I.A ciToYRNNE DKBICOI RT. — J'ai très-liien reposé
DERicoLRT. — Tant mieux : je veux que cette journée soit heureuse, et un sommeil paisible rend rimagination plus calme et plus riante. Déjeunons d'abord , nous parlerons en,>uite d'alïaires sérieuses. (On s'assied : la citoyenne Déricmtrt au bout de la table a la droite . son mari, Blinville. Adèle et Julien en face de la citoyenne Déricourt.)
Bi.iNviLi.E se serrant. — Je crois, citoyenne, que vous avez trèsbien fait de venir habiter votre terre :' un ciel serein , un air pur, des arbres non taillés, des eaux qui ne sont pas contraintes, l'activité, la gaieté naïve des villageois, la satisfaction de leur être utile et d'en
être béni , tout cela dissiperait la plus opiniâtre mélancolie. ( Il nianye. )
UÉBICOIRT. — Et le plaisir d'avoir près de soi un épom prévenant et sensible, une lille adorée cl si <li|;ne «le l'être, un second enfant ...
LA CITOYENNE iiKRicoiRT il part. — l'ii second enfant !
DKBICOI RT. — El un ami fidèle, qui t'entourenl san» cesse cl semblent ne respirer que pour toi : ciiie de moyens d'être heureuse !
LA i:iT0VE\NK Dt.Ricoi RT. — Aussi le snis-je, monsieur.
DKRiiiiiRT se récriant. — Monsieur, monsieur ! ce nom est proscrit, et dans aucun temps n'a pu me convenir.
LA ciroïKN.NK DKRicoLRT. — l'ardoii, mon ami, mon bon ami.
DÉRicoiRT. — Voilà ce qui s'appelle parler.
LA CITOYENNE DKRicniRr. — C'cst l'Iiabiludc, l'usage...
DERICOURT. — L'habitude! oh, non, non , tu n'as pas toujours eu celle habitude. Tour l'usage, il peut séduire et cntrainer ces femmes qui, étrangères dans leurs maisiuis , sont indifférentes pour leur» époux ; mais toi, dont rattachement, la vertu...
n CITOYENNE UÉRH 01 Rr o /Kir/. — Ma vertu !
DKBiioLRT. — Toi dont l'atlachemcnl, la vertu sont avoués même par l'envie, dois-tu... . , , i
iiLiNviiiK l interrompant. — Laissons cela, mon ami ; la louange a plus mériléc embarrasse toujours un peu. Comment la jeune Adclc Irouvc-t-clle le café ?
ADÈLE. — Excellent, citoyen.
BÉHicouBT. — Julien fêle la hure, et il y a des droits. (A Bltni-iUe.) Le gibier est rare ; mais l'espiègle a guetté un sanglier...
BLiNvii.i.K /jrcsen/unJ son assiette. —Julien, fais donc les honneurs de ta chasse.
DKRicoLRT. — Il devient galant ; c'est à ma fille qu'il a présente le
jarret...
ji LIEN avec timidité. — Sa mère me l'avait permis. DKRi.oiRT. — Oui, Julien, oui, oui. (.1 Blinville.) J avoue que la tendresse mutuelle de ces enfants est pour moi une douce jouissance. ADKLE poussant Julien. — Bon.
DÉRICOIRT à sa femme. — Tu en jouis également , et je veux prouver à Julien combien je suis reconnaissant du cadeau ipie lu m'as fait.
LA ciTOYKNNK déricoirt à furt. — Bcconuaissaut ! Haut, avec timidité.) Vous avez déjà fait beaucoup pour lui.
DÉRicm RT. — Il est plaisant que tu l'en aperçoives la première. Au reste, son zèle, son iutclligcucc, sa probité attendent leur récompense , et ce que je ne ferais pas par amitié pour lui, je le ferai par esprit de justice.
JULIKN. — Ah!ciloven!
DÉRICOURT. — Mes e"nfants, écoutez-moi. J'ai commencé avec peu de chose, et mes désirs étaient bornés ainsi que mes moyens. Je njai jamais pensé que l'industrie d'un négociant fût sa propriété ; j ai toujours cru, au contraire, ([ue cette industrie devait tourner au profit de la société, cl que sa fortune particulière tenait a la fortune publique. Aussi n'ai-je point calculé ce que pouvait me rapporter a misère de mes semblables. Je ne me suis pas gorgé du sang des malheureux, j'ai rempli mes magasins dans les années d'abondance, je les ai ouverts dans les temps de disette ; j'ai vendu à tout prix, et je me suis dit : IMon travail me rendra plus tar.l ce que je prête aujourd'hui à l'humanité soufi'rante. Les spéculations d'un honnête homme le trompent rarement, et j'ai prospéré au delà de mes espérances. Je ne vous rappelle pas ces faits pour me targuer d'avoir fait mon devoir, mais parce que le bon exemple des pères est pour le» enfants un encouragement à la vertu. Enfin, je suis riche, mon commerce est immense , je ne suis plus jeune : il me f.iut un homme sur qui je puisse me reposer, et cet homme, c'est Julien.
ADÎ^iE )ious«an( yu/(>ii. — A merveille ! .
DÉRKioiRT. — Nous passcrous aujourd'hui notre acte de société ; je supporterai les pertes, et je te mets d'un quart dans les bénehccs. JULIEN. — Quelles c\]iressions pourraient...
DÉRICOURT. — l'oint de remcrciments ; je remplis un devoir sacre. Je ne crois jias que ma fille se plaigne des avantages... ADÈLE. — Au contraire, papa.
DÉRICOURT fl sa femme. — Pour toi, ma bonne amie, tu seras aussi indulgente que ta fille. Julien t'est cher, tu l'as connu .ivant moi, tu l'Y cs^intéressée la première : lui faire du bien, c'est sans doute remplir les vœux; c'est au moins vouloir le faire ma cour... Des larmes, ma tendre amie, des larmes! ,11
Lv CITOYENNE DERICOURT Se jetant dans son sein. — Tu m accables <tu poids de la reconnaissance! ,
DERICOURT. — Ah! laisse-les couler, si le sentiment te les arrache, .le pouvais craindre que l'intérêt...
,'bÈle. — Paix donc! paix donc! ne connais-tti pas le cieur de ma
""démcourt. — Blinville , donne la main à ma femme , allez faire un tour sous les tilleuls. On se levé.] {A sa /■sn.m.-.j 11 a quelque chose à te confier, et vous serez là à merveill
nirs heureux; il y a biei „ ^ . . . v .„, i„.
Les arbres ont vieilli, mon c.eur est re.le le même. J u baisses Ici
rsoniie a de quoi rc-
e se résoudre
celle allée donne des souveil y a bientôt vingt ans que je t'y .léclarai mon amour.
yeux, Adèle. Il vient un temps oii une jeune personne fléchir, à moins toutefois quelle n'ail le bon esprit de
L'OHPHELI.A.
Siiciiicnl .i cf i|ii'oiit full ses :iïculcs, cl .i ce qiic feront pioliablciuoiit *cs i>clitcsi-lillos. (.4 /)7i»ti7/f.) Allons, va, mon .uni; à mon âi;t' on couimcnce à compter les moments, et on est pressé de jouir. {Htint'i/A' sort acec la cituyeime !>éricourt. .le passe dans mon caliinet. .Iiilicn, ou fait ses aiïaircs h la campagne cunime h la ville, tu viendras me trouver dans nu moment.