JULIEN, ADÈLE
JULIEN. — La voici. {A AJclc.) Viens prononcer entre l'amour et le devoir ; viens soutenir mon courage, ou me rendre à jamais mépri- .sablc; décide enfin du sort de ta mère, et dis-moi qui doit l'emporter d'elle ou de ton amant.
ADÈLE. — Si j'en suis réduite à cette cruelle alternative...
JULiB.N. — Il faut o])ter , et promptement ; demain, ce soir, dans une heure peut-être il ne sera plus temps.
ADiiLE. — Et c'est moi que tu interroges ! Consulte ta probité ; il faut n'écouter qu'elle.
JULIEN. — Je partirai donc.
AuÈLE. — Pars ; je sais souffrir et me taire.
JULIEN. — J'emporterai ton image.
ADÈLE. — Et tu me garderas ton cœur.
juLiE.N. — Quand on aime une fois...
ADÈLE. — Ah! oui, c'est pour la vie !
JULIEN avec enthousiasme. — Je pars pour l'armée : la gloire et l'amour élèveront mon âme.
ADKiE. — Sois Français, sois républicain : (montrant son cœur) ta récompense est là.
.lULiEN. — Je la mériterai. Bien servir sa patrie, bien aimer sa maîtresse...
ADÈLE. — C'est tout ce que peut un honnête homme ; c'est tout ce qu'on peut attendre de lui.
JULIEN en pleurs. — Adieu, Adèle.
ADÈLE pressant sa main. — Adieu... adieu... ju.sques à quand ? (Ils s'embrassent. )
JULIEN. — Nous nous attendrissons : ce n'est point dans les pleurs qu'on s'arrache ;i ce qu'on aime.
ADÈLE. — Nous faisons assez pour la nature, donnons du moins un moment à l'amour, f Ils s'embrassent enctire. ) Voilà mon portrait, je le destinais à mon époux. Mon père t'en a donné le titre; depuis loiiglcmps ton Adile t'avait nommé en secret. Ce portrait est à toi : ((u'il luuirrisse ta tendresse , qu'il t'encourage à la vertu. Je sors. .Mon ami, ne cherche plus à me revoir; les forces humaines ont un terme , et l'épreuve ne peut aller plus loin.