XX. — Le Duel
J'étais » peine éveillé, que les idées de la veille se reproduisirent avec violence. Le sommeil réparateur ne m'avait redonné des forces que pour me rendre plus sensible aux indignités dont on accablait Sophie. Cependant, l'être le plus exaspéré jouit au moment du réveil d'une sorte de liberté d'esprit qui lui permet, jusqu'à un certain point, de raisonner sa position et ses démarches.
Je pensai, je réfléchis. Je m'avouai à moi-même que ce qu'on appelle le point d'honneur n'est qu'une misérable chimère ; que la gloire d'un duelliste ressemble à ces météores qui éblouissent un moment, mais qui renversent l'ordre, et que la raison range au nombre des fléaux. Je sentais que le moyen le plus sûr d'achever de perdre une femme dans l'opinion des honnêtes gens est de se battre pour elle : la plus estimable est vraiment celle dont on parle le moins.
Cependant, pardonner à ceux qui attaquent Sophie dans sa réputation, et qui m'ont séparé d'elle, est un effort de prudence qui me paraît impossible.
« Georges, faites-moi donner à dîner. »
Il prévoit tout, ce bon Georges : je suis servi à la minute.
le veux prendre une épée, et le grand costume oblige à en porter
UNE MACÉDOINE
une. « Tieordes, donnez-moi un liabil brodr, un cbapeau à plumet, ii'iniporle lesquels. •
Je vais sortir, courir dans vingt hôtels, et je nie conduirai selon les circonstances.
n Mon carrosse... Cher la baronne de (Juincy. " C'est là que se rassemblent de vieilles coc|uetles, qui se consolent du malheur de ne plus plaire en dénigrant la jeunesse, et en jugeant l'innocence d'après elles.
Le cercle est nombreui. On se lève, on me salue en souriant. On se replace, on nu- regarde, on se parle à l'oreille. Il est clair (|ue je suis l'objet de l'attention générale... 'Irouverai-je ici ce que je cherche '
Les hommes aussi se permettent de chuchoter! Je me sens rouge de colère. Je les fiie les uns après les autres, de manière à leur faire baisser les yeux. Que quelques femmelettes fassent ou disent des sottises, peu m'importe, après tout ! mais des hommes!... j'ai l'épée au côté !
C)a annonce mesdames d' Allival cl de Valport. Elles passent près de moi, je ne daigne pas les apercevoir. Elles vont s'asseoir près de la baronne. Elles lui parlent bas. Elles éclatent de rire en me regardant. Les misérables !
Deux homiues s'approchent d'elles. Je ne les connais pas, mais je vois clairement que ce sont les amants d'aujourd'hui, ils payeront cher ce triste et court honneur, si j'apprends qu'ils aient parlé de Sophie ! Le cercle se resserre autour de la baronne. Le rire se communique de proche en proche. Je ne me possède plus. Je vais faire un éclat. 11 sera terrible.
La baronne se lève; elle vient à moi, elle me conduit dans un coin du salon. « Qu'avez-vous ? vous paraissez inquiet, agité. — Je vous avoue, madame, que je trouve assez extraordinaire que tout le monde rie ici, excepté moi. Cette conduite ne s'accorde point avec les usages admis entre gens bien nés. — Convenez de bien des petites choses dont nous parlons là-bas, et ce rire qui vous offense n'aura rien que de flatteur pour vous. Etre bien, au mieux avec une des plus jolies femmes de Paris ; l'entendre dire à l'oreille dans les cercles les plus brillants ; fixer l'envie d'un sexe et la jalousie de l'autre, c'est beau, très-beau. J'avoue qu'on s'égaye un peu sur le compte de la jolie femme. Mais , que vous importe ? avec une figure comme la vôtre, on se doit à la société. On ne prend d'amour que ce qu'il en faut pour s'amuser quelques moments, et on ne s'intéresse pas bien vivement au sort à venir de l'objet ilu jour. — Je vous proteste que je n'entends rien à tout ce que vous me dites. — Pardonnez-moi, et je suis très-sùre que ceux qui ont fait courir celte histoire ont servi votre amour-propre, et que vous leur en savez très-bon gré. — Je voudrais les connaître pour les désabuser. — Les désabuser ! Cela n'est pas possible, et je ne crois pas que ce soit réellement votre intention. Un homme à bonnes fortunes être modeste ! — Je ne suis pas un homme à bonnes fortunes , madame. Ce rùle-lk ne s'accorde point avec ma façon de penser. — De la discrétion? fi! quel ridicule !... Heureusement pour nos plaisirs, MM. de Solignac et de Vercelles nous ont mises au courant. Ils sont vraiment vos amis ; ils ont publié partout votre triomphe.
Jamais homme ne fut plusprofondément blessé; jamais il n'en coula autant à personne pour se contenir. La rage était dans mon coeur, et un sourire forcé sur mes lèvres. Je regrettais de n'être pas né dans cette classe où la colère s'exprime avec les poings : j'aurais écrasé la baronne, Solignac et Vercelles. Quels sont-ils ? sans doute les amants nouveaux des d' Allival et des Valport. Peut-être les faveurs de ces créatures ont-elles été le prix de la diffamation de l'innocence. On les nommera dans la soirée, ces êtres aussi vils que leurs maîtresses. Ecoutons.
On emploie le moyen ordinaire pour se dispenser d'avoir une idée, et surtout une idée honnête : on fait venir des cartes.
J'en suis bien aise. J'aurai une contenance quelconque ; je serai plus difficile à pénétrer.
On arrange une bouillotte. On m'invite à faire un boslon avec la Valport, Vercelles et Solignac. On me les a nommés , je les connais.
Me faire jouer avec de pareils individus ! Est-ce une nouvelle perfidie? Veut-on m'exposer au trait malin, à ces mots équivoques que saisit toujours celui qui est intéressé à bien entendre ? Ne sent-on pas que c'est une tragédie qu'on prépare ?... (Jh ! elle sera sanglante !
La partie commence. Je me possède ; je montre un sang-froid dont je ne me croyais pas susceptible. Je parais être à mon jeu.
Je joue tout de travers; je perds les plus beaux coups. J'attends, pour rompre toute mesure, un léger reproche de mes partenaires. Us payent, et se taisent... Je les ferai parler.
Je liens en cœur avec madame de Valport. Je lui fais manquer toutes les levées, et je lui dis qu'on ne prend pas les cartes quand on joue avec aussi peu d'intelligence qu'elle. ^ ercelles me répond avec aigreur que ce ton est déplacé à l'égard d'une femme, et que madame de Valport joue mieux que moi. Je lui réplique très-haut qu'il en a menti.
.Solignac me met la main sur la bouche : je m'écrie qu'on ne touche pas un homme comme moi au visage, et je lui jette les cartes à la tête.
In murmure d'improlialioii s'élève de toutes parts. Mesdames d'Allival et de \ alpoit s'écrient iju'il est .iffreux de se porter à de pareils excès... Elles en ont bien d'autres a «c reprochir I .Solignac et Vercelles me lancent des regards foudroyants. Ils sont braves, tant mieux !
La baronne se met entre nous. Klle se plaint sans ménagement. Elle ne conçoit pas que j'aie (lU iiianqurr aux égards du» à sa maison à sa présence. • l'avoue, madame, (|Me je suis le plus mauvais joueur de rl'.urope. .le ne suis pas maître de moi quand je perds. J'.ii insulté ces messieurs d'une manière qui éloigne toute espèce d'ai cuiunioileiiieiit, je le sais; mais on sait aussi, entre homme», comnicnt doit se terminer une pareille affaire. ■■ le pris mon chapeau ; je sortis brusquement. J'attendis sous le vestibule Solignac et Vercelles : ils ne tardèrent pas à paraître.
\ ercelles m'adressa quelques mots sur des procédés auxquels, disait-il , il n'était pas fait. Je lui coupai la parole. • Point d'explications, monsieur ; je ne les aime pas. — Eh bien, monsieur, demain, à six heures du malin, au bois de Vincennes. — J'y serai. Quelles sont vos armes '.' — L'épée. — .Soit ! •
Je rentrai chez moi, enchanté de la tournure que prenaient le» choses. J'allais venger madame de Mirville sans que son nom eût élé prononcé; je trouve une lellre... c'est la première qu'elle m'écrit. Quel charme! i|uelle délicatesse! quel abandon ! Elle entre dans des détails allligeants, et le sentiment force à chaque ligne ; il la soutient, il la console. Sa mère est lotalement désabusée; mais le monde est fortement prévenu. Elle se repose sur madame d'Ermeuil du soin de détruire les i)lus f.îchcuses impressions. Elle n'a de force, de courai-e, de volonté que pour aimer. Elle a (irouvé à sa mère sa tendresse et sa soumission; le reste lui est indifférent. Elle veut me voir, quoi qu'on en doive dire; elle m'attend demain à midi... A midi! et à six heures du matin, peut-être... Ah ! Dieu ! mon Dieu ! l'aurais-je vue pour la dernière fois !
Que je lui écrive. Qu'il lui reste au moins quelque chose de moi. Je me mets à mon secrétaire... que vois-je ? mon portrait, peint par Augustin ! Je l'avais oublié depuis longtemps. 11 ne doit pas me ressembler aujourd'hui : j'étais tranquille, heureux quand un l'a fait. N'importe , il ressemblera pour Sophie : elle m'a toujours vu ce que je suis sur l'ivoire. Je mettrai ma lettre dans la boite. Je la lui enverrai par Georges... Oh ! combien ce portrait peut lui être précieux demain! Demain, peut-être, il s'effacera sous ses larmes!... Les miennes sont prêtes à couler ; je me sens faiblir. Revenons à nous; soyons homme : il faut vaincre pour Sophie et pour moi.
J'écris : mon cœur est un volcan ; la lave roule sur le papier. J'ai dit beaucoup, et il me semble avoir tout à dire encore. Une feuille succède à l'autre ; je ne peux m'arrêter... Eh! mais... n'ai-je pas un moyen de plus pour satisfaire à mon inépuisable tendresse? .le n'ai qu'un parent, qu'un cousin éloigné, que je n'ai jamais vu... Non, je ne serai pas injuste à son égard, en me montrant généreux envers Sophie. Je lui donne le tiers de mon bien ; le reste à celle pour qui sera mon dernier soupir.
...N'est-il pas quelqu'un encore que je ne verrai plus, mais que je ne dois pas oublier en exprimant mes dernières volontés ? Je n'ai pu faire son bonheur , qu'au moins je lui fasse quelque bien. Mille écus de rente à Fanchette.
Je roule mon papier. Je le passe dans l'anneau d'un des tiroirs de mon secrétaire : c'est le premier meuble qu'on ouvrira si je succombe. Si je succombe! Finir à la fleur de mon âge, au moment où l'amour me comble de ses dons les plus précieux 1 Ne jamais revoir Sophie ! Oh! mon Dieu, mon Dieu !
Un mot à Soulanges. • Je me bats demain avec messieurs de Solignac et de Vercelles. Ce sont des inf.imes, que j'ai lieu cependant de croire gens de cœur. Mais comme je ne les connais absolument pas , soyez chez moi à cinq heures du matin. L'arme convenue est l'épée.
u L'affaire est de nature à ne pouvoir être arrangée. Ainsi il est inutile d'en parler à qui que ce soit. •
Il est minuit : nos amis doivent être rentrés. « Georges, vous trouverez probablement encore M. de Soulanges chez la comtesse d'Ermeuil. Portez-lui cette lettre. Uemetlcz-la en main propre.
i> Passez ensuite rue Cérulti, n° li), chez la mère de madame de Mirville. N ous demanderez à parler ii la jeune dame. Vous lui donnerez cette boite. — Monsieur ne se couche pas ? — Je n'ai besoin de personne. Dites en sortant à mon cocher que je monte en voiture a cinq heures du matin. »
Georges est parti. Je sens la nécessité de prendre quelque repos. Je me jette sur mon lit à moitié habillé. Mon sang est en feriucnlalion , le sommeil fuit ; et si mes yeux se ferment un moment , je ne suis pas moins agité. X chaque fois que je m'éveille , j'invoque le retonr de la lumière. Je me lève avec le soleil, la tête pesante, les membres brisés. Qu'est-ce donc que je vais faire ? une action juste ou louable m'a-t-elle jamais tourmenté?... il n'est plus temps de rien examiner. , ,
Soulanges paraît; l'réval le suit : ils ont leurs epees. ' Il n'existe pas un doute , me dit Soulanges, sur la valeur de Solignac et de Vercelles ; mais ils allichent publiquement le mépris des mœurs , et de U dépravation au crime il n'y a souvent qu'un pas. J'ai pensé que
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peut être ils ne seront pas sîiiU, el j'ai prié monsieur Je m'accoinpagner. »
l'rf'val, que je conn^ii très-siipcrficielleiiicnl, m'jssuie de son dovouement. Je crois moins à l'intérêt que je lui inspire (|u'au désir d'Iiumilier Diad:iiiie de \ alport en la faisant connaître à son amant. Quel que soit son motif, j'accepte ses servicf?.
'< Monsieur, monsieur, me dit fjeorjjcs hors de lui , il se passe quelque chose d'extraordinaire, .lamais vous ne sortez si matin. — Silence, deorges ! " Le bonhomme tombe à mis pieds, il embrasse mes'genoui: • Dites-moi, s'écrie-t-il en sanglotant, ce que vous voulez faire de celte épée... Ces messieurs ont la leur, et vous êtes tous trois en frac... Vous ne répondez |>as! Ayez quelques égards pour mes longs services; ayez pilié de mes cheveux blancs! » Ce n'est pas a.-.sez d'être bourrelé d'amour, il faut encore soutVrir par l'amitié... oui, l'amitié. .\u moment oii peut-être je vais perdre la vie, les distances disparaissent devant moi. Georges est mon ami ; il me le prouve depuis que j'existe. Je le relève, je le presse dans mes bras... je suis obligé d'employer toutes mes forces pour me dégager des siens. Je sors, je fuis.
J'entends (".eorges qui m'appelle ii haute voir, qui ordonne à mon suisse de refermer la porte enchère , qui défend à mon cocher de marcher. Ces bonnes gens voient nos épées. Incertains, irrésolus, ils se parlent, ils se consultent; c'est ii Georges qu'ils obéissent. Je ne suis plus maître chez moi.
Hienlot un bruit effrayant se fait entendre. Je tourne la tête... (ieorges, en descendant précipitamment, est tombé; il a roulé les degrés , sa li^jure est ensanglantée. Je cours à lui , je l'enlève , je le porte chez mon suisse. ■• Qu'on lui prodigue les secours , et qu'on aille à l'instant appeler mon chirurgien. >■ La porte s'entr'ouvre, je m'échappe , je coursa pied. Soulanges et Préval sont derrière moi; ils m'appellent : je m'arrête ; je tire ma montre... cinq heures et uu quart! il est impossible , avec une voiture de louage , d'être à six heures à Vincennes. Je suis un homme déshonoré. >•
Soulanges retourne à mon holel. Le suisse lave la plaie de Georges; mon cocher est allé chercher le chirurgien; mes domestiques sont dispersés dans la rue, sans iloute pour observer la route que nous allons tenir. Soulanges ouvre la porte; il saute sur le siège, il sort, ventre à terre. Le cocher avait ouvert la porlière pour me recevoir; il n'a pas eu le temps de la refermer; nous nous élançons Piéval et moi ; Soulangi-s hache mes chevaux à coups de fouet.
Bientôt nous sentons la caisse tiraillée par derrière. Je regarde... Trois de mes domestiques sont montés. Ce sont des jeunes gens qui n'ont pas eu le temps encore de s'attacher ;i moi ; il sera facile de les contenir.
Au détour du boulevard, nous sentons une nouvelle secousse. Je sors la tête; un de mes gens est descendu. Un autre descend à la place de la liistille ; le troisième quitte la voiture au haut du faubourg Saint-.\nioine. Que veulent-ils faire ? Que m'imporle? Je suis défait de tout surveillant importun.
]\ous sommes au delà de la barrière du Trône ; j'ai encore un quart d'heure ù moi. J'arriverai... Etrange empressement I
INous arrêtons devant l'auberge qui est à l'entrée du bois. Une voiture arrive au grand trot. Solignac, ^ ercelles, deux inconnus en descendent et viennent à nous. Je marche en avant ; je m'enfonce dans le jeune taillis, à droite; je m'arrête dans une clairière. Je regarde autour de moi... • Soyez tranquille, me dit Soulanges; tout se psssera dans les règles. Je jette mon frac, et je me mets en garde.
Solignac est celui que j'ai le plus grièvement insulté : il se présente le premier. >os fers se croisent ; je l'attaque ; il pare , il tire ; je riposte... Je le vois chanceler... 11 tombe.
De ma vie je ne sentirai une angoisse semblable à celle que j'éprouvai en voyant un homme immolé, immolé par moi à un préjugé lurbare. L'amour, la vengeance, le faux honneur, toutes les illusions qui nous almseot, disparurent en un instant. Je laissai aller ma tête sur ma poitrine; je m'appuyai sur le pommeau de mon épée sanglante; je tombai dans un profond accablement.
• Monsieur, me dit Vercelles, ce n'est point de la sensibilité qu'il faut apporter ici. N oyons si vous serez aussi heureux avec moi que vous venez de l'être avec le pauvre Solignac. — Ma foi , lui répond l'réval , vous êtes bien bon de vous déclarer le chevalier de madame de \ alport. Si vous connaissiez comme moi cette .... là, vous ne vous battriez que pour n'avoir rien de commun avec elle. — Je serai à vous, répliqua Vercelles, quand j'aurai fini avec monsieur, u
Il m'attaque vivement. Je ne pense plus à vaincre; je ne sais pas rnême si je tiens encore k la vie; je me défends machinalement... Une fraîcheur au mamelon droit me fait juger que je suis frappé. Mes yeux se voilent; mes idées s'éteignent; mes genoux faiblissent; tout disparait devant moi.
.\XI . — La Convalescence.
Mes yeux se rouvrent. Je les porte autour de moi... Où suis-je? Quelle est cette chambre '... Une femme à genoux , qui parait prier; une autre au pied de mon lit, dans l'attitude du désespoir; un vieil-
lard assis, la ligure cachée dans ses deux mains... n Rendez-le-mui , mon Dieu, dit à demi-voix la femme qui prie. • Cette voix ne m'est pas inconnue, mais je ne puis encore fixer mes idées.
Je veux parler... Je n'ai pas la force d'articuler un son. Mais je sens que je reviens a la vie, quoique je ne reconnaisse point ceux qui sont autour de luoi.
Ils craignent de voir ma figure; ils tremblent d'y lire mon arrêt de mort. Comment modérer leurs alarmes, leur faire connaître que j'existe, lorsque je Suis sans haleine, lorsque je me seus incapable du moindre mouvement?... Un profon<l soupir les rappelle près de moi.
" Ses yeux sont ouverts, s'écrie l'une. Espérons, madame; il vivra. — Mon Dieu, Dieu de miséricorde, s'écrie l'autre, ne décevez pas ce faible espoir! n'abusez pas votre souffrante et soumise créature! — Mon maître, mon cher maître!... » Tous trois m'entourent, me pressent, m'enlacent dans leurs bras. Je les fixe, les uns après les autres, d'un œil égaré, incertain sans doute... Je les reconnais. Sophie tient une de mes mains ; Fanchette a saisi l'autre. Elles les mouillent de leurs larmes. « Ah! me dit Sophie, celles-ci sont des larmes de plaisir. » Georges s'éloigne pour me cacher les siennes.
La comtesse et son ami entrent. « Que faites-vous? dit Soulanges; voulez-vous lui ravir un souille de vie? Eloignez-vous tous trois. Passez dans la pièce voisine. Permettez que celles qui sont ici pour le servir s'approchent enfin de lui. » Georges paraissait disposé à sortir; Sophie et Fanchette n'entendaient rien. Penchées l'une et l'autre sur moi, elles cherchaient la vie dans mes yeux; leurs mains rappelaient la chaleur fugitive sur mes joues, sur mon front. Soulanges fut obligé de réitérer sa prière. 11 le fit avec une fermeté qui ne leur permit pas de résister. Elles sortirent, et je vis entrer deux sœurs iVrises. Ùcspectables filles, elles ne sont guidées que par le zèle de la charité , et leurs soins sont ceux de l'amour le plus tendre , ceux que m'ont sans doute rendus jusqu'à ce moment... Ah ! je puis les nommer, les voir même dans l'état oii je me trouve. Sophie et Fanchette ne sont pas dangereuses pour moi : ce qui me reste de sang est glacé.
'< ^ os médecins et vos chirurgiens, me dit Soulanges, ont expressément défendu qu'on vous laissât parler quand vous reviendriez à vous. Je lis sur votre physionomie une sorte d'anxiété qui n'est peutêtre que le désir de savoir ce qui s'est passé depuis que vous êtes privé du sentiment. Je vais vous satisfaire, sous la condition que vous ne direz pas un mot. » Il était bien inutile de me recommander le silence.
" Lorsque vous êtes tombé, Vercelles a provoqué Préval, et il a eu le sort de Solignac. Cette affaire est donc absolument terminée; mais souvenez-vous, mon cher ami, qu'on n'en cherche pas quand on est ausii sensible que vous à la mort d'un homme. Vous vous êtes battu avec Vercelles comme quelqu'un qui veut se faire tuer, et il s'en est bien peu fallu que vous n'y ayez réussi.
" On s'est hâté de porter dans votre carrosse Solignac et Vercelles. Mais vous sentez dans quel embarras nous nous sommes trouvés, Préval et moi, quand nous avons jugé que vous ne pouviez supporter le mouvement d'une voiture quelconque. Nous ne cessions de proposer, et nous ne trouvions rien que d'inexécutable.
)' La blessure de Georges était à peine bandée , qu'il a fait mettre un cheval à votre cabriolet. 11 a pris le chemin du boulevard par un sentiment naturel à ceux qui sont en peine et qui cherchent quelqu'un : on sait qu'on découvrira de plus loin sur une route large et droite que dans une rue étranglée. Le domestique qui est descendu le premier de derrière votre voiture a conduit Georges jusqu'à la Bastille; le second l'a mené jusqu'au haut du faubourg, et le troisième au bois de ^ incennes. Ils avaient espéré voir quelqu'un de votre connaissance, quelqu'un qui a de l'empire sur vous, et qu'ils mettraient ainsi sur vos traces : voilà les motifs de leur conduite, qui vous a paru inexplicable et ;'i moi aussi.
» Ils sont arrivés tous quatre, et m'ont trouvé délibérant encore avec Préval sur ce que nous avions à faire. Il est inutile de vous dire dans quel état est tombé (Georges quand il a pu juger du votre : vous le connaissez. La douleur ne lui a pas ôté le courage. Il a couru à l'auberge qui est à l'entrée du bois; il a fait apporter un matelas et une couverture; vos jeunes gens avaient coupé des perches et des harts. ÎNous avons fait une espèce de brancard , et nous avons entrepris de vous porter à votre hôtel. Beaucoup de gens se sont offerts pour nous relayer ; mais nous avons jugé que vous éviter une secousse, c'était peut être vous sauver la vie : un ami se prête, se ploie à tout; l'homme salarié ne pense qu'à gagner son argent.
» Nous étions excédés tous six en arrivant à la barrière. Préval et moi surtout éprouvions dans tous nos membres un mal, une roideur, qui ne nous permettaient plus d'agir. Il a fallu arrêter.
» Il était convenu avec ceux qui accompagnaient Vercelles et Solignac qu'on répondrait aux commis qui leraient des questions : que le plafond d'une salle à manger de Saint-Maur était tombé sur sept ou huit personnes qui déjeunaient ; que les deux qu'on rapportait dans le carrosse avaient été tuées sur la place, et qu'on craignait pour la vie d'une autre qu'on allait essayer de transporter.
» En nous reposant, il a fallu entrer avec les commis dans des détails qui ne se sont peut-être pas accordés avec ce qu'ont imaginé les amis de Solignac et de \ ercclles sur la chute de ce plafond. Au
UNE MACKOOINR.
lesle, j'ai iltclan , pour . loi|;iiei Cout soupçon, qu'aucun de non» n'avait ëtc' témoin de l'accidrnt.
• Cependant vous paraissiez i chaque insl^int vous aff^nblir davantage. ><Mis avons oublié la fati|;ue, et nous nous sommes remis au brancard. Nous sommes parvenus, avec des ell'orls incroyables, en j l'ace de la place de la Bastille, et lii nous allions céder à un découragement absolu , lorsque (leorijes s'est souvenu que nous n'étions qu'a quelques pas de la boutique de Kancbttte. Il nous a assuré qu'elle vous recevrait avec empressement. Nous nous sommes décidés à vous porter chez elle, dussions-nous succomber sous le fais.
• Notre espérance n'a pas été déçue. \ ous devez à Kancbette les premiers secours qu'il a été possible de vous donner. Nous vous avons laissé à sa garde, ap^^s vous avoir mis dans ce lit. l'reval et moi avons couru chez les chirurgiens et les médecins du quartier; C.eorges est allé à l'hôtel prendre du linge et bien des petites choses qui vous sont nécessaires. 11 y a trouvé madame de Mirville. I.garë encore, tremblant pour votre vie, il a annoncé comme certain le malheur que nous redoutions tous; il en a cité les principales circonstances; il a indiqué le lieu où vous étiez mourant : un quart d'heure après, madame de Mirville est entrée dans cette chambre, d'oii elle vient de sortir pour la première fois.
« Vous avez été saigné cinq fois en trente-six heures. Hier, pendant toute la journée, les gens de l'art n'ont rien pu prononcer. Us ont commencé à espérer ce matin, et je reconnais avec une satisfaction indicible la justesse de leurs pronostics. »
Ce que je compris de ce récit , trop long pour la faiblesse de mes organes , c'est que j'avais causé bien des peines de toute espèce à mes amis , et que j'étais chez Fanchette. .le n'aurais pu rendre aucune des circonstances particulières rapportées par Soulanges, si depuis il ne me les avait répétées.
Je me rappelle pourtani que je fus étonné de la réserve avec laquelle il avait parlé de Sophie et de Fanchette, qui toutes deux avaient dit prendre ^ cet événement une part... et puis cette boutique, qui s'était trouvée là si k propos, qui avait été si promptement garnie, que Georges connaissait si bien!... il était plus que vraisemblable que Georges avait été mon agent , et mes motifs aui jeux d'un homme du monde ne pouvaient s'accorder avec mon amour pour madame de Mirville. Que de circonstances propres à éclairer quelqu'un moins pénétrant que Soulanges! et pas un mot de tout cela! il a voulu ménager ma sensibilité , ou il a craint de s'expliquer devant madame d'Ermeuil.
Cependant , l'attention que je lui avais donnée et cette suite de réflexions avaient épuisé ce qui me restait de forces : je retombai dans un accablement profond. Un certain mouvement, que je démêlai autour de moi, m'en tira bientùt. J'étais entouré de gens de l'art, qui consultaient sur mon état. Sophie et Fanchette, debout au pied de mon lit , gardaient un morne silence ; elles retenaient leur haleine ; leurs yeux, constamment fixés sur ceux des chirurgiens et des médecins, y cherchaient l'espérance. « Il y a de la fatigue et de l'engorgement, dit un de ces messieurs, qui paraissait avoir de l'ascendant sur les autres. Il faut rouvrir la veine, ne point parler au malade , ne pas lui permettre de parler, et le tenir au bouillon de poulet. •
Cette crise fut la dernière. Sur le soir, il y eut un changement en bien tellement prononcé , que le chirurgien et le médecin se retirèrent, en recommandant qu'on ne s'écartât en rien du régime prescrit. Mes idées étaient encore sans suite, mais d'une netteté rassurante pour moi, pour moi seul, puisqu'il m'était défendu de les communiquer.
La comtesse se leva. Soulanges et elle me souhaitèrent une nuit tranquille. Ma physionomie leur exprima ma reconnaissance. « Il nous entend, il nous répond, dit Soulanges. ÎVous aurons avant huit jours la satisfaction de le voir convalescent. Madame de Mirville va sans doute se retirer avec nous. — Aie retirer , monsieur ! l'abandonner mourant, et mourant pour moi ! — Permettez-moi de vous observer que voilà deux nuits que vous passez. — J'en passerai cent. Je ne quitterai pas l'amant le plus tendre, le premier des hommes estimables. Je ne renoncerai pas au bonheur de suivre , de saisir le retour de la vie dans ses veines épuisées ; ne l'espérez pas. — Mais , ma chère amie, votre mère, le monde... — Le monde , toujours le monde, madame la comtesse! Si mon ami l'eût apprécié comme moi, il n'aurait pas exposé sa vie, la mienne , et peut-être celle de Fanchette... .Ma mère ! ma mère sait que je l'adore , que sa présence m'est nécessaire comme... comme l'air que je respire. Elle me plaint ; elle a pitié de moi. Bonsoir, mes amis. A demain. •
Je repassai dans ma tète certaines expressions de Sophie. • S'il ■tvait connu le monde comme mui, il n'aurait pas exposé sa vie, la mienne, et peut-être celle de Fanchette! » Elle sait l'intérêt que j'inspire à Fanchette , et je suis à ses yeux le premier des hommes estimables ! Je n'y conçois rien ; je m'y perds.
lanchetle me prépare un bouillon. Sophie le prend, me le présente ; elle remet la tasse à l'anchette en lui souriant avec afleclion ; Fanchette lui sourit à son tour... elles sont de la meilleure intelligence, et elles ne fout pas un mouvement, elles n'ont pas une
idée , qui ne soient inspiration d'amour... Tout cela t'expliquera sans doute.
Tout dormait autour de moi , à l'exception de Sophie. K.lle veille , et Fanchette dort! • Je prononçai ces mots involontairement, mais assez haut pour être entendu. • .\h ! me répondit Sophie tressaillante de joie, laissons-la dormir. .Si vous saviez ce qu'a aoufferl cette digne i'ille, les fatigues excessives qu'elle a supportées, von» la plaindriez. Moi , je l'aime de tout mon ccrur, parce qu'elle vous aiuie , parce qu'elle s'est attachée à vous par la reconnaissance. (Combien elle est digne de tout ce que vous avez fait |)Our elle'... A propos, je voui dois mille et mille remercimenls. La tirer de l'état de domesticité, lui assurer un sort indépendant, uniquement parce (|u'elle a paru me plaire! Porter la modestie au point de la faire partir secrètement, pour vous dérober, selon votre usige, à des éloges bien mérités, et m'établir votre légataire, au moment oii vous alliez mourir pour moi'... Les trésors de l'univers ne m'eussent pas consolée de ta perte ; mais cet acte de générosité ne me dit-il pas que ton dernier soupir eût été pour ta Sophie? » Elle m'embrassa tendrement, si tendrement ! - Je ne dirai plus rien à mon ami : les médecins défendent de lui parler. Mais pouvais-je résister au besoin de lui adresser quelques mots de consolation et d'amour ? ■
Fanchette étendit les bras. . 11 a parlé, ma chère amie; il a parlé distinctement ! s'écria Sophie. Il vivra pour moi , pour jouir du bien qu'il vous a fait, et que vous méritez à tant de titres! Ah ! Fanchette, comme la joie l'embellit ! il n'y a plus de trace» de lassitude sur cette figure- là. "
Fanchette fil un mouvement vers mon lit et s'arrêta . " Embrasse le aussi , bonne Fanchette : il te doit ce prix de te» soins. • Fanchette me baisa, bien modestement, au front. Elle était rouge comme du
corail.
Il est clair que mademoiselle Fanchette a fait une histoire à Sophie sur sa boutique de mercerie, et sur sa disparition subite du château d'Ermeuil. Elle a couvert les alarmes de l'amour du voile innocent de la reconnaissance... Mensonges sur mensonges !... Que je suis injuste! A-t-il dépendu d'elle de modérer ses transports, lorsque, sans l'avoir prévenue de rien, on m'a oiVert mourant à ses yeux , et pouvait-elle avouer le secret de son cœur ?
Mais comment Sophie a-t-elle eu connaissance de mes dernières volontés :'... .\h ! Soulanges aura donné à (ieorges la cltf de mon secrétaire pour y prendre de l'argent. Sophie éiail à l'hôtel ; le papier roulé dans l'anneau du tiroir, l'a frappée : elle l'a lu. Me voilà au courant. ...
Je passai trois jours encore dans mon lit, traité en véritable enfant gâté. Fanchette, enhardie, donnait à ce qu'elle appelait la reconnaissance , autant de baisers que Sophie à l'amour. Je parlais peu ; on me répondait longuement, et toujours pour me dire quelque chose de doux ou de flatteur. Mes petites sœurs elles-mêmes, bieii dévotes , mais gaies comme la folie décente , remarquaient en moi certain air de langueur qui m'allait à merveille. Si elles l'avaient osé, elles m'auraient baisé aussi.
Je reçus le jour suivant une visite à laquelle je ne m'attendais pas. Je VIS entrer dans ma chambre Claire, Eustache, et leurs parents. Ils me trouvèrent dans un fauteuil , et leurs ligures rembrunies s'épanouirent à l'instant, .le reçus les félicitations et les embrassades de ces bonnes gens : celles-là étaient bien à la reconnaissance.
Fanchette leur avait écrit que s'ils voulaient revoir leur bienfaiteur, ils n'avaient pas un moment à perdre : ils étaient accourus. Le mariage devait se faire le jour même. > Mais , me dit la petite Claire , il n'y a de plaisir pour personne quand on craint pour monsieur. Nous avons remis la fête pour venir vous pleurer, ou nous réjouir près de vous. " Dites-moi, messieurs les spéculateurs, placez-vou» souvent de l'argent comme cela ?
I. Mes amis , votre bonheur ne sera pas difl'éré. Mes yeux , fermé» depuis plusieurs jours, se rouvrent au sourire des heureux que je vais faire. Bonne petite Fanchette, où est Georges:" il me semble qu'il y a longtemps que je ne l'ai vu. — Monsieur, il s'est rnis à la tête de votre maison. Mais il vient ,i)u il envoie souvent savoir comment vous êtes. — Va le chercher , Eustache. C'est le moyen de l'avoir plus tôt : un amoureux de ton âge doit avoir des ailes. »
Je demandai bien bas à Claire si elle s'était encore perdue depuis mon départ du château. Elle répondit non : ses yeux disaient oui.
Mes docteurs entrent en corps. Ils prononcent gravement que l'art m'a sauvé. Je crois que la nature a fait au moins autant que l'art. \h ! laissons-leur le petit plaisir d'annoncer partout la cure merveilleuse. , ,
Mon rérime est changé. On me permet un riz au gras, le blanc ae ulet et'deux doigts de vin (ji'wreux. J'ajouterai quelque chose t
cela de mon autorité privée : je me trouve en appétit; il y a neaiicoup d'analogie entre les médecins et les confesseurs : tout-puissanU sous la faux de la mort, à mesure qu'elle s'éloigne ils perdent de leur autorité ; ils ne leur en reste bientôt que l'espoir de la ressaisir
à la première occasion. j .„ ,„„,.
Ah' voici Georges. .. Mon vieil am. , vous allez conduire toute cette famille dans un hôtel garni, où vous les logerez convenablement Vous irez rue Notre-Dame-des-N icloires arrêter une diligencf
UNE MACÉDOINE
entière pour Beauvais. Vous meltrei dans les cofl'rcs les provisions nécessaires pour lui dîner de noce Je caiiipaf;ne, et demain vous ferez partir ces braves i;ens-la. Ah I le leiideiuaiii du mariage, Servent, sa feniDie et ses eufanls viendront s'établir à ma maison de la Chaussée-d'Antin. Servent ne sait pas encore ce que c'est inie ijarder une porte ; mais il ne faut pas bien du temps pour apprendre à ne rien faire, k brûler le bois et l'buile du propriétaire , et k répoudre monsieur est visible, ou il ne l'est pas...
• Et du Uejnel, pourquoi donc ne l'ai-je pas vu? — Monsieur, me répond Georges, je n'ai pas cru nécessaire de dire à tout Paris que vous ites chez mademoiselle Kancbelte ; mais tout Paris s'est fait écrire à votre porte.
• — -Vdieu, (Maire ! adieu , Eustache I adieu, Tacbard ! adieu, père et mère Servent! adieu aussi aux petits frères !... AU! ces pauvres enfants pjr.iilronl-ils à la noce comme les voilà ? Georges, vous les ferez habiller sur le quai de l'Ecole. •
Ello a vu du papier, une plume et de l'encre, et elle cette lettre...
a écrit
Vous jugez bien que je recueillis encore quelques bénédictions. Mes petites sœurs voulurent savoir pourquoi on me bénissait. Fancbette leur raconta avec beaucoup d'emphase ce que je vous ai dit très-simplement, et ]iendanl qu'elle contait, je prenais mon potage, je croquais l'aile de poulet; une aile tout entière, ma foi !
Je dormis fort bien , quoique je fusse auprès d'une très-jolie fille. Mais je m'aperçus le matin que le diable et le vin de Beaune ne tarderaient pas à agir, et qu'il était temps de congédier les petites sœurs si je voulais me conduire en homme à principes. Je résolus de rappeler (icorges i une figure de soixante ans est pour moi le plus puissant des e\orcismes.