SCÈNE XVII
JL'UEN, KUANCISOUE.
FRANCISQUE. — Tu m'as renvoyt', et je te cherche; lu veu\ souIVrlr seul, et je viens in'aini|;er avec toi.
Ji i.lEx. — Tu m'as élevé , lu l'es toujours nioiitié iiiciti .inii , je l'ai donné ma coiiliance, et lu l'as trahie.
iKwcisoi K. — .le n'ai chenhé qu'à le servii, j'ni [lu me tnim|K'r; mais mes intentions élaicnl bonnes.
,iin^. — Cela ne suflil pas toujours, tu le vois. Tu m'as eviiosé à lies reproches qui m'honorent, mais que tu «levais ni'épar^ner.
rRANCisijiK. — Puis-je réparer ma faute?
Ji'Liis. — Tu le peux , et tu le feras.
FRA.>ciSQi'E. — Parle , Francisque est tout à toi.
JULIEN. — Mon bon ami , j'attends de toi un service , c'est le ilcrnicr que tu me rendras.
FBiNciS'OiE. — Ordonne.
Ji'LiKx. — Prépare tout pour cette nuit , je m'éloii;nerai sans prendre congé de personne. Je l'adresserai queliiuil'ois des lettres pour Adèle , lu les lui remettras, et tu me feras parvenir les siennes.
niAMisiji'E. — Tu es décidé ?
Ji LIEN. — Irrévocaldement.
FBANcisoiE. — r.h bien , tu partiras; mais j'attends une grâce à mon tour, et ta condescendance te réi)ondra de la mienne.
iiLiE.N. — lixplique-loi , lu me connais.
rRA\CLsi,ii E. — Je suis vieux , mais j'ai de quoi n'être ."i charf;e à (icrsonuc. Ce que je possède est bien à moi, c'est le fruit de mou travail et de vingt ans d'économie. Je puis être utile à un ami malheureux, que sa douleur empêchera de penser à sa fortune. Julien , je te suivrai, et je ne suis discret qu'à celle condition. i\les consolations seront simples comme moi , je ne te ferai pas de phrases; mais j'ai un bon cteur, et tu enleiulras son langage.
jiLiRN. — Honnête et respectable homme!... T.t voilà ceux qu'un fol orgueil humiliait ! Francisque , ta proposition ne m'étonne pas, mais je ne puis l'accepter.
FRANciSMiE. — Ton relus m'offense, Julien . Crois-tu (|uc le soutien de ton enfance ne soit pas digne d'être le coiupagiioii de ta jeunesse?
jiLiEx. — Je vais à l'armée, je vais mener une vie errante, laborieuse, et ton âge ne te iicriuel ])lus...
t'RANcisouE. — ^ e suis-je pas Français aussi ? N'ai-jc pas comme loi une patrie à défendre et du sang à lui offrir?
jiLiEN. — Je ne résiste plus; oui, nous partirons ensemble. Mon ami , sois actif et discret. Je serai dans ce salon à minuit, nous quitterons ces lieux en silence, ces lieux où lu as passé tes be.iux jours, et oii ce malin encore la fortune m'avait flatté de l'espoir le plus doux et le plus mensonger.