‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 47 sur 379 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

FRANCISQI'E, JrLIEN, i.A citoïfnne DiailCOlUT i)Oriai.i une l>oii(;ie qu'elle pl.ice Sur une fahle en entrant. On lèvt; Lt r;)lil()e à dcini.

Fi,VNCis<ji'S. — On vient... Ah! c'est la citoyenne Déricourl. JVLIEN. — ^ ous avez voulu me voir, madame. Pouvez-vous désirer ma présence? Croyez-vous (|tic la vôtre puisse me consoler? LA iiToïtNNE DÉituoi ST. — IVancisquo , veille/, i» cette porte.

SCÈ\E IV.

L* GITOYBNNE DlillICOUBT, JULIEN.

LA ciToïïSNK DÉmcoiKT. — Yous avcz droit de tout penser, et je suis préparée ii ce que vous m'allez dire ; mais écoutez-moi. ÎNotre séparation était iuévilahle, votis le sentirez petit-ètre uu jour; cette sépar.iliou sera lonijue, bien loiir;ue, cl j'ai voulu vous voir pour la dernière fois, vous embrasser encore, pleurer sur vous et sur moi, vous ilonner des conseils qui ne vous seront pas inutiles, et vous assurer que je ne vous abandonnerai jamais.

iLi.iEN. — Ne parlez pas de noiivcaiiv dons; les vôtres sont trop cliers. Un homme de mon caractère n'a besoin de personne ; je saurai supporter mon sort, si je ne puis vaincre l'adversité, et vos conseils, autrefois si précieux, sont siiperlltis en ce moment.

LA CITOYENNE iiÉbiioi HT. — Ail ! Julicu, quc d'erreurs ont causées la prévention et l'injustice!

jLLiiM. — La prévention! l'injustice! C'est vous qu'elles subjuguent, c'est moi soûl qu'elles accablent. Ne me retenez pas, et laissezmoi partir.

L\ ciTOM><:<E DF.aicacRT. — Dn moment : rends-moi ton coeur...

JULIEN. — Je ne le puis.

LA ciTOïE\>E uÉBi'OLRT. — C'est ta meilleure amie qui te presse, qui te conjure de ne pas la repousser; c'est une mère égarée et sensible, qui souflVe par toi et pour toi, qui voudrait... qui ne peut...

JULIEN i/'une roix étouffée. — Une mère !... une mère!

LA r.iTovENNE uÉRicociT 56 repret^ant. — Je t'en ai tenu lieu ; j'en ai rempli les devoirs.

JULIEN. — ÏVe me rappelez pas le passé, vous l'cITaccz de ma mémoire. Si je vous dois beaucoup, fais-je moins aujourd'hui ? Je renonce (I lotit ce qui m'attache à la vie, je quitte Adèle, je toc dérobe à votre épotn, je itie jette dans un monde iticoiiiiu, sans stipport, sans espoir, "•ans autre ami (|ti'tiii vieux domestique qui compatit à mes maux et qui veut les partager; je m'expose it tout, je brave tout, et pour qui? pour vous seule, femme absoltie cl barbare... IVon , je n'ai plus de mère... je n'en ai plus; vous avez misTnlre nous une éternelle «ëparalion,

LA CITOYENNE oÉaicouRT. — Tu m'accuscs, tu m'outrages, et je ne puis te blâmer.

JL'i.iSN. — Dans l'étal oii je suis, sais-je ce que je fais?

LA ciTfUENNE uÉRicouRi. — iMc coHiiais-je moi-même? ma tète n'est plus il moi... mon désordre est au comble... mes idées n'ont plus de suite, de liaison... Julien, je perds en toi la uioitié de uiou être. Je ne puis ni te voir ni me séparer ilc toi. Je n'oppose ."i tes vteux que l'impuissance... le désespoir... des larmes stériles qui ne peuvent l'a|)aiser... Oui, tu me hais, tu le «lois, je le sens, j'en suis convaincue; mais quelque indigne (]tie je t'en paraisse, i(Ue je goftte encore une fois le plaisir d'être mère. Julien... mon fils, mon cher fils, mes

bras te sont ouverts; crains-lii de l'y précipiter? [Julien balance.) JiUicn! [Use jette dans ses bras.)

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