‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 220 sur 379 · LIC.OrSMK · texte numérisé non relu

LIC.OrSMK

|;i';iiiiiii.iir(' Ir.iiiiiiisi'. Le iimito il.iil |»'r>ii.nli' «liu- li-s livres muiI r«ils pour les iiiaitri's , l'I il iif tlii'rrliail |ias les plus viiliiiiiiiii'iix. I.cs plus pclils, xlim lui, soiil les plus rldirs, tt il l'.iut hicii si'i;.irilfr <lf faire lire .i un ilive ee (|u'il ne peul eiiuipreiidre. Il lisiiit ileu\ l'ois, trois lois une r<i;le a Julie, il lui ilietiiil une plujse il.ins lioiuelle se Irouvail l'iipplie.ilion de eette ri'|;le, il ne s'.illaeliail (|u'iiu uiol .pii s'y nipporlail ri il se taisait sur les autres fautes; il savait (]ue .Iulie les corrijjcrail il'elle-Miènie , i« mesure ipie d'autres rifles les lui feraient eonnaitre. (Ictle nutlioile lait honneur à l'esprit d'un lioniine de qualité . elle en ferait luèiue a un uiailri- de prof, ssion.

D'Alaire ero>ait encore (pie l'étude de la i;éoi;rapliie n'est (|u'une lioineuelature ilitlieile à retenir et tout à fait insiijniliaiite (|uand on ne l'appliijue pas à s<ui véritaldc idijet. Tue earte, a eôlé du livre, sur laipielle .Iulie aurait promené son iloint, ne lui paraissait pas sullisanle, il j joi|;uait l'histoire. Il pensait ([u'un trait liistoric|ue a l'avanlane d'amuser l'élevé en l'instrnisaMt et |;rjivo dans s« mémoire le noui et la situation du lieu où révénenient s'est passé. Ainsi .Iulie apprenait à la fiiis la i;ranimaire , l'Iusloirc et la i;éo|;rapliie. Klonuée de ses progrès, ]ileine de reconnaissance envers son liienl'ailcur, elle exprimait quelquefois ses sentiments avec une franchise, une candeur, un abandon qui avaient liien quelques dangers pour son instituteur. U'Alaire retirait vivement sa main, que caressait celle de .Iulie: il se tournait précipita m ment, pou rue pas voir SCS i;rautls \eu\ hieus, dont l'expression l'clïrayail.

Il causait un moment avec madame Bernard , et il revenait s'exposer à de nouveaux périls.

11 n'avait pas né|;li>;é les .•tris agréables; mais il n'était ni peintre, ni musicien, ni danseur. Il availétéoldii;c de prnd relies maîtres; mais lui et madame iJernard assistaient aux leçons. Il avait établi cette rei;le, il l'avait rendue obiii;atoire , invariable.

Dans les intervalles d'un exercice à l'autre, on montait dans un tiacre, on allait au bois de Houloi;ne ou de Vinccnnes. D'Alaire avait dans sa poche un volume de botanique nu d'histoire naturelle. Madame Bernard portait son i;rand sac de taffetas vert, elle y recevait telle plante que la jeune personne avait cueillie, tel insecte ailé qu'elle avait pris à la course. Tout lui paraissait plaisir dans ces ])romeii.'ides, et elle rentrait ii l'Iuî'.el sachant toujours quelque chose de plus que lorsqu'elle en était sortie.

t,>uelquefois on faisait mettre le dîner dans le fiacre. Apri'S avoir bien couru, on s'asseyait à romlirc d'un vieux cliènc. Les viandes étaient froides, le vin était chaud; on eût été Ires-fàelié de diner ainsi tous les jours, mais on sortait de ses liahiludes, et la nouveauté a du charme pour tous les à^cs. D'Alaire trouvait ces petites parties fort agréables.

Quelquefois aussi on se permettait le spectacle. L'instituteur était difficile sur le choix des pièces : la Fiiniiii' jiifie cl partie, le Mariai/e de Figaro, le Pelit Chaiteron loiif/e . etc., etc., étaient rayés de son répertoire. Julie n'entendait sur la scène (pie ce que le comte aurait pu lui dire lui-même; ou n'était pas foulé à ces représcntatinns-lii , mais Julie n'en connaissait pas d'autres : et

On ne peut désirer ce qu'on ne connaît pas.

En s'arausant elle se formait le goût, elle apprenait à connaître le inonde, et c'est ce (|ue d'Alaire voulait.

Mais le monde était-il bien eoniiu de lui? avait-il pu supposer

qu'on se tairait en le voyant vendre ses chevaux, mettre son carrosse

sous la remise, supprimer ses iliners, rompre enliii avec ceux ((u'il

voyait tous les j'inrs '.' Vu changement aussi prompt qu'extraordinaire

•.'Il .

a néiessairiiueiit une cuise du plus haut lulérèt et pique siiigulirrtmenl la i iiriosite.

On avait pour le comte la considération que commaiiilaienl ses qualités, et la raison en est simple: riioiiime de bien est utile il lu société, et la société est intéressée a multiplier de tels êtres; elle le» élève il leurs propres yeux , elle le» décore de titres imposants. O sont des eueoura|;euients propres ii faire de iiiiii\eaiix prosél\te«, c'est-à-dire des gens disposés ii établir leur bonheur sur celui des autres, 'l'oiil l'cla est tres-boii eu soi; mais voila ee que le comte veut il loute l'oree appeler égiiisiiie, du côté de la société et du sien. Que puis-je l'aire ii cela '

<!('peiiilant la considération était tombée dans la proportion de la nullité il laquelle ou supposait que d' Maire s'était réduit. Les gens curieux, et il y en a beaucoup, rhercliaieiil à savoir ce (|ui se passait dans l'inlérieur de son hôtel. Ln domesliipi!' fait aisément parler un camarade, (.es gens-lii sont toujours disposés ii se dedomiu.i{;er de

leur infériorité en dénigrant leurs maîtres. On dit liienlôl dans tous les cercles rpie d' Maire était passiiinnimeiit amoureux <ruiie petite lilli' qu'il a va il achetée I renie mille fr.ines :i sa mi're, qu'il l'aimait au punit de passer sa vie entière avec elle, (|u'il eu était jaloux jusqu'à ne pas soiillrir ipt'elle sortit sans lui de sou liotcl , ipi'il avait rériirméson train pour la l'ouvrir de iliamanls dont il ne lui permett.iil de se parer que pour lui et ihe/. lui.

( )n convenait en riant que le comte était réellement devenu égoiflc; et ou ne le désip.na plus ipie par cette (pia M lirai ion. qu'il ambilionii.iit depuis si loiigteiiifis.

\ crsac n'osait pas détromper le public, mais il aimait a voir desrendre tout ce (|ui valait mieux que lui.

D'Alaire fort de sa conscience, delà pureté de ses intentions, du bien qu'il faisait chaipie jour, n'avait pas rclléclii un mnment ii ce qu'on pouvait dire et penser (le lui dans le monde. Il se couchait après avoir bien rempli sa journée, il se levait après avoir dormi du .sommeil le plus tranquille, et il se disait : (lombien je suis heureux du bonheur de celte enfant, de celui que je lui prépare! Je fais plus <pie lui avoir donné le j^nir, je la rends respectable et j'ajoute à sa beauté ce que l'instruction et les talents ont de charmes. Klle n'a ])as ! encore d'expérience, elle nomme ee que je fais pour elle bonté, générosité, vertu. Je ne dispute pas sur l'acception des mots avec une enfant. Mais si elle était tombée en d'autres mains. ipTon la comblât de bienfaits, (pi'iiii l'aimât comme moi .ivec le désintéressement le plus absolu, prenilrais-je la moindre part à sa félicité:' INon, sans doute. Ici, au contraire, le sourire (larait-il sur ses lèvres ' c'est moi (pii l'y ramené; son cDeur sensible s'épanche-l-il dans le mien '.' j'entends l'expression des sentiments (|ue j'ai l'ait naître. Je me complais, je m'admire dans mon ouvrage. Donc je suis un égoiste.

Ln homme de cinquante ans n'est pas jeune ; mais ces entretiens de toutes les journées, ces ép:iiichemciils d'un cieiir sensible, ces rei;ar(ls, expression de la vive, de la tendre reconnaissance, ne sontils daiigeriux que pour la jeunesse .'

On était daius les beaux jours de l'année. f)n avait dîné, et le soleil était sur son déclin. On tenait le .Siècle de Louis ,\1\ . Cet ouvra.-e, oii Voltaire a tout lieint en grand, jusqu'aux faiblesses du monarque, dont le style séduit , entraîne, jetait Julie dans une sorte d'enchantement. Le ji'.nr lui manquait, et elle ne pouvait se détacher du livre. D'Alaire lisait avec elle, cl pour lire quelque temps encore il axait fallu se placer contre une croisée. L'embrasure était étroite.

les épaules se louchaient. La tète du comte était ii obile , celle de

Julie s'en approchait, s'en éloignait, s'approchait de plus près encore ; une hileine pure et fraîche se confondait ([uebpiefois avec celle du

D Alaire lisait avec ello, ( t pour liri^ que (| e temps encore il avait fallu se placer contre une croisée.

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