VI. — Grands événements
Une année s'était ccoulécct Robert était tranquille. La congrégation semblait avoir abandonné les détails pour s'occuper des affaires majeures. Des ministères étaient tombés sous la force de l'opinion publiipie, mais ils n'avaient cessé d'attaquer sourdement la charte qui consacrait les libertés françaises. Enfin des ministres nouveaux parurent et se préparèrent à établir un despotisme que rien ne pourrail comprimer. On pénétra leurs vues, et une clameur générale s'éleva contre eux. Ils la bravèrent.
Edmond et Henri avançaient dans leurs études, cl leur application était récompensée par les premières places et par des prix. Robert était devenu un très-fort mathématicien, la physique avait peu de secrets pour lui, et il raisonnait quelquefois de manière à étonner M, Henri lui-même.
Le colonel persévérait dans ses idées de délicatesse , il vivait mal ; mais il supportait patiemment les prixalions, parce qu'il entrevoyait un avenir vers lequel on marchait à grands pas. « Tant mieux ! s'écriait-il à chaque acte odieux du gouvernement. L'oppression amènera la liberté. «
Il ne craignait pas qu'on lui enlevât son fils de vive force pendant le jour. Robert sentit enfin sa position, et il était des moments où sa réclusion lui paraissait pénible. Son père crut pouvoir le promener, sans danger, deux ou trois fois la semaine. Alors il s'enveloppait dans sa capote de bivouac, sous laquelle il cachait son gros bâton d'épine. Ce costume paraissait ridicule aux Tuileries, au Luxembourg, au jardin des plantes étrangères. Quelquefois le père et le fils surprenaient , sur certaines physionomies, un sourire que la figure noble et sévère du colonel empêchait d'être plus marqué. Robert observait tout cela et son père s'en moquait.
Bientôt le jardin des plantes devint leur unique promenade, parce que Robert y trouvait beaucoup à apprendre, et que plus il savait , plus il était avide de s'instruire encore.
Les réunions de chaque quinzaine avaient toujours lieu. Le colonel et son gros bâton accompagnaient partout les enfants, qui approchaient de l'adolescence. Tantôt il les conduisait à la plaine de Grenelle, tantôt aux Champs-Elysées. Là un cerf volant était lancé, et semblait vouloir se perdre dans les nues; ici un ballon était poussé, renvoyé avec les poings ou les pieds. On s'amusait , les tètes se reposaient, et on reutrail chez ^1. du Perron ou chez ^I. Henri avec un appétit qu'on était imp.itient de satisfaire. Le colonei cl sa femme étaient de ces diuers-la , et c'est la seule jouissance qu'ils se permissent.
" Mais, mon fils, dit le colonel, l'avant-dernière fois que nous avons été à la plaine de Grenelle le cerf volant est tombé dans une mare d'eau que je n'ai pas vue ce malin. Qu'est-elle devenue ? «
^ladame Henri, en brodant, en festonnant, écoutait son mari raisonner avec l\ohert, et elle était bien aise de faire connaître à ses convives qu'elle n'était pas étrangère aux sciences. « Colonel, répondit-elle, votre question est au-dessous des connaissances de votre fils. — Tant mieux, madame, il y répondra plus facilement. Parle donc, mon enfant. » Robert pensait comme madame Henri sur la futilité de la question, et son amour-propre le faisait hésiter. iMadamc Henri s'empressa de parler pour lui : « Cette eau , dit-elle d'un ton assuré, a été iiompée (lar le soleil. Elle s'est élevée en nuages, pour retomber en pluie je ne sais oii. — Fort bien , ma chère amie, .s'écria son mari, voilà de la bonne phjsique ou je ne m'y connais pas.
» — Ali! reprit Robert, dans huit ou dix mille ans on ne fera pas nue semblable question. — Pourquoi cela, mon fils? — Parce qu'il n'y aura plus d'eau sur la terre. — Coniment, il n'y aura plus d'eau! Et que bi ra-t-on ? — On ne boira plus. — Le genre humain périra donc ?— Sans doute , mon père. H finira m'ec la dernière goutte d'eau. — Quel diable de galimatias me fais-tu là !
» — II est reconnu, mon père, que le volume d'eau diminue progrès-
CONTES A MON PETIT-FILS
sivciiieiil. — Rccoinui ! par qui? — l'ar ilcs savants, qui ont (U'uioii- Irr colle tliiiiiiiiition, cl qui en ont dicrclic la cause. — J'ai liieu peur qu'ils la clicrclitnl loniitcmps. — Vu cl'ciiv prclcnd i|iie la rcduclion lie l'eau viciil ilc sa soliililicalioii. — Si)liililication ! fais-moi i;iàco (le les mois |parl>aies. — Oclui-ei si(;nilic <iue l'eau devient soliile en l'aisanl parlie des vc(;t'lau\ et <les animaux.
„ — >1,,|, ami Holierl, dit M. Henri, l'anil>ilion de tout expliquer rnnduil souvent à des erreurs, cl voire saijacilt' est ici en dclaul. .• llolierl rcuiyit et liaissa les jeux « Sans iloule, rcpril M. Henri, il y a de l'ean dans un cliène et dans un roseau ; Il x en a dans un éléphant et ilans une puce. Mais le supcrllu de l'eau, nécessaire à l'aeeroissenienl de tous les corps , s'évapore par la trans|>iralioii. Lorsque ces corps périssent, ce (|u'ils ont conservé de li(|uide s'évapore encore, et ce qui le prouve, c'est qu'un animal mort linil par se desséclier à l'.iir; c'est (|ii'un arhre, j;isant à terre, s'j desscclierait aussi , si on lui en donnait le temps, et il faudrait de lonijucs années pour que cette opération se fit, parce que les |>arties d'un arhre siuit couipactcs, serrées, et ne tomhent pas en dissolution. Mais quand nous le hrùUnis, la ]iorlion aqueuse (|u'il contient, se dissout en fumée, et va se réunir au >;rand tcutl.
' Mon cher ami, l'eau diminnc sans doute cl on en a mille |)reuves ; ni.iis ce n'est point parce qu'iUc se soliililie ainsi ipic l'a prétendu un luimmequi s'est trompé, et qui, d'ailleurs, a lieaucoup de mérite. — (l'est assez parler d'eau, s'écria le colonel; ilinons, et en h{iira cpii voudra. — Ohl dit M. du Perron, puis(|ue le savanl llohert a décidé qu'elle doit manquer un jour, ménai;eons-la pour nos arrière-petitsenfants , et ne huvons ([ue du vin. •
l.a ccuivcrsation avait été sérieuse pour ces dames, ot elle clierchcreiil à l'égayer un peu. On [larla modes, lilléralure, et surtout spectacles : on peut ne jamais s'arrêter ipiand on traite ces sujets-là. (i'est la pièce nouvelle, l'actrice à la mode, le délmtant qui ]>romet ou qui ne promet pas. Les opinions se jiarlaijcnt, chacun soutient sou axis avec plus ou moins de chaleur, et il en est de ce genre de discussion comme de tous les autres. Après avoir longtemps raisonné ou déraisonné on garde sa façon de jienser , parce que l'amour-propre veut (|u'elle soit la meilleure.
" J'ai été hier aux Français, dit madame du Perron, et j'y ai entendu un ouvrage lorl exiraordinaire. Le siihlinic y esl mêlé au langage des halles. Le théàlre doit gr.iiidir les slliiiilloiis , et j'ai \u des positions mesquines .i côté de meurtres jieu motivés, et par conséquent révoltants. — Fh ! madame, c'est le genre à la mode, c'est du romantisme. — Le romantisme! le romantisme I on en parle partout, et je ne l'ai pas encore entciulu définir. .Monsieur Henri, qu'est-ce que le romantisme? — Madame, c'est l'ahsence du génie, du goût et du jugement. — Le votre est sévère; mais permctlcz-moi de vous faire ohserver que me dire ce que le romantisme n'est pas ne m'a])prend pas ce qu'il est.
— Permettez-moi, madame, de reprendre les choses de très-haut. L'homme, sortant de la barbarie, se civilise peu à peu, et les arts sont les enfants de la civilisation. Ils sont poussés, peu à peu encore, jKir des êtres privilégiés, au degré de perfection auquel il nous est donne d'atteindre. Mais vous savez, madame, que tout ce qui a crû doit décroître. Après Corneille, Racine et N oltaire, la décadence a commeucé. Des ouvrages médiocres ont paru sur la scène. Fnlin, il s'est élevé une secte qui par le désespoir de pouvoir marcher sur la route ouverte par nos grands génies a osé dire tout haut qu'ils n'étaient que des tètes ii pcrru(pie. On aurait ])u leur répoiulrc qu'une de CCS perru(|ues-lii suffirait pour écraser leur faible cerveau.
1' Le Français aime la nouveauté, et la foule s'est portée à la représentation d'ouvrages du genre nouveau. l'eu d'applaudissements et des silllets ont indiqué ce que pense le public de ces monstruosités. Quand vous verrez un ouvrage mal conçu, mal lié, mal écrit, marchant par secousses, une rapsodie enhn, vous pourrez dire, sans courir le risque de vous tromper trop : c'est du rouiantisuic. Mais il faut dire cela tout bas, surtout au parterre. Cette secte a des séides, des jeunes gens dévoués, fanatisés, des énergumènes, qui ne se feraient pas scrupule d'éloufl'cr un opposant sous les banquettes. D'ailleurs rcxtrcmc facilité du genre les séduit, et ils espèrent bien figurer à leur tour sur la scène dégradée. Ce sont des oiseau:^ de nuit qui se cacheront quand la lumière reparaîtra. — Je vous entends, monsieur Henri. Une rapsodie est du romantisme, je n'oublierai pas votre définition. Ainsi j'ai vu hier un drame romantique. — Vous avez pu remarquer, madame, un sourire moqueur, méprisant faire souvent justice de ces niaiseries. Cela prouve (|uc la supériorité que s'est arrogée la sottise sur le génie ne peut être de longue durée, n
Il régnait sur toute la France une fermentation sourde, qui occupait tous les esprits. On ne cessait de parler politique que pour se reposer , se rafraîchir l'imagination. Ainsi de la solidification de l'eau et du romantisme on revint à la politique.
On parla du discours d'ouverture de la chambre des députés ; on en critiqua les bases, ce qui n'était jias dillicile. Ou s'occupa de l'adresse qui devait y répondre, ce qui n'était pas aisé à prévoir. Chacun fit son adresse, et soutint qu'elle émeltait les seuls principes que la chambre dût adopter. ^ oil.i donc cinq adresses improvisées dans le seul salon de M. Henri. Supposons dix mille salons dans Paris, et
di\ mille adresses tout ii fait dilVérenles pareiiu| persiuines, et (|u'on s'étonne, après cela, de voir la cli.imire user quinze jours pour fondre trois il i|ualre cents opinions dans un seul écrit.
Les iléputés étaient il'accord sur le fnuil. l.a |;rande difliculté était de dire la vérité dans des termes assez rcspcitueui pimr ne pas blesser un nii>iiar<|ue ipi'on devait renvoyer (piehpies mois apris, (Cependant, eommi' il faut des mots propres pour expiinier des idées positives, il fut arrêté qu'on ilériarerait tout simplement ii .Sa Majesté chancelante , i|ue la nation et l'Ile ne s'ciileiiilaii iit plus.
Déjà on parlait de maisons incendiées dans l'ancienne province de \oriuandic; des poursuites des magistrats contre les incemliaires, tous gens étrangers au pays; de ropiniàlretc du silence des accusé», qui semblait tenir du fanatisme ; de la nécessité de les rcmeltre en liberté faute de preuves, que la magistrature ne put ou ne voulut pas se procurer, n Oui, oui , c'est ilu fanatisme, s'écria le colonel, et du fanatisme jésuiti(|ue. Ils ont brûlé l'appentis du serrurier, et a présent ils travaillent en grand; ils brûlent des villages. Si on pouvait les brûler à leur tour I
» Mais quel est le but caché i|ui les pousse au crime? Espèrent-ils trouver dans elia(|ue chaumii're un sujet propre il faire un jésuite distingué.' \eiitrebleul je m'y perds. "
Trois j(Mirs après on parla de l.i ilissolution, c'est-à-dire de la suppression de la cliambre des députés, <pii avait osé dire une vérité au roi. On acipiit la conviction <]uc le ministre de l'intérieur avait ordonné aux préfets d'éloigner des lieux des nouvelles élections certains i)alriotes qu'on aurait voulu éliminer, d'y introduire de faux électeurs pour s'assurer une majorité; enfin, le comble de ces mesures libcrlicides était dans l'injonction faite à tous les employés de voter ilans le sens des ministres à peine d'être destitués, l.a conservation d'une ombre de charte était arrêtée jus([u'au temps où on pourrait s'en passer. 11 est plus que vraisemblable qu'alors on jetterait de côté et la chambre et la charte, et <|u'il n'y aurait plus en France, entre le prince et la nation, que les sicaires chargés de l'exécution des ord(Uinances du despote; despolisme plus cruel que celui de Louis Xl\ et de Louis W, qui du moins était comprimé jusqu'à ccriain point par les parlements. (Jii croyait enfin arracher ]iar l'astuce, par la violence, une chambre servile et dévouée, qui consacrerait les plus révoltantes usurpations. Alais la France était éveillée.
<^)ue faisaient nos enfants pendant (pi'oii parlait polili(iue? Hubert donnait la plus grande attention à ce ([u'on disait, il était appuyé sur sou ilictionnaire, et lorsqu'il entendait un mot avec lequel il n'était pas fauiiliarisé, il se hâtait île le chercher. Mes cliers cnfanls je vous conseille île faire comme lui. Henri et Fdmond commençaient a entendre la marche du jeu d'échecs, et bien graxement, et bien ou mal, ils faisaient leur jielite jiartie. « Fchec au roi, s'écria tout à coup Fdmond. — Oui, répondit le colonel, échec au roi, et le plus rude de Ions les échecs. » Il n'eulendait rien au jeu qui oecup.iit les deux jeunes gens, et il voulut bien attribuer à leur patriotisme une exclamation qui lui était étrangère. Les dames rirent beaucoup de sa méprise, et il ne se déconcerta |)oint. « Je vous le répète, mesdames, échec au roi, échec au roi! "
Un autre jour on s'aborde en se demandant des nouvelles. Cette question, substituée aux compliments d'usage, annonce la fermentation de toutes les têtes. Les collèges électoraux étaient convoqués, et on s'tfloreait de deviner quelle serait la c position de la nouvelle chambre. Après avoir épuisé ce sujet on revint aux incendiaires, ipii conlinuaieiil de dévaster deux ou trois départements. Le colonel voyait toujours bien quand il ne consultait que son jugement. « ^ oici ce que je pense, dit-il. Si ces coquins-la n'étaient pas chèrement payés, et s'ils ne se sentaient fortement soutenus, non-seulement ils ne se seraient pas rassemblés, mais ils se fussent dispersés aux premières mesures de rigueur qu'a prises la magisiraturc. Le gouvernement s'appuiera sur les crimes qu'il ordonne jiour rétablir les cours prévôtales, et leur livrera non les incendiaires, mais les chefs influents du parti constitutionnel. — Je crois que le colonel a touché le but. — Je le crois aussi. — IMoi de même.
— Messieurs, messieurs, dit madame du Perron , j'ai la tète fatiguée de conjectures et de raisonnements. Parlons d'autre chose. Voltaire, dit-on, avait dans son cabinet cinq à six pupitres, et quand il était las de travailler sur un sujet , il prenait une tasse de café, et passait à un autre i)upitre. Imitons le grand homme, délassons-nous en changeant de sujet. — -'Ma foi, messieurs, ma femme a raison. \ oyons , de quoi parlerons-nous? — Je n'en sais rien. — JVi moi. — iSi moi. — iSi moi.
— Hl'y voilii, dit madame Henri. >Ion maria détruit le système de la solidification de l'eau, mais il ne nous a pas dit comment s'opère sa diminution ; et elle est incontestable , puisque le savant Uobert a prononcé que dans huit ou dix mille ans il n'y en aura plus. — Madame se moque de moi, répondit Kid)ert. » Ft il ajouta galamment : .< Je suis fort aise de lui être bon à (pielque chi>se. « Madame Henri embrassa tendrement le jeune homme, et son mari prit la parole.
« Mesdames, je suis remonté très-haut quand nous avons parlé du romantisuie. Il faut maintenant que je remonte a l'origine des choses... — Ali' mon Dieu! l'origine .le tout ce qui existe! Comme cela ressemble à l'éternité ! — H n'y aura pas la le mot pour rire. —
C()\TF.S A Al()x\ PF.TIT-FII.S.
ISuii, siiiis iloiilc, iiiailiiiLii', iii;iis cil M<liiicll;iiit que ce que je vais vous (lire soil une li) iiollièse, une »up|iiisiliiiii , le lève du iiii)iii!> ne sera |ms sans intérêt. — Çoiniuciice/. , iiioiisiiiir, imii.s 3i)iiiiues prêtes Il rêver avec vous.
— Lorsque la terre élail une l)oiilc cnllaiiimée... — ('oniiiient ! la terre a êlé un petit soleil.' — Ali! voila i|ui est c\lraor<liiiairc , par cieiuple. — .Monsieur Henri, quelles preuves ayez-vous de eela ? — A'ons les avez sous les jeiu eoiniiie moi. \ oiis ave/, trouvé partout des roelies ealeinées, lancées an li;isard par les \iolciiles secousses du l'en intérieur; vous avtz pu reiiiaïquer (pi'clles sont rcloinliées sans ordre, sans ariuni;eincnt , et ([u'cllcs sont restées par l'elVet de leur pcsanleui' ilaiis la position où leur iliiile les a placées. — (i'cst vrai, c'est vrai , et .sans clicrclier plus loin on trouve beaucoup île ces roelie<-la sur la route de l'aris ii rontaiiiclilc.iu, — \ nus ne doute/, pas qu'il existe des \olcans, cl vous avez In iin'oii en a trouvé d'éteints sur beaucoup de points dn ylobc. — \ous avons lu cela, sans doule. — Eli bien! mesdames . ces roclics, ces vnlcans brûlants ou éteints sont les restes île l'embr.iseMirnt j;éncral qui tenait |a terre en l'usiun au inoiiiciil où elle s'ecliappa ilu soleil. — Qnpi ! munsieui', notre terre serait une évaenalion du snleiK' — (''est l'avis de M. de ItiilVon, et son opinion en vaut bien une autre. — Saps doute; mais comiiicnl cela a-l-il pu se l'aire i'
— M, de ItulVnii ii'evpliqiip pas lu chose d'une façon Irès-Siilisraisaiite; mais il est consl.mt que nous trouvons à clia(|iie pas des traces d'un einlintseiuent universel. — A la bonne lieiire. .\ulaMt vaut ce rêve-la i|u'nn autre. Cantinuez, s'il vous plail. — A l'épo |ue de l'eiubrascnient i;énéral , l'IiydroifiiiD et l'ovjijèiic... — Oli! faites-nous i-ràee Je vos mois seientilifiucs, nous ne les entendons pas. — Je vais vous les traduire par des périphrases.
" l.'hyilroi(i.'iii' est le principe ({énéraleiir, (ui principe de l'eau. On Cïlrail rii)dro;;éne du eliarboii dp Icrrc; et on le convcriil en |;az inllaiiimable, qui s'alluiiiR ]>ar le cunlact de l'air, —J'y suis , j'y suis. (Jiiand j'entre le soir dans un café, dans une buuti([ue, c'est l'hydroijcne (|ui m'éclaire. — C'est cela, madame, et il est aussi un des principes constituants des vé{;étau\ et des animaux.
u Le caractère de l'ovyiiéne est d'altirer cl d'èlre fortement attiré. L'effet de la combinaison on dn mélaiii;e de ces deuv subslaiices est la prodncliun de l'eau. — Itali! quand je prends iin verre (| eau ii la jjlaec, <|ui me l'ait tant de plaisir, c'est donc de l'hydroiiène et de l'oiyiîcneque je bois.' — Précisément, madame. — Voilà qui est <lrôle.
— Mais tant que ces deui snlislanccs, poussées en sens divers et à une hauteur incalculable par l'action du feu qui brûlait sur la terre, ne purent se combiner ensemble, l'eau n'exista pas. dépendant la surface du ([lobe s'éteignit et ss refroidit peu à peu; alors l'iminense quantité d'hydro.jène cl celle il'ovyijcue qui circulaient dans l'espace ne trouvant plus il'ubslacle ii leur réunion s'attirèrent, se combinèrent, et toiubèrent en torrents d'eau sur la terre, qui en fut entii-rciiient couverte. Ce i;lobe amidii ne put opposer qu'une faible résistance ans courants qui s'établirent a sa surface, et qui, petit il petit encore, formèrent les niunlagiies.
)) Plus lard les cimes des plus hautes montagnes se découvrirent et furent autant de petites iles, qui, toujr)urs ])eu à peu, deviiircnl fertiles et produisirent des plantes et des animaux. — Arrêtez, monsieur la savant, je crois que je vous liens. Qu'est devenu le volume d'eau <|ui couvrait la cime de ces montaijnes? Très-ccrtuinement elle ne s'est pus snliililiée en entrant dans la composition des animaux et des végétaux, qui n'existaient pas encore. — Il m'est facile, madame, de répondre ii votre objection. Jl est constant que l'eau occupe plus d'espace dans l'intérieur de la terre que les feux souterrains, dont le volume et l'aeiixité diminuent insensiblement. Les feux primilifs en bouleversant tout ont formé des cavités imiiieiises oii les eaux se sont i.récipilécs, et peut-èlrc est-ce a leur action qu'est due en partie la diniiniitioii du feu central. >ous avons beaucoup de sources d'eau cliauile ; très cerlaincment elles cpuleiit a la proiimité de ce qui existe encore de ce feu intérieur. (,>u'on creuse des puits plus ou moins profonds, toujours on trouve de l'eau, et jam;iis de feu. (Jela ne jusline-t-il pas ce que je viens de vous dire? Je vous répèle que l'eau oKcupe plus d'espace que le ftu dans l'intérieur de Ih terre, et que c'est une des causes de sa dimiuutinu qu'on a remarquée i) la surface du globe.
— Mais, dit madame Henri, je suis frappée d'une réflexion qui m'inquiète. .Nous respectons un homme dont rillustratioii date de mille ans, et nous luaiigeons sans scrupule des poissons dont la race eu inliniiiient plus ancienne. Madame du l'eiTon, plus de poissons sur nos deux tables. Kendons hoinuiHi;», par nuire réserve au moins, a la haute antiquité de nos uncètres! — .Viicêtres tant qu'il vous plaira, ma chère amie. Si je ne les respecte pas, je les ainie beuuc lup. (;hainpai;ne! servez-nous le liirbol. — Oui, oui, reprit mailame Uohert, fètuiis sans scrupule un des descendants de nus aïeux. Que celui-ci est beau I qu'il est frais! Mesdames, ni .Vlexandre, ni Césgr n'éidieiil aussi appétissants.
i> Ah ça ! M. Henri noiit a assez bien expliqué comment s'est opérée la diminution primitive des eaux. Mais comiiient diininurnt-ellcs maintenant (|uc les cavités de la terre en sont pleines.^ — \ ous ne niere; pas, je l'eiipere, mesdames, que le pôle nord delà terre a dû se re-
froidir lorsque la zoiic lorridc élail encore toute de feu. Ce jiôle a donc été la première partie du i;lolie liabilée. Après bien des siècles le froid a commencé ii s'y faire sentir, et ses habilants se sont jetés ii main armée sur l'Asie, dont la teuipérature douce et bienfaisante leur olïrait toutes les jouissances i|ue ini>di|iue une nature riche. \ oila le coinmencement di' l'histoire des émi(;iaiions des hommes du nord vers les contrées iiiéridionales.
Plus lard ce pôle se chargea de jjlaces , et peut-être couvrent-elles aujourd'hui des contrées jadis civilisées et florissantes. La mer Glaciale se forma et s'étendit. H est reconnu que le volume des jjjaces au]jiucnttf sans cesse, cl ([ue le soleil n'a pliis la force d'eu dissoudre une parcelle. On a fait la même remarque sur les hautes monlai-nes de la Suisse. A la vérité, de j;iauds fleuves s'échappent de leur liasc; mais à mesure que la chaleur centrale iliiiiiinicra , leurs eaux si'ront moins aboiidaiiles. Ll il est ass( z vraisemblable que dans huit ou dix mille ans la plus grande ]iarlie de rlJuro|)c ne sera (|u'un glaçon. — Mais, iiiunsjeur le savant, que deviendrons-nous quand la zone toiv ride sera gelée'' — Uassurcz-vous, madame, il y aura longtenips que nos derniers descendanls auront cessé d'exister; mais il est vraiseinlilahle r[ue les ours blancs seront les derniers habitants de la terre.
— Je crois, inonsicur Henri, que vous pourriez bien avoir trouvé les vraies causes de la iliminutiou des eaux. iMais vous avez hni par nous offrir un avenir aflligean|. — F.li ! mesdames, reprit le colonel, au lieu d'écouter ces belles choses-lii j'ai fêté le turbot, que ta race soit antique on nouvelle, et je l'ai arrosé d'excellent vin de Cùte- Rôtie. 11 ne gèle pas encore l'été dans ce vignolije-là. »
Pendant uni- M. Henri parlait, son hls et Edmond caressaient de très-près une charlotte russe, cl Uoherl prenait des notes au crayon. Des aperçus d'une science nuuxelle pour lui venaient de s'ofl'rir, et il comptait bien engager son iustiluteur à l'initier dans les secrets de la grande nature.
« Chantons, chantons, se dirent les dames, et que ce soient des choses gaies. Un chaut mélaneoli(|uc ajouterait il la tristesse dont le prophitc Henri nous a ])éiiétrées. » .Madame du Perron court ii son piano ; on chante d'abord avec le soin qu'inspire l'amour-propre ; bientôt on danse en chantant ; on se mêle, on se croise, on se heurte, on rit, et, an nioment de se séparer, on ne pense plus ii l'exlinction de l'espèce humaine, ni aux derniers héritiers de sa puissance leurs allessfs les ours blancs. Ae dansc-t-on pas tous les jours auprès des mines d'Hercnlanum et au pierl du Nésuvc, qui menace sans cesse de tout engloutir ?
Les besoins du jour sont toujours les plus pressants. Itientôt les affaires poliliiiuc susiiendircnt le goût des sciences et des arts. Cha-. que jour on jircnait son journal , on applaudissait aux élections populaires ; on faisait la mine, quand la ruse ou la fraude avait porté a la chambre future un membre partisan du despotisme. On eut enhn la certitude (|ue les amis de la liberté auraient il cette chambre une immense majorilé. Les patriotes se réjouissaient ; les royalistes éprouvaient les jilus vives inquiétiules.
Les enfants, ténioins des discussions politiques, qui s'ouvraient chaque jour chez M, du Perron ou chez M. Henri, cominençaienl à comprendre que trente millions d'hommes ne sont pas nés pour les jilaisirs d'un seul ; que la liberté, établie sur les lois, doit être le patrimoine lie tous, et que lorsque le prince méconnaît des droits sacrés, qu'il a solennellement juré de respecter, il faut l'écraser sous le poids des fers qu'il a forgés pour ses sujets.
En altendanl les événements, on continuait à s'amuser dans les g trois familles.
La bonne madame Robert aimait assez la bonne chère , peut-être parce qu'elle en était habiluelleiuent privée. « Quel sens heureux que le goût! s'écria-t-ellc un jour en fêtant un filet de chevreuil.
— Moi, je préfère le sens de la vue, répondit Robert, c'est ii lui que je dois le liDuhiur de te voir, u Sa mère l'embrassa tendrement : c'était bien naturel.
Il Pour moi , reprit madame du Perron, je crois que le plus précieux de nos sens est l'ouïe ; c'est à lui que nous devons les plus doux épancliements ; il est l'organe essentiel de l'amour maternel et de l'amitié; il c.^t enfin le sens du eieitr.
— Je pense comuic vous, luesjaiues, continua madame Henri, mais, par grâce, ne dédaignez point l'odorat. Lorsque dans une promenade solitaire nous nous livrons ii de douces pensées, et que tout à coup nous sommes frappés par l'odeur de rauhépine,de la tubéreuse, un charme nouveau se répand autour de nous; nos idées deviennent plus rianics, nos jouissances plus intimes. \ dyons , monsieur Henri, ïi quel sens donnez-vous la préférence i' — Mesdames, je vais vous étonner. — Ce ne sera jias la première fois. Parlez, parlez librement ; mais plus de prophéties. Uoniiez-nnus du positif.
— Vous désirez savoir quel est le sens que je préfère ? Eh bien ! luesdaiiii's, je n'en connais qu'un. — Comment, vous ii en connaissez qu'un ! — Oui, mesdames, et c'est le toucher. — Oh ! oh 1 — A la preuve, s'il vous plait.
■ — Comment un mets vous flatte-t-il i' C'est en tiiuchant les houppes nerveuses de voire palais, c'cst-ii-dire ta partie supérieure du dedans de votre bonelie.
» Vous avez dans le fond de l'œil une membrane qu'on appelle
CONTES A MON J'ETIX'-iat.S,
rétine. I-Vi'iiiez les jciu il voii» ne viTic/. rien. Oiivru^-lcs, les iibjets L'Mrricni's \irn(ti'(int s'j pi'imlrc l'ii se incllitnl en cnniarl iivcc la ri'linc. .\'c>l-ce pas fncine lii If liunliii' ,'
u Mi'sji'inifsaniis, vous ave/.JDui- iln lamlidiii' anlreUiis. \ olre caisse ne lenilail de sons i|iie |oisi|ii'elli' ilail rra|i|ii'e par la liaijiielle. Nnns avons dans le lonil île l'tiieille une pelliiule, tendue i iiinuie la pean <le Vdtrc caisse. I.e linnl e\lri ieiir la (rappe, et elle \(iiis la rend seiisililc. \ iiila eneore le tnnelier.
" l.a niembrane pilnitaire est une aulie lelliiiile, placée dans la partie intérieure el supérieure du iieï. (Juand \(Mis jirtnez \citre lialeiiie, les émanations, ilouees ou ilés,i|;réaldes , qui !iinl répandues partout, attirées par l'air que vous pompez, l'rappmt votre niemlirane pitiiilaire. \ oilà ce ijne vous appelez l'odorat, et ee i|ui n'est réellement i|ue le toucher, \insi c'est à lui seul ijuc se borne ee ipie vous voulez bien agipeler îles si us.
— iMais, niuii elier Henri, vous êtes désolant. Vous siiiipliliez tout lie manière à ne nous rien laisser. — Mesdames, je ne vous lUc aiieiino de vos jouissances ; qu'avez-vous à me reproclier :' INoiis ne ilil'réruns que sur les noms à donner auv causes qui vous les procurent, (wiiiliiuiez à jouir, et appelez ces caiisis eoiiime vous l' voudrez. "
On en était là , et on allait probablement traiter un aiitic sujet, quand on eiileiidit crier ilaiis la rue : S oilii la uraiide ordoun.inec du l'iM qui ili^sout la nouvelle cliamlire!
Il était loit éj;al au e(donel d'avoir cinq sens , ou de n'eu avoir i|U'uii, Aussi ii'avait-il pris aucune part à la conversation, Mais lorsqu'il entendit le erieur publie, il lit un saut (|ui ébranla le paa|uet. " llissiMidre une eli.unbre i|ui n'est pas encore assemblée ! l'esl casser les élections ! c'est marquer le plus i;rand mépris pour les déjiutés, pmir les électeurs, jiour la nation! c'est violer ouvertement le serment prononcé ii la cérémonie du sacre ! l^Ii ! croilil i|uc nous soyons obli|iés ii tenir le mitre, lorsqu'il l'ouïe le sien sous ses iiicds?
11 Je vois liim cil on veut nous mener, Mais je suis Français, et vini;t millions de Kraneais pensent comme moi. Ils sont lii cin([ à six tèles qui , de temps immémorial , font la chasse aux peuples, I.e temps viendra, je l'espère, oii les peuples rcront la chasse aux rois. J'ai de IMiumenr, beaucoup d'humeur, il vaudrait autant être au ri^ijiie des ours blancs, dont parlait le pro]ihtte Henri.
— Colonel, le prophète Henri , iniisquc vous me nommez ainsi , n'est pas plus sorcier qu'un autre, et il n'exiije pas qu'on croie à ses prophéties, qui peuvent n'clre pas delà plus grande justesse, (Cependant il [leut donner un exemple, que vous avez tous les jours devant les jeux, des vérités ijénérales qu'il a avancées,
— Kh ! que m'importe, monsieur, ee qui se ])assera dans sept à huit mille ans i' Ctst de demain, c'est d'aujourd'hui <|u'il est (jucstioii, — Kh! colonel, dit bien iloncemenl madame du Perron, nous ne serons pas plus malheureux qu'on le lui sous le riijne de Louis \l\. H était absolu ; ses maîtresses, sa passion de bâtir, ses ijuerres ruincrent la France, Cependant on était |;ai, et on se vcii|;eait du roi et de ses ministres par des chansons, — Oui, madame; mais les auteurs et les chanteurs étaient envoyés ii la iiastille el ii liicètrc. D'ailleurs, je ne suis pas plus du rcijne de Louis \l\ , que je ne serai de celui des ours blancs de M, Henri, u
Le colonel se promenait i> nrands pas dans le salon, H frapp.iit du pied ; il rcjjardait le plafond ; l| serrait les points ; son nil était étiiicelaiit H semblait s'occuper |le vastes projets. 1\ n'était plus à la conversation.
Madame du Perpoi) s'ttvança vers M. Henri sur ]f\ pointe des pieds. Elle lui prit la main avec un sourire aimable, et le conduisit dans rembrasured'unecroiséc, iiJesuis curieuse, mon cher proplule, devenons il cet eveiiiple dont vous parliez tout ii riieiire, et que j'ai, dites-vous, devant les yeux. — Hijjanlcz la lune, madame. — l'Ius bas, monsieur Henri, plus bas, ne heurtons pas le colonel. — Kefjardez la lune, vous dis-je. — .Mais je n'y vois rien de eliani;é, — Pourquoi la voyfz-voiis nette et brillanle ? — Parce que notre atmosphère est déj;ai;éc des nuages qui nous la dérobent souvent, — Et pourquoi, quand notre atmosphère est pure, la voyez-vous coiislaminent dans le même état? — Vous allez me le dire, — C'est parée qu'auciiii nuage ne s'élève de la lune. Donc il n'y a pas d'eau dans ce globe, ou , s'il y en a eu, ce qui est Irius-vraisemblable, elle est entièrement convertie en glace. L'eau bouillante (lu'oii vous présente dans votre grande cafetière est plus de leiiips ii se refroidir que celle qu'on vous apporte quelquefois dans un vase plus petit. — ^Cela est iiieonleslable. — Or, la lune, inliniiuent plus petite que la terre, doit être refroidie depuis des milliers de siècles et n'clre jdiis qu'un corps glacé, — Oh ! si on vous laisse aller, il n'y aura plus lii-haut que des soleils et des ours blancs. — .Ma foi , madame, j'en ai peur.
— .Monsieur du Perron, vous avez deux fusils de chasse, — Oui , enlonel, — Kaites-moi le plaisir de me les prêter. — yu'en voulezvous faire ? — Vous me le demandez, et vous êtes l'raiieais ! — \ ous penstz à vous battre? — Et eu déterminé. Je défendrai vos droits. Us miens et ceux de vos enfants. — Et qui vous a dit, colonel, que M. Henri et moi ne nous battrons pas si les circonstances l'exigent ! — Bravo! bravo, mes amis ! .Si l'on nous pousse ii bout, ce qui est facile ii prévoir, on entendra parler de nous. — ^ ous scie/, noire eomiiiandaut, — De tout mon cœur. M. Henri et vous êtes
ebasiieiirs , vous n'aven pas besoin d'aiipreinlre à manier un fusil ; mais ces enfants.,, — Oh! giàec , grâce pour Edmond. — (iràec pour Henri, n On sent bien qu'ici ce sont les deux ini-res, qui Irenililciit pour leurs enfants. M.idaiiie I\iiliert regardait sou mari d'un air supplianl , qu'il feignait de ne pas xolr. lloberl prit la parole : " Tarqiiiii abusa de son aulorité, et b s Komuini, conduits par Junjiis lîrutos, le c liassèrcnl de Knme, Mou pire, xiius sirc/ llriiliIS, et je lue montrerai digne d'être votre bis. « Le eolunel le pressa Icnilreiiienl <!ontre son cieiir,
■< llobcrl, il est inutile d'aiipremlrc ii faire un ii droite, un ii g'auche , et il marcher aligné. Il faut savoir eliarger un fusil et tirer juste. Pri'iid» celte arme... u
La leeiin fut longue ; le père était palieiit et le fils plein d'ardeur. Edmond et Henri regardaient, écoutaient avec une atleiilion que rien ne pouvait déranger. Le père el le fils se reposè-rcnt eiilin. I".diiion I et Henri prirent les deux fusils et répélèrenl assez bien le luaiiieineiit îles armes. " (C'est fort bien, dit le colonel ; mais ce n'est pas tout. ]1 faut s'accoutumer aussi à tirer un coup de fusil sans fermer les yeux, et il est surtout nécessaire d'ajuster ii ceinture d'homme. Descendons au jardin. ■■
lue feuille de p.ipier esl ( louée . à un arbre , el Ilobert lire pour la premii're fois de sa vie. Le coup porle ])ar-dessus le mur, le second laboure une plale-liande, le troisième fraiipe l'arbre auquel est attaché le papier. ■( llien, mon lils, Irès-bien. u Une heure après, Hubert piiuvail tuer son hoiuiuc il quarante pas de ilislaiice.
Henri et Kilmond deniandèreiit eugrAce qu'on leur permît de tirer aussi. Ils eommciici'renl el l'iiiirent comme lloliert, La journée s'avançait ; mesdames Henri el du l'erron renvoyèrent leurs enfants au collège, Champagne était chargé d'une L-ttre qui rceouiinanilait forlemeiil au proviseur de ne pas les laisser sortir sous quelipic prétexte (|uc ce put être.
(I Monsieur du l'erron , vous avux du plomb de chasse,.. — V.t même des chtvrotiiies, — Prèteij-iiioi vos moules, cl je passerai la nuit à couler des balles, u
Ou se sépara eiiliii , et le ciiloiiel se mit il l'ouvrage, 'ilesdames du Perron et Henri parlèrent iiiodéralion à leurs maris ; elles leur rcpréscntiri'iil qu'ils devaient vivre pour elles el pour leurs enfants. Ces messieurs promireiil tout ce ([u'elles voulurent ; mais le soir même. M, du Perron envoya (Champagne prendre un fusil il deux coups chez son ari|iieliusier et le ht ci(cher dans une espèce de grenier. M. Henri avait le sien.
Le 25 du mois de juillet tSao jaillit du sein de l'éternité : jour à jamais célilire par l'aiiiiaee aveugle du souverain et rexirême médiocrité des ministres , qui ne eoniiaissaient pas le peuple fraiieaif. Ils comparaient celui de Paris ii ce chien docile, couché sur su chaîne, grognant ii peine au maître qui le pousse du pied, léchant la main qui s'approche pour serrer son collier. Le réveil devait être terrible pour les oppresseurs.
Le 20, un rapport des ministres, qui poussent le roi à anéantir ce ([iii reste de libertés ii la l'rance; des ordonnances conçues dans le même sens, sont rendus p.iblics. Hélas! j'ai vu dans le cabinet du roi coupable la table ronde, couverte d'un tapis vert, sur laquelle il signa les actes de sa déchéance.
Au premier bruit de ces actes liberticides, une clameur menaçante s'éleva de toutes parts, i \ oici le jour de la vengeance, s'écria le colonel ; le voici, ee jour si longtciiips appelé. « El il court au Palais- Koval ; il parle, il interroge, il répond. Il trouve des hommes dignes de lui. H iireiid des journaux; des écrivains immortels appellent le peuple il riiisiirreetion et à la conservation de ses droits, « Demain, se dit-il, ils porteront leurs têtes sur l'écliafaud si les Parisiens ne se lèvent pas. lis se lèveront. " 11 rentre dans les allées du Palais-Hoyal, et il ne balance pas ;i exciter le peuple à prendre les armes. U exaspère les hommes couraijeux ; il aniiiie ceux que semblent retenir la prudence ou la timidité.
Des patrouilles de gendarmes se présentent devant les groupes et les disperstnl par la force. « ^ ous nous reverrez, u dit le colonel en
se retirant.
(jC qu'il avait fait au Palais-RoyaJ se répétait dans tous les quartiers de Paris. Partout on cherdiait des armes; partout on brûlait de s'en servir.
Le mardi 27, ii huit heures du malin, des enfants parcourent toutes les rues et brisent les réverbères : on allait avoir a combattre des gardes royales de toutes les armes, et il fallait dans cette lutte inégale s'assurer, ii la laveur des ténèbres, le repos de la nuit. Des hommes vigoureux arrachent les pavés des rues; ils en forment des barricades, qui arrêteront la marche des troupes réglées. Ils garnissent de ces pavés les étages supérieurs des maisons; c'est de là que la mort écrasera ceux qui auront pu franchir les barricades.
Le colonel sort de chez lui, la tête haute, la poitrine elTacée, le jarret tendu, beau comme la révolution qui euiiimence à rugir. 11 est armé de son redoutable fusil. Son fils marche ii côté de lui. " Viens, lui dit-il, apprendre à mourir ou à conquérir la liberté. » 11 porte la main sur le ccuur du jeune houiine, il le trouve calme, n C'est bien, mon lils; je suis content de loi. 'i
Madame du Perron pousse un profond soupir en les voyant des-
CONTES A MON PETIT-FILS
cendre vers le pont Neuf. Elle f;iit fermer ;i iloiilile tour la jiorte <Ie la me; elle s'emiiare de son mari, elle lui jiroUsle (|u'el!c ne le (]uittera pas d'un instant. M. du Perron veut .sortir , il descenil. Sa femme est sur ses pas. " Je le suis, lui dil-ille. \o\ons si tu me conduiras au milieu des eoups. » M. du Perron laisse loniher sa lèle sur sa |)oitrine ; il remonte tristement : sa femme s'enferme avec lui dans son appartement.
.^lailaïue lliiiri s'est conduite il i>eu près de mi'uie ii l'éijanl de son mari. I.a tendresse conjugale a paralysé des bras qui pouvaient être utiles dans la lutte qui allait s'ouvrir. Pardonnons-lenr, mais célébrons des héros.
Toute la j;endarmerie de Paris est scms les armes. Des réi;iments français et suisses de la |;arde royale descendent vers la rue .Saintllunoré. Le sani; va couler, et les Parisiens mal armés, sans munitions, sans eliefs, sans plan de défense, sont déterminés à prodiguer leur vie.
Son père crut pouvoir le promener sans danger deux ou trois fois la semaine.
Les députés nouvellement élus se sentent di|;nes de seconder l'élan populaire. Ils se rassemblent; ils prolciteiit, au nom de la nation, contre les ordonnances liberticides. Ils ont siijné l'arrêt de leur mort, si le despote n'est renversé.
Les élèves de l'Ecole polyteclini(|ue, (|iii se montrent les premiers dans les moments de crise, ceux des Ecoles de médecine et de droit, se rassemblent à l'Odéon. Des ouvriers, des bourijeois y attendent des cliefs. Les pelotons se forment; on clierclie des armes, on en trouve de mauvaises. « ÎS'importc, dit un élève de l'Ecole polyteclinique; ces armes seront mortelles dans les mains d'iiommes comme vous. En avant ! »
Le colonel était enveloppé dans sa y rosse veste du matin; mais il n'avait pas fait cent pas que ceux qui l'entouraient reconnurent un homme di];nc de les commander : « Je vais vous donner, leur dit-il, des fusils et des cartouches. Suivcî-moi. «
Ils arrivent au poste de gendarmerie établi ii l'entrée du marché Saint-(iermaiii. Ils trouvent viii;;t hommes en bataille devant le corps de (jarde. Le colonel se pré<ipite. Son fils et sa troupe le suivent. Les gendarmes apprêtent leurs armes, ils vont faire feu... ils n'eu ont pas le temps. Serrés de toutes paris, renversés, foulés par des héros en i;uenilles, leurs armes ne sont jibis à euv.
Des coups de feu se font entendre dans le lointain. Le colonel et sa troupo passent le pont des .\rts. (iuidés ])ar le bruit des feuv de peloton, ils arrivent a la rue .Saiul-llonoré. Les chari;es des troupes royales étaient vives et multipliées. Des jeunes ijens des trois écoles, des hommes de toutes les classes, de toutes les professions, quelques gardes nalionauv bravaient et recevaient la mort... Le colonel et sa troupe paraissent. Ils tirent presque ii bout portant, ils s'élancent la baïonnette au bout du fusil. Les troupes royales ne peuvent se développer dans une rue. Français et Suisses sont renversés les uns sous Ic:. autres; ils sont contraints k se retirer en désordre. Les Parisiens conservent leur position.
Paris. Typo{jrâ|ihie ilt-nii
Déj;i le colonel et son fils avaient été remarqués. Robert, collé au coude de son père, avait tiré trente coups, et presijue tous avaient porté. 11 n'avait que quin/.e ans.
La nuit vint. ICIle donna aux l'arisieiis le temps de se reconnaître et de s'orijaniser. l'.llc permit aussi an\ fauteurs du despotisme de faire entrer de nouvelles troupes dans Paris. La journée du lendemain devait cire terrible.
Les scènes de la rue .Saiiil-IIonoré s'étaient répétées dans plusieurs (piartiers de Paris. Ou avait perdu du monde, mais on s'était saisi des armes des soldats morts ou blessés. Ou en avait trouvé dans différents dé|i()ls. Des femmes fiisaient des cartouches; dans toutes les maisons ou préiiarail de la charpie. Chacun était acteur dans la grande crise qui allait continuer au lever du soleil.
De toutes parts on apportait des vivres aux soldats de la liberté. Ils se moiitrcrent diijues, par leur tempérance, de la cause qu'ils défendaient. Le tyran jésuite avait fait distribuer de l'arijent à ses troupes, mais elles ni.inquaient de pain. La disette, à la suite d'une journée et d'une nuit pénibles, ajoutait à la tristesse des idées que faisait naître une résistance opiniâtre , ii laquelle les royalistes ne s'étaient pas attendus.
Au point du jour, un cri (jcnéral se fit entendre : Vive la charte! vire la lilierlè! A neuf heures, la mousqueterie commença ii jouer sur plusieurs jioints; et le canon des troupes royales appela tous les Parisiens au combat.
Les détonations répétées pénétrèrent dans l'enceinte du collège Henri IV. Edmond et Henri se regardaient d'un air abattu. Le bruit des armes, la fumée que leur portait le x'cnt , le tumulte toujours croissant dans la rue, les tirèrent enfin de leur accablement : « Robert se bat, Henri! — Il se bat, Edmond! — Et il n'a qu'un an plus (|uc nous.— Il est noire supérieur dans les sciences. — Pourquoi le serait-il en bravoure? — Edmond, as-tu du cteur :' — Je crois qu'oui.
Le crieur public.
Et toi? — Moi, j'en suis sûr. — Eh bien ! désertons, et cette fois-ci notre désertion sera louable, u Ainsi, l'exemple de Robert leur était utile en tout.
Alais comment sortir du collège? L'ordre donné au proviseur par leurs parents était positif. Mais ce chef, préoccupé comme tant d'autres, était incapable de s'occuper exclusivemeiil de deux de ses élèves. Il ne pensait qu'a assurer la subsistance de tous, pendant une lutte qui pouvait durer loni;tcmps encore. Une voiture, chargée de vivres, s'arrête à la porte cocliirc; les deux battants s'ouvrent. Edmond et Henri se glissent derrière les chevaux, ils se courbent, ils passent entre les deux roues, les voilà dans la rue.
Que vont-ils faire? oii iront-ils? Ils pensent à attaquer; ils n'ont pas iiiêiue un bâton pour se défendre A qucli|ue ilistancc d'eux, aux environs de l'Estrapade , sont deux régiments d'infanterie de ligne, braves régiments, qui ont positivement refusé de faire feu sur le peuple. Les deux enfants s'approchent des rangs et supplient les soldats de leur prêter deux fusils : « Eh ! mes jeunes amis, vous n'avez Pluii , rue Garaiicière, 8.
C()^TES A M().% l'KTIT-ril.S.
pas ciirore assez de forée iiour les manier. Dcscentlez cette rue , et vous y trouverez ce .lu'il vous faut. « C'était la rue Saiiit-Janincs.
(^>ueli|ues lanciers île la (janlc, |iarfaiteiiient montés, avaient Iranclij (les liarricailcs et avaient poursuivi avec arharnement, et la lance dans les reins, des bourgeois, des femmes, des enfants, liicnlôt des pavés lancés du liant des maisons en avaient l'ait justice, l'.dniond et ilenri les trouvèrent ijisanis sans vie; mais leurs armes étaient enlevées. Ils se plaii;neiit, ils se désesjicrcnt. Une vieille femme les entend, elle ouvre sa porte. « INles enfants, voilà ce que vous clicrclicz. " Elle donne à cliacun un moiisquelon , et clic cmiilit leurs iioclies de cartouches. » Allez, mes braves petits, battez-vous bien , et que le bon Dieu vous proléijc! u
Ils avaient appris, lors de leur course ii Saint-Denis, qu'il ne faut jamais voyager sans anjent. Ils étaient possesseurs de quinze francs. Ils les donnèrent .'i la bonne femme, en éclianije des armes qu'elle venait de leur livrer, et on se sépara contents les uns des autres.
Ce qu'ils voyaient , ce qu'ils entendaient , était nouveau pour eux. l.e drapeau tricolore était arboré sur une des tours de Notre- Dame, le tocsin sonnait ii toutes les éi;lises ; un feu roulant de mousiiiicterie, le bruit du canon leur inspiraient une sorte de terreur inévitable .i cet âge. Wourris comme Robert de l'iiistoire ijrecquc et romaine , ils se répétaient pour s'encouraijer : « ('urtiiis se précipita dans un ijoutlrc pour sauver sa patrie. »
Ils étaient arrivés au pont Notre-Dame , et déjii on transportait des blessés dans dinérentes maisons que des médecins, des cliiruryiens , excellents patriotes, avaient transformées en hôpitaux.
Ils traversent le pont , ils suivent le quai des Orfèvres ; les voilà au coin de la place de Grève. On s'y battait avec acliarnenient.
Leur dévouement ne les empêchait pas de sentir leur faiblesse et le danger. Ils filent le long des maisons qui sont en face de l'hôtel de ville, l'arme haute et le doigt sur la détente. Ils parviennent à la rue du Mouton ; une allée se trouve ouverte, ils s'y jettent : ils y attendent le moment de servir la cause publique.
Une pièce de canon débouche de la rue de la Tixeranderie ; elle est pointée sur la place de Grève, elle menace un groupe de deui cents patriotes ; peut-être est-elle chargée à mitraille! Un canonnier s'approche la mèche allumée, le bronze va vomir la mort. Au portemèche ! se disent tout bas les deux amis. Ils tirent le canonnier
tombe. Aussitôt un héros s'élance, il est suivi de tous les siens, la pièce est enlevée, tournée contre les Suisses, le coup part, le pavé est jonché de morts et de blessés.
Quel est cet homme dont le coup d'œil sûr a si bien saisi le moment ? C'est le colonel, c'est son fils, ce sont des braves du faubourg Saint-Antoine. Le colonel et Robert se battaient depuis le matin sur des points différents et toujours sur celui oii le danger était le plus éminent : ainsi leur poste était alors sur la place de Grève.
Henri et Edmond se précipitent dans les bras de leurs amis. « Je n'aurais pas été vous chercher au collège , leur dit le colonel , mais puisque vous voilà , soyez les bienvenus. Criez avec moi : La liberté ou la mort ! •
On continua à se battre jusqu'à la chute du jour. La garde royale vaincue profita de la nuit pour opérer sa retraite. Elle se retrancha au Louvre, aux Tuileries et dans quelques casernes.
Le lendemain elle fut forcée dans tous ces postes , et à chacun de ces coiiibats on remarqua le colonel et ses trois enfants, ainsi que les nommaient les braves qui ne les quittaient plus.
Un gouvernement provisoire s'était organisé pendant la nuit, cl le tiOO.
30, de grand matin, le duc d'Orléans fut proclamé lieutenant général du royaume.
La cour, tremblante, avait aussi profité de la nuit pour se réfugier à Rambouillet. Il lui restait une armée ; mnis ses aoldats étaient alTamés, et Ils haliilants des ciiminiines environiiaiiles leur refusaient un morceau de pain. Le gouvernement provisoire résolut d'en hiiir. Il demanila cinq cents hommes de bonne volonté a chaque iiiuiiiri|ialitr, et une heure après quarante mille l'arisiens se jclireiit dans dis fiacres, dans dos voitures h six sous, dans des coucous, dans des carrosses. On reiiiarc|uail en tête de cette armée le colonel et ses trois enfants, montés sur l'iiiipérialc d'un oiiinihus.
Ce roi, (|ui quatre jours avant «■oiuplait museler les Français, demanda pour toute i;ràce qu'on lui laissât la vie, et (|u'oii lui envoyât lin sauf-conduit pour iju'il se retirât en pays étranger, l.e lieutenant général du royaume pourvut à sa sûreté, et rappela l'armée patriote. Elle rentra sans murmurer dans les murs de la capitale. Les l'arisiens savent vaincre, ils ne savent pas assassiner.
Le colonel, pendant les trois jours, s'était fait une réputation colossale dans Paris. Un aide de camp du lieutenant général l'attendait à la barriiTc de la Conférence, il n'eut (las de peine à le trouver. 11 avait demandé le brave des braves, et cent, deux cents, mille hommes le lui montrèrent.
« iMonsieur, lui dit l'aide de camp, le lieutenant général veut vous voir ainsi que vos enfants. — .Monsieur, je vous suis. »
Ils arrivent au l'alais- Royal , leurs babils déchirés , à demi bridés , leur»
figures noircies par la fumée de la poudre. « Qui êtesvous , monsieur, qui vous battez si bien? — Monseigneur, je suis le colonel Robert, à qui le roi jésuite a ôlé son régiment pour le donner à un mar(|uis. — Je vous nomme maréchal de camp , et je vous mets en activité de service. Que puis- je pour ces enfants?
Monseigneur , celui-ci est mon fils , et je voudrais qu'il entrât dans l'artillerie.
— Je vous prometsqu'il sera officier d'artillerie quand il aura passé par l'Ecole polytechnique. — Monseigneur, il n'a pas l'âge; mais faitesle examiner par les professeurs de mathématiques les plus instruits. — Je le ferai, je vous le promets. Et ces deux pelits-là? — Que désirez-vous, vous autres? leur demanda le nouveau général. — Une souslicutenance de dragons! répondirent-ils ensemble. — Oh! reprit monseigneur, des oiïiciers de treize à quatorze ans ! — Monseigneur, nous avons gagné un an dans chaque rue de Paris. — A ce compte-là vous êtes aussi âgés que moi. Allons, accordé, accordé ! » Un officier du prince prit leur nom et leur adresse.
Ils sortirent tous quatre du Palais-Royal, bras dessus, bras dessous, escortés par ceux qui les reconnaissaient. Le nombre de leurs admirateurs grossissait à chaque instant , et leur entrée dans la rue de Tournoii'fut une espèce de triomphe.
Que devinrent leurs parents, qui les croyaient au collège, quand ils se présentèrent sous les guenilles des braves ! On aime beaucoup ces gens-là , et on est fier de ses enfants quand ils ont mérité ce titre ; on est enchanté de les retrouver, surtout quand ils n'ont pas reçu une égratignurc.
Huit jours après, les brevets si impatiemment attendus arrivèrent. Oh ! il y eut une fête, mais une fête... A la fin du diner un homme du ministère de l'intérieur apporta la nomination de MM. Henri et du Perron à une préfecture. Ils embrassèrent tendrement leurs enfants et leur dirent : <• Nous n'avons rien fait pour l'Etat, c'est a votre belle conduite que nous devons les laveurs du gouvernement. — Au lieutenant général du royaume ! s'écria le maréchal de camp
Le colonel et soa fils en juillet 4830
CONTKS A ■\I().\ l'i:'l"l T-l'lLS.
rii l'ji>.ciil .viuilcr le boiuliuu à'unc bouteille dv vin i\c Cliaiiijtutjiio, et iiti ili.ililt' lis rois c.ir.irils ! »
L'allaiif de Uohi'il u'jII.i |uis aussi viu-. Un l'ail on si\ mois nn oll'icier de dra|;uns , il laul dfs anui'es pour l'urincr un iilticicr d'arlillcrif. Le liiutiiianl crncral se eonnaissail en braves ; mais il n'enlcniliiil pas ijii'on dût à la laveur une admission dans un eorps savant. Il avait promis au général Uobert ijue son lils serait evaniiné, et il donna des ordres en eonséi|ueiiee.
Les plus inslruils, les plus rigides des ciaminaU'urs lurent convo- '!"!■'* '^! J"'"^ même oii les brevets .rLiInèond el de Henri lurent evpédies. Ces deux eulanls n'elaieni plus a eux. Ils saulaient, ils gambadaieiil, ils envotaient tlierelier le tailleur, le limrbisseur, le marcliand d'épaulrttes. IJue cela est beau, une épauletle, surtout ipiand on l'a (jaunée : Ils ne voulurent pas se coucher (|lie les mesures n'eussent ele prises, ijue le reste n'eût clé eommainlé, et c|ue les l'ournisseurs ne leur cusstut pusilivcment promis de leur livrer le tout le lendemain.
Ils ne dorniircnl pas île la nuit, l'cul-oii dormir quand on doit endosser le lentlemain un unil'orine de dragon?... (,)ue de châteaux en Espagne se succédèrent pendant celte nui! d'espoir et de doiu-es illusions ! Hoberl ne dormit pas da\anl.ige : c'élail la veille du jour oii il devait subir l'evanieii le plus scrieus. Son orgueil ne perniellail pas i|u'il doutai ili' lui ; mais il jouissait du triomphe qu'il allait obtenir. Lire ollicier d'artillerie à quinze ans ! porter un babil qui allo>le la science et la bonne conduite I... Il y a là de (juoi troubler le sommeil d'une lèle plus âgée.
11 jiarul devant ses juges sans jactance et sans fausse modestie. Jl l'Iail irés-icllccbi, nous le savons, cl il avait étudié pendant la nuit -a pose, son geste el jusqu'aux inflexions de sa voix. Le calme de sou niaiiiiien annonça un élève qui jouissait de tous ses moyens.
On commeiiia cepi'ndant par lui proposer des questions très-simples, fia vanité en lut blessée, cl il ne put s'empêcher de sourire en les résolvant. Son assurance cl la précision de ses réponses tirent juger aux examinateurs qu'il était beaucoup i)lus fort qu'ils ne l'avaient supposé, el ils oommeneèrcnt à le pousser vivement. Toujours même clarté et même justesse dans ses solutions. On lui proposa enlin les problèmes les plus dilliciles, et il obtint constamment les mêmes succès, l.es examinateurs se regardèrent avec élonneinent, el le lixèrenl lui-même avec une sorte d'admiration. <t (^)ui a été votre mailrc ? lui demandèrent-ils enfin. — Mon amour pour ma mère et M. Henri. • Celle réponse amena des explications, el les examinaleurs levèrent la séance en s'écrianl : « Heureuse la mère qui a un tel lils! «
On sent bien que le rajqiort de ces messieurs fut aussi flatlciir qu'honorable pour llobert, cl dès le troisième jour il reçut son brevet.
Les lournwseurs d'Edmond et de Henri leur avaient tenu parole , ce qui n'arrive pas toujours. Ils savaient, qui ne le savait pas! qu'ils i'elaicnl battus c<imuie de petits héros, et ils se faisaient un devoir, presque un honneur, de travailler pour eux. D'ailleurs faire attendre des enfants de cet âge n'était- ce pas leur imposer une sensation pénible , el peut-on allliger ceux qui ont contribué à conquérir la liberté ,'
Il était quatre heures de l'après-midi quand les équipements complets arrivèrent. On avait compté les heures, les minutes, et les mamans étaient aussi impatientes que les jeunes officiers de les voir revelus des marques de leur dignité. Ces bonnes mères cl leurs femmes de chambre s'empressaient d'aider au tailleur, cl elles l'embarrassaienl beaucoiij. : dilVéranl en cela de la mouche du coche, qui croyait laire, ne faisait rien, mais du moins ne gênait personne.
A chaque pièce dont se couvraient les enfants, les mamans s'ccriaienl : « Ah ! que cela va bien ! qu'il est bien comme cela ! ., Les papas ne disaient rien ; mais ils suivaient la loilelte de l'œil, el un .sourire de satisfaction leur échappait par intervalles.
(^)uand on eut tourné, retourné, embrassé vingt fois les petits dragons, on éprouva le désir d'étendre ses jouissances. On les avait vus et revus, et il fallait que d'autres les admirassent. Dans toute autre eirconslnnce on eùl fait venir des voilures, ici on voulut marcher et on en avait de bonnes raisons. Les papas se possédèrent assez pour ne vouloir pas faire parlie de celle es|n;ce de procession.
tn ellet, des que le petit cortège fut dans la rue on entendit chiicbojcr: . liens, ces officiers de dragons, ce sont encore des enfants! — tJab . ce sont des protégés du gimverncment qui vient d'être renverse. -- .Vins doute, on prenait des sous-lieulenaiils au berceau. — (.but, cbnt, Antoine, tais-toi donc ! Ce sonldcux enfants q'ui pendant es trois grandes journées se sont constamment battus a côté de ce brave colonel qu'on vient de nommer général. — Oh ! ii la bonne heure, ceux-là sont dignes de commander ! „ Et on les saluait respeetneusement, et ils rendaient le salut en portant avec gn'ice la main « leur casque, cl les mamans jouissaient, elles jouissaient !
Le même triomphe les alleiulnit .laiis toutes les maisons où elles présentèrent leurs enfaiiiB. On fail souvent aux mères des eomplinieiils qui dégenèreiil en lieux conimuns, el qui, par celle raison , ne sigiiitunt rien. On aime, on estime la valeur dans un homme, on I admire dans un enfant, et partout les félicitations furent aussi slliteres qu'clUs étaicnl m.rilé'e».
Pendant (|ue ces scènes se passaient, les papas s'occu|>aient de ce qu'ils devaient k la reconnaissance el aux procédés. Us écrivirent au liculcnant général du royiume |oar lui demander une audience. Elle leur fui accordée le lendemain.
Vuaiid ils eurent exprimé leurs senliments avec la chaleur que donne la salisfaclioii , le prince leur répondit : « La liberté est c<inquise, il faut la consolider. J'ai besoin pour cela du concours d'houimes <|ui l'aiment véritablement. Je ne vous connais pas ; mais la coiidiiile de vos enfants prouve l'excellence des principes dans lesquels vous les avez élevés. Alley. les répandre cl les protéger dans les ilépartcmeiils où le ministre de l'intérieur vous a placés à ma r£coiiiiiiaiulalion. n
Il était clair, d'après cela, qu'il fallait s'occuper sans délai des préparatifs du départ. iMesilaines du l'crron cl llenri avaient pour leurs maris l'alVecliun la plus sincère : el c'était bien assez pour elles de se séparer de leurs enlanls, qui allaienl courir les garnisons. Il fut décillé qu'elles iraient l'une à .Mclz, l'autre il Uesanoun. Mais que de dispositions a faire avant que de monter en voiture ! Les carions à chapeaux seuls sont une alïaire ca]iilalc.
lïoliert avait aussi son uniforme d'arlillcur. Plus vain et plus rclléclii que ses deux camarades , il cul le bon esprit de ne s'en parer que pour aller présenter ses devoirs aux officiers généraux de son corps qui étaient ii l'aris. Il savait qu'il était lui sous l'habit bourgeois comme sous riiniforme, el il croyait qu'à quinze ans on ne doit plus faire l'enfant. H recevait de chacun de ses chefs des éloges auxquels il était infiniment sensible; mais l'empire qu'il avait déjà sur luimême ne permeltail pas qu'on démêlai ce qui se passait dans son intérieur.
Ses jeunes camarades ne lui ressemblaient pas. Leur enchantement pcrcail à chaque pas, à chaque gesle; ils contaient leur histoire k qui ne la savait pas, ils la rcpclaicnt à ceux qui la connaissaient. Faisaient-ils une partie de barres, ils déposaient sur le gazon le sabre et le casque : les enfants, témoins de leur jiarlie, regardaient ces petits trophées d'un ccil d'admiration et d'envie, et rien n'échappait aux deux jeunes gens. On voit toujours bien , quand on est intéressé à bien voir.
Elaienl-ils dans un cercle , les interrogeait-on , ils faisaient frissonner toutes les dames en leur racontant ce qu'ils avaient vu, et surtout ce qu'ils avaient fail dans Iciie ou telle rue. Ils savaient jusqu'au nombre des coups de mousqueton qu'ils avaient tirés, el à combien d'ennemis ils avaient fail mordre la poussière. On les écoulait avec un intérêt, un charme ! Ils étaient si jeunes, si gentils, et ils avaient été si sérieusement exposés!
Le thé , les friandises , le punch arrivaient. Ils faisaient fêle à tout, et surtout au punch : ils prétendaient que des dragons doivent boire, et ils disaient cela en riant si franchement et de si bonne grâce, que leurs mamans ne pouvaient prendre sur elles de leur ôter le verre de la main.
L'ivresse continuelle dans laquelle ils tenaient leurs parents les avait empêchés jusqu'alors de faire une réflexion bien simple. Ces deux enfants allaient partir pour Douai , où ils seraient livrés à euxmêmes , et par conséquent à toute l'élourderie naturelle à leur âge. Celte idée se présenta enfin. « Parbleu, dit le général Robert, ils feront des dettes, je vous en réponds. On les tiendra en prison jusqu'à ce que vous les ayez payées, et vous les payerez parce que c'est l'usage. Le métier des enfants est de faire des sottises, celui des pa-« rcnis est de leur pardonner.
Cependant il serait bon de les recommander à un officier raisonnable de leur régiment. Il faudra qu'il prenne d'abord sur eux un ascendant tel qu'ils ne puissent s'y soustraire plus tard. Je vais consulter mon état militaire de France. >i
Il rentra un moment après. « Bonne nouvelle ! J'ai trouvé dans ce régiment un capitaine qui était hussard quand j'étais simple soldat. Ce n'est pas nn beau parleur, mais il est brave comme son sabre et ferme comme un roc. Il commencera par raisonner avec eux; mais à la moindre fredaine il les mettra aux arrêts aussi facilement qu'il sable un verre de rhainpagne. Je leur donnerai nue lettre pour lui ; il sera bien aise d'avoir des nouvelles de son vieux camarade. i>
Cette affaire réglée, on se remit à parler politique, pendant que les dames donniienl ii leurs gens des ordres ]iour l'arrangement des vaches et des malles. Tous les jours les imaginations étaient frappées par des choses nouvelles cl du plus haut intérêt. La chambre des députés venait de lirminer la nouvelle charte. Le lendemain, le lieutenant général devait se rendre au sein de l'assemblée, y entendre la lectur<> du pacte qui allait lier le chef à la nation, en jurer l'observation et le maintien, et recevoir la couronne des mains des re- ])réseiitanls du grand jieuiilc.
On sent bien qu'il fut impossible d'empêcher nos jeunes dragons de voir cette auguste cérémonie. On ne put se procurer de billets d'entrée au corps législatif; mais comment ne pas se trouver sur le passage du roi citoyen, du meilleur ami des Français? Comment ne pas joindre ses acclamations à celles de la mullilude ? Tout ce que purent ijagner les papas fut que ces messieurs les accompagneraient el ne les (|uillcraienl pas.
On se plaça en face du Palais-Royal. Il était constant qu'on verrait
CONTES A MON PETIT-FILS
sortir le |)iiiici'; mais la foule omiicV-liii nos jounos i;dis il'appiocUer aussi |iris qu'ils le ilt'siraieiil. D'.iilleurs leur pclilo taille ne leur periiietlait i)as de voir entre les tètes iriioninies faits. Ils se tlépitaieut, ils trépii^naient. {.'epeiidant ils joignirent leurs «piilaudissements ii ceu\ de tous les bons I-'raneais, mais cela ne les s«ti»lit pas. Us résolurent d'attendre le roi à son retour, el ils montrèrent une patienee qu'on a hien rarement à leur à|;e.
Ou rèllècliit quand on en a le temps : Ils pensèrent que leur uniforme leur vaudrait ijuelques pièroijalives, et ils s'approclièrent des i;ardes nationaux , qui venaient de rompre leurs rani;s el île mettre leurs armes en faisceaux. Leur histoire était ])uldi.iue, il« furent reconnus aussitôt, et on leur proposa avec la [ilus grande anialiilité de se placer entre les liles, quand elles se formeraient de imuvcau. Os messieurs devinèrent les jiapas à l'air alVectueuv, à la tendre sollicitude avec laquelle ils reiïardaient les jeunes ofliciers , Ot Ils durent encore ii leurs enfants l'avantajje de partager une distinc lion qu'on accordait très-dillieilemenl.
hientôt les taniliours annoncèrent le retour du roi en battant nii\ champs. Oh ! comliieu ces enfants étaient lieureiiv ! leur d'il animé plongeait sur la rue Saint Tliomas-dii-Lonvre et aurait voulu percer les murs de l'édifice qui leur dérobait encore le monarque.
Il |iarut enfin. Les cris, les bravos dedein voii elairettf» percèrent au-dessus des i;ravcs acclamations des autres spectateurs. Le roi les remarqua, les reconnut et leur présenta la main. Avec quels transports ils la pressèrent, ils la baisi'rent la main de l'homme préeieuv qui venait de jurer la liberté et le bonheur de la Fianec ! Ils rentrèrent chez cu\, ciicliantés , enroués , fati(;ués.
La jjarde nationale s'organisait rapidement, el une revue magnifique devait avoir lieu le dimanebe suivant. >os draifons ne pouvaient se riispcnser d'assister ii cette solennité. Ils n'avaient pas oublié la peine qu'ils avaient eue ii approcher le roi le jour oit il fut proclamé, d'ailleurs il y a une garde n.itionalc il cheval, et il eût été' trcs-inconveiiant que des officiers de dragons se présentassent \k à pied. (Jiiel plaisir de parcourir le champ de Mars au galop et d'approcher le roi il chaque instant de cette solennelle journée !
Les papas étaient partis pour leurs départements; ainsi ils ne pouvaient réfléchir sur le vreu de leurs enfants. Robert n'était plus l.'i pour faire ses ol>servalions, ses représentations, ses recommandations. Il était a son régiment, oii on l'avait reçu comme un protégé, et huit jours après on avait reconnu en lui un officier d'artillerie d'un mérite distingué. Le général Uobert était de service auprès du roi , et n'avait par conséquent aucune objection à présenter i» ces jeunes messieurs. Il ne restait que les mamans, qui comptaient partir la semaine suivante, et qui certes n'étaient pas disposées h refuser à leurs enfants la dernière grâce qu'ils leur demandaient. Kt puis elles trouvaient tout simple que des dragons inontassenl à cheval.
En conséquence , Champagne reçut l'ordre d'aller chez tous les loueurs de chevaux, et d'en arrêter deux des plus beaux et des plus richement harnachés.
Le grand jour parut enfin. Ces dames montèrent dans leur calèche, et partirent précédées des deux héros, qui, après quel([ue temps de trot , jugèrent ii propos de prendre le pas. Leurs mamans les regardaient marcher avec un plaisir inexprimable. Elles prenaient pour des marques d'admiration certains sourires qui échappaient à quelques connaisseurs qui passaient de temps en temps, fcllcs ne s'apercevaient pas que nos héros avaient le ventre en avant , qu'ils s'atta-
cliaienl à la selle avec les |;fiiou\, et (|u'ils avalent les pieds eu dehors. Fort heureusement ils n'avaient pas peuié ii prendre des éperons.
On arrive ii la grille du champ de Mars. Ces dames se hâtent de se placer sur un amphitliéàtrc pour voir briller leurs enfants. Les jeunes gens entrent dans lenceiiile. Leur uniforme, leur jolie figure étaient connus de tout l'nris. Ou les regardait avec un vif inlérét; mais les connaisseurs ne pouvaient s'cnipèelier de rire en les voyant |>laccs il cheval comme ces marchands de cerises qui parcourent les campagnes.
l'endaiit que les légions des gardes nationales se formaient , des aides de camp, de jeunes officiers, des ganles nationaux à cheval caracolaient au milieu de reiiceintc. Les chevaux, longtemps contenus, de Henri et d'Edmond s'égayèrent à leur tour et prirent le galop. Les mains inhabiles de leurs cavaliers ne purent les arrêter. Ils sont tantôt sur la croupe, tantôt sur le cou de leurs coursiers; un (asqiic tombe à droite, l'autre à gauche. Ils abandonnent la bride et s'aecroclient des deux mains h la crinière. Les deux chevaux, fatigués d'un exercice au(|uel ils ne sont pas faits, ruent en même temps, et jettent leurs tristes éeuyers sur le sable.
Les mamans, qui ne les perdaient pas de vue, jettent un grand cri, descendent précipitamment de leur amphithéâtre, et sont arrêtées par lies factionnaires, (iiii ne permettent pas qu'on pénètre dans les lignes. Leurs eiifants étaient déjà relevé».
Au moment de leur chute, des jeunes gens qui pialTaient dans l'enceinte s'étaient arrêtés et leur avaient olVerl des secours, dont fort heureuscnicnl ils n'avaient pas besoin. Leur plus grand mal était dans la honte d'une disgrâce subie aux yeux de tout Paris, l n de ceux <|iii les avaient remis sur leurs jambes leur dit avec beaucoup de raison : n Mes braves enfants, un olbcier de dragons doit passer par le manège avant que d'aller galoper en plaine. »
On les ramena i» la grille confus, désespérés de ce qui venait de leur arriver. Us montèrent dans la calèche avec leurs mères, aussi humiliées qu'eux. Champagne attacha les deux chevaux derrière la voiture, el reconduisit son inonde à la rue de Tournon.
Nos jeunes gens s'empressèrent de quitter une ville témoin d'une scène qu'ils croyaient être la plus terrible qui pilt leur arriver. Ils joignirent leur garnison, munis d'une lettre pour l'ami du général Uobert. Ils trouvèrent en lui un second père, mais beaucoup moins inlulgenl ((ue le premier.
Ils se gardèrent bien de lui parler de ce qui s'était passé au champ de Mars. Leur premier soin, après les compliments d'usage, fut de lui demander le chemin du manège, et le vieux capitaine augura bien de cet empressement, donl il était loin de pénétrer la cause.
Les mnmaiis rejoiijnirent leurs maris. Une correspondance Iri-saclive s'établit entre eux et leurs enfants. Ceux-ci ne firent pas trop de folies, grâce ii la fermeté inébranlable du mentor qu'on leur a\"ait donné,
Uobert continua à être le modèle des jeunes gens. Son orgueil eut au moins cela de bon , qu'il le tourna toujours vers des objets utiles aux autre» cl à lui.
Mes jeunes lecteurs, je prends congé de vous en x'ons donnant ua dernier conseil : Soi venez-vols, v toi tes les Évonins ue votur tie,
or'll. V A TOL'JOITRS Di; BimiXLK ET QlT.LnlErolS lie DAXC.l.R A Xni 1.0111 rXIBE
EN PUBLIC CE vl'on .xe SAIT l'AS. Edmoud Cl Ileuri l'ont appris trop lard.
FIN DES CONTES A MON PETIT-FILS