‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 16 sur 379 · HÉLÈNE, FRANCISQUE · texte numérisé non relu

HÉLÈNE, FRANCISQUE

iiÉLKsK rangeant. — Allons donc, tu ne finis rien : des tables, des tasses, cl tout ec (ju'il faut.

kr.vm;isi,h E ranijeant. — Depuis nne heure vous ne me laissez pas le temps de respirer. Je suis cependant d'une activité...

iiti.i-:.NK. — 'Dans notre nu'-licr on n'en a jamais assez.

mvNciscjiE. — La vilaine chose ipie le service!

iiÉLÈME. — 11 est plus aijrcahlc d'être servi.

rRANCiSkjiK. — Aussi, si je deviens maitre...

iiÉLK.NK. — Que feras-tu?

rRAMi.svi'K. — Je me servirai moi-même.

HELENE. — Tu ne te plaindras de personne.

r».\M;isoic. — JMais aussi personne ne se plaindra de moi.

HÉLÈNE. — Si tout le monde pensait ainsi...

ruA.Ncisvn. — Il n'y aurait ni maîtres ni domestiques, et chacun serait à sa place.

HÉLÈNE. — Et de quoi vivrions-nous?

riL\[«T.iSMLK. — .Manque-t-on jamais avec des liras et du courage?

HÉLÈNE. — Il y a vingt ans que lu sers, et tu n'as pas encore fait ces réflexions.

KRANciS'.'iE. — C'est qu'autrefois je n'étais qu'un valet, et aujourd'hui je suis un homme. [Us rmt et rietinent en iirqniraiit le déjeuner.)

HÉLÈNE. — Tu n'as pas ii te plaindre du citoyen Déricourt.

FRANcisQCE. — Kon ccrtes.

HÉLÈ.NE. — Et de sa femme?

FRAticiSQLT. — Encore moins.

HÉLÈDE. — Pour leur fille...

rRANcisouE. — Tout le monde l'aime, et on la servirait pour rien.

HÉLÈNE. — Oui, tout le monde l'aime, et je crois que Hlinville...

nuNcisni;B. — Que Blinville...

HÉLÈ!<E. — Pourrait avoir des projets...

FRAMcisntE. — Projets inutiles.

HÉLÈNE. — Tu crois cela ?

F«ANcisc,.iE Parbleu, si je le crois! Julien ne la quitte plus. Us

n'ont jamais l'air de se chercher, et ils se rencontrent toujours.

HÉLÈNE. — Us ont été élevés ensemble.

FRANcis^LE. — Et ils s'aiment sans le savoir.

HÉLÈXE civemenl. — Tu me fais frémir.

r»\:<cisiiiE. — Eh! pourquoi ? Julien est pauvre en apparence, mais il a l'estime de notre citoyen, et il la mérite; il est poli, spirituel et joli garçon, ce qui ne jjàte rien.

HÉLÈNE. — Oui; mais Julien ne connaît pas ses parents.

iRANcisviE. — Aujourd'hui il n'en faut plus; on est l'enfant de soimême.

HÉLÈNE. — A la bonne heure. Mais Blinville a une fortune acquise, et il est aussi joli garçon.

FRANcLsi.uB. — Le plus joli garçon est toujours le préféré.

HÉLÈNE. — Et tu crois que le préféré c'est Julien?

FRANCisoiE. — i Cela n'est pas douteux, et notre citoyen trouvera cela de son i;oùt , car il est riche sans être fier, et bon...

HÉLÎNE. — Sans être dupe.

FRA.NcisMUE. — Est-on jamais dupe quand on fait le bonheur de ses enfants?

iiFrrNE fiétiiumant la conversation. — P'inisson» d'arraii(;er tout. Hlinville se live matin; il a déjii fait sans doiile le tour du parc, et il va rentrer avec son appétit ordinaire.

iRANcisouE. — Je ne sais pourquoi je ne puis vous parler de Julien que vous ne changiez de conversation.

HÉLÈNE embarrassée. — C'est toi qui en changes, puisqu'il ne doit être question en ce moment que du déjeuner.

FRANCISQUE. — Tciicz , Hélène, c'est une rcmar(|uc que j'ai faite cent fois, vous n'aimez pas Julien : c'est pourtant vous qui l'avez apporté ici ii l'àjjc de deux ans ; vous pleuriez en le présentant;» notre citoyenne ; elle pleurait en le recevant , et j'aurais pleuré aussi si elle ne m'eût renvoyé.

HÉLÈNE. — Oh! tu vas me rappeler des choses que je sais mieux que toi.

FRANCISQUE. — Sans doute vous les savez mieux que moi, voilà pourquoi, quand je vous en parle, vous prenez un air de mystère...

HÉLÈNE. — Du mystère, et à propos de quoi ?

FRANCISQUE. — Qiic saîs-jc ! Ecoutez donc, il pouvait y en avoir dans le temps. IVotre citoyen passe en Amérique pour recueillir une succession ; il éprouve des difficultés, son absence dure trois ans, et à son retour il trouve...

hklènk vivement. — Un enfant malheureux que sa femme a recueilli.

FRANCISQUE. — Je ne sais pourquoi mes idées reviennent aujourd'hui lii-Jessus, car depuis dix-huit ans j'avais à peu près oublié tout cela. Il est toujours vrai qu'Adèle et Julien feraient un bien joli ménage.

HÉLÈNE détournant encore la canvemation. — Mais , Francisque , nous causons... nous causons... et nous ne pensons pas que le temps s'écoule.

FRANCISQUE tirant sa montre. — Sept heures.

HÉLÈNE. — Et le citoyen Blinville?

FRANCISQUE. — Il cst sùrciuent de retour de sa promenade. Je vais voir s'il n'a besoin de rien. [Regardant ks tables.) Tout me paraît prêt.

HÉLÈNE. — Oh ! tout absolument.

FRANCISQUE. — Au revoîr, Hélène.

HÉLÈNE. — Adieu, Francisque.

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