltres de Charles, a lui adres>er les plus jolies pensées; l>s cipressions les plus tcidies, et rh..leine de Zrphire ne les purtait point au deU des murs épaij de sa ehambre. (Jue d'esprit, que de >ciU.inenls perlus!
11 fallut que d'Euligny, déjà très las de pirUr, par'àt encore une heure et drmie. Elle le relenallsou» le prétexte tres-poli «lalleodre son père, dont l'absence ne lui déplais il pas du tout. A deux hrures ctpendant le chevalier lui demanda grâce; et comme on pense a son amntavtc plus de charme, encore dai-s le rtcueillenient de la nuit, Sophie, qui ne voulu. l riin perdre de ses faiblis avantages, se liàta de se mettre au lit, et d'éteindre sa buugie.
Il était presque jour lorsque M. d .\ranciy rentra, fatigué, eicédé, et surlont d'une humiur! ah !... ab ! ses iroi» métairies venairnt d cire revendues, et achetées encore par îles prète-nouis d'une indiscrétion désespérante. Il ne lui restait plus q l'une resiource : c éuit de se faiie de ses cent mille francs quatre ou cinq mdie livres de rente et de vivre I oldemi nt avec cela , lui , sa fille 1 1 son gi ndre. 11 se consola , et s'endurniit en pensant qu'il n'av.il j.imais été roi, et qu'un roi s'était trouvé trop heureux il'ètre maître d'école à Corinlhe.
Il aimait d Éiî'igny de tout son cœur , et il avait dans les idées une ténacité égale a ctdic de M. Butte. Le chevalier, ami ardent et sincère, ne se dissimulait pas combien était délicate la conférence qu'il aLail avoir avec le marquis. Aussi déc dé à ne pas se brouiller avec son ami qu'a ne point se marier, d avait arrangé dms sa fête un discours qu'il croyait à la fois persuasif et propre a adoucir ce qu'un refus prononcé eu face a de désagréable pour celui qui le reçoit. Au molueiil de comuu nner, il ép'Ouva un embarras qui lui fit perdre tous ses moyens. Sophie, de son côté, était dans une inquiétude-, une agita lion ineiprimalile. Ce moment allait loal décider, et el.c atlendait avtC uue eil'êuie impalii-H'-e le rcsullat de l'entretien.
Pt nd inique d'Égiigoychcrch.iit à se remettre, M. d'Arancey lui parlait de ses courses nociuroes, de leur inutililé, et il entreprenait de prouver avec éloquence combien la médiocrité est préférable à l'opulence. Pas de \ii\e, mais plus de besoins factices. Des amis sincères, el plus de flitteiirs Point de plaisirs biuyauts. mais un retour sir soi-même, qui rend à ceux du cœur toute la vivacité. Plus d équipages, niais un exercice soutenu qui entretient ta santé. Le calme de la retraite , si favorable à lélude des sciences consolatrices; une teinte de philosophie qui élève I homme au-dessus de - • fortune : telles étaient les bases du très-long dicours que prononça ^I. li Arancey.
Ce n'est rien que d'avoir bien parié. On veut, pour récompense de son talitit , pe.sua 'cr son aulitolre; l'amour-propre soLicite ses app'audissemciils , it dEgligny. très préoccupé, n'avait rien entendu. — (,)u'.viz vous doDC, mon ami? lui dit le marquis; vous ne paraissez pas fr.ippé de la clarté, di; la solidité de mes raisonnements. — Mon cher d'Arinrey, je conviens qu'.ivec un air très-allcnlif , je n'étais pas du tout à ce que vous me disiiz — .\h! ab ! — J'ai saisi in grjs votre tabb ail de la médiocrdé , très-bien tracé sans doute. — 2S' csi-cc pas? — El j'y reviendrai tout à I heure; mais aupiravmt j'ai a vous parler d autre chose. — Eh bien j'écoute, mou ami! — Le difùcile est de coiumencer. — Criignei vous de vous ouvrir à votre meilleur ai'ii, à votre père? — L'ami [leut n être pis indulgent, le père s'armer de sévérité. — Ceci est donc sérieux ? Ah 1 chevalier, a q li vous contienz-v.ius, si ce n'est à ce.ui dont vous avez partagé, adouci ies p ines ? Du courage, mon jeune ami ! — J'en aurais avtc tout autre. — Craindriez-vous nies reproihes? — Je crains de vous léplaire. — Cela ne se peut pas. Par'ez, je vousen conjure; vous m'inquiétez, chevalier.
— Monsieur le marquis.... monsieur le marquis.... — M u cher lî'Egligny ? — ftlademoiselle votre h le... elle ne saurait... je ne peui... — Ma hle qu'a t-elle de commun a. te le trouble uii je vous vois.' refuser, it elle de remplir si proiiesse? — Pas du tout , mon ami .'Mais, moi... — Mais vous ? — J'ai réfléchi à ce que M. Botte... — Ce n est point de ces gens là dont il s'agit, c'esl de vous. — Je pense que ce qu'il nous a du l'autre jour au i bateau élan, à son ton près, très-raisonnible, très-bien senti. — Tr^s-imj.ertineu', très ..bsurie. — \ oussavei combien je vous aime. — Vous irc l'aviz prouvé, — Croyi z vous que le titre de votre gendre ajoute quel.|uc chose à mes sentiments pour
co
M. BOTTE
vous ? — Je vous nilcrds, monsieur. — Ne vous fàcbcz pas, mon ami. Cro>ii-voiis qin-, dans l.i vie très-privée q'ii HeMeiil i.otre p.rt.ic.e, l'uiii-n \.t plus Ultime ne soit pas iiiilis|ieiisilile ? Hessrrr.'s diois ente humilie ilrmiur.' que vous piri.i il É'iii>tinl des cli>rim-s di- rim.iKiii»lion , ne p luvant nous eviii r ni nous dislr.iitr, \oire ni..lli^ureiise lil'e Sfr.iit rivluite à r<nfornitr ses l.rni's, à «^loulTer d. s suupirs (jui s écli.'Pr"''''i'"' •"''" j"*"!'"^ **""» '•'' '"^'* '*'' '*"" ''l'O''*; ""'"^ gen.lre, aussi il plaindre qu'elle, et par la f.oi.l.ur dont on payr.'il ses tendres soins, et par dei regreistroj. lar.iifs. un (.è.e Mil j;é uun spectacle conliuutl de douleur-, q le L- temps ne ferait qi'ai croître ; les plaintes, l'aigreur, les reprorlus et peut être 1rs li..i.ies, enliu une rupture dernière r.ssoune des (ipoux mal assortis, voilà, mon ami, voU» le sort qui nous attend, cl que ncus pouvons évier.
Une vieille comtesse des amis de M. le marquis d Arancey.
— Monsieur le chevalier, je n'examinerai pas à quel point il faut s'aimer pour cire heureux eu mariage. Des nœuds foiin<5s sous les auspices de l'amour le plus tendre sont devenus insupportahes; des unions préparées par la seule estime ont oll'i ri l'evemple touchant de la concorde et de la félicité durable, étrangère aui convulsions du délire, qui ne dure jamais. Je ne m'étendrai pas sur ces dislinclions : il est inutile de raisonner avec un homme déterminé. — ^ ous me le pardonnerez, je l'espère, oui, j'ai pris mon parti. — Je vous observerai seulement q^ie c'est lorsque j'avais l'espoir de rentier dans mes biens, loisque la main de ma tille assurait votre fortune, que vous pouviez la refuser avec décence, et c'est alors que vous avez reçu avec transport la proposit on de vous unir a elle.
— .Monsieur le marquis, l'observation est aussi forte qu'outrageante. Je vais y répondre avec le ménagement que je dois a votre àiie et i l'amitié. — L'amitié, diits-vous, vous pouvez l'invoquer encore! — Je n'en ai pas perdu le droil. Ecouliz-moi, de grâce.
1j beauté de mademoiselle d'Aiancey m'a séduit au premier coup d'œil ; ses qualités, sa position intéressante, tout m'attirait vers elle, et sans m'occiiper de l'avenir, je me livrais au sentiment qu'inspirait sa présence M. Boue, que vous n'aimez pas, et qui s'est montré votre ami, M. Hotte m'a éclairé. Il a dissipé une illusion (pii commençait à m'èlre bien chère; j'ai reconnu le danger auqiel j étais exposé; sans lui, j'aurais aimé jusqu'à l'idolâtrie, et au lieu de me combattre et de me vaincre lorsqu'il en était temps encore, je serais anjourd hui le plus infortuné des hommes, et je ne serais p is moins ferme dans mon refus, parce que oii la probité commande, tout autre sentiment doit se laire. Voila , monsieur le marquis, le récit succinct de ce qui s'est pasfé dans mon cœur. Moins prévenu, vous le trouveriez aussi naturel que je vous le g.iranlis vériJi |ue.
Passons maiiilcnant à ce qui m'a le plus affecté dans ce que vous venez de me diie, à ce que vous ne vous pardonnerez jamais, au reproche de me laisser conduire \iar de petites vues d intérêt. Quand je vous ai trouvé presque nu sur ce chariot, que je me suis dépouillé pour vous couvrir, vous connaissait -je, monsieur? J'élais jeune, vi-
goureui, et, dans le fond même de la Sibérie, mon travail pouvait suHireà mes besoins ; j'ai souffert, parce que j'ai tout partagé avec vous; j'ai alti'ré ma santé, parce que je trav.uHa.s les nuits lorsque les jours ne sullisiieut pas à la subsistance de tous deux; et lorsque je rentrais, accable de fatigue, je dérobais encore une heure à mon repos pour vous donner les consul. itions dont j'avais tant de besoin moi- luèuie. (;'esl moi qui, dans votre fuite, vous ai guidé a travers des déserts immenses, qui pansais IfS blessures de vos pieds quand le sang ruisselait des niicns; cVsl moi qui vous portais à travers les torrents, les neiges el les locs; qui, le soir, ranimais vos sens engourdis en vous pressant des heures entières contre mon sein; et qi e m'importait alors votre bile que je n'avais pas vue, voire fortune a laque le vous-même ne pi usiez plus! La mort, une mort lente, cruelle, se présentant à chaque pas devant nous, éloignait toute autre idée que celle d'un prochain auéaiitls?enient, el mes soins et mes efl'orts vous en ont garanti. Miinsieur le marqiis, qui s'oublie ainsi pour secourir l'humanité souffrante n'est pas un homme intéressé.
— Ce que vous me rappelez, monsieur, je l'ai dit à quiconque a pu in'entendre, je n'ai cessé de le répéter tant que je vous ai cru sincère. Voulez-vous vous rétablir dans mon estime et dans mon amitié, voulezvous que je croie que vous n'avez pss en ellet aperçu dins l'éloignemenl ce que je pourr.iis donner à la reconnaissance, sojez mon gindre, et ce nuajje, le premier qui s'est élevé entre nous, se dissipera à linstant. — ^>on, monsieur, je ne commettrai point une faute capiL^le parce que vous me la prescrivez; vos deruiers jours ne s'écouleront ])'S dans l'amerlume p.irce q le vous mettez de ropini.îireté où il ne f.iul que de l.i raison. M lis je ne perdrai pas mon ami po'jr avoir eu le courage de lui résister. Nous retrouverons cette douce couhance, ces tendres épanrheiuents qui nous ont si longtemps soutenus dans nos souffrances. L) Arancey, mon cher d'Arani-ey. cessez d èlie injuste, et embrassez votre ami... Dieu ! grand Dieu ! d .\rancey me repousse ! — Je ne vous conn.iis plus. — \ ous m'y forcez, c.uel, le sort en est jeté. Je serai votre gendre, et nous en gémirons tous trois.
Madame Duport.
Le marquis n'avait pss feint le soupçon qu'il avait exprimé. L'apparence était contre d'F.gligny; le vieillard se voyait coutraint à mépriser son ami, à rompre un attachement qui faisait partie de son être, et son cœur était brisé. Il avait mis dans son ton , dans ses çestes, cette vérité, cette énergie qui avaient subjugué le chevalier, et qui le laissaient sans défense. Fidèle à l'amitié et à la couhance de la beauté m.ilheureiise, il entra chez Sophie, égaré, hors de lui, pour lui rendre la scène qui venait de se passer, et transiger avec elle par la plus singu'ière des propositions.
Sophie était desl née il pisser sans cesse, et sans interruption, par toutes les alternatives qui |ieuvenl charuier et froisser une âme sensible. Elle commençait à contracter celle habitude du m.dheur qui produit la fermeté, et d'Egligny, la trouvant plus calme qu'il n'avait
M BOTTE
osé l'espérer, se remit par deçré», et finit en lui dt'clarant qu'il lui étiiit im)i03sible de vivre sans son jière ; que, pour conserver son ainlti', il uvuil consenti .'■ devenir son |;endre : (juil en ('lait Belle, tri'i-fàelu'; mais (|<rriilin ce malhenr-lii élint inévitable, ce <|iie .Sopliie et lui pouvaient l'a re de niieiit était de le renilre il peu prés idéal : qu'en eoiiséqueiice ils seraient, si re parli convenait a la fiitiire, mari et reiniiie iiti yeiii du nioii'te: ni:<is qi'ils vivrait lit comme un frère et tiiie sauir qui s'aident miituelle'iieiit à supporter le fardeau de la vie II prononça le serment aiitlieiiiii|"e de ne j iinais user de sesdiuils; il protesta que jamais il n'en aurait uiëme la pensée.
M Boite amène son neveu en robe de chambre pour voir sa fiancée.
Il faut êlre bien jeune et bien pur pour faire de bonne foi, i vingtcinq ans, une senihlalile promesse à une fille cbjrmante. Sophie ne doutait pas que l'exécution n'en fut très-facile ; mais elle sentnt que ce mariage, quelles qu'en fussent les suites, était une barrière insurmontable, éternelle, qui s'élevait entre el'e et son amant. Elle trouavit cependant une sorte de plaisir à penser qu'elle lui demeurerait Adèle; l'instant d'après, elle sentait tous les desaf;réments de ce genre de fidélité, et pourtant elle mirquait de la reconnaissamc à celui qui, par pitié pour elle, voulait Iden ne pas l'épouser tout ii fait.
S il était possible de trouver un côté gn ii quelque chose d'aussi grave que les traverses qu'éprouvent les amants, rien ne paraîtrait aussi p'aisant que les entretiens de Sophie et du cheviller. Tous deux jeunes, tous deui le idres, ils convenaient très-sérieusement des moyens qu'ils emploieraient pour trooiper la nature. (|u'on ne trompe jam.is, pour abuser le public, qui ne pénètre pis le mystère des nuits. Le jour, on se ferait des amitiés, rien que des amitiés, mais on s'en ferait beaucoup, pour abuser M. d'Arancey, et la nuit, deux lits, aussi éloignés que le permettraient les murs de la ehauibre recevraient deux épous qui resterai) nt aussi ciluies que s'ils étaient l'un à Paris et l'autre à Pékin. Qtiel joli plan ! des c.iresses innocentes le jour, pour préparer le repos imperturbable des nuits, à quatre pas de distance, quand l'épuui peut tout oser, quand l'épouse est sans défense, qu'elle peut d'ailleurs s'oublier un moment; car enfin, ces caresses de jour doivent insensiblement devenir plus vives, et puis les petites distr.ictions des toilettes , un rideau entrouvert, un œil iiidis ret , l'imagination qui
s'allume que siis-je, moi ? Il faut avoir soixante ans pour f.iire et
tenir un semblable marché, et encore je ne sais pas Quoi qu'il en
soit, celte chimère avait son utilité : la bonne Sophie se livrait au petit orgueil de penser que jamais elle ne ferait d'inlidéiité à Charles, pas même en faveur de son mari, et les jouissances de l'orgueil, comme toute autre, reposent un peu un cœur tourmenté.
Le marquis voulait ^ineèrenirnt le bien de sa fille, et, pour le trouver dans un mariage forcé , il f..llait ciu'il eut de l'amour des i.lées toutes particulières. Kiranger toute sa vie a ces passions qui font extravaguer, il ne croyait qu'à ces goûts frivoles, aimables, ini:onst.iiits. <(ui sont si fort à la mode. Il ne doutait pas que sa fille n'oubliât (iruinptement Charles, qu'elle ne s'attachât enfin au cbevalier; et cette union
lui convensnt parfaitement, k lui, il ne s'occupa plus que d'en accélérer
le moment.
(Je|ieiidint Charles se rétablissait, et attendait, le plu» patiemment qu'il lui était possible , l'ell'et des promesses de «un oncle el du chevalier. 1) l'.|;li|;iiy s'était trop av.incé envers son hennin riv.l pour n'être pis nulurrssé île la m.iiiièie dont il se tireiail île la. .Sophie, qui 1 oinpiait bien ai'iier toujours Ch irli s, el ipii le disnt rei.t fort par jour a son futur époux , Sophie viulail que sou aiiiant fiit au moinf instruit du traité conclu entre elle et le chev ilicr , elle ilev.m y gagner des deux façons : il'abord. Chai les lui s<urail un gre infini de sa hilélité, et ensuite elle le liait, par ces fréquentes entr.viirs. avec son mari : elle pourrait donc le recevoir tous Us jours, et elle proti-slait i d'I'.gligoy (| l'elle le recevrait sans daii);er pour sa veitii. Il.ii leurs, qu'iniporlent à un frère les actions particulières de Sii sœur ! Le chevalier n'était pas précisément de cet avis : ses longues et friquenles convers itions avec Sophie le raiiieiiateiit insensdreiiient > un sentimt nt mal éti inl. H ne s'en al.irmail pis. parce ipi'il esl iiiturel d aimer Si sœur; mais il sentait qu'il ii'etMl p.is nécessaire qu'un second frère vint se mettre en ti> rs d uis sa maison. Bon gré, mal gré, il fallut pourtant ipril allai ehi z M . It itle.
Cil. ries jeli Us linils cris quand le chevalier lui communiqua ces conventions d'un genre si nouveau , et qu il eiiir'prt de lui persmdir qu'il devait les approuver et en èire reconnai^Slnt. Il ne voulut pas que Si .Sophie se iiiariAt , de quelque manière que ce fût; et puis la )ieliie (iraiidval l'avait rouvaincu qu'on reclierihe quelquefois une fi'iiiMie qu'on n'aime point; or, d Lgligiy avait aimé m i leiiioiselle d'Arancey. il était dillioile (|u'il ne l'aiii;!! pas encore, et Ciiiiioient se borner. lit il à joui r toujours le mari ! A qu. Is dai ;;er. serait dune ex posée la fidéliié de son amie , si , en dernirr résuli.it, ell»- ne se lassait point l'être fi.lèle, ce qui ne lui paraissait pas mathématiquement impossible.
M IJ Ite ne s'attendait pas à ce procluin ni.iriage ; il en fut éloorU au point de ne pis s'arrêter un moiii' nt à l'eMravaginie iie.s futirs époux. IJcpuis vingt ans il connaissait M. , d'Aranci'y ; il l'av.iii vu Con-t imiiient aussi glorieux de son fasie que de sa naissance : il croyait l'avoir fon é à reio irir ii lui pour Cinlmucr un genre de vie qui lui était si cher, et il était loin de pré^o r que l'anilié eut assez 'l'ruipire sur lui pour le faire d<sceudre à un état au-dessuus de la médiocrité.
Préparatifs pour le ilénjùnient.
— Il est bien singulier, disait-il à son neveu, que cet homme, qui ne parlait que de ses iquipages, de ses chevaux , de ses amètres, de sa livrée, qui éiait jaloux de son e.iu bénite, de son pain bciiit , de son enc iisoir, et i;iii fjis.iit gir 1er ses ch.sses comme iiiadame Cretté du liouig.-i... — V.\i ! mou onde! il s' gil bien de madanie Oetté. — C'est une éiceileiile f. niiue . p eine de q lal.iés , qui aime braucoup ses |iarenls, et qui r e b ur siiriliir il pas n lièvre. Mais revi nous : il est bien si' gulier que ^1. d .Ar.,necy ail oublié luut Cela pour se borner à son pot au feu, Iriblimeiil partagé avec sa fille el son gendre! Quel
Cî
M. BOTTE
aliimau ont Jonc ces jeunts geus qui arrivent Ja K.initsrlialka ! — Mdis vous jiKiisacilei. je crois, mon oncle? — Vous savii, mon m-veu, quf je ne pliisHnlr jam ils. — Vous oubliez au moins vos promisses. — Pour qui me prenez-vous, monsieur!' — Et vous laisse» faire cet odieux iuai'ta>;e ? — Je compte liien encore rcnip£':lier. Tu nie crois iloiic sans srijsil'ilil^, SUIS entiailles? Jr suis donc Ion ennemi? — Eli ! non, mou onrle; mais ce ne sont pas des mois qu'il faut ici. — Aussi, nionsitur, vais je agir, et efiicatc-menl , je l'e.-père. Je cours cliez le marquis. — Oli ! oui je vous en prie, mon oiie e. — Et j'- lui parlerai NCrlenunt. — El que lui diri I-^OllS , q'ic vous ne lui ay.z d^jà dit?
— Voilà un enfiiil liitii opiniàlre. Croyez-vous, monsieur, que j'aie le l.ilent de persuader les gens sans Itur parli-r? Me pnnu vous pour un mimi' ? — SI vous piriiez plulnt à mademoiselle d'Aranciy? — Pour.|Uoi f.iire, nionsirurî pour la délou'nfr de ses devoirs, aiixqiels je l'ai raaienée moimèinc ? — Vous me f.Mles nioui'ir, mon oncle, avec vos Utits eiagéi«'es de vertu. — MuiiMeur, qui ne fait pas trop en ce genre iioiir les autres ne f.nl janiiis assi z pour soi. — Et je .serai victime de voire sysii-iiie. Ob ! je mourrai, décidément je mouirai. — Le nialbeureui en est capable. Je vous répèle, monsieur, que je vais pacler à €•■ pL're-l» : je conn is son f .ible, je suis tn misure, et j ai a lui f.'ir d<s oliservalioi'S d une force majeure. — Eli ! mon Uieu ! mon oncle, q'ie n»- les lui f isiez-vous plus loi ! — Re m'anèle donc pas du-anirge, si lu ne veui pas que je les lui fasse plus lard.
M. Uolle :irr.ve cli'Z le marq is. Il enlie dans une petite pièce éclairée pir un tjuitiijwt, qu'on lioiorait du nom ù'antictiambre, et q'e le cber onde reconnu! servir a li fois de cuisine, de bùcber et île Cabinet dr tni elle ; car \ oiis savn que le marquis avait repris le toupet en fera cbrv.il. les boucles dclacliées et la bourse. Deux laquais de louage avaient enJossë, en entr.<nt, la livrée, qu ils devaienl renfermer, en sorlant , dans un girde-manger qui ne servait pi is qu'a cet usii;e. Comme la valetaille a joué de tout temps dans lis antichambies de< gens de qualité, ceui-ci, lidélis aux jjramls usages, et ne pouvant faire un brelan a deux, jouaient au noble jeu de l'oie, dans les iulervalles OÙ ils n'avaient | ersonnc à annoicer.
Un de ces drolis, qui dvall des so iliers percés, des bas crotlës, des inani belles s..lrs el des cbeveux piudns a b'anc, demanda g'avement à M . Huile sous qn. I nom il f..llait l'annonci r ? — Eh ! p..rl»leu ! sous le mien: Jicques Nicolas Botte. — J^cques-Mcolas... Vos qualités?
— lion' êle homme, 'lu ris, maraud! — On n'entre point ici qci on ne soil lilré. Etes-vous prince, duc, comte, marquis? — Je suis un cire fvilii'iié de les questions, et je lais ni'.;iin<incer moi-même. — .Mais, monsieur... — Bange-loi. fjq.iin I El M. B ille lui applique un viijourrui coup d'épaule; il pisse, le lai|uais le poursuit; il pousse vivement Il porte, il renierse une beigère pasialilemenl garnie en vieille nioquelle. Dans li begère él.ill uneaiiliipie du hesse qui rouli sur un tapii lie lisière, et qui pies-nta, a la clarté d une bougie unique, des app.s aux ,ucl», depuis Iriule ans , personne n'avait <5ie tenté de faire voir le jour.
.^I. d .^rancey reconn:àt M. Boitte, et rnuçil jusqii'.iu blanc des yeux. Un bnuigeois, el un bo igeois asuz iinpertininl parfois, pénétnr d .ns une a.sseuiblée aussi res(iei-t.ible ! Le marquis seniait bien que l'éliquelle loulail qu'il le fit mettre a la porte , mais il savait bien que le cher oncle n'endurerait point paisibement un Ici alTront, et que la scène ddendriit p us scandaleuse encore. Comme de deux ineouvénienls il f.iul choisir le moindre q-uinl on peut choisir, le marquis jugea que. pour êlrr plus prouiplement débarrassé, il fall.il l.ti.sser iiire le buurgtois, qui se rt tirerait prubablemeut lorsqu'il aurait exhalé sa bile.
Pendant que M. d'Arancey se ronsiillait, un cordon bleu relevait pia'Iame la duehesse. qui fiisiit des ellorls incroyables pour rougir, en Diinaiiiliiil à Iraver- le< liàtons de Sun éventail, un cordon roufe relevait son cbi|;iion, un chev.,lier de Saint-Louis sou râleli,-r. et le cher oncle son (Bii d'email, qu'il voul.iità toute force faire lentrer d.ns son orliile. C. Ile haute noblesse, qui se croy lil en sûreté dans celle chunbre, I omme Dieu dans son sain lu.iire indignée de la familiarité de ces minières, etpnma son buuirur par ccrlaims expressions très elaires, que le eber iin> le ne jugea pu a propos de relever, de peur de s écarler de sou but. Il fut s asseoir sans foçoii près du maïquis, et lui fr ppu.l sur la cuisse: — Vous élis enlè é , et moi aussi ; vous avez juré de faire eue sollise, j'ai f..it ser.utnt de l'empêcher, elje m'exp iipie. C esi moi qui ai .icbelé votre terre du Béni , i-t vos trois uiétiines. C'esl moi qui v ous ai ré luil a recevoir ces messieurs et ces da.jies dans ce Uu lis. el à les régaler .ivec de la piqiielle el le pl.t de bœuf a la mode . j'en ai vu les débris en cnlr.nl C est moi qui vous croyais asse? de bon sens pour ne pas préférer la morgue a I ais uice, et voire s.ilisfaclioo per-oiine le au bonheur de votre til e. C'est mol enfin qui reviens à vous, puisque vous conliiiuez de vous éloigner de mol.
Voici mes dernières propositions : Je vous r iids votre terre du Berri, xos trois fermes el votre i bateau d'Aramey. Ceci vaut la peine d'y rcfléihir; c'est cent mille livres de rente que je vous offre.
Nous en jouinz en toine prO|iriélc, suus la seule condition de ne piinoir ni Vendre ni aliéner. Après vous, ces biens passeront à votre LUe, et retO'iri.ei'Ool à mes héritiers si elle miuri s 'lis cnfmis. Il me n siéra encore de quoi la do'cr 1res p ssablemtat suis que vous p.eni;:! une obole sur votre revenu. fJ'après cet arrangement, vou» rece-
vrez vos amis dans un château meublé comme celui d'un souverain; vous les traiterez splendidement; vous leur prèiertz de l'argent, considération qui peut déterminer ces messieurs et ces daines a appuyer ma demande; el enfin , ce qui vous llallera autint que le reste, vous conserverez votre nom d'Ar.mcey, au.[iiel vous tenes tant. Je ni'olil ge, devant léinolns. à ne vous jamais appeler Thomasseiu, à des en re avec vous jusqu'à la diference, et a piraîlrc reconuaissml, loisque c'est vous qiii me devrez tout. Piououciz mnntenanl : mon neveu estil votre g ndre ?
— Mas vraiment, reprit la du hesse, l'argent rapproche les distances, el 11 Cîl très-agréable d'en pouvoir piêleràscs .nuis. Kappelezvous, mon cher mari|iiis, que nos jeunes se gnturs ne dé laignaienl pis de s'allier à la finiiice. — Madame, ils élevaient leurs femmes ju.squa eux; ici, mademoiselle d'Arancey descenlr.iit jusqu a M. Mouleuiar. — Mais, mon cher marquis, de l'.irgcnt à la dls|ios lion de ses anus! — I.'aigent n'est rien, luadaine, l'iiouneur est lout. — El eu
qiin
(loiirsuivii M. Bulle, faites vous consisler cet bon eur? dans
Cl s brimborions qui vous pen lent au cuu ? Savez-, o .s ce q n vous arrivera , monsieur Tlionia.sseaii? Je vais vous le dire. Vous ai hélerez une misér.'ble bcoque et quelques arpenls Ue terre, dont vous nianip rcz bien vile la moitié, et vous labourerez le reste en sarre.iu de loie, en sabois et l'épée au côlé. Vous muunez orgueiileuseaient de faim, vous elles vôtres, et ce bondT.gligny, qui est i n âge de faire Sun chemin, et que je pousserais dans le i o.umerce , sera tout en gros votre pie- Biier garçon de cliarrue. La jolie perspective pour rarriére-petit-hls d'un maréchal de France!
— Avtz vous fini, monsieur Bolle? ^- Absolument, monsieur Thoraassciu. — Voici ma réponse, el je vous prie de vous m s.uviinr: je suis le maître de ma conduite et du soit Je ma fiile. — C'est mJheuri useiueiil trop vrai. — Je pi-rsisle dms mes résolutions... — Je dev.iism'y attendre. — Et si l'iudigence qie vous m'annoncez devicut en elTrl mon pailage, je ne m'en plain Irai pas a vous. — El vous lerezr bien. — Dispensez-nioi à l'avenir de vos visites. — Il est inutile de me le recommander. — Et surtout de vos incartades, que je ne s i|pp.jrlerai pas toujours aussi tranqiiilleinent. — Eu bien ! adieu, adieu donc, jusqu'à let-ruiié, monsieur Thomasseau. Je pirs a l'iustinl avec, mon neveu. Je le tire d'un pays oii le chiijrin lut ôlerait infaill bleineiit la vie, je fais avec lui le tour de l'Europe, pour le distraire et le giérjr de sou amour, et si je remontre une secoude Sophie, ce qui n'est pas très prob.ible, mais ce qui n'est pas absolument impossible, je la lui fais épouser, el je reviens m étibiir à côlé de vous , pour vous rendre témoin de son bonheur el vous f lire enrager.
— A moi, à moi, tous mes gens! crie M. Botte en rentrant à l'hôtel. Qu'on prépaie une berline de poile; qu'on emplisse la vaihe , les coffres , -la cave et mes malles de tout ce qui peut être utile ou agréable pour un voyage de trois ans; qi'on m'aille chercher des passepor's ; que mes dciu val ti de chambre passent la culotte de peau , et vous, monsieur mon homme d affaires, garnissez-inoi mou portefeuille Ah!... qu'où disi a Iloreau d être prêt dms une heure; je le pren !s avec moi , pirce que ce pauvre Charles n'est pas dans un état a pouvo rêlre groudé. — Hé . mon oncle, où allez-vous donc? — Ce marquis de Thoiuasseau a le diable au corps, et je t'emmène a Petersbourg, à Londres, a Madrid. Qi'es'-ce que cet homme révérencieux qui me regarde d'un air hébété? — ,Mon ou.;le , c est un marin qui arrive de la Guadeloupe. — De la Gu.ideloupe! C'esl là que mon pauvre père est mort. Que voulez-vous, monsieur le marin?... Pas tant de révérmces, je ne les aime pas.
— Monsieur, je suis Anglais. — J'en suis bien aise. — J'élais sur la flotte qui s'empara de cille colonie en 1780... — C'esl bon , c'est boa. Si vous nous avez pri; cela, nous vous avons rossés à Dunkerque d.ins Cl lie guene-ci, à Fonteuoy dans une autre, et sur to îles les côics de France so is l'hilippe-Au.iiiste et ses successeurs, malgré vos intrigues et vos alli.inci s evec lis duc» de Bourgogne et de Bretagne, qui vous fHs.ilent beau jeu. Après, monsieur le miriu? — J'ai été clivrgé par no re amiral de l'examen dis papiers français... — D.'pè h'zvous doiiC, j.- p.irs pour Pélersbourg. — El dans uu arrière-cabinet du gouverneur, j'ai trouvé ce britvct. — Q l'esl-ce que c'est que ce chilfon?
« Lous, par la urâce de Dieu, etc. En récompense des services rendus à la iiivigatiou et au commerce par Anlone Xavier Hotte, éciiyer... » — Mon père écuyer I il ne m'a jamais dit qu il fût écuyer. Cl si apparemment uu litre que le roi a bleu voulu lui conférer : poursuivons I Par Antoine- Xivler Botle, écuyer, il nous a plu de l'élever, et relevons pir ces présentes au gr,ide de dp laine de frégate de notre marine royale...»— Je n'ai j imais entendu parler de celle promotion. Voyons la date... du mois qui a précédé celui de son décès. Ce brevet lui aura été adressé à la Guadeloupe, et il n'a pis eu le leinps de me faire p rt de celte faveur de la cour... SijÇné Louis, et plus bas, Saint Priisl : c'esl ires-en règle, pirbliu.
— Notre nom, monsieur, est très-connu dans tout l'univers commerçant. — Je le crois bien, monsieur. — J'ai cru vou. fjire pl.iisir en vous conservant cette pièce. — Vous m'en faites, et beaucoup. J'ai toujours honoré mon père-, et cette dialinclion ajoute à mon respect pour lui. — Mes alîiires m'ayant amené en France, je nie suis fait uu devoir de vous prés.nter moi-même ce brevet. — C'rst très-honnête, en vérité... Diable, diable' si j'avais eu cette pièce-là ce ma-
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lin... Eli bien ! Henri , qu'est-ce encore ? — Un monsieur qui arrive Ue Marseille. — Je suis oiiKiu'ii'e de celé ville , et j'.ii toujours aimé lesProvençHUi , j in ai const rve la frambise. l'aies eulrcr.
Celui-ci nie serre U main ■ hou cela. Voilà 1rs ui.iuières q'ii me plai-rnt. AU! ne secouez pat ce brus si fort ; c'est cilui de uion iliumalisme.
— .Monsieur, jVtai' membre du coniilt^ révolulioniiiire d'Aix. — Tanl |iis pour vous, uioiuieur ! — Mai" je n'y éi..i8 eiitie que pour être ul le aiii boiinêli'S gens. — I, inleiiiiou est lou ililf. — Nouiiui' imur connu sir les archives ilu pir emeul . de diHrn iils iriliiinaux île la pioviore , et bs registres des ei;lises, j ai loiiservé lis litres «le i|U('lques r.iniillrs i. lustres, et iiolainuiiut île la vôtre. — i\la raiiiillc illustie! vous vi.us iiiiu|iiei de moi, mon rlier uuii. — Je vous nspecle , je le :l"is , tl je vous prie ilexaiuiiier ces li.>ssi-s. — Nojoiis, uiousiiur, Voyons. Jl serait p aisaut que je fusse noble sans ni'tii être jamais ilonté.
Ob! comme ces paribi mins sont vieux et enfumés! quels caractères gotiiiqutsl Henri, ni» loupe... m'y voila, ('outrai de mariage de liaut tl puissant seigni ur Ferunaiid, conili' de Botta, liU unique du marquis de Botli, fclil-mari eli.il au service de Sa M.ijistê liiiipeiMlrice, et d'Irèi e de llor.ilt tte,.. Attend» z ilonc , j'ai eiiti-iulu parler de ce marquis de b,ilta. Cliarli'S, renielteii-inoi sur la voie. — Je crois, mon oncle, que c'est cilui qui a pris (ji'iies... — Précisément. Diable !
• Fxlrait des reg sires ue baptêmes de la paroisse de ^olre-l)ame de Mar-eille. A été liaplisé, le quinze fevriir seize cent qualre-viugldii > Auguste, fils de Ferdinand, comte de liolta..." — El voilà un brevcl qui nomme Auguste de holta garde île la marine à Tuulna. Pourquoi donc cet Aui;u-te ne s'appelle-l-ii pis comme son pfcie.' — \ ous savez, mon oncle , que nous avons l'haliitudc en Irance île changer en e muet l'ii tii'al d<s noms pr-pres italiens. — C'est vrai. Mais cet Auguste de Hotia est mou bisaïiul, et comment mon père a-til cru qii il él.iil malelol... girde-manue, marin':'... — Le cber homme aura confondu... Il est liien < xtraordmaire pouilant qie des pères laissent ainsi tomber leur tilialii n d.>ns l'oubli. \'ous verrez qu il se sera trompé encore au sujet de mon grand-père, dont il faisait tout simplement un pilote.
« Contrat de mariage d'Auguste de Botta, écuyer...» Ah! la famille perd ici son illuslrtiion... « d'Auguste de Boita, écuyer, et de demoiselle Gertrude de M olan.
» Elirait des registres de baptêmes de la paroisse de Notre-Dame de Marseille :
» A été baptisé, le sept mai mil sept cent trois, Jérôme, fils de... « — Ce Jérôme est mon î.ïeiil... ( iorbleu , je le savais bien, q le mon père faisait emore ici une bévue. Voici un orJre auilunlique du roi qui donne couiiuission à Jéiôine de Bolie , otTicier de I > luaiine royale, tres-iiiS ruit dms le pilol^'gf. .. — Et niOn jicre en faisait un pilote ! — qui donne commission à Jérôme de Bulle de monter li flille la Daniié, d'alUr sonder les rades nouvellement découvertis dans les n.ers du Sud... Parbleu, la négl gemc de mon père est bien impirdounable ! laisser ptrdie des litres aussi importants ! Ce n'Cal pis i|iie je tienne iotiniment à ma nonlesse; m.iis entin ou est bien aise de savoir de qui on sort, et puis il f-ut avoui r que la noblesse a son utilité. Elle récompense les be les actions, et el|e imposeaiix héritiers itu nom l'obligation de marcher sur les tracts de leurs pères. (.J^ie diable! si j'avais su cela avant la Ri'voUition. j'aurnis ri pris mon nom de Botta, et avec ma fortune je me serais fait marquis comme un autre. A quoi tout cela me ser\ira-t il maintenant? — A faire mon mariage , mon oncle. — Tu as . parbleu , raison... W\\ qu'est ce que c'est que celle pièce-ci? c'est du lotiu , ou le diable m'tnipurte. Vois doue Cela, Charles , moi je ne sais pis le latin.
— Mon oncle, ce sont des lettres de noblesse accordées en "71 par Didier, dernier roi des Lombards, à Adrien Botta, son valet de chambre , pour lui avoir conseillé de déclarer la gnerie à Cli irleuiagoe, son grndre, qui venait de répudier sa bile. — Un \alel de cliaiubre ! c'est bien peu de chose que cela. Ma s les familles les plus^liustres ont eu leur coiiiuii nccmeul, et, ma foi , quand on date de l'an T'-i et d un roi des Lombards, on peut aller de pair avec ce qu'il y a de plus distingi é.
Ur çà , Chirles, me voi à noble, et très-nob!e, comme tu vois. Tu me disais tout a 1 heure que ma noblesse me servirait au moins à faire ton mariaçe ; mais, mon ami, mon père, qui ne savait rien di^ tout ceci, ou qui n'en voulait rien diie, peut-être p^rce q .'il n'dail pas riche , mon père a m rié ma sceur à ce piuvre Montemar . qui étilt à la vérité procureur Ou roi au bai liage de Tarascon , mais roturier d.ius toute l'étendue du mot. Je ne t'en aime et ne t en p'ise p s moi. .s; mais comment (aire enlindre raison à mon confière le marquis d'Arancey, qui ne veui litn eut. nd e?
— Monsieur, reprit le Marseill.iis. j'ai trouvé une Rosalie Bolt< dans cette liass<-, ce qui m'a déterminé a la joindre à l'autre. — Ros.lie J^Ui? c'est ma sœur. — Ah! que je me sais bon gré de n'avoir pas fait brùkr cela!
, , Tt- A.llou.1 doijc,, Charles, wpins de nonchalance, examine tout ceci; qu«! di.ibU ! lu y ^s pl|Us ialtr..s^<S que pçrsoune. — Voici, mon on le, tn> arbre gvpéaogiijue... — C:e,l^ne prouv^,Vj«fi.-r Cela pr..:ive beau-
Oj . i -ii.uu .lui 31, uio/ t jjiviJaii 1 ab Ju jju-jjiil3jui 1 .il» , ,.
coup, la lige commence par Adrien de Moiilemar, anobli après la piciiiiere crois ide par le pape l rb.in 11. \ oila 1rs enl.ints, les petits-' nfants. les arrière pi lilv-enf.inti... — Du p.pe Urbain II? — Eli! non, mon onile, vous sav. i bien que les papis n'ont p. s d'rnfants. — Tu plaisantes, mou neveu; el Al.->anilre \ I, q.ii en f.ns.iil pibl (|uem< ut à sa h'Ie Lucrèce, qi il niria liois fois pour la fonne, it mu |i enleva ï Irois maris, ilont il fil .is-assiiirr le ilernier Alpliunse d' Ar .fnri, peur la donner enfin a l'héritier de la ui.iisnn d l'.sii- ? .le fin ciic-rais b ca d'aiilns, qui di: leurs bàtinls se sont f.il des H'-veiix. — l>lii ne t lias croyal.li-, mon oncle. — A la uonne heure, m.iis cela est. Au reste il s'iigil ii'i de» ilescendanls d'Adrien de Monteuiir Les voil» \>m\ , tu as r.iisOii... \\i\ le tronc se divise en deux branches; ici m l'an *78, voilà un Raoul de Munteniar qui recueille rannure de R ilan<l, tué à !a bataille de Rom evaiix... Mus j'..i vu celle ariniirc- au ebilti au de Sid.ii, et qie le diable m emporte si je conçois coiuuient e le y est venue. — J .li vu moi, mou oncle, l'armure de (îudelroi de Bouillon: elle était toute neuve. — Mon cher ami, en armures > omme in reliques, la fui fait Inul. Dieu te dispense |iiiurlaiit de prouver l'onpine (les premières, et de croire aux sei'ouiles. Mai* revenons aux Mon<emar... Voilà, après quelques génér .lions un duc du nini... ventrell-ii 1 un duc de Moiileiu.ir... Il g gne en Italie la b ilaillc de Biiontn... I.'arnère-p'lil fils de ce duc est premirr présilcnt au pirleiut'i.l u'Aix..., Lf bl* du préident est rousedler au uième parleiin ni... Voilà ei.cure une gr.inde maison (pii déclioil. Mais la noblesse dt- robe n'est p: s à dédaigner; et le ch<ncelier de rllùnilal valait bien le cardinal de I orraine... Lis petits bis du conseiller sont, l'un procuri ur du roi au bailliage de T.irascoii, tt marié à Rosalie Bulle; 1 autre est lient, nml d>'S maréchaux de France à Marseille : ce qui prouve que la noblesse tst restée jiure. — C'ist ce dernier, reprit le Alarsi ilUis, qui a ronliimé l'arbre généalogique; el sans moi l'aiiié des Miintrm ar passait fort mal son temps : le tribunal révolutionnaire tranchait impitoyablement celle brandie. ,
— Je ne reviens pas de ma surprise! s'écriait Charles. — Ni moi, répondait sou oiitle. Mais comme je ne crois pas b gèremenl, voyons les pièci-s à l'appui... C'est très bien... c'est au mieux... c'est a merveille. Je suis flatté, emhanlé, ravi que tu sois nolde aussi. D'abord, cela doit lever toutes les d fli>;ullés. Ensute, il • si ilé agré.-b e que la niissance établisse entre proches piients une diflër^nce sensilile.... Q l'as-lu doiic, qu'as-tii donc, monsieur île Monleuiar? — Une conque épouvantable, mon oncle. (Charles mordait son oreiller, et se tenait les côtés pour ne pas éclater de rire.
lloreau entra, vêtu à peu près comme s'il allait > la noce. — Ou ne vous a donc rieii dit de ma p.iri, niou-ii-ur? — Pardonnez- moi : on m a dit que vous compliiz me mener a Pétersbourg. — Je ne pars plus, monsieur; mais pjurquoi nèies-vous pas en h.ilut de voyage? — C'est que, dans aucun cas, je ne voulais paitir. — Voila i|ui est singii ier.
— Moins singulier, sans doute, que vos manières iiiipi ratives. — >ive2vous, mousicor lloreau, (|U iudependaniiiirnt des droits de l'ainitié. je viens d'eu acqiérir a vol e cousidéralion ? Je ne la réJamerai jamais, pirce (|uc vous êtes trop nisonnable pour ne pas me l'occonler Apprenez que mou neveu il moi nous souiiiies nobles, un nsieiir. — Bah!
— Et annoncez-le partout, je vous eu prie, pirce que je n'aime pis à me vanter. — Voici du plaisant, par rxeinple ! — (^'i si on ne pi-ut p us sérieux ; prenez, li.-Ci el jugez. — Ma foi, monsieur le geniilliomuie, je ne lirai pas ces vieux pantheiniiis. — Vous les lirez uiousiiur. — J'aime mieux vous en croire sur parole. — A l.i boiinr heure; je munie en voilure. — Pour allir montrer cela? — Pourquoi sont faiis d>3 tilres de noblesse? — \ ous a Uz vous donner un ridirule. — Aux yeui de quelques bomgeois. — (jui valent bii n un noble vendant de la cannelle, du Cacao, de liiidigo, des clous de g rofli- et du gingembre. — Le commerce en gros ne déroge point, eulendc-z-vous, n.o sieur, et Samuel Bernard valait tous les barons allemands. — Mou cht r ami, rendez aux rats ces rogatons qu'on n'aurait pis du leur ôt. r, — \ oili 1rs idées rétrécit s de mon père et du procureur du roi de TariScon. Je ne m'eloune plus de leur modeste silence; M. llore..u en eût fait tout autant. — Et vous feriez bien de les imiter. — Vo is feriez bien mieux de vous taire, monsieur. Il ne coovi. ni pas a toui le monde d'avoir cette grosse franchise avec on deseeudant du vainqu ur de G nés. Je vais counr tout Pans, mes lilies dans ma pu. he, je forcerai le marquis ù'Arancey à me reconii.iiiie pour son eg.il, il a conclure enbn le mariage de sa demoiselle avec M. de Moutemar, mou neveu.
Horeau, vous vous en souveniz. était dans la confidence. Il aiait craint q le M. Butte, qui n'avait laissé écb.ipper juïqu'.ilnrs aueune occasion de médire de la noblesse, ne jetât ses titn s au fcii. et il a>ait vuuru le forcer à s'en servir par le moyen o.dinaire, la contradiction Le pauvre lloreau connaissait bien peu le coeur humain. (J li de no.'X n'a pu s'appliquer, cent fois dans sa vie, la fable du renard el l.<s raisins!
Le cher oncle aimait beaucoup son neveu, et il nous l'a prouvé sanx cesse dans le cours de cette histoire; mais son petit O'tueil était agr-éiblemeut cliatouillé, el c'est encore une de nos faililesS'S de préférer notre satisf ct.oii personnelle a l'iniérêi d'.iulrui. M. de Botte, ceriaia d êliereçu avec ilistinctiou par son confière le marquis, commença par visiter certaines personnes à qui il était bien aise de jeter de la poudre
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aux yeui. H voulait ajouter ï l'estime que lui accordaient les uns, et rendre les autres mahitlt'S de dépit.
Mail,inie Duport i tait la rrmnie qu'il respectait le plus, et ce fut cliez elle qu'il courut d'al>ord. Elle eut la com|il.iisance découler tout ce qu'il voulut lui dire, et d'avoir l'air de lire avec lui des paperasses dont elle ne decliillrait pas (|uatre mois de suite . mais elle savait que chique liomme a si chimère, qu'il y lient, qu'on lin lispuse eu voulant le désabuser, et le descendant du vaiii(|ueur de (iènes la quitta, enchanté de ses manié es, pour courir chez quelques pirticuliers qui estimaient plus lariihinetiquc que le blason, qui te disaient au moins.
L'un all'icla de traiter notre ijintilhomnie plus familièrement que jamais; l'autre lui demanda ce qu'il avait fait pour profiter des distinctions accordées h ses aïeux; celui-ci afl'ecta de rappeler tous les abus de la féodalité; celui là cita maligueinent la date du décret qui supprime la uoblesse, et M. de Botte, plein d humeur et de dé lain, prononça qu'il n'j avail, parmi ses conuaissinces, que madame Diiport et le ni..rquis d'.\rancey qui eussent le sens commun. 11 se promit de ne conseivtr auriioe relation avec celte bourgeoisie, et de ne voir que le seul lloreau dans la rolure. — l.i solidité de son amitié, disait le cher Oncle, justifiera celte distioclion au» yeui de mes confrères, et puis il f.iUl q'ie j'aie quelqu'un à gronder, et je ne peux pas nie passer de cet homnie-la. Ce plan arrêté, il se fit conduire chez M. d'Arancey. C'est là qu'il devait jouir de la plénitude de sa gloire; c'est la que, pour la première fois, des cordons bleus le traiteraient en égal : il le croyait ainsi.
Il arrive, il descend de voiture, il monte, ses parchemins sons le bras. Les deiii laquais de lou<ge n'ont pas besoin de l'interruger cette fois. .M. de liotle, déj» convaincu du respei t dû à l'étiquette, leur ordonne gravement d'annoncer un descendant du conquér.int de (Vènes. La vénérable assemblée ne doute point qu'il ne soit (iiieslion du duc de Fronsac. Cordons bleus, cordons rouges, tous se lèvent et vontjusqu'a la porte de la salle unique au-devant de M. le duc. Ils restent stupéfaits il l'aspect du cher oncle, qui leur dit d'un ton Cavalier : — Ma foi, messieurs mes confrères, vivent les gens comme nous pour la politesse. Je sors de chiz trois ou quatre bourgeois qui ne m'ont pas seulement reconduit. Ou se regarde, ou croit que le cher oncle a perdu la tète; on reprend sts idaces. I.e marquis s'arme d'un front sévère, et il allait rappeler à M. liotle la prière qu'il lui avait faite de cesser ses visites, Inrsque celui-ci, tout à son objet, prit un comte par un bras, un duc par le jabot, les amena devant une table, y traîna un fauteuil, se jeta dedans, et parla ainsi à ces deux messieurs, fort étonnés d'être debout devant un marchanJ assis :
— Mes bons amis, voici mes titres. Ce ne sont pas des effets verreux comme ceux qu'achetaient certains bourgeois jaloux de se décrasser : mes lettres de noblesse datent de l'an 77 4; celles de mon neveu de la première croisade. Voilà, messieurs, voila le grand sceau du fameux Didier, dernier roi des Lombards; voilà celui du pape Urbain II ; voilà une médaille frappée en l'honueur du marquis de Hotta, vainqueur de Gènes; voila un brevet de l'ie^'e l'Krraite, généralissime des croisés, qui nomme contrôleur général et conservateur des reliques qu'on prendra à Jérusalem Adrien de Montemar, tige de la famille de mon neveu. Voici les brevets de Louis \1V et de Louis XV, que n'ont point arrachés l'imporlunilé, l'a.lulation, ou de basses complaisances envers le souverain : ils sont le prix de services éclatants rendus à la patrie. Voyez, messieurs, examinez, et convenez que je ne suis pas inJigue de Ihnnueur que vous m'avez fait de venir au-devant de moi.
Tout cela était dit avec tant de vérité, les pièces présentées avec tant de confiance, qu'il n'élait pas possible de se refuser à les lire. La noblesse n'admet un nouveau membre que sur des preuves résultantes du plus sévère examen ; et les six plus anciens gentilshommes se rangèrent autour de la table, disposés à chicaner sur la moindre vétille, la moindre lacune, la moindre mésalliance.
M. de Botte, qui ne craignait rien, les laissa faire, s'empara de la personne de son confrère le marquis, et le tira à l'écart. Il lui parla avec le feu que lui inspiraient son ami lié pour Charles et la confiance que lui donnait sa naissance. Il se résuma en disant que le confière n'avait plus de prétexte pour s'opposer au bonheur de son neveu ; (|ue ce mariage, très-convenable par le rang des deux familles, et par la fortune qu'apportait M. de Montemar, ne devait plus être retardé; qu'il se flattait que mademoiselle d'.\rancey allait être relevée par son père de la promesse qu'elle avait f.ite d'tpouser d'Egligny; que le chevalier rendrait volontiers la parole qu'il avait reçue du marquis; qu'a la vérité cet aimable garçon demeuicrait sans ressource, mais que lui, M. de Botie, en prendrait soin, foi de gentilhomme.
Le mirquis poussait l'amour du rang jusqu'à la puérilité, mais il avait des qualités et surtout une grande force de ciractère. La noblesse de M. Boite, à laquelle il croyait, son immense foilune, qui en eût séduit tint d'autres, ne l'eblouirent pas un moment. — Je vous remercie, monsii ur, de Ibonneiirque vous persistez à vouloir faire à ma fille; mais nous sommes liés, d Lgii^ny et mol , par le lien le plus sacré pour des gens de notre sorte, nuire parole d'honneur. — Bah, bah, mon cher confrère , je vous dis qu'il vous rendra la vôtre. — Je ne le crois pas ca- | pible d oublier ce qu'il se doit. — .M, is si cela était? — Je me respicte Irup pour suivre un pareil exemple, et ma fille, n'étant point à Ui , en serait à personne. — Vous êtes le gentilhomme de 1 Europe le
plus entêté, le plus déraisonnable, le plus... — Vous m'avez entendu» monsieur, permelle/.-moi de rejoindre le cercle. — Corbleu, monsieur I le marquis, il vous sied bien de me refuser! Savez vous que mes ancêtres étaient titrés quand les vôtres languissaient encore au dernier rang des derniers citoyens? S ivez-vous que je possède en richesses ce qu'avait lit à peine quatre pairs de l'raiice? Et vous ne voulez pas m'aciorder votre fille! eh bien, j'emmèie mon neveu, je le uiarie à une pelilc souveraine d'Allemagne, quej'achèle, elle et ses États, et quand vous aiirfz mangé vos cent mille francs, vous serez trop heureux de venir à sa cour, et d'obtenir de l'emploi dans un régiment des gardes.
(.'e n'étaient là que des mots qu'arrachait le dépit. M. Botte avait encore des ressources — Allons, dil-il, messieurs les experts en titres de noblesse, finissons, s'il vous plait, et rendtz-nioi les miens. — Volontiers, monsieur, dit un petit duc d'une voix aigie-douee, qu'il assaisonnait d'un rire sardonique; mais je vous observe que celui qui vous a vendu ces pièces ne connaissait pas la chronologie. — Corbleu, monsieur, nie croyez-vous fait pour acheter ces chosts-là? — Mais je doute fort, monsieur, qu'on vous les ait faites pour rien. — Ne me poussez pas davantage ; je sais à quoi l'honneur oblige un gentilhomme.
— Un gentilhomme ! oh ! oh ! oh ! — Oui , ventrehieu ! je le suis, et il serait plaisant que l'on me contestât ma noblesse! — Je ne vous la conteste pas , monsieur... — A la bonne heure ! — Je suis convaincu qu'elle n'a jamais existé... — Oh! je vous prie, monsieur, pas d'emportement. — Je veux m'emporter, moi , et vous voir sir le pré, le couteau de chasse à la main, pendant que je suis en colère. — Je ne veux pas me mesurer avec vous, monsieur. — Et la raison, monsieur?
— Vous n'êtes qu'un roturier.
Ici, M. Botte, exaspéré, furieux, saute sur les pincettes; trois ou quatre comtes ou marquis sautent sur M. Botte, et le remettent dans son fauteuil, oii ils le tiennent fixé par les quatre membres. Le cher oncle écornait, égratignait ; un malveillant prétendit même qu'il cherchait à mordre. L'un proposait de lui arracher les ongles, un aulre les dents, un troisième voulait le faire passer par la fenêtre avec ses titres. Le mar(|uis n'avait pas oublié certains services que lui avait autrefois rendus le bourgeois gentilhnmme; il craignait les suites de celte scène, parce qu'il connaissait le cher oncle opiuiàtre , au point de se faire assommer plutôt qne de céder, si on ne lui alléguait pas de raisons valables; et il savait qu'un noble qui tue un vilain ne se tire pas de U aujourd hui , comme dans le bon temps, avec une légère amende. Il déclara au duc, d'un ton poli mais ferme, qu'il se Qattait qu'au lieu de pointiller, il voudrait bien prouver à M. Botte ce qu'il venait d'avancer.
— Rien n'est plus facile, marquis : voilà de prétendues lettres de noblesse expédiées en l'an 774 ; et c'est seulement à la troisième race, c'est-à-dire à l'an 1000 au plus t.ît que remontent les premières lettres de noblesse, en admettant encore que Hugues Capet en ait donné, ce que je ne crois pas. Voilà un marquis de Botte qui a pris Gèues en effet; mais cet événement eut lieu en 17-iG, et de cette époque à nos jours, c'e>t-à-dire en cinquante-sept ans, on donne à ce marquis un fils, un petil-ftls, un arrièie-petil-fils, plus le père de monsieur, et enfin, monsieur lui-même. Cinq génératious en cinquante-sept ans! c'est trop fort, m.irquis, c'est trop fort!
Les titres du neveu ne valent pas mieux que ceux de l'oncle. Adrien de Montemar est anobli après la première croisade qui finit par la prise de Jérusalem, en l'an 1099, et l'arrière-petit-fils de cet Adrien sauve l'aroiure de Roland à la bataille de Roncevaux , qui se donna en 778, c'est-à-dire trois cent viogt et un ans avant la naissance de l'arnère-grand-père. Vous conviendrez, marquis, qu'il est permis de tourner en ridicule de semblables inepties.
M. le duc eût pu parler deux heure» encore sans craindre d'être interroaqiu. Le pauvre 'SI. Botte était atterré, anéanti. Le marquis, en faisant d'incroyables efforts pour ne pas lui rire au nez, lui remit ses parchemins sou; le bras, prit la lumière et marcha devant lui. Le cher oncle se rongeait les poings, en entendant de l'escalier des éclits aussi bruyants et prolongés. Il savait cependant bon gré au marquis de l'avoir ôté de cette chambre, et de piendre la peine de-le reconduire. Cette politesse avait un but : c'était de faire coanaitr^ M. Botte au portier et de le consigner à la porte.
Ce dernier alTiont ralluma son sang, ses humeurs fermentèrent, et il était parvenu au dernier desré de fureur lorsqu'il rentra chez lui; il criait a tue-tèlc qu'on lui cheich.'it Guillaume, et il répondait à toutes les questions de Charles et de lloreau, que son état inquiétait : Qu'on me cherche Guilluinie!
Guillaume n'était pas difficile à trouver. Pendant qu'on fabriquait les titres, il avait eu de fréquentes conférences avec lloreau et Charles. Ils avaient compulsé cent volumes, et Charles seul avait causé ces erreurs de date, parce qu'il parlait de malemoiselle d'Arancey, lorsqu'il était question de Roland ; il en parlait, lorsqu'il s'agissait du pape Urbiin ; il en jiarlait sans cesse, et Horeau, qui n'avait pas la tête forte, coiilon lait les époques et fournissait de fiusses notes.
(iuiil..uinc parut. — Maïaud, qui trouves tout ce que 1 1 cherches, trou>'e-moi un marin anglais et un l'ro'ençal qui sont venus me berner ce matin. — Comment cela, monsieur? — Pas de question, faquin ; de l'intelligence et de l'activité I Voilà de l'or, troave-moi ce*
M. liOTII..
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dcm liommes. — Jp 1rs trouverai, nu i.siciir. — O'i''^ iiiturciit sous II' tiàton. — i\I;.i», nionsii iir... — (^'ii'ils niruieiit; ji- imye, el je ne veui pss (l'ohsrrviition — Ils mourront, n'onsii'ur; cl CiuilUiunitr son.
— Des ni'illieiiri'Ut qui vii-nncnt Hitler ma f.iililesse, <|ui se jouent Je in:i oréilulité. qii nie livrent du\ broearJs, iiui mépris!... lia mourront .. Oui, ils... M. Hotte se frappe le vis ge de ses <lcut nuiins; il ouvre précipit.imineiit la porte : il court, il l.iisse llore:iu et (!li irhs conv.iincus que leur strat.'ijt'me n'a servi qu'à le couvrir île riilicule. lloieau se re|)eiit. parce q'i'il est lion ami; lihurlis se iléscspére, p.irce qi'il lespi'cli- MOn oncle, et ipie sa bien-aimée lui t'cliappe encore ; tous il i\\ tremlilriit que M. Hotte ne découvre leur couniveoce avec ('■inll innie, et M. li.itte court toujours.
<'. uillaunie était di'jii d ins la rue. [.e cher oncle l'arrête pir nne oreille, et s'écrie: — Oii vas tu, niallionrcux ? Guillainne répond qu'il va lui oliéir. — Tu ne vois pus que je di niinde un criu'e dont je t,"'iiiirais le reste de mi vie. Et tu as consenti a en être l'instruininl, lio qu ils n'ont point offensé , qui n'a p.is du moins la colt"re piuir eicnse!... Ne me r, ponds pas, garde cet or, lu liis corrompu en le tuuelimt. Lu vérité ist que (luiliaume comptait bien n'assommer personne, et qu'il allait giicinent nringt-r l'argent du cher oncle avec SiS cani.irales, dont il av,ii fait des Anglais, des Provençaux, dont il eût fait des Turcs au bi soin.
(^>o; nd on écoule le cri de l'humanité, on n'est pas loin d'entendre la \oiv de la raison, lloreau observa qu'au lieu de s'emporter et <le faire »s-ommer les g"ns. Il fallait au contraire empêcher l'avi nture de se répindre, et prendre pour nia les mcsuris les plus promptes. !M. Hotte se rendit à ce conseil. Il écrivit au ni.iri|uis qu'il attcnd.iii de sa di liciti sse le secret le p'us profond sur ce (pii ven lit de se pissfr, et qu'il espérait qu'à sa reconioianilation ses amis g rderaient le même si'ence. Il retourna chez ses bourgeois du matin, et leur ditqu'.ipics de milres refleiions il avait trouvé absurde de profiter d'une decoiiveite due au hisird, et injuste de s'en prév.doir avec ses égaui; qu'il f.iiil à la concorde le sacrifice de sis lilris. et il brûla le roi Didier chez l'un, le papi* Lrba'n cher l'autre, Pierre 1 Ermite chez celui ci, U dand chez celui-là. IMadame Doport fut la seule i qii il ne cacha rien. On n'a pas de Secrels pour ceux qu'on estime et qu'on aime. D'ailleurs, l'amitié de llure.iu était soli.le mais sèche. Celle d'une bille femme, au contraire, a quelque chose de si insinuant, de si dooi !
Rassuré par toutes ces démarches, il oublia qu'il s'était cru noble deux heures. Mais en dépit de ses soins, I histoire de si m>i^l>ficaliun avait couru le monde. Le l'uhlicisti' , qoi veut avoir un feuiileon, qui ne sait comment le remplir, 1 1 qui court après les anecdotes, s'emp .ra de celle-ci, et .M. Holle, en prenant son thé, U lut dans tous ses détails. Il commerçi pir gromler, et très fort, ce ne pouvait pas être autrement. .Mais Horciii lui représenta qu'un journal pisse aussi vile q le sa date, qu'au surplus, pour n'avoir pas les rieurs contre lui, il fallait rire le premier. Le cher oncle prit la plume et écrivit :
« MosSIKCR LE PlBI.IClSrK,
u 11 est vrai, et très-vrai que j'ai eu un moment la manie d'èlre noble. Mais qui me la reprochera? La nobhsse? Elle est flittée qu'on l'esiiine asse?. pour chercher à s'assimiler à elle. La roture? Tout roturier qui avait de l'argi ni achetait une ch irge de secrétaire au grand collège, ou de maitre il hôtel, ou de contre eur de la bouche, ou il'oHicier du gobelet, et mon perruquier était constiller du roi. Je vous pirdonne, monsieur le pubiicisle, les bévues assez fréquentes qui vous échapptnt, et sur lesquelles vous revenez le bndemain; pardonuezmoi au^si, en faveur de mon retour sur moi même, ou plutôt rions ensemble de nos sottises, car enfin qui n'en tait pas? »
Charles était retombé dans un état alarmant. Ce n'était plus ces lrans('0rH, ce délire, cette violence qui naissent de l'excès des force» physiques; c'était un ab.itlem< nt absolu, une morne tristesse, qui tenaient de la stup dite, et qui annonçaient l'afTaissemeiit des organes. S'il sortait un moment de cette espèce de léthargie, c'était pour appeler sa Sophie, pour reprocher a son oncle de n'avoir pis rempli ses promesses, et le hou !M. BoUe l'assurait qu'au moins elle n'épouserait pas d'Eg igny. Ceite assur.inre était loin de sulbre a Charles , el sou digne parent, contnsté. désolé, chi rchait en vain des moyens de le rainentr à lui-mèaie. Il consollail lloreuu , qui rép mdait : Mais oui , il faut penser à cela. Liépté d'entendre toujours la même réponse, mais trop aUligé pour se m' tire en co ère, le digne oncle fut trouver madame Duport. Elle s'afll g-a avec lui ; de toutes les manières de consoler, celle-là est la meilleure. Pitine de sensibilité, il ne lui coûtait pas de déplorer le sort de Charles et de Sophie. On ne pouvait rim pour la demoiselle, rentrée sous la dépendance de son père ; mais on pouvait guérir Charlts, on devait au moins l'cssiyer; et de tous les partis qui se présentèrent, madame Duport jugea que celui qu'avait pris M. lloite dans un moment de dépit était le seul dont on put attendre quel.|ue succès, et qu'il fallait faire voyager le jeune homme.
M. Botte avait, pour ne point partir encore, des raisoos qu'il ne COniiiiuMi|u.il à persoiini et, de saMt;-fr.ild, il sentait bien que les apprêts u un voyage de dvm ou trois ai.s i.e se font p s en un jour. Aussi a ilouLi.ut ses ordres, il en attendait le résultat avec une patience
qu'on eût trouvée naturelle de lu part de llureau , mail qui étonnait ceux qui ne savent pas que les gim les plus vifs sont Us plus nuit quand ils tomlienl dans le décourugenient.
Lis grands yeux de Charles se portaient alternativement sur ceux qui allaient et venaient, qui i herchaieiit, (|>ii choisissaient, qui mettaient à part les objets néci ssiirea pour la route. U écoutait tout et n'entendait rien. Pauvre enf.int!