ACTE I, SCfeNE V
BLiNYiLLi. — Elle est charmanlc.
DKiiicoriiT. — Autiffois un pcre se croyait ilc^slioiinri! s'il n'attendait tranquillenieiil im'oii vint lui ileuiuiiJei- sa lillr. ^l)S aïeuv, uraud» eonnaissiuis en bienséances, l'avaient ju|;é ainsi : pour moi, i|ui ]iense (ju'un honnête lioninie ne peut avoii' do ijuide plus si'ir (jue son cœur, je (lasse snr les foiiualitt's iPusaue. lilinviltc, tu es mon ami.' BLIXMLLE. — El je me sens diijne de l'èlie.
DÉmooiRT. — Tu trouves ma hlle eliarmante, lu viens de le dire. BLi^viLLi. — C'est ainsi (pic la jugent tous les lionnèles i;ens. uûiicoiiT. — Toutes les lemmcs lionnètcs estiment aussi mon ami. BLINVILLK. — Mais louti's ne l'aiment pas.
uKnicouiiT. — Adèle a le cœur libre, et l'homme aimable qui aura mon aveu ne craindra pas un refus de ma lille.
BLijiMLi.i;. — Cela ne suffit jias il un homme délicat. uKBioniRT. — Tu as raison; mais con\me je ne puis en conscience faire l'amour pour toi, lu prendras la peine de l'annoncer. BLi.Nvii.LK. — Il serait dur d'être éeonduit. DKRlcoi'RT. — Tu l'aimes donc, mon ami? BUNviLLE. — J'y suis au moins très-disposé.
DKRicoiRT. — Tu trouveras aussi Adèle disposée h. t'aimcr ; les bons cœurs sympathisent.
BLINVILLK. — Je le désire, mon ami.
iiKRiioiRT. — Si cependant elle est prévenue pour un autre, je n'insisterai pas; tu le consoleras, cl moi aussi : malheur au\ pères qui sacrifient le bonheur de leurs enfants à leurs arranj;ements particuliers! .Mais ne nous arrêtons pas à une idée c|ui n'a nulle espèce de fondement. Hcveiions, mon ami. Voici mon plan : je n'ai qu'Adèle, et je ne veu\ pas m'en séparer; en te noiumant mon jjendre je m'attache de plus près à mon ami, j'acciuicrs des droits plus réels sur son civur, j'assure ii jamais mon repos en donnant ma lillc au jilus honnête homme <|ue je connaisse, cl, pour (juc personne n'ait a se plaindre de la fortune, je compte associer Julien a mon commerce.
BLIMVILLK. — El tu l'cias bicii , c'est un jeune homme estimable. DKRicouRT. — C'est ainsi que je l'ai ju^jé, cl m'oecuper de sa félicité, c'est ajouter à celle de ma femme. A mon retour d'Amériiiue elle me présenta cet enfant, que je ne j;ardai d'abord (juc par complaisance. .Ma lortune était bornée alors , ma citoyenne était trèsjeune , et je pouvais avoir plusieurs enfants... Enftn , j'ai adopté celui-ci, je n'ai pas même voulu pénétrer le mystère de sa naissance, qui . dans le fond, m'intéresse peu : d'ailleurs, quand j'en ai parlé, ma femme a montré une répujjnance maniuée pour toute espèce d'explication. Sans doute Julien doit le jour ii quelqu'un qui l'intéresse fortement, et qui cependant doit être honnête, car ma femme ne se prêterait pas...
BLi.xMLLK. — Peut-être une amie égarée... un moment de délire, de faiblesse...
DÉRic.ot RT. — Quoi qu'il en soit, j'ai respecte son secret. Je me stiis attaché cet enfant , je l'ai élevé avec Adèle , il a grandi sous mes yeu\, et il a surpassé mes espérances. Ses travaux ont secondé les miens ; je lui dois une pnrtie de ma fortune, et je m'acquitterai envers lui en assurant la sienne. Je viens de l'ouvrir moH àmc tout entière. Si tu trouves dans mes projets quelque chose qui te répuync, ilis-le-moi avec la franchise qui vient de te parler par ma bouche.
BusviLLi. — Je n'y vois que de nouvelles raisons de t'eslimer davantage.
BÉBicoiRT. — Nous sommes donc d'accord ? BLINVILLK. — Oui, si tout le monde ici pense comme moi. DÉRiroiRT. — Tu ne dois pas douter du consentement de mon épouse, et je t'aurai bientôt ménagé une occasion de lui parler de nos desseins, car il convient que tu lui demandes sa lille. Allons, embrasse-moi, mon gendre.
BLi-wiLi.E. — De tout mon cœur, mon beau-père. {Ils s'embrassent.) DKBicoi RT. — Les voici.