‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 109 sur 379 · LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LES SPECTACLES

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L«s sprrtijcirs sont la plus grande aOViire «les Inliilanls de Parii. Il en tst qui s.icntitiit leurs inti'rvls les plus dincts à ce genre d'aniusenii'iit. Le cri ili s anciens Uuniaïug : Des S[)iclacks cl du l>ain, est aussi re!ui des l'arisims.

(iliaque tlieàirc a ses habitués, et 1rs pièces qu'on y joue, les acteurs qui les représentenl sont inconlestalilenient les meillruis île l'Enroiic. l'oui' certaines gens, Joerisseesl fort all-lle^^^U3du iMisanlliiope, el Brunet très supérieur à Talma. On vous débite ces clios<s-là avec un ton de persuasion qui ferait mourir de rire , s'il n'eicilait une sorte de pitié.

Les gens du peuple se sont eiclusivement emparés des théâtres du boulevard. On leur présente tous les jcirs, sous des noms et des halnis diflereiits, un lyran, un niais, une princesse innocente et persécutée, un enfant qu'on s'arrache , et qu'un cr nnt à cliiqne insi.nt de voir écarleler , le tout accompagné d'une musique pillée p:itout, et de ballets insigiiiliams. (."est pour aller \oir cela que tourner perd le quirt de sa journée, qu'il en déiicn^e un aule qunt ; sa femme et ses eufants s'arrangf-nt du reste comme ils le peuvent.

Des dames qui n'avaient pas de chemises il y a dii ans, des hommes qui du derrière d'uu carrosse ont passé dedans, vont faire là 1> nr éducation, et leur présence donne beaucoup de relief au thi àire qu'ils veulent bien en honorer, yuelqies personnes instruites y pardissent de loin en loin, comme un soleil pur dans Its jours nébuleux de l'automne. Elles courent se décrasser le lendemain chez Corneille, Racine et Voltaire.

Le premier théâtre de Paris est celui qu'on nomme Académie royale de musique quoique les acteurs qui l'exploitent ne soient pas plus acadéinicieus que leurs confrères des autres specttcles. Aussi le pub ic , qui aime à faire jusiice de tous les abus, s'obstine à nommer tout simplement celui-ci : l'Oiièra.

Louis XIV , qui avait sur toutes choses des idées gr.indes ou extraordinaires . décida qu'un gentilhomme pourrait êlie membre de son Académie de musique, sans déroger. Ainsi il fut convenu, à la cour seulement, qu'il y avait de la noblesse à réciter les vers de Quin ault, et que ceux qui débitaient les belles scènes de Molière étaient nécessairement des fi7ains. et de plus des excommuniés.

L'0(iéra est essentiellement le spectacle des étrangers, parce que tout y parle aux yeux et aux sens, et qu'il est inutile d'entendre ce qu'on y dit. Voila sans doute pourquoi les mamans, qui sont très pi^udentes à P.iris, ne h.ilancent puint a amener \», le soir, de pettes biles qui out été en conférence, le matin, avec un vicaire de leur paroisse. Cependant, nia'gié la difficulté d'cnlendie, trente vers de Quinault se gravent plus aisément dans leur mémo re que deux lignes iie la prose de M. l'arehevéïiue. Mais aussi une pose de niidime Gardel les ramène nécessairement au chapitre de 1 iucarualion; ainsi on trouve des cumpen>ations |iartout.

L'Opera-Coiniqiie a ses partisans, quoiqu'il soit singulièrement déchu. Gretry et Daleyrac sont morts. EUeviou, Gavaudan, mesdames S.^int-Aubin , Dugnion el Gonthier sont retirés de la scène. Aussi les acteuis qui chantent encore, mais qui disent faildenient, ne se soucient pas de pièces écriles. Ils aiment les canevas à iiniroijlio , des situations qui favorisent la médiocrité. Le public siffle tout cela; mais qu'importe? des niaiseries, ou plus à'arietles. Il fiut que l'amateur 0(te, el il veut des ariitles, n'importe à quel prix. 11 applaudira bientôt ce qu'il siffle aujourd'hui.

Le Théâtre-Français a prrdu beaucoup de son ancien lustre. Il est cependant encore le premier de 1 Europe. Ce spectacle est celui de tous les vieux amis de la littérature et des jeunes gens qui veulent se former le goût. Les imbéciles y vont comme ailleurs, ni'is c'est par ton. Ils veillent persuader qu'ils entendent Corneille et .Molière; et comme les imbéciles forment partout la grande majorité, c'est sur l'orgueil de l'ineptie que sont fondées les recettes duThéâtre-Krançais.

Parlerai-je du solitaire et triste Od>on? Un homme d'un mérite Irès-disliogué espère faire contracter aux habitants du faubourg Saiut- Germaiii l'habitude de prendre leui-s billets au bureau. Amen.

• llappellerai-jc ce qu était, ;i 81 naissance, le gii, le malin Vaudeville? Cet euf nt i>rouii'it..it; il a vieilli trop tôt.

(}ve dire des failasiua^or es, des escamoteurs, qui prennent le titre de pliysiriens, des ombres chinoises, des marionn'lles, des thé.'itrrs sons toile, des tréteaux en pUiii vent, de» chiens qui daijji nt, des chanteuses qu'accompagne un org ic de liarbiiie, des aveugles q li font crier un déiestable violon, el qie vous paye/, bien vile puui qu'ili aillent pins vite écorcher les orriiles du \oi>in?Que dire de tout cela 'r Rép'^ier et appliquer aux Parisiens le cri des Kumuins : Des Siieclactes et du jMtn.

Il est aisé de critiquer ; il faut savoir louer ce qui mérite de l'être. Arrêtons-nous au Panurama. C est la que le spectateur est pl.icé au centre d'une vaste cite, devenue ceblire par les uéast^teurs de la terre; c'rst là que l'illus on est complète, et qu'à eh 'que seconde les objets paraisNCnt |ilus vr-iis; c'est la que le voyigcur retrouve l'auberge qu'il a habitée, la maison de son ami, le moindre puint O'i il s'est .irrèté; c'est la que, fid' le iinitat< ur de la naturr, le peintre semble a^oir I pé le moiuenl où elle se pare de ses pius belles eou'eurs. Iti ndons hoinuiage à M. Prévost, inventeur d'un nouveau genre qui sortit parfait de ses mains.

J'oi diné aujourd hui chez le restaurateur. Rien de plus cnnny.int pour moi que de dîner seul. M<i$ les diner, <n ville et leur sonipiuosité sont un poison lent au luel je veux échapper. En quittant la laide, j'ai été me promener aux Tuilerie.?, dms le» allées (jui bordent la terrasse du côté de la rivière : ce n'est que la qu'où peut marehtr librement à SIX heures du suir. A ipielques pas de moi étiit nn liouiiiic qui répétait avec un sein tout pariiculier un Irait, une rnutode, une yaryuuillade,,. Je ne sais pas troi> comment cela s'appille. .Malheureusement pour moi il a tourné la tète, et il m'a abordé avec empressement. Cela ne doit pas étonner : on tient be.iucoup ici aux amis de vingtquatre heures, et nous avons pas»é une journée enscinble au chàiem de dmpagne de mon banquier. 11 est bou que vous sachiez que tout banquier doit avoir un palais à la vile et uu château à la caiiip.gne. Ceux qui lui confient leurs fonds ne s'en trouvent pas mieux, mais qu'importe?

— Comment, mon cher ami, vous êtes encore à Paris , et je ne vous ai pas vu depuis huit jours? J'allais répondre d'une manière obligeante; il ne m'en a pas donné le temps. — Avez-vous vu ce qu'il y a de remarquable à P.iris? — Mais... à peu près, monsieur... — ^os cercles brillants? — Et ..ssez tristes. — Les bibiiulhè |ues publiques? — Sans exception , et je suis sorti enchanté des richesses ipi'elles renferment et de l'ordre qui y règne. — Les nionuintnis? — J'ai m -me éié chercher le portail S.iinl-Gervais dans sou coiu. — Les spectacles? — J'ai vu les Ir.iuçais, l'Upi-ra, le V'audeville, le... — Ta, la, ta ! Et l'opéra Bujfa, monsieur, l'opéra Buffu, le spectacle par excellence, celui qui ravit, enchante, entr.iine tout Pans, vous ne l'avez pas vu pui<que vous ne le placez pas en avant de tous les autres. — Je ne sais pis l'it^lim. — Ni nous non plus, monsieur; mais nous courons à lopéa Bujfa; nous y avons notre loge à l'année. Un homme qui a de l'aismce ne peut se passer d y avoir une loge, et de paraître s y amuser beaucoup, à peine de passer pour avoir l'oreille béotienne. Je veux que vous puissiez dire en province ce que c'est que l'opéra Duffa. Je vais vo is y conduire. — J y consens.

INous arrivons a l'opéra liuffa ; nous nous plaçons. L'assemblée est nombreuse. Je remarque, monsieur, beaucoup de personnes très décemment mises, mais qui ne me paraissent p.is dans une siiuaton à louer des loges » l'année. — Oli ! monsieur, une de nos jouiss.mccj est d'envoyer notre loge à des amisaviJes de mus que italienne , et qui ne peuvent payer ce plaisir-là , qui est vraiment impay.ible. — Il me semble , mon.sieur , que la plupirt des logfS sont .lujoard'hui données aux amis. — J'en conviens, et je m en étonne, car la pièce qu'on va jouer est aduiir.>b'e. Au reste, il résulte un grand bien de notre complaisance : le goût de l'itilien se répand dans toutes les classes. iVos jeunes demoiselles ne chantent plus que de l'italien; beaucoup d'entre elles s'essaitut à le parler. Â lavérilc, les gens du pays n'entendent (las

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