‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 221 sur 379 · KC,()IS\Ilv · texte numérisé non relu

KC,()IS\Ilv

minli . .Iiilic liait nilmc. ii'AUiu- t'-Uiil truiiliU- : il fi-rinc le livrp. .Iiiln' lui jin'lc h iiiiiiii , ri cille tic l'aiiiiiiblc fiifant est , je iip sais fiiiiiinciil, livi'c lions l'dli- de il'Aliiire ; son lriiulilciiii|;iiit'iit<-,cl peut- «*tri' il riiiiiini'iirc a i^tif |>ai-|:i;;o.

O'Aliiin- il l'iiinri- la lorcc ili- iioiiser vl iiirnii- île n-llrrliir. Il n-- (iDiisse i<l(e main qu'il prcssnil avi-r iliMiie, il s'élancr , il fnil à l'cx- Ininili- ili- son siilon ; il s'arrèlr iicciiliU' , anéanti, .l'ai in»n(|ui' de ii'>|it'it cnviTs l'iiiiioconro, se ilisail-il avec anieitunie ; j'ai en un niuini'iit le ilcsir, la vninnic ini^nic il'cn liioinplirr I... (,tni, moi! j'alniscrais ilc tons 1rs iivaiitaprs que me ilonncnt sur .Iulie nin position el les linonsl inies ! .le la iepliin|;erais dans l'ahime don! je l'ai tiri'c ! Je ne serais plus qu'un niisi'ratde si'diiclcur ! .l'ai pu avouer liaulenienl Ions les aelcs d'éiioïsnie que j'ai faits; mais tcliii-ei !...

Mail.ime Bernard travaillait ii quelques pas des acteurs de eelte Kciiie. l.lle n'avait rien vu, elle ne se doutait pas de l.i violenee des seiisaliuns qui a!;ilaienl le ennile, elle ne reiiian|uail pas .Iulie, ri'veiise el pensive. Iiiianl niacliiiialenunl ee li\ re dont elle a\ ait cessé de s'occuper. .Inlie n'était p.i> dans son état ordinaire, elle s'interri>t;eiiii sur ce qu'elle éproiiv.iil. elle ne pinnai! s'en rendre eom])lc. Wadame llernaril l'ait venirdcs lioii|;ies, qu'elle aurait pu demander l'Iiis lot. L'éclair précède le domestique ijui les porte. Le lornierre Ijronile, la violence du coup elVr.iye madame liernard el Julie. I.a lionne dauie renne les yeu\ et les couvre de son moueluiir; .Iulie elierche un asile auprès d'elle, el l'être dont elle sollicile l'appui a liesoiii lui-inciiie d'èlre cncouiaijé. l n second coup plus l'orl (|uc le premier «joule à la frayeur. Iroulile toutes les idées, é|;arc le jujjomenl. Julie esl dans les In-as du louitc, sa tète repose mollement sur son épaule, sa joue touche l.i sienne, elle ne sent, elle ne voit plus rien. • O vertu! s'écrie le coinle, ne m'aliandonnez pas ! )> (Jette CM'Iamalion rend Julie à <«lle nn'mc. « Nous ncininaissez donc enfin qu'elle evisie celle verlu, ilonl vous êtes In louelianle ima(;e. » Julie est licureusc prndairl quelques secondes du lelour que d' Vlaire vient de laire sur lui-même ; mais elle ne soupçonne pas ce qui a pu porter le comlc il proférer ce mol qu'il a conslaiumeiil rejeté. I.e ciel esl en fen, les coups de tininerrc se siucèilent avec une raplilitë qui éhranle il'Alaire liii-uièuie. Julie n'est plus dans ses bras; c'est elle qui l'enlace, qui le presse dans les siens. D' Maire va siiccomlicr, un coup épuuvantaiilc arr.iclie un nouveau cri à Julie : «O mon jière , secourez-moi! — 'l'on père! Ion ))cre!,.. ce mol nous sauve l'un et l'aulre... \oli-e père... Oui, Julie, je le suis, je veux l'êlrc, je le serai. » Il prend sa tille, il la porlc sur un divan, il l'y dépose, il la laisse, il luit dans son appartement, il s'y enferme , S lomlie dans un l'aiileiiil, tinirnienlé, accablé de remorils.

La confusion, la violence de ses idées ne lui peniicltent de s'arrêter ii aucune. 11 est coupable, voilii tout ce qu'il sent, tout ce qu'il peul jiii;er. I.a lumière arijenlinc de la lune pénètre à travers ses riileauv. • Le ciel est pur, dit-il, Julie a cessé de souiVrir, et moi... moi !... .. Les premiers rayons du soleil frappent ses yeux , et il est encore dans son fauteuil. I.a faiclieur du matin ealine ses sens et sa têle. Il peul rilléeliir avec un certain calme au\ périls passés et aiivdan.nersa \cnir. « llfaiilfuir, dil-il, il le faul;ilfaul in'cloifjiier d'elle... m'en éloii;ner !... «

Jl eumbut et le peiicl-anl qui l'cntrainc el le seul moyen de le siirnionler. A peine a-t-il pris une résolution , (|u'elle esl détruite par une autre. « 'J'oiit pour .Iulie. liuit pour elle ! s'écria-t-il enfin. i:ile restera pure, el moi je soiilïrirai.

•> Ces soiiffrimces mêmes sennil-elles sans douceurs ? Ne serai-je pas lier de ma victoire :' Ne me réconcilicra-t-elle pas avec moi ? Daiis celte circonstance encore mon é|;oisme idilicndra les éloijes de quicoii |ue pourra l'apprécier. /.

11 va éveiller son valet de cliambre, il le fait lever; il lui ordonne de faire une malle à la li.'ile el de l'allaclier derrière sa ch.iise de posic. l'endanl que ces dispositions s'cvcculent , il écrit ii iiiailame liernard qu'une afl'.iire imporlaiite, inalteiidiic , l'appelle dans ses terres de liasse-lirelaf;iie; il lui laisse tous ses pouvoirs pour diriger sa maison 11 linit en lui disant que son absence ne sera pas loiiciie, cl en lui recoiiimaiid.inl Julie a\ee le ;dus vif, le plus tendre inlérêl! H ne peut se refuser au plaisir de parler encore a r«iin.<lile eiifaiit dont il va s'i loiijncr. Il écrit, il décliire; il écrit encore... Celle lieciinde lellre est en luoreeaiix. . Ce n'est jias ainsi, dit-il, (pie doit s'exprimer un père. Julie ne lir.i que ce que j'ai écrit ii madame liernard, cela snrtira pour lui prouver qu'elle est toujours présente à ma pensée. >■ Il envoie clierclier des clievau\, il nionle en voilure, il part, cl tout repose encore dans l'hôtel.

L'éniiilioii que Julie avait éprouvée la veille n'avait été rpie passa- Bçre et ne pouvait troubler son repos; elle donnait du soiiuricil de l'innocence, ce snniiiieil-là ajoiile un cliarme de iilus à la beauté. Madame Uernard avait rhaliiludc de se lever de bonne heure, elle ilnnnnit a loni un coup d'ceil rapide el sûr, elle rassenibl.iit les doiiiesliqiies, elle prescrivait a chacun ce qu'il ferait dans la journée , elle donnait une heure à ses petites afTaires personnelles et elle se présentait au diji-uncr.

L'ordre devait être un peu interverti ce joiir-lii. l'Ile est à peine wirhc de chez elle, qu'on lui remet la lettre du eoiule. Klle ne concoil p;is qu'il ait ipielque cIkisc ii lui écrire, lue crainte vaipic rai;ile;

elle reifarde, elle tourne, elle retourne cette lettre; elle rompt le cachet. Il est entraîné, se dit-elle , |)ar une alVaire importante, in.ittendiie, ilonl il ne m'a jias parlé hier soir et (ju'il n'a pu eoiinaîlre celle nuit. Il y a là-dessous quelque chose d'extraordinaire. \ous savez que madaiiie liern.ird aime à causer.

l!lle reiiire chez elle , elle passe dans la chambre de .Iulie. Elle se livre un mniiiciit au plaisir de conlenipler ee mélange heureux de lis et de roses, ce calme iiarfail de l'àiiie, qui se peint dans chaque Irait. Après avoir rendu un liomma!;e sincère à ce petit chef-d'ieuvre de la naliire, elle cède à riiabiluilc dominaule, elle éveille .Iulie, s'assied sur le ]iied de son lil , lui reiiiel la lettre du comte et ne lui dil qu'un mot : Il est parti. Mais de quels développeiiienis ce mot est suseeplible ! à eoiiihien de conjectures il donnera lieu ! quelle source inlariss.ible de ca(pielaf;e va iiailrc de ee mol-la !

.Iulie lisail en se fiollani les yeux, lille s'arrêtait ii la lin de chaque phrase, elle marquait son élonnemcnl, elle demandait a madame Heniaid l'cxplicalioii de ce (pi'cllc ne coniprenait pas, et madame liern.ird parlait, parlait... pour ne rien dire du tout. Julie arriva eiihii à ces recouiiuandalions si fortes et si douces, si tendres et si palcriiclli's il la fois. .Sis i;r.inils yeux bleus se leniplirent de larmes d'allcndrissemeiit cl de reconnaissance. P^lle étudiait toutes les expressions qui se rap|iorlaient il elle, elle les méditait, elle n'entendait plus madame Bernard.

EWv relut ei'lle Ictlre tout entière. « Oui, dit-elle, il y a quelque chose d'extraordinaire. — n'incompréhensible. — M. le comte se fût expliqué sur la naliirc de cette allairc, si elle lui était avanlaijeuse. — Il sait quelle part nous prenons à ce qui lui arrive d'heureux. — 11 se lait: donc il est allUijé. — iMa chère madame Bernard, il faut lui écrire. — Sans doute. — Lui offrir nos consolations. — Nos soins, mon enfant. Je n'aiiue pas la campaijnc, mais je serais bien aise de voir sa terre de basse Brelagne. Nous écrirez, Julie. J'ai quelques lalenls , mais j'ai toujours iié[;li!;é le style épislolaire. — Eh, madame ! ii'est-('e pas avec son conir (pi'on écrit ii ceu\ qu'on aime? — A la lionne heure; mais ii votre àije les idées sont plus abondantes, plus fraîches, plus aimables. Vous écrirez, vous écrirez; et pour que vous ne vous ennuyiez pas , je vous conterai une histoire pendanl (|ue vous laisserez courir votre plume. >

Madame Bernard va dciuander le déjeuner : cerl.iins chagrins, de convention peut-êlre, ne l'ont p.is néijlifjer les choses essentielles. Julie s'habille lentement, elle s'arrête ii chaque instant ; a chaque instant elle relit les dernières ligues de la lettre du comte, et de nouvelle» larmes s'échappent de ses yeux. Elle passe dans cet appar- Icment où chaque jour d'Alaire l'attendait , qu'il vivifiait par sa présence. Elle en fait tristement le lour. « Il n'y est plus, » dit-elle en soupirant. Elle retrouve ce livre qu'ils tenaient ensemble Ja veille. Elle le prend , l'ouvre et soupire encore. Elle le remet sur la table en disant : « i\c le lirai-je ))liis avfc lui :' "

.Iulie mange peu el garde le silence. Àiaiiamc Bernard mange bien, qiioiiiu'ellc parle beaucoup ; il esl des gens ipii save;it tout concilier. .Iulie regardait autour d'elle, clic semblait dire : Oiiesl-il? Les yeux de madame Bernard se porlaicnt de sou assieltc aux plats, et des plats à son .issiette. De temps en Icmiis elle revenait sur le départ précipite du comlc, sur les raisons qui avaient pu le déterminer, sur le besoin qu'il devait éprouver d'ép.inclier son co'ur dans celui de quelqu'un qui put l'entendre cl lui répondre, sur le désir (ju'elle avait de visiter la terre de basse Bretagne. Elle ajoutait que l'air de la campagne leur ferait le plus grand bien ii toutes deux. N'y a-l-il pas ilaiis tout cela une pelile Icinte d'éjjoïsinc ?

Julie élail très-allenlive quand madame Bernard parlait du comte. Elle croyait aussi que l'air de la campagne , de la basse Bretagne surtout, lui serait bon. Mais elle ne répondait que par ces mots pleins de sens : Si M. le comte voulait nous avoir près de lui, sa lettre vous le dirait.

Tout finit, et madame Bernard se décida ii quitter la laide. Le coiule n'avait pas défendu qu'on lui écrivît, et Julie se mit à son secrétaire. i\'est-ce pas avec son coeur, a-t-ellc dit, qu'on écrit à ceiiv (pi'on aime? Son eceiir seul parla dans une lellre de quatre grandes pages, qui furent remplies d'un seul jet. (!e que lattacheiiieiil a de plus sincère el de plus vif, ce que la reconnaissance a de |ilus louchant, des plainics tendres et douces du secret qu'avait garde le coiiitc sur son départ, aiiiinaient celle feuille de papier, une heure avant inerte et sans vie, maintenant riche d'expressions et de sentiments.

Pendant que Julie écrivait, madame Bernard, toujours iîdèle îi sa parole, conlail des histoires. L'être l'orleinenl préoccupé est tout ii ce qu'il fait. Julie n'a pas eu de distractions , sa lellre esl charmante. Oiiel bien et ipiel mal a la fois elle doit faire au bon, au généreux, au trop sensible d'Alaire !

.Iulie crrail dans cet appartement, oii elle semblait clierclier ce qu'elle n'y pouvait plus rencontrer. Elle regardait tous les meubles; elle s'arrêtait devant ceux dont s'était servi le comte. Elle s'enapproeliait , elle les louehail; elle croyait y trouver encore quelque chose du |iroleeleur chéri à ipii clli' devait tout. Faligiiée de sa situation, elle essayait de s'y soustraire; elle voulait travailler, sou aiguille s'arrêtait malgré elle ; elle jetait son ouvrage, elle allait, elle venait,

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