‹ Vie et correspondance de Merlin de ThionvilleChapitre 25 sur 56 · C .nvril · texte numérisé non relu

C .nvril

Aujourd hui, j'ai vu passer le convoi du maréchal Gouvion Saint-

Cyr, nommé général de brigade et de division en huit jours, par Hentz, le représentant, qui allait brûler la jolie petite ville de Cusel que j'ai aidé à rebâtir.

Le général, en 1795. fit prendre et reprendre deux fois ma redoute par sa division, pour fêter mon arrivée à l'armée du Rhin après le 9 thermidor, en présence des généraux Michaud et Kléber.

Si j'avais pris la route qu'il a suivie, j'aurais le môme convoi et les mêmes honneurs ; mais j'aurais servi Bonaparte empereur et les Bourbons. J'aime mieux la fosse commune au centre de la liberté et de l'éaalité '

A M. Merlin de Tliionville , ancien député , rue des Tournelles , à Paris.

liruxullcs, 7 août IS.'iÛ.

Je crois bien, comme toi, mon cher ami, qu'il ny a pdn la moindre difficiilté à ce que nous rentrions tous, dès ce moment, en France, ot que personne n'y trouverait à redire. Aussi Thibaudeau et Chaziii sont-ils déjà partis. Mais, pour mon compte, je crois devoir attendre que les articles 3 et 7 de l'acte tyrannique du 1 2 janvier 1816, qui, usurpant le nom de loi, nous a proscrits, soient, par une loi véritable, non pas (dn-ogés, non pas rapportés (formules qui ne peuvent convenir qu'à des actes qui ont un principe ou une apparence de légalité), mais déclarés comme non-avenus ; et je compte assez sur la raison publique, pour me flatter que cette loi ne tardera pas à paraître.

Je n'ai pas besoin de te dire quelle jouissance ce sera pour moi de revoir et d'embrasser tous ceux de mes anciens amis qui me sont restés, comme toi, attachés dans le malheur.

Mille et mille amitiés.

MERLIN

Il y a dans cette lettre tout un caractère : elle est digne du jurisconsulte rjui a si bien connu le droit et qui a toujours su le l'aire si bien respecter en sa personne. Peut-être cependant l'illustre auteur des Questions do droit aurait-il pu observer qu'un acte tyrannique n'est qu'un fait brut qui tombe de lui-ni('me quand la force qui lui donnait consistance cesse d'exister. La déclaration qui l'anéantit est implicitement comprise dans celle qui constate la cessation de la tyrannie. Le rappel des exilés, dans de telles conditions, n'a donc que la valeur d'une invitation et constitue un simple témoignage de sympathie qui ne saurait être obligatoire. Celui qui tient en main le pouvoir politique peut frapper d'exil, comme il peut assassiner, mais il est au-dessus de sa faculté de condamniîr.

.\i.ùi 1830.

Monsieur .

Ne me demandez phis « ce que je veux » : le voilii par écrit, conmie vous avez paru le désirer. Ce que je veux ? c'est l'ordre i)iiblic fondé sur une base solide et indestructible. C'est ce (luc ne Nculcnl p;is ceux ((ui (»nt intérêt à se rendre nécessaires, et ce ([ue ne peu\enl pas vouloir les eunuques (iu palais (|ui s'en partagent exclusivement les l'a\ours.

On ne peut gouverner qu'en vertu d'un droit déiini et reconnu, à moins d'étroun tyran : ce rôle serait diflicile aujourd'hui. Le droit divin ! n'en parlons pas ; de la légitimité encore moins ! que de rai.sons pour ne pas l'invoquer. H faut donc revenir fr.uicliemenl au \ériluble droit ; celui do nos

rORRESPONDÂXrr particulière. 71

pères. Us élevaient. le plus digne sur le pavois, et quand la majorité de la nation assemblée avait frappé sur les boucliers, le nouvel élu lommandait au nom du souverain qui venait de le choisir.

Voilà ce que je veux, Monsieur. Je crois et je suis intimement convaincu que tant que le peuple francjais n'a pas librement exprimé sa volonté, tout ce qui se fait n'est que provisoire et que la violence seule peut forcer à se soumettre. Cela est évident: vous le voyez écrit sur les bannières de tous les partis ; vous-même, Monsieur, vous me l'avez fait remarquer

quand vous m'accusiez de parler comme M. de Fitz-.Tames Les carlistes

légitimes, ceux qui veulent relever l'étendard de Napoléon, les républicains, tous conviennent que le seul principe du pouvoir, le droit de gouverner, réside dans la majorité ; que l'exercice de ce droit appartient et ne peut appartenir qu'à celui auquel cette majorité l'aura confié; que, conséqùemment. tant (pie cette majorité n'aura pas même été consultée, les minorités pourront parler en son nom et l'invoquer, M de Fitz-James comme M. de Cormenin. M. de Martignac comme M. Mauguin. Le roi, Monsieur, je vous l'ai dit, est plus patriote que ses ministres, plus sage que les chambres qui veulent le tenir en tutelle; il jouit dans ce moment de l'assentiment général : je désire qu'il profite de cette popularité méritée pour faire parler la nation : elle exprimera un vote qui est dans l'âme de tout le monde. La France, pénétrée du sentiment profond de sa destinée et satisfaite, s'empressera de lui confier le soin de ses destinées auxquelles les circonstances l'ont appelé à présider. Alors , plus de parricides espérances dans des troubles civils ; plus de lâche appel à l'étranger : le peuple environne et défend son ouvrage.

Ainsi, convoquer le peuple dans ses assemblées primaires , et ouvrir des registres pour recevoir les votes individuels des citoyens pour ou contre l'ordre existant depuis la dernière révolution. Ces votes seront exprimés par oui ou par non ; les registres qui les contiendront seront scellés et déposés au secrétariat de la chambre ; le nombre des votes sera constaté publiquement.

Si, comme je me plais à le croire, la majorité est favorable, le roi acceptera le contrat social . se soumettra à ses clauses et à celles que les législatures successives arrêteront, de concert avec lui. dans l'intérêt progressif de la liberté et de la prospérité du pays.

Je sais qu'on fera de nouvelles objections contre cette manière de procéder ; mais elle me paraît seule compatible avec notre état actuel, et il me suffit que le principe soit reconnu pour me faire transiger avec les conséquences.

En marge du brouillon est écrit de la main de Merlin : « Cette lettre a été remise à Louis-Philippe parle duc de Choiseul. » C'est, en effet, au duc de Choiseul qu'elle paraît adressée. En tête se trouvent ces mots : » Monsieur le duc, » les deux

72 (.ORRESPOXDANCE PARTICULIÈRE.

derniers ratun'-s. Depuis le 10 août, où il avait eu le bonheur de lui sauver la vie, Merlin n'avait cessé d'entretenir des relations amicales avec ce gentilhomme. Cette lettre si ferme et remarquable à tant d'égards peut être regardée comme un résumé de la contestation soutenue pendant dix-huit ans par les républicains contre l'ordre factice de 1830 , et qui a eu pour conclusion le triomphe du suffrage universel. Malgré la réserve qui lui était commandée, vu la qualité des personnes auxquelles il s'adressait , Merlin y montre assez quel était le fond de sa pensée, savoir : que c'était sur le peuple tout entier et non sur la bourgeoisie que devait reposer le goiivernement des destinées de la France.

CORRESPON'DAMIE OFFICIELLE.

Les commissaires nationaux envoijés dans le département de Seine-et-Marne à l'Assemblée nationale.

Amicn?, 2 septembre 1702.

Noos nous empressons de vous annoncer que le district de Mehin montre le patriotisme le plus ardent. Les routes sont couvertes de citoyens enrôlés; les communes ont otîerl leurs chariots; les uns s'inscrivent, les autres fournissent leurs habits, leurs armes et souscrivent des engagements pour secourir les femmes et les enfants de ceux qui partent ; les mères de famille donnent leurs bijoux. Lamour de la liberté brûle dans tous les cœurs, et la sainte égahté brille dans tout son lustre.

Les mêmes sentiments se manifestent à Amiens. C'est évaluer modérément les dons qui se sont faits depuis notre arrivée dans cette ville, c'està-dire en deux heures, que de les porter à soixante mille livres.

La commune de Mailly n'avait que soixante gardes nationaux : vingtquatre étaient déjà sur la frontière, le surplus s'est rendu armé et équipé sur la place et s'est enrôlé pour partir.

MERLIN, Jean DEBFîV, commissaires de r.\ssemljlée nationale ; l.EGENDRE, commissaire du Conseil exécutif.

Aux électeurs de Paris.

Paris, 10 septembre i~'M.

J'arrive et j'apprends que les électeurs de Paris portent le ci-devant duc d'Orléans à la Convention nationale.

Ce n'est pas la moralité du candidat qui les détermine ; ses talents encore moins'

Qu'est-ce donc ? Le nom f]'AV/n//'/r ([iril vient de prendre? Mais c'est une insulte au peuple !

MERLIN, de Thmnville.

Voici le texte de l'arrêté de la (lommune qui avait soulevé l'indis^nation manifestée par Merlin dans la lettre ci-dessus; il est du 15 septembre.

" Sur la demande de Louis -Pliilippe-Joseph, prince français, le Conseil général arrête : 1° Louis-Philippe-Joseph et sa postérité porteront désormais pour nom de famille Égalité. »

Merlin était de relour, de la veille, de sa mission dans l'Aisne et dans la Somme. 11 fit aftirher aussitôt dans tout Paris et à la porte même de la salle électorale du Palais-Royal sa lettre aux électeurs.

Lors de l'appel nominal, Merlin réitéra devant la Convention l'expression de son indignation, et fit une motion pour obliger le prince à quitter son nom d'emprunt.

Enfin, lorsque Buzot fit, à la séance dn 16 décembre, la proposition du bannissement des Bourbons, Merlin s'empressa de l'appuyer, en insistant sur le bannissement du duc : " En 1788, dit-il, j'ai entendu parler d'une faction d'Orléans; en 1789, eu 1790, en 1791, encore une faction d'Orléans ! Aujourd'hui le nom d'Orléans est un ferment de troubles parmi nous Orléans, partez dès aujourd'hui! (Applaudissements.) IMais au moment où il partira que les dissensions qui nous tourmentent disparaissent enfin, et que, vrais républicains, nous nous occupions de fonder un gouvernement capable d'r''cra?er le premier intrigant (jui voudrait anéantir la liberté ! »

De quels hommes se composa ce fameux parti d'Orléans 7 II est assez clair que Merlin n'eut jamais la main dans leurs intrigues.

Merlin de Thioniille au citoyen Pache, minisire de la guerre.

Mayenre, le \ janvier 179^.

Je vais vous peindre la situation dans laquelle se trou\ e l'armée de la république, commandée par le général Custino, et vous dire franchement, en pleine connaissance de cause, ce que nous pouvons espérer ou craindre. Je vous laisserai juge ensuite de la nécessité de la jonction de toutes nos forces avant que l'ennemi puisse se procurer de nouveaux secours ou que d'autres tyrans se liguent encore contre nous.

L'armée de la république occupe :

\" Le fort Kœnigstein sur la route de Francfort. Les six cents Français «lui s"v défendent sont entourés par l'armée ennemie et dans l'alternative de se rendre avec la |)lace ou d'y mourir de faim. Il no faut pas espérer que l'ennemi les y attaque : il sait tro|) bien ijuils ne jtouvent se retirer qu'en tombant entre ses mains.

2" Mayenco, fortifié anciennement par les Français, et défendu par de nouveaux forts construits par Cusline.

3" Une forteresse qu'on nomme Cassel. dans laquelle on ne peut entrer de Mayence (lue par un |)()mI de bateaux. Les nouveaux ou\rafie8 y sont inexpugnables. Cette forteresse domine toute la plaine de la rive droite du lleuve et impose à lennemi qui occupe les hauteurs d'Hocheim.

A un quart de lieue , sur le Rhin, vers Bibrich, est une île qu'occupent nos soldats. Plus bas. en suivantle cours de l'eau, sur la rive de .Mayence. sont les postes français qui s'étendent fort loin et qui ne permettent pas à l'ennemi de tenter le passage. Il en est de même de l'autre côté, vers Oppenheim, Worms. Spire et jusqu'à Strasbourg. Tous ces postes sont gardés par l'armée de Crassier, do façon ([ue je crois très peu redoutables, pour le moment, les tentatives de l'ennemi.

Mais Custine ne peut pas plus contre lui. 11 est obligé de rester sur la défensive dans un pays où il avait tout dévoré en allant à Francfort, et où il n'avait rien emmagasiné pour assurer ses derrières en cas d'échec. Nos chevaux mancjuent de fourrage; l'artillerie en devient moins terrible, la cavalerie moins forte, les vivres plus mal servis. Les convois arrivent à peine, les cultivateurs du pays sont écrasés, et si nous venons à éprouver une défaite nous ne pourrons sauver ni canons ni bagages.

L'armée commandée par Després Crassier, que je ne vois plus ([ue comme un supplément de celle de Custine , est a peu prés dans le môme état . d'après le relevé des subsistances qui a été fait. Il ne reste pas dans le Bas-Rhin de quoi l'alimenter. N'eût-il pas fallu cependant se ménager à Landau et à Strasbourg les moyens de ne pas craindre l'ennemi après une défaite à Mayence ?

Le conseil exécutif doit vouloir empêcher l'épuisement de la république en hommes, en dépenses, en vivres. Il ne faut donc pas que nos armées absorbent toutes nos ressources en attendant le printemps dans leurs cantonnements, comme la conduite des chefs le fait craindre , puisque Dumouriez est à Paris et que Custine exige des approvisionnements pour huit mois pour son armée à Mayence; ce qui, dans toutes les hvpothèses, ne sera jamais exécuté, car il n'en existe pas pour deux mois dans toute la contrée, le Haut et le Bas-Rhin, les Vosges et la Moselle. Que Dumouriez s'avance donc! Rien ne peut l'empêcher d'approcher de Custine. Que Valence marche vers le même point; que Beurnonville menace Trêves ou fasse sa jonction par le duché de Deux-Ponls ; qu'on attaque en même temps tous les cantonnements ennemis, et Custine, avec quarante-quatre mille trois cent quarante hommes composant son armée, renforcé de quatorze mille quatre cent vingt hommes de celle de Crassier, fort alors de cinquante-huit mille sept cent soixante hommes, avec une artillerie de campagne, de position et de siège infiniment imposante, peut tout renverser, tout vaincre et finir la guerre. Alors le Rhin devient le premier et le plus sûr boulevart de la république française, dont le rayon entre Paris et ce fleuve est égal à celui de Marseille à Paris.

Tri CORRESPONDANCE OFFICIELLE.

Il ne faut pas que la prétendue neutralité du Palatin nous arrête; elle n'existe pas, puisqu'il alimente les troupes de Darmstadl et les protège ouvertement, et qu'enfin si l'on ne prend pas le parti que j'indique, il faudra bien la rompre, car nous ne pouvons nous soutenir longtemps dans ce pays qu'en envahissant le sien pour alimenter nos armées. D'ailleurs le pays du Palatin occupé par nos troupes de ce côté du Rhin est décidément pour nous : il demande à grands cris sa réunion avec la France et soupire après son acceptation .

En un mot. l'état d'épuisement de nos forces de toutes armes est inconcevable. Le manque d'habits par la faute du conseil d'aclminislration des subsistances et par l'imprévoyance du général et des commissaires : de fonds, par la négligence de nos bureaux de la trésorerie nationale: de toutes espèces de ressources, par la rapacité des gens de tout genre ; d'hommes, par la fatigue, la maladie, le peu de soins des officiers de santé et l'avarice des employés, plus encore par la retraite des volontaires, moins considérable cependant depuis notre arrivée à l'armée; tout fait un devoir aux généraux d'oublier leur amour-propre aigri et de se concerter pour exécuter, sous trois semaines, un plan assez bien conçu pour battre, en masse et en détail, nos ennemis enveloppés par les quatre armées de la république.

Pesez ces réflexions, mon cher, je les fais sur le terrain. Je vois facilité à exécuter et danger à différer. L'ennemi, en nombre moins considérable que nous, manque de tout dans le pays de Trêves et de Luxembourg, d'après des nouvelles sûres que je reçois d'un homme que j'y ai envoyé. Ici, il n'est pas dans une aussi grande détresse, car il peut se soutenir tant qu'on ne coupera pas ses derrières.

.le vous dois quelques faits certains sur Francfort : j'ai entendu des habitants de celte ville même qui en sont sortis pour suivre les Français; ils assurent qu'ils savaient d'avance que le massacre aurait lieu; qu'ils en avaient averti, mais qu'on n'avait pas voulu les croire; que les magistrats auraient pu l'empêcher. Enfin l'officier qui commandait était un grand sot ou un grand scélérat

(Le paragraphe suivant est relatif à des demandes eu f;neur d'officiers, etc.)

Nous avons requis les commiss;\ires des guerres de passer des revues ; et, pour faire la vérification, nous avons requis le général d'armée C.usline d'ordonner aux conseils d'administration des troupes de toutes armes de nous remettre un contrôle nominatif. Nous vous enverrons ces états et le résultat de nos opérations par le prochain courrier. Je no puis assez vous répéter que ce (pi'il nous faut ici c'est du fourrage, et (juavec de l'argent on ne pourrait même pas s'en procurer pour longtemps.

Ne me faites ]kis éprouver le sort dont tout le monde se plaint : failes-moi

réponse : donnez-moi des instriiclions et comptez sur mon zèle. Embrassez pour moi mon Imivc camarade Xavier Audoin, et assurez de mnn respect et fie mon attachement la citoyenne Paclie et toute votre aimable famille. Sous l'ancien régime, je n'aurais pas osé charger un ministre de tant de commissions; mais aujourd'hui un sans-culotte va sans façon et consulte plus son cœur que l'étiquette. Bonjour, courage et persévérance.

MERLIN de Thionvillf.

Merlin devait être en relation particulière avec Paclic, par Boucliottc, allié de ce dernier, et qui était de Metz. Je trouve sur le compte de l'aclie, de la main de Merlin, la note suivante ijui doit avoir été écrite dans les ]trcniiéres années de la restauration :

Paclie est très tranquille dans sa terre.

Boiicliolte est très tranquille près de Met?.

Son frère est employé au casernement.

Le tils de Paclie a été nommé baron par le roi.

La mère du |ière Paclie se porte bien à cent deux ans.

Le ciel bénit celte famille.

Le souvenir des luttes de Merlin contre Boucliotte, tant à l'occasion de Kléber et d'.\ubert-Dubayet qu'à l'occasion de Doyré et des autres prisonniers de Mayence, suffît peut-être pour donner à cette noie quelque chose d'ironique.

Paclie se dégoûta promptement des alTaires publiques, et, désillusionné bien avant l'avènement de Bonaparte, se retira dans une propriété qu'il possédait dans les Ardennes. Le soin de sa famille et des études mètapliysiques dont il n'a jamais rien été [lubliè l'occupèrent dès lors uniquement.

Il avait rempli avant la révolution, par la protection du maréchal de Castries chez lequel il avait été précepteur, des fonctions administratives d'un ordre assez élevé dans la marine, et sous le ministère de Necker, il avait été contrôleur de la maison du roi. Ses talents et son austérité avaient attiré sur lui l'attention des Girondins qui le firent nommer au ministère de la guerre en remplacement de Servan ; mais dès février 93, ses tendances ayant paru trop démocratiques, il fut destitué. Cette disgrâce lui valut d'être nommé maire de Paris; mais dans cette position, ayant été au contraire dépassé par le mouvement de la commune, il l'ut remplacé par Fleuriot et mis en prison. Le 9 thermidor le délivra. « Pache, dit madame Roland, avait la triture des affaires; il avait un sens droit, du patriotisme, des mœurs qui font honorer le choix de l'homme public, et celte simplicité qui n'indigne jamais contre lui. »

Extrait (Vune lettre duméme au même.

Du G janvier 93.

(Il demande quatre commissaires des guerres et motive quelques changements à faire.)

Il nous faut ici des commissaires qui aient le courage de surveiller les fripons. N'oublie pas que celte armée, plus qu'une autre, a besoin de patriotisme. Je t'écris du milieu du sang et du carnage : juge si je suis juste dans mes demandes.

Je n'ai \m retrouver la lettre à laquelle appartient ce fragment qui est extrait des papiers du général Decaen.

Att- citoyen HenbeU, coinniissaire de la Conv.nal. à l'armée des Vosges.

Biidenlieim, le 21 janvier île In 2' année de la liq). frani;. Cher concitoyen ,

Billig et quelques autres officiers me pressent de vous presser vousmême de prendre un parti vigoureux au sujet de Dumoulin. Ils ont appris que le général voulait me confier pour la campagne prochaine un commandement qui me détacherait du bataillon , et ils le croient perdu , si Dumoulin devait seul le conduire à l'ennemi. Billig m'a dit que vous voulie/ y mettre delà formalité; je crois, dans ce cas, qu'il est surtout nécessaire de constater son ignorance. Je vous fais, en conséquence, présenter quelques questions qui ne roulent que sur les premiers éléments de la manœuvre; vous en jugerez : eh bien: je suis intimement persuadé qu'il ne saura répondre à aucune. Si l'histoire des assignats se prouve pareillement, vous serez déjà convaincu qu'il est ignorant et fripon . Voulez-vous vous persuader de sa lâcheté, envoyez quelqu'un lui otfrir une volée de coups de bâton, et il n'en refusera aucun.

Prenez donc, je vous prie, cette attâire a cœur et soyez bien persuadé i]uc tous ceux qui désireront la voir terminer n'ont d'autre vue, d'autre objet, que le bien du bataillon et de la république.

Kl.KIlEll.

La note suivante, de la main de .Merlin, sert de commentaire à cette lettre. Le public la trouvera sans doute intéressante, comme tout ce ([ui se rapporte aux cuimnencemeiits des grands lionnnes.

a Je suis arrive à Majenccen décembre 1792. Kléber y était on garnison, adju-

(laiit major du 4' du Haut-lîliiii, loiniiiaiidc |iar un vieillard avec lequel il était fort mal, ù cause des opinions de celui-ci, de son peu de moyens militaires et de l'indiscipline que sa négligence favorisait.

» En janvier, Kléber vint visiter ReubcU, son compatriote et mon collègue. Il se plaignit à lui de son lieutenant-colonel ; Ueubell le connaissait. Il me parla de la démarche de Kléber ; nous chargeâmes le général Aubert-Dubayet de voir ce bataillon et de nous rendre compte. Son rapport fut de tout point conforme au rapport de Kléber. Nous fîmes alors venir le lieutenant-colonel, et lui adressâmes avecdouceur les observations que nous cri'imcs nécessaires. 11 avoua qu'il n'était plu» propre an conuriandeinent et nous demanda à se retirer. 11 partit quelque tenq)s après et Kléber fut nommé à sa place. Kléber venait nous voir assez souvent, et nous dit en conlidence » — (La suite manque.)

Merlin de Thionville, commissaire de la Conv. nat., audcputv Thirion.

-Mayence. 4 février an i' de la Uc|i.

Si Thirion peut soupçonner Merlin, d'autres le nuspecteni, et tous les amis de Thirion (qui sont les miens, je pense) ont droit d'exiger de moi un compte exact et de mes motifs et de ma conduite.

Je divise ta lettre en deux parties et ma réponse de même : \° positions militaires de nos armées sur le Rhin ; 2" mes relations avec les généraux.

r Position de notre armée commandée parCustine, Després-Crassier et Houchard.

Cette armée occupe tout le pays entre Huningue et Mayence , et de Mayence, en suivant la gauche du Rhin, s'étend jusqu'au village de Bretzenheim derrière Kreutznach, devant l'armée prussienne, hessoise et de Darmstadt qui occupe l'autre rive. Cette armée est jusqu'ici inférieure en nombre à la nôtre, et elle s'occupe journellement à faire mille contremarches pour paraître se doubler.

Houchard commande l'avant-garde à Kreutznach, et doit s'opposer à l'entrée des ennemis parjle Hundsruck, Sa défense est facile; il n'a que trois défilés à garder : Stromberg, si l'ennemi passait à Bacharach; Kirberg et Kirn, s'il venait de Trêves par le Hundsruck. J'espère que tu prendras la carte pour vérifier mes dires. Je te parlerai des moyens moraux de Houchard a l'article de mes relations avec les généraux.

Il est impossible, d'après les mesures prises, que l'ennemi vienne nous attaquer en arrivant de Trêves sur Mayence, et l'armée qui nous observe ici est tenue en échec par le fort de Cassel que tu appelles militairement tête de pont. Pourquoi n'êtes-vous pas tous ici et ne pouvez-vous tout voir ? Vous penseriez bientôt que s'il existe une place essentielle au salut de la république, c'est aujourd'hui Mayence, qui , en mars, se gardera avec

80 CORRESPONDANCE OKFlClliLLE.

neuf mille hommes cl ([ui donnera à notre armée, forte de soixante mille hommes, la faculté de tenir la plaine et de s'opposer à tous les mouvements de l'ennemi qu'elle pourra prendre à revers, soit dans le Luxembourg cl le pays de Trêves, s'il s'éloigne de Mayence, soit dans les déparlements du Rhin, s'il avait l'intention d'inquiéter cette partie de nos frontières.

Ainsi, porte-loi à Mayence. .sur la carte; occu|)e ce point central et regarde l'ennemi tout autour de toi ; vois si, de là, tu peux te porter avec une armée sur tous les points de nos frontières ([ue l'ennemi attaquerait pour faire diversion , et si tu trouves qu'à Caslellane où vont être nos derniers postes, ainsi ([u'à Simmcrn, et au moyen de la réunion d'une partie de l'armée de Beurnonville à Hombourg, étant à portée d'attaquer Rhcinsfeld et Coblenz, au cas où ces places seraient dégarnies parles mouvements de l'ennemi , tu es en môme temps en état de défendre les frontières de la Sarre et de la Moselle, et môme d'empôcher l'ennemi de renforcer son armée contre Dumouriez, alors tu penseras qu'il vaut mieux conserver ce poste que de nous faire suivre sur nos frontières par l'ennemi.

Voyons maintenant l'autre côté de Mayence vers Strasbourg. L'armée de Després-Crassier suffit bien sans doute pour défendre Spire et ^^'orms qui nous offrent, en tous cas, des retraites sûres, si, comme tu le supposes, notre armée était battue. Mais, avant cela, le corps d'armée couvre encore, dans celte partie du Bas-Rhin, la ville de Landau que nous avons copieusement approvisionnée tant en munitions de guerre qu'en munitions de l)oache. Si tu connais Strasbourg, tu sais combien peu l'on a à craindre pour une place qu'on ne peut attaquer qu'avec soixante mille hommes : et au cas particulier où nous sommes, il faudrait encore avoir battu auparavant l'armée de Custine.

Ainsi, je crois l'avoir démontré sur la carte (pie la position de notre armée ne peut ôtre abandonnée militairement; doit-elle l'être politiquement et y trouverions-nous de l'avantage? Le peujtle do celte belle contrée, faite pour redevenir la frontière de la France dont le Rhin sera le premier boulcvart. est sur le point de se déclarer et de demander à former un (|ualre-vingl-cin(iuicme département. Il n'y a plus d'espérance que la chose réussisse si nous nous retirons. Et d'ailleurs si ce poste n'était pas aussi essentiel à conserver, dis-moi pourquoi l'ennemi le convoiterait-il avec tant de chaleur? pourquoi combinerait-il toutes ses forces pour nous y in(iuicler?Il en sent l'importance aussi bien cpie nous, cltro|) faible pour nous y attaiiuer, il se fortifie sur le chemin de Wiesbaden et de Francfort.

L'intérêt essentiel de la conservation d"un poste militaire, d'un iort élevé à grands frais, (pii a sauvé notre armée après l'infâme trahison de Francfort ((|ue l'assemblée veut cejjendanl bien innocenter), est un motif encore moins puissant cpie celui que je vais faire suivre Mais avant d'y passer, je le retrace encore en peu d" mots tout ce que je viens de développer. Il faut conserver imc position nùlitairc chez l'ennemi si elle est

COKRESPON DANCE^OF FlCl H L L K S I

mcilleiiro que celle que nous voulons prendre chez nous : or, iM;iyen<;c el ('assel forment une position d'où l'iimiée française peut se porter partout et prendre les ennemis à revers de quelque côté qu'ils viennent nous attaquer, soit de Landau, soit du Haut-Rhin, de Sarrelouis, de Thionville, de Metz môme , et empêcher qu'ils n'arrêtent le succès do nos armées vers le Brabant. Où trouver ailleurs une pareille position? Si Ion abandonne Mayence, au contraire, en y abandonnant des ouvrages i^ui coûtent des millions, les ennemis sont maîtres des cours du l\hin, du xMein, du Necker, de toute l'Allemagne, en reçoivent fous approvisionnements, et peuvent, en combinant toutes leurs forces, attaquer nos villes du Rhin, qui, aujourd'hui, d"après les vues de l'ennemi sur Mayence, ne sont qu'en seconde ligne. Alors, l'ennemi n'a plus rien à redouter; il devient sûr de se^-: derrières, et {juelque soin que nous prenions, vu l'étendue de nos frontières, il peut faire une trouée, et même, sans pénétrer dans la république, il lui suflirait de se tenir en présence jiour nous ruiner, nous alTamer et exécuter le plan supérieurement combiné par Lafayelte et Narbonne.

Dans le cas contraire, restant dans ce pays, noua laissons à la France toutes ses ressources, nous vivons sur celles des autres, et c'est là le motif (pae je te disais plus haut déterminant. Comment rentrer avec des armées nombreuses? comment les jeter dans un pays dévasté l'année dernière? dans lintérieur, où plusieurs départements éprouvent une disette affreuse de blé et de fourrage , et où la rentrée des armées amènerait nécessairement la famine et la guerre civile, suites nécessaires du défaut absolu de subsistances? Et, en outre, comment maintenir des soldats que je défie de licencier de suite, et que l'on ne doit même pas licencier tant que l'ennemi esta nos portes? Comment les contenir dans l'inaction, puisqu'on peut a peine les maîtriser ici, à moins de les mener au combat tous les jours ou de les occuper à des travaux! Je ne suis pas un don Quichotte; je désire ardemment la fia de la guerre; je soupire après le dernier jour des combats ; mais je pense que si nous reculions aujourd'hui de cette position d'où nous tenons en bride toute l'Allemagne, nous enhardirions les cohortes des tyrans, et il n'y aurait pas de roquets, tels que les Suisses et autres, qui ne se déclareraient bientôt contre nous.

Je ne vois donc que dangers dans le système que tu parais avoir adopté et que la connaissance des lieux et des faits te ferait bien vite abandonner si tu voulais approfondir un instant mon opinion. Notre armée vit dans un pays ([ui laisse à la France toutes ses subsistances ; elle tient en échec les Prussiens, les Hessois, les soldats de Darmstadt, les empêche de rien tenter sur la France, et quand nous ne ferions, l'année prochaine, qu'annuler les etTortsde l'ennemi, il n'existerait plus l'année d'ensuite. Je ne développe [las davantage ce dernier raisonnement : tu connais les principes cpii me l'ont tirer cette conséquence.

CORRESP. ti

1 • Intérêt de la république qui n'est point affamée ni inquiétée par des armées ;

2° Intérêt politique qui veut que nous ayons le Rhin pour frontière:

3° Nulle crainte pour nos villes avec une position d'où l'on est en état de faire lever tous les sièges ;

4° Avantage pour la continuation des succès de nos armées en Belgique, et liberté des mouvements de l'armée de Dumouriez;

Tout engage à conserver Mayence où la république a d ailleurs consommé beaucoup d'argent qu'elle ne peut récupérer (juc par ce moyen.

Passons aux généraux.

Je n'aime pas Cusline; il a tout ce qui fait détester un ci-devant. Je n';ii pas été trois t'ois chez lui; je n'y ai jamais mangé; je ne suis pas content de lui; j'examine soigneusement sa conduite, et je crois qu'il pouvait nous sauver l'échec de Francfort et faire beaucoup mieux la dernière campagne.

Despres-Crjssier est un vieillard, sourd, mais bon soldat. Je n'ai pas approfondi ses principes.

Houchard est un brave soldat , excellent général d'avant-garde, détestant les nobles et les rois.

Tu m'apprends l'arrivée de Félix Wimpfen : loin d'avoir connivé pour l'attirer ici, nous écrivîmes, d'après ta lettre, au conseil exécutif ([u"\\ y a déjà trop d'un François Wimpfen dans cette armée.

Après t'avoir répondu sur la question purement militaire, je dois te dire que nos frères d'armes ne manquent plus de grand'chose en ce moment, et que l'armée, Mayence et Landau ont des vivres pour tout le temps nécessaire. Voilà ce que je te devais : tu me dois, toi, de faire connaître ma lettre à nos amis, et d'être bien persuadé (juc l'univers peut changer, mais varier, moi ! . . . Bonjour à tout ce qui t'est cher.

MERLI.N de Thion>illc.

Cette lettre est remarquable; elle montre avec quelle netteté de coup il'œil Merlin avait su apprécier dès le principe, alors que ni le gouvernement ni les généraux n'en faisaient encore grand cas, la position stratégique de Mayence. Du reste, l'opinion ne devait pas tarder à lui rendre justice, et l'on verra en ell'el Mayence devenir l'un des pivots des campagnes suivantes.

Les repniches qu'on lui faisait à la Convention, et contre lesquels il s'appliquait ici à se défendre, étaient sans doute de compromettre la silreté de l'armée et celle de la république, en persistant à occuper une position aussi éloignée de la frontière. L'échec subi à Francfort inquiétait, et de loin, faute de savoir militaire, on se laissait aller à confondre Mayence et Francfort.

Tliirion n'était pas de nature à juger bien lorteinenl dis questions de ce genre, et c'est ce qui exi)lique les répélitions et les longues insistances auxquelles se livre Merlin. Il était de Thionville, du même âge que Merlin, et, selon toute trai>i'inlil.incc , son camarade d'enfance. Entré dans l'instruction piddiciiic , il

CORRESPONDANCE OFFICI EF.LIi. 83

remplissait à Metz, au moment de la révolution, les l'onclions de prol'csseur de rhétorique, et le département l'envoya à la Convention. D'un tempérament peu politique, son attitude y fut irrésolue. Comme on le voit par la lettre même que nous publions ici, il s'était lié au parti de Robespierre et il contribua au succès de la cruelle journée du 31 mai. Au mois d'octobre 93, il fut envoyé par ce parti en Vendée, avec Bourbotte et Turreau, poiu- y appliquer la politique opposée à celle que Merlin avait tenté de faire prévaloir. Accusé d'avoir imprimé un mauvais mouvement à une partie de l'armée, il fut rappelé par la Convention, malgré les excuses généreusement présentées en sa faveur par Merlin. Les violences croissantes du Comité de salut public ne tardèrent pas à le ramener vers Merlin, et le 8 tiiermidor, il prit la parole contre Robespierre ; mais bientôt, craignant l'emportement de la réaction, il se lia de nouveau avec le parti terroriste, et aux journées de prairial, les insurgés le nommèrent secrétaire. Décrété d'arrestation à la suite de cet événement, il demeura en prison jusqu'à l'anuiistie du 4 brumaire. Le Directoire l'avait nommé conunissaire près l'administration centrale du département (le la Moselle ; mais l'avènenienl de Bonaparte le décida à quitter l'administration pour rentrer dans l'instruction publique. Proscrit par la restauration, le dégoût de la vie s'empara de lui, et imitant ces stoïciens dont il avait tant de fois commenté les principes et les actions devant ses élèves, au lieu du chemin de l'exil, il prit celui de la mort, et quitta la vie par le poison, à cinquante et un ans, au lieu où il était né.

Les conimismires de la Convention nationale aux armées du Rhin, des Vosges et de la Moselle, au citoyen Beurnonville, minisire de la guerre.

Sai'reloiiis, le 10 février M'J'd.

Nous espérions, citoyen ministre, vous rencontrer à Sarrelouis. Nous n'avons appris qu'à Sarreguemine votre nomination au ministère. Comme nous ne pouvons en ce moment vous entretenir de vive voix, nous vous écrivons ce que nous nous étions proposé de vous dire en francs et loyaux républicains.

Nous avons vu toute votre correspondance avec le général Custine, et l'un de nous avait, auparavant, vu une de vos lettres par laquelle vous présagiez que Custine serait chassé de Mayence comme il l'avait été de Francfort. Quand vous avez écrit cette lettre vous étiez induit en erreur ; l'on vous avait caché que Francfort n'est pour ainsi dire qu'un simple village incapable de toute résistance véritable, et que Mayence, surtout dans son état actuel, est une des villes les plus fortes qu'il y ait en Europe. Nous n'avons jamais pu concevoir que l'on ait proposé d'abandonner ce poste militaire et de faire rentrer toutes nos troupes dans l'intérieur ; et cependant il nous a été assuré que dans une assemblée du département du Bas-Rhin, il a été arrêté d'envoyer une adresse à la Convention nationale pour lui proposer cette opération .

Quand nous rapprochons cette adresse d'une lettre écrite à la Convention pour lui annoncer qu'il n'y a que quatre canons à Landau, tandis iiue nous en avons compté sur les remparts cent quatre-vingt-quatre ; quand nous la rapprochons des insinuations faites aux troupes : o que c'est mal à propos qu'on fait la guerre hors du territoire de la république, » ainsi que de plusieurs autres circonstances, nous pouvons soupçonner qu'il existe une manœuvre pour faire abandonner Mayence et opérer, par un trait de plume, ce que le roi de Prusse entreprendrait sans succès avec cent mille hommes.

Si le roi de Prusse paye des agents pour déterminer la Convention à faire évacuer Mayence, ces agents ne lui volent point son argent, mais ils cherchent évidemment à perdre la république. Nous ne nous arrêterons pas longtemps sur la beauté et la bonté de la position militaire de cette ^ ille. Si elle était mauvaise, le roi de Prusse, pour lequel on a eu de si grandes complaisances jusqu'à présent, ne ferait pas tant d'efforts pour nous conduire à l'abandonner. Nous n'avons pas besoin de vous faire observer que. de Mayence, le général qui commande dans cette partie pourra, avec son armée disponible, prendre à revers les ennemis de quel côté qu'ils attaquent les autres armées ou postes de la république ; mais nous ne pouvons vous dissimuler notre façon de penser sur le système rigoureux de. défense que l'on veut nous faire adopter.

C'était celui de Lafayette et de Rochambeau : cela seul devrait suffire pour le rendre suspect aux vrais patriotes : et combien n'a\ ons-nous pas de raisons pour le combattre? Sous l'ancien régime, la cour, pour épargner à ceux qu'elle appelait ses sujets toutes les calamités qu'entraîne la présence d'armées amies ou ennemies, avait grand soin d'écarter, le plus qu'elle le pouvait, des frontières, le théâtre de la guerre. Serait-ce donc pour nous faire regretter l'ancien régime (jue l'on veut se replier dans l'intérieur ? Si l'on entasse les troupes dans les garnisons, si on les cantonne dans les villages par milliers, combien nos troupes ne seront-elles pas à charge aux habitants, quelque discipline que l'on puisse se flatter de leur faire observer? Si on les campe, combien de terrain perdu pour les récoltes ! Le seul petit camp de Huningue a fait naître des demandes d'indemnités sans fin; et en payant des indemnités, la républi(iue subit une double perte : d'aiiord ce qu'elle donne aux habitants pour les indemniser, et secondement, les récoltes : ce qui est souvent irréparable, et le serait surtout dans les circonstances actuelles où la disette se fait sentir dans plusieurs départemenls. tandis que les blés sont à un taux excessif dans d'autres. Il ne faudrait que faire replier les armées dans l'intérieur pour y porter la famine et y exciter la plus cruelle des guerres civiles qui en (l('\ icndrail la suite nécessaire.

Custinc, en noire présence, a été approvisionné en vivres, non-seulement |)our Mayence et Landau, mais pour toute son armée et pour toute la

CORRESPONDANCE OFFICIELLK. 85

campaffne. et cela sans tirer un grain de la France. Aurions-nous eu celte ressource si nous n'avions persislé à tenir Mayence? En s'approvisionnan liors (le la république, non-seulement on se fait du bien , mais on prive l'ennemi d'autant. Que les despotes de la Prusse et de l'Auliicluï se croiraient donc fortunés si nous quittions ce poste! INIaîtres du Rhin, du Necker et du Mein, il n'y a rien qu'ils ne puissent tenter contre nous , puisque les vivres ne jwurraiont plus leur manquer et qu'en mciiie temps leur retraite serait assurée .'

Nous ne vous parlerons pas du général Custine : vous êtes à présent ministre, et vous avez toujours été citoyen et républicain ; c'est à vous, si vous croyez que ce général peut être utile, à prendre toutes les mesures nécessaires pour le conservera la république: le vrai républicain ne voit (|ue l'intérêt de la patrie, et tout se tait devant cet intérêt.

Nous n'avons plus qu'un mot à vous dire : vous savez qu'une partie de notre mission consiste à faire exécuter dans le pays de Mayence le décret du 1 .') décembre. En ce moment tout est disposé et bien disposé pour cet effet ; mais ce serait une horreur d'aller en avant, si vous parveniez à faire décider qu'il faut faire un [)as rétrograde. Vous sentez assez que l'on ne peut compromettre de la sorte l'honneur de la nation et de ses représentants, et nous attendons de votre loyauté, citoyen ministre, une explication nette sur cet article. Vous voudrez bien nous l'adresser à Metz, afin que nous puissions prendre promptement notre parti

Les commissaires de la Convention nationale aux armées du Rhin, des Vosges et de la Moselle.

W. IIAI"SM.\NN, MERl.lN, REUBELL.

Celte lettre, qui est évidemment de la même main que la précédente, en forme un excellent développement. Le dernier parac;raphe est du plus noble sentiment. Pipurnonville n'en tira sans doute pas ^'rand' chose ; il ne fit pour ainsi dire que traverser le ministère. Rappelé en février du commandement de l'armée de la Moselle pour succéder à Pache, il fut, dès les premiers jours d'avril, livré aux Autrichiens par Dumouriez, et remplacé au ministère par Roucliotte. C'est à lui qu'est également adressée la lettre suivante.

Comte et sénateur de l'empire, émigré de Gand, nommé à la seconde restauration pair et maréclial de France, l'ancien ministre de 93 mourut en 1821 .

McvHn de Thionrille au ininistre de la guerre.

8 mars 93.

Je viens de dissiper avec dix-sept cents hommes et de l'artillerie volante, que je n'ai fait que montrer, un rassemblement de quatre mille pays.ins qui ocrupaiout les hauteurs de Weinwcllcr dans le comté de Fal-

keiistein. Ils sont rentrés dans l'ordre, ont prêté serment, et l'arbre de la liberté est planté partout. Les ci-devant princes et les prêtres avaient soulevé ces campagnes. J'ai fait conduire les princes à Landau et les moines à l'ennemi qui ne veut pas les recevoir. 11 faut cependant (lu'ils demeurent à l'autre rive. Ces fripons partis, les paysans n'y penseront plus que pour les détester et chérir les Français.

Je vous ai déjà parlé de la neutralité du Palatin ; je vous proteste qu'elle compromet la gloire de nos armes, la sûreté de nos armées et qu'elle s'oppose à la propagation de nos principes. Tous les principiaux du monde se rassemblent dans ce foyer d'aristocratie de Manheim, et je sais de science certaine que le prince Max et le duc de Deux-Ponts vont livrer les portes aux Autrichiens dans quelque temps. Leurs postes avancés arrivent jusqu'auprès de la tête de pont. Je les ai reconnus moi-même en revenant do Durckeim. A Heidelberg est un magasin capable d'alimenter leur armée pendant toute la campagne; on m'a promis qu'il serait brûlé, et j'ai promis, moi, une récompense au nom de la nation.

Tout est disposé pour la défense sur le Rhin de la part de l'ennemi qui n'y est plus qu'au nombre de trente mille hommes. Le surplus de l'armée prussienne a filé vers la Gueldre. Les Autrichiens ne sont point en force, ni ici, ni à Manheim. ni à Trêves, nia Luxembourg, ni à Coblenlz, ni à Rheinfeld. 11 faut qu'ils soient tous rassemblés pour entrer dans la Belgique, Profitons donc de nos avantages; occupons le Palatinat tout entier, et je vous répète que l'Allemagne est soumise.

Pesez ces observations, mon cher concitoyen, et donnez au général Custine, qui, je vous le dis franchement, m'a paru avoir trop de condescendance pour les ci-devant, l'ordre positif de s'emparer de Manheim. 11 n'y a que quinze mille hommes dans le pays de Trêves ; Ligneville pourrait faire venir à Worms par Durckeim, sans qu'on s'en doute, une couple de brigades de son armée, et ce coup de main coûterait un jour do temps et remettrait notre armée en haleine.

Nos généraux mettent de l'importance à des riens, lorsqu'ils écrivent à la Convention ou à vous. Je vous réponds qu'avec une force très bornée, on peut faire passer une petite colonne sur la rive du Neckar, en face de l'ennemi , le tenir en échec et prendre tout le Palatinat de la rive ilroite en une journée.

Adieu, mon cher concitoyen; nous municipalisons à force, et bientôt vous serez ministre d'un département de plus. Nos ennemis ont peur, sont lâches et sots, et nous sommes républicains. Le bonjour à votre aimable famille.

MKIll.IN ilo Thionville.

Kléher au citoyen représeiitanl du peuple Merli».

Mayeiice, .... nOtl-»

Je suis autant affligé qu' que Merlin, etc.. aillent à la reconnaissance sans faire l'amitié à Klébcr de le prendre avec eux. J'étais venu ici avec Bois-Gérard. Vérine. etc.. pour proposer des projets d'après les découvertes faites et les conjectures que j'en ai tirées. Je serai ici demain matin à sept heures pour prendre avec les représentants des mesures de faire un coup d'éclat... une escalade sans l'échelle.

KLÉBER

Ce billet est sans date ; mais les noms de Vérine et de Bois-Gérard, présentés comme camarades, me font supposer qu'il appartient au premier siège de Mayence : Vérine y était capitaine du génie, et Bois-Gérard y commandait l'artillerie. Au second siège de Mayence, l'altitude de Merlin, aussi bien que celle de Kléber, était devenue beaucoup plus sérieuse, et il n'était plus question entre eux de s'amuser à des escalades.

L'original porte des points pour le mol qui est joint k affligé ; il est sans doute aisé d'y suppléer, en se rappelant le vocabulaire soldatesque.

Au représentant du peuple Merlin de Thionrille.

Mayence, ce 6 août 93.

J'ai VU ici de nombreux exemples de la vengeance populaire la plus raffinée. La dernière colonne de notre armée n'avait pas encore quitté les murs de la ville que les persécutions les plus inouïes ont été exercées sur tous ceux que l'on nommait clubisles ou que l'on soupçonnait seulement de l'être. Je ne vous en donnerai pas le détail ; il est horrible. Aussi bien ne pourrait-on pas le dépeindre. Tous nos magasins, tous nos équipages ont été pillés par le soldat et par le peuple. Nos malades ont manqué de tout pendant trente-six heures. Nous sommes regardés ici comme des bêtes fauves ; tout le monde nous jette la pierre, et le nom de régicide est la dénomination la moins outrageante qu'on nous accorde. Sous la protection de la foi publique, en vertu de la capitulation infamante que nous avons faite, nous devions naturellement attendre assistance et protection : rien de tout cela. La cocarde nationale est un signe de réprobation dans ce stupide pays : et après des vexations infinies et pour ne pas nous faire assommer à frais communs, nous avons été obligés de la quitter.

Moi , plus que tout autre , j'ai essuyé des persécutions : la raison en est bien simple; on sait que je suis votre ami. Le 27, mesdames Libert, Haupt et Schaal ont été arrêtées nuitamment et conduites aux prisons de

ss r.ORnKSPONDAXCK OFFICIELLE.

lii porte, de fer. Trente-cinq patriotes, parmi iesqucL^ se trouvent Aleltcrnicli, Fah'iola père et fils, ont été conduits au château de Coblentz. Avanthier matin, on a découvert le pauvre lletlin qui s'était caché dans sa cave. Les sbires électorau.v scrutent tous les coins et recoins de la ville pour découvrir Hauser, Dorsch et Hoffmann , ce qui me fait croire qu'ils ont passé avec vous. Mais (]u'est devenu Riffel? tout le monde le dit écharpé. Hier, plusieurs de nos camarades ont été désarmés par des drafi:ons hessois qui étaient de patrouille. Nous avons porté plainte au gouverneur de la ville, le baron de Wolfram sdorf, qui nous promit froidement que cela n'arriverait plus, et que ce n'était qu'un malentendu.

Nous n'osons plus sortir de la ville. Nous vcilà donc prisonniers do guerre par les formes, si nous ne le sommes pas de fait. Personne ne s'intéresse il nous : et cpiand nous avons eu recours à Doyré pour qu'il fasse mettre fin aux vexations continuelles que nous valait la cocarde, il nous a dit ; Il Vous n'êtes pas militaires: il vous est libre de la porter ou non: je ne saurais qu'y faire. » Notre directeur principal a émigré. Blanchard est parli i)our chercher de l'argent, dit-on. Il doit revenir sous peu de jours, mais je crois qu'il fera comme Marlborough. Il a équipé de pied en cap ses deux fils émigrés. Nous avons arrêté liier un de nos infirmiers majors qui recrutait à l'hôpital pour l'armée de f.ondé. Nous le ramènerons en France les fers aux pieds et aux mains.

Nous sommes sans le sol et sans l'espoir d'en touihcr. La phqiart de nos élèves ne vivent que du pain de l'hôpital Comment partir d'ici, si l'on ne nous en fournit pas les moyens? De retour dans notre malheureuse patrie, j irai voir ma femme où j'espère trouver de vos nouvelles. Quoi (ju'il en arrive, si vous retournez à l'armée, je vous y suivrai de grand cœur ; je ne vous demande que deux mois de répit. J'ai fait une liste de ceux qui pourrai(Mit figurer avec honneur à notre ambulance. Si elle se forme, elle sera la plus distinguée de toutes celles (pii sont en France. Kappclez-moi au souvenir de \olre collègue et pense/ (juelquefois à moi, parce que je ne vous oublici'iii jamais.

Adieu ; tout à vous.

N. li. Ce matin, le général Doyré. hur la réquisition du conmiandant de la place, a fait défendre ii tout Français restant à Mayence de porter aucune arme ou de fumer en \ille. sous ])eine d'être arrêté. Nous \oilà prisonniers de guerre.

L.1 lellri' est pans sip;nalurc; mais il est à conjoctinor qu'ollo est (hi ritoyon l'aviTiix, ilircrloin- de i'anilmlaiico, (|ui suivit If soil ilii j^t-néral Doyré, el uc revint

cil l'iMiiif i|ii';ivcc lui ;'i l.'i lin de ÎM.

r.OUllESPONDANCE Ol-F ICI lU, 1. 1'. s9

AniU'C de Miiyonrc, |iroiiiit'TO divisinii, 20 scplinilpic ITO^.

La prcmiènMiivisioii do l'armée do Mayenco, par iiKji coiiiii.aiidôc, csl arrivât lo 1 '• sopteiubrc, ii midi, ;i Clisson. Deux heures après, je re(.'us les ordres de faire battre la générale et de parlir de suite pour Cliatenay. Les bataillons se sont rendus aussitôt sur la route et marchaient, en voyant plusieurs soldats blessés, avec tant d'ardeur, que je ne pus faire former les brigades. Chemin faisant, je reçus des ordres du général Canclaux jxmr (|u'une demi-brigade se rendît près de lui. et se mît en bataille au-dessus du village; je fis sur le champ partir les bataillons qui étaient en avant, avec un de mes adjudants généraux et un adjoint Le cinquième bataillon de l'Eure était à la tête; et malgré sa vélocité dans sa marche, il n'y eut qu'environ la moitié de ce IjataiHon qui put se rendre au -dessus du villagi;: le surplus ne put avancer à cause de la retraite de l'avant-gardc. Le bataillon soutint avec force et courage l'attaque de l'ennemi et ne contribua pas peu à l'arrêter dans sa marche Le général Canclaux .s'apercevant qu'il était impossible que les bataillons avançassent, me lit dire de mettre en bataille le reste de ma division dans le bas du village pour protéger plus efficacement, .le reçus par xm adjoint de mon état-major cet ordre que j'avais devance, puisque les bataillons du 32'^ et 'i" du Haut-Rhin étaient déjii en bataille. L'ennemi avançant en grand nombre sur la gauche et faisant un feu continuel sur les bataillons, je fis commencer le feu, et sansdonner le temps de charger l'arme, afin de porter un prompt secours à l'avant-garde et la sauver, je fis battre la charge ; les officiers et soldats animés par moi, par l'adjudant-général Klingler et par le citoyen Xoizet, adjoint, ont répondu à mon attente, en montant avec ardeur et en déployant le plus grand courage ; bientôt ils se sont trouvés au-dessus du village, ont tué beaucoup de brigands et 0!it poursuivi une lieue et demie, sans s'arrêter, l'ennemi qui fuyait. 'S'oyant que l'avant-garde était délivrée et que l'ennemi était repoussé et s'était jeté dans les forêts, je fis faire halte : je réunis les deux bataillons que je mis en bataille sur une hauteur, et je fis rendre compte de ma position Je rends avec satisfaction la justice qui est due à l'adjudantgénéral Klingler, qui m'a toujours suivi, et aux autres officiers de mon état-major, lesquels ont exécuté merveilleusement mes ordres en se portant toujours à la tête des bataillons et en les encourageant. En un mot, tous les officiers et soldats, brûlant du feu sacré de la liberté, ont combattu en vrais républicains.

Le général commandant la première division, VIMEIN.

11 n'est pas inutile, pour suivre la chaîne des lettres sur la Vendée, de se mettre sons les yeux quelques ilates relatives aux (ipérations de l'armée de Mayence dans ce pays :

lie 2 septembre, conseil de g'uerrc tenu à Saumur, où l'on arrèle que l'armée de IMayeuce commencera par Nantes ses opérations.

Le 10 septembre, ouverture de ces opérations par la prise "de Porl-Saint-Père, sous le commaudement de Kléber.

Le 16, prise de Moiitaigu. L'armée, maîtresse dès lors de se présenter devant Mortagne, se trouve arrêtée par le défaut de concours du général Rossignol demeuré à Saumur, et l'on se décide à se liorner provisoirement à des reconnaissances.

Le 19, en conséquence de ce nouveau plan, Kléber se porte avec l'avantgarde sur Torfou ; mais il y trouve des forces supérieures qui l'obligent à se replier.

Le 21, le général Mieszkowsky, de l'armée des côtes de la Rochelle, ayant été obligé de battre en retraite de Saint-Fulgent, et la division de Beysser ayant éprouvé un échec considérable, l'armée est réduite à un mouvement rétrograde, et le 24, elle reprend position près de Nantes.

Le 25, elle se remet en mouvement sur Mortagne, d'après un nouveau plan de campagne, et les représentants en donnent avis à leurs collègues de Saumur qui promettent le concours de la division de Chalbos.

Le 27, l'avant-garde, sous les ordres de Kléber, se porte sur Montaigu et l'occupe, et le lendemain, Canclaux et Merlin se portent à leur tour sur Clisson ol l'occupent aussi.

Le i" octobre, on reprend le mouvement. Kléber se porte sur le pont de Saint-Georges, et le reste de l'armée sur Montaigu.

Le 2 octobre, l'avant-garde légère, sous les ordres de Marigny, accompagné de Kléber et de Merlin, s'empare de Saint-Fulgent où l'on apprend qu'il y a à Chantonnay une colonne républicaine qu'on suppose être celle de Chalbos venant opérer la jonction convenue. Malheureusement Chalbos a reçu d'autres ordres et se dirige sur Chàtillon. .41ors Canclaux, afin de ne pas demeurer dans ses cantonnements exposé à tout le poids de l'ennemi, se décide à prendre une autre marche, et donne l'ordre à Kléber de se porter sur Tiflauge.

Le 6 octobre, en exécutant ce mouvement, Kléber vient se heurter à Sainl- Symphorien contre l'armée ennemie et la met en déroute. Le chemin est ainsi ouvert sur Mortagne ; mais, à ce moment, les généraux sont destitués, et l'armée demeure sans chef.

Dans cette situation, le 7 octobre, Merlin, usant de son omnipotence, défère provisoirement à Kléber le commandement de l'armée ; et le même jour, ses collègues, demeurés à Nantes, adressent leur plainte au Comité de salut public.

Le 8 octobre, arrivée à Nantes, en compagnie de Carrier, du général Léchelle, successeur de Kléber.

Le 10, proclamation des commissaires Hentz et Prieur, envoyés à l'armée par le Comité en môme temps que Léchelle-

Le 11, arrivée à Montaigu des délégués des communes venant faire leur soumission à Merlin; elle même jour, délibération du conseil de guerre décidant que le plan du général Canclaux sera maintenu, et que Kléber conservera le connnandement particulier de l'armée de Mavence.

Le 15, prise de Mortagne par l'armée de Mayence.

Le Ifi, prise de Chollel.

Le 17, conseil de guerre où Kléber et Merlin insistent sans succès pour que l'on poursuive, sans désemparer, l'ennemi que l'on dit en disposition de passer la Loire. Le même jour, dernière tentative des Vendéens sur Chollel.

Le 18, prise de Beaiipréaii ; mouvement de Merlin sur Ancenis pour s'opposer, s'il est encore possible, au passage de l'arrière-garde.

Le 26, arrivée à Laval de la colonne vendéenne.

Le 27, désastre de Château-Gontier, occasionné par l'incapacilé de Léchelle.

Le .30, arrivée de l'armée de Mayence à Angers.

Le 2 novembre, départ de Merlin rappelé par le Comité de salut public, et fusion de l'armée de Mayence dans le reste de l'armée.

On voit, d'après ces dates, qu'il s'agit, dans la lettre ci-dessus, du secours prêté par la première division de l'armée de Mayence à l'avaiit-garde commandée par le général Kléber, lors de la malheureuse affaire de Torfou. On se rappelle que cette avant-garde, après avoir vaillamment enlevé le village, se vit tout à coup enveloppée par le gros de l'armée vendéenne, et fut réduite à battre précipitamment en retraite. « La retraite, dit Kléber dans son rapport, se fit avec précipitation jusqu'à ce que le général en chef, prévenu de cette alîaire par des ordonnances envoyées successivement par Merlin et par moi, vint nous porter un renfort de troupes fraîches, sous les ordres des généraux Dubayet et Vimeuxqui arrêtèrent aussitôt l'ennemi et le poursuivirent à leur tour, .\ l'instant, tous les bataillons de l'avant-garde se rallièrent, et prirent une position propre à protéger au besoin la retraite de leurs braves frères d'armes accourus à leur secours. » Dubayet, dans son rapport au général en chef, dit de son côté : « A peine avais-je reçu la nouvelle du combat par une ordonnance dépêchée par Merlin que je fis battre la générale, et de suite, après avoir pris une position qui favorisait la retraite de l'avant-garde, conformément à vos ordres, je me portai en avant avec la brigade commandée par le général Yimeux. Cette troupe s'est conduite avec le plus grand courage; elle a repoussé les rebelles. D'ailleurs, général, vous êtes témoin du grand nombre de braves qui se sont signalés et de ceux qui ont eu le bonheur de sceller de leur sang la cause du peuple. » Les représailles des Vendéens furent affreuses. Decaen, envoyé le lendemain en reconnaissance sur la ligne de retraite pour relever les blessés, dit : « Nous ne ^imes que des cadavres sur ce chemin jusqu'à l'endroit où nous avions, la veille, poursuivi à notre tour les rebelles ; mais au delà et jusqu'au village de Boussay, d'où nous re\înmes sur nos pas sans avoir eu de nouvelles, ce chemin offrait un affreux spectacle. Tous les cadavres qu'on y rencontrait étaient allumés et en partie réduits en cenrires : on avait mis le feu à leurs vêlements ! Il est assez probable, et bien d'autres horreurs commises nous portèrent à le présumer, qu'on n'avait pas attendu que les victimes eussent cessé de vivre pour assouvir sur elles, par tant de barbarie et de cruauté, une rage fanatique. »

Heiibell à Merlin .

Paris, le lundi 30 septembre 1793, — l'an 2 de la Rép. fr., une et indiv.

Tu verras par la lettre de Hoffmann ci-jointe, combien les Mayençais lui donnent de la tablature. Il y a parmi eux des gueux assez mal famés qui n'avaient pas de souliers à mettre: ce sont ceux-là qui ont les prétentions

les plus oxapérces cl qui rrieiU le plus l'orl. On dit même, conlro nous sans doute, ([u'on les paie pour cela. Ta présence momentanée serait bien nécessaire pour arranger toutes ces affaires, car pour moi je n'y puis rien : je suis tombé dans la nullité la jjIus absolue.

Tu auras lu dans les papiers publics que Houchard est arrêté et qu'il est à l'Abbaye pour avoir été en correspondance avec les puissances coalisées auxquelles il nous avait vendus. Si cela est, je ne m'étonne plus de sa mauvaise humeur contre nous. Mais ce que tu n'as pas vu dans les papiers publics, c'est ce que Haussmann m'a dit : c'est cjue nous sommes nommés toi et moi dans cette correspondance trouvée sur Houchard, et (Iu"on le charge de nous faire part des propositions de trahison qu'on lui faisait. On sait bien que toute correspondance secrète entre Houchard et nous était physiquement impossible. Cependant des hommes qui ne croient pas à la vertu ni aux hommes incorruptibles, sans doute parce qu'ils le sont , n'ont pas caché leurs soupçons et sur toi et sur moi ; et quoique, jusiju'à présent , on ait affecté de ne me rien dire sur ce chapitre, je parierais que ce soupçon est entré pour quelque chose dans mon renouvellement ; et si on te conserve c'est qu'on connaît ta grande utilité. Et peut-être n'eston pas fâché de te tenir éloigné d'ici par la môme raison qu'on est bien aise de m'y tenir.

Voudrait-on nous diviser? Je n'en crois rien; on n'y parviendrait pas: et l'on aurait tort, car nous n'avons pas trop de bons patriotes, bien républicains et bien déterminés. On a voulu me persuader que les cordeliers étaient à la veille de faire schisme d'avec les jacobins, et qu'ils voulaient la dissolution de la Convention ; mais je ne crois rien de tous ces cancans. Il y a pourtant, dit-on, des gens déguisés en patriotes qui feraient tapage s'ils le pouvaient. Mais les jacobins seront toujours sûrs de triompher, tant <|ue le génie de la république les inspirera.

Ronsin, d'autres disent Boulanger, d'autres disent l'un et l'autre, ont simplement accusé publiquement, aux Jacol)ins, Aubert-Dubayet d'avoir, par trahison, sacrifié la plus belle portion de l'armée de Mayence qui était presque entièrement détruite. C'est une misère que cela ; elle n'entraînera que la révocation do Dubayet, et la république ne doit pas tenir aux hommes.

Collot-d'Herl)o)s me disait iiier bien sérieusement cpiil était fâché de m' entendre prononcer les mots d'armée de Mayence, de bonne, de mauvaise armée, de bonnes, de mauvaises troupes; que tout cela était de vieux style, contraire à l'unité de la républi(iue ii laquollo toutes les armées étaient égales ; qu'il fallait les rendre toutes bonnes en 1rs fondant les unes dans les autres, .le lui dis. tout en admirant sa métaphysiciue. que, malhcureu.semciil, il y avait, dmis Ir fiiit, (W^ troupes aguerries, un |H'u disciplinées, (pie nous a|)|)eli()ns bonnes troupes, parce (]u'elles se battaient bien : et (pril y avait au.ssi, diiua le fuit, des troupes non organisées, indis-

CORUESPONDANCl!: ( (F F U.l LL Ll- . Olî

ciplinées, et qui fuyaient volonliers, et que nous appelions cela du mauvaises troupes; et que cette distinction de faii ne pouvait guère être détruite i)ar des arguments: et comme nous raisonnions beaucoup sur la Vendée, je le priai neltemenl d'aller y voir lui-même pour se rapprocher un peu des conceptions terrestres. Hérault et Barrére m'ont paru assez de mon avis; mais je ne sais s'ils osent bien s'en expliquer. Saint-Just m'a l'air défait. Pour moi, je suis toujours le même : le cœur pur et le gousset vide, rempli d espoir de voir triompher la république et de la voir surnager à toutes les passions. Je me f. .. du reste en repos.

Soigne, je te prie, les intérêts de la pauvre Rillel ; fais retourner ses effets et des caisses sur lesquelles Delauriez doit te donner des éclaircissements ainsi (jue sur le cofTre do Hoffmann. U est essentiel que ces braves gens ne perdent pas les seules choses qui les empêcheront de mourir de faim pendant quelcjuB temps.

Je te joins une traduction d'un extrait d'une lettre de Simon à Meyenfeld. Lis-le attentivement. Ta présence pour quelque temps ici me parait sérieusement nécessaire. C'est, à ce qu'on me dit. C.olta et Meyer, les deux plus lâches custinistes, qui nous diffament dans le Bas-Rhin; et on croit, ou on feint de croire à des espèces pareilles. Je ne sais plus où nous en sommes, ni, en dernière analyse, ce qu'on veut, en nous mettant ainsi aux prises les uns avec les autres.

On m'a assuré qu'à Saumur. Ronsin, dans un accès d'humeur, me traitait de contre-révolutionnaire décidé ! Comment croire à une folie pareille? Je serais un contre-révolutionnaire d'une drôle d'espèce, tout comme toi un aristocrate; et on te taxe ici d'un brin d'aristocratie. Quand nous ne serons plus en évidence, comme je le désire ardemment, on nous laissera,

je pense, pour ce que nous sommes, pour de bons b de montagnar.is

qui ne veulent que le salut de la république.

Cette lettre a de l'intérêt. Elle contrilnic à nous faire connaître l'austère Alsacien qui devait recevoir bienlùt l'honneur d'être choisi pour premier président du Directoire. Son amitié pour Merlin datait du siège de Mayencc. Il était alors âgé de quarante-sept ans, et». son flegme contrastait avec la fougue de son jeune collègue. 11 se retrouva avec Merlin en Vendée et sur le Rhin, et son grand et durable attachement pour lui pourrait être tenu, s'il était nécessaire, pour une apologie. 11 était avocat à Colmar. Député aux états généraux par le tiers état de sa province, il se fit jour dès la Constituante. Réélu à la Convention, son intelligence des affaires, son caractère, la sévérité de ses mœurs, lui assurèrent une haute position, et lors de l'élection des directeurs, il fut placé le second sur la liste des Cinq-Cents. 11 quitta le Directoire en 99, et rentra dans la vie privée à la suite du 18 brumaire. Uy retrouva la condition voisine de la pauvreté (ju'il avait avant la révolution, ce qui ne le mit pas plus à l'abri que Merlin des atteintes de la calomnie. Les royalistes, ne pouvant le prendre sur son luxe, lui attribuèrent une fortune dissimulée

(biographie Michaud). La valeur de son héritage l'a suffisaninierit disculpé aussi à cet égard. Il est mort en 1801 .

Les représentante du peuple près l'arniée des côtes de Brest et celle de Mayence à leurs collègues à Saumur.

Natiles, le '2ô se|plunilirc 1703.

Après avoir rassuré Nantes et rétabli nos communicalions. nous avons délibéré de marcher sur Morlagne. Nous y serons vers la fin du mois ou vers le coniniencement du mois prochain. Le général Canclaux écrit à cet effet au général Chalbos ainsi qu'à Mieszkowsky.

Vous connaissez à présent nos desseins; nous espérons de votre amour pour la patrie que, de votre côté, vous ferez tous vos efforts pour nous donner la main , car vous devez sentir que l'armée des côtes de Brest et celle venant de Mayence. entièrement abandonnées, pourraient être détruites. Nous n'osons mesurer l'étendue des maux ([u'une pareille perte pourrait entraîner.

Nous joignons ici copie de notre réquisition pour faire rejoindre ce que nous avons de la garnison de Mayence à Saumur, Tours et aux environs.

GILLET, PHILIPPEAL'X, TLT.HKAU, liEUlJELL, MEllLLN .le Tliionvillu, RUELLE, CAV.VIGiNAG.

Les représentants du peuple près l'armée des côtes de la Hochelle, à leurs collègues, etc., à Nantes.

Sauniui', le iG se|ileiiibic 1793.

Nous allons vous envoyer de suite tout ce qui reste ici de l'armée de Mayence ; le séjour momentané de ces troupes était commandé par les circonstances. Nous vous répétons encore que les "divisions de Saumur et d'Angers ne peuvent faire do mouvements importants. Chalbos reçoit Tordre de réunir un corps considérable pour vous seconder ; il sera dans le cas d'occuper fortement Tennemi. Croyez, citoyens collègues, (jue nous sommes douloureusement affectés de l'inaction forcée d'une partie de notre armée : mais ces deux colonnes sont dans un tel état qu'il est impossible de les faire avancer: et ce serait s'exposer infailliblement à un nouvel échec.

CHOLDIEL, lUCHAKU.

correspondance; OFFI.ClELLt;. 95

Les reptesenlants du peupleprès l'armée des cotes de la Iiochelle,'/éunis àSaumui , à leur collègue Merlin.

Saiimur, le 30 sept. 1793, 2' delà Rép. fr.

Nous a\ions prévu qu'il était utile d'opérer une diversion sur différents points et que les mouvements de notre armée devaient favoriser les opérations de l'armée de Mayence. Depuis plusieurs jours les ordres sont donnés au général Chalbos pour réunir les différentes divisions qui sont sous ses ordres pour marcher en avant du coté de la Châtaigneraie. De notre côté, nous allons faire quelques mouvements qui inquiéteront l'ennemi ; mais nous ne devons pas te dissimuler que nous pouvons peu et que nous comptons sur le courage de l'armée que tu diriges.

Tout ce que nous avions prévu est arrivé : nous avons été battus partiellement et nous devions l'être. Nous n'avons pas pour cela perdu courage, et nous seconderons de tous nos efforts les opérations de l'armée des côtes de Brest.

Aujourd'hui une division de l'armée de Doué a dû incendier Vihiers ; elle doit ensuite incendier Coron; mais, trop faible pour aller jusqu'à Chollet. c'est à l'armée de Mayence qu'est réservé l'honneur de débarrasser la république de cette horde de brigands.

Courage, brave camarade I nous n'étions pas destinés aux grandes opérations ; nous n'avons encore vu que des malheurs; mais nous serons assez heureux si les armées de la république sont triomphantes.

Donne-nous chaque jour de tes nouvelles. Fais-nous connaître tous les mouvements de l'armée, et surtout instruis-nous bien vite de la prise de Mortagne. C'est de là que dépend la fin de cette guerre désastreuse.

p. CHOLDIEU, RICHARD.

Santerre au citoyen Merlin, représentant du peuple a l'armée de Nantes. A Doué, le 3 oct. 1793, l'an secoiiil de la Rép. franc.

Ami, nous avons eu un conseil de guerre convoqué par les représentants du peuple et par le général en chef qui voulaient mon avis: il y fut question de continuer des mouvements qui fassent faire diversion aux rebelles, afin de vous faciliter. Plusieurs plans furent mis sur le tapis ; les uns pour vous faire rejoindre par la droite par le général Chalbos, etc., etc. J'ai trouvé que toutes les opérations proposées étaient trop lentes; j'ai proposé, et cela a été adopté, de réunir nos trois colonnes de Chalbos, Rey et moi, et d'aller attaquer Châtillon pour attirer de leurs forces à nous. Dès de-

96 CUKKESl'ONDANCE OFFIC, l K LLIi.

main, 4, je pars avec la Iroiipe, de Doué pour Thouars. Conuiu; je savais que, à dater de ta lettre du 2S, (u marcherais le quatrième jour, j'ai fait brûler Soulainc le M) septembre, le 1", Vihier. J'ai fait faire des incursions sur plusieurs autres points, et notre départ de Doué va encore les intriguer. Je ferai de plus brûler la Fougereuse aujourd'hui, si elle ne l'a été hier. Hier, 2, l'ennemi, au nombre de douze mille hommes, et muni de sept pièces de canon, devait nous attaquer; mais il reçut un courrier de Chollet à dix heures du matin qui lit retourner toute la trou[)e. Nous avons présumé que vous les attaquiez.

Tu vois (pie notre marche concertée ([ui sera de nous réunir ii Hressuire nous portera ;i douze mille hommes, lesquels ne pourraient sans votre secours aller en avant , car ce ne sont pas toutes bonnes troupes Consé- (piemment, tous les jours enVoyez-nous un courrier et nous un ; cela nous fera deux courriers. Alors nos mouvements seront simultanés et auront du succès.

Je te joins quehjues exemplaires de ma réponse aux calomnies. Ton ami ,

SANTEr.l'.E.

CcUc lellic de SaiiteiTC est iiitûrcssaiite, aussi bien <\{w la prcci'dc.iilc, en ce ((u'cllc iiiel assez bien à jour les indécisions qui, bans aucune traliisou ni mauvais vouloir, devinrent parle fait si funestes aux opérations de l'armée de Mayencc, et par suite au succès de la campagne.

Santerre était sincèrement ami de Merlin et incapable de vouloir le traiiir. Leur connaissance datait du 10 août où ils avaient reçu ensemble le baptême de feu sous les murs du cliàlcau. Du reste, Merlin, qui le retrouva en Vendée où il avait été envoyé comme général après la mort du roi, faisait beaucoup iiliis de cas de son patriotisme et de son caractère que de ses talents militaires. Les généraux de l'année de Mayencc ne le prisaient pas non |ilus beaucoup à ce point de vue. Voici, à son sujet, un passage assez curieux du général Dccaen :

u A un dîner clicz les représentants Merlin et Ucnhell, je vis pour la première fois le fameux général .Sanlerre. .le fus l'oil siupris de lui entendre dire : " On m'a fait général; mais on aurait beaucoup mieux l'ail de me laisser fabrique!' ma bière. » Sanlerre était d'une belle taille et de bonne miiie; il portait bien l'nnilorme d'oiïicier général ; il causait très bien et il était brave. Cependant on avait fait sur lui cette épigrannnc :

Saillent',

Oui ii'.i (11' M.-iis i|iif ta liii'TO. ï

SaiitiMie, opposé coinnic Merlin aux excès coiiiiiiis en NcihIit par les lU'dres lin f'.oiiiili' dr >aliit pnliiii-, lui arrclr, et aurait \ raiscniblablrnicnl rti' londamiié sans le '.< lliiiiiMiioi . Il revint sans doiilc .'i j'iiii'c ipie lui axait çiili'inln exprimer le général DiTacii clic/ .^Icrlill, et ne jnii.i plu- au( un rolc.

COKUlîSPUNDANCE OFFICIELLE. 97

Merlin de Thionville, etc., au président de la Convention nationale.

Sainl-Fulgcnt, le 4 octobre 1793.

Citoyen président, mes collègues vous ont écrit plusieurs lettres dans lesquelles je n'ai point figuré, parce que je m'étais promis de ne signer que celles ([iii vous porteraient la nouvelle de la défaite des brigands. Un fait cependant m'oblige ii rompre le silence. Le citoyen Riffel, de Mayence, (jui avait abandonné son pays et sa fortune pour venir servir la république . a été tué à mes côtés, le 1 9 septembre, après avoir chargé cinq fois à la tète de la légion des F'rancs : il laisse à Paris une femme et trois enfants; l'intention de la Convention n'est sans doute pas de les laisser dans la détresse.

Je profite de cette lettre pour vous rendre compte des événements. Après les déroutes multipliées qui avaient forcé l'armée mayençaise à rétrograder, elle s'était portée rapidement sur Clisson et en avant de Montagne où elle est actuellement campée. Ayant appris hier que la division du général Chalbos était à Chantonnay, à cinq lieues de nous, et ayant reconnu qu'il ne fallait pas attaquer les rebelles par petites portions, nous résolûmes de tenter une jonction avec Chalbos En conséquence Marigny reçut l'ordre de (piitter le poste de Saint-Georges et de se porter à Sainl- Fulgent. Je le rejoignis bientôt ; le poste fut emporté, et nous n'eûmes ni morts ni blessés. Il n'y avait que deux lieues à faire pour prévenir Chalbos de notre arrivée. J'envoyai trois chasseurs à cheval pour lui porter un billet, mais ils revinrent bientôt, ayant été arrêtés par la cavalerie ennemie. Alors Marigny, qui ne connut jamais le danger, prend trente chasseurs, se charge de mon billet et part rapidement à deux heures et demie. Il n'est point revenu et il est dix heures ; point de doute que Chalbos ne soit instruit.

... Arrive à l'instant une lettre du général en chef de l'armée, contenant un arrêté pris à Saumur dans un conseil de guerre auquel les généraux de cette armée n'ont point assisté. Il donne aux généraux Chalbos et Mieszkowsky d'autres ordres, d'autres routes. Il est bien étonnant que lorsque nous sommes à portée de battre les rebelles , on nous en ôte les moyens en divisant nos forces. Nommé pour conduire l'armée de Mayence et pourvoir à ses besoins, je doi.s me soumettre aux ordres des généraux; mais je puis assurer que dans quelque position qu'on nous mette , nous servirons la république et que nous nous ensevehrons dans ce malheureux pays ou en chasserons les rebelles.

MERLIN de Thionville.

Cette lettre fut communiquée à la Convention dans la séance du 1 6 du premier

mois, et à la suite de la lecture, Reubell prit la parole et dit : " Je ne sais quel

sera le résultat du nouveau plan arrêté à Saumur ; mais ce que je puis dire, c'est

que si l'on change de plan à mesure qu'on avance, on ne terminera jamais cette

98 COKKKSPU.NDANCK OFFICIELLE.

malheureuse guerre. Le seul moyen de salut qui nous reste, selon moi, est d'excculer le décret qui met l'armée de l'Ouest sous le commandement d'un seul général. " Le Monileur ajoute : n La lettre de Merlin est renvoyée au Comité de salut public, et ce Comité est chargé de faire demain un rapport sur les opérations militaires. »

On a vu plus haut, par une lettre de Ueubell, que ce représentant ne portait pas moins d'intérêt à la famille de RifTel que Merlin. Riffel, par son dévouement à la république et son courage, avait conquis l'estime de l'armée de Mayence, aux yeux de laquelle il représentait les gloires et les souffrances du siège de cette place. Kléber, dans son récit de l'affaire de Torfou, fait mention de sa mort en même temps que de celle de l'intrépide Chevardin qui, sur l'invitation de Merlin, s'était dévoué pour le salut de l'armée. « J'ai à regretter, dit-il, l'intrépide Chevardin, chef de bataillon des chasseurs de Saône-et-Loire, chargé de couvrir la retraite, et Riffel, Mayençais, ami de Merlin, et qui le suivait en qualité de volontaire. »

Je trouve de plus, sur ce même Riffel, dans les mémoires du général Decaen, le passage suivant :

» Les Mayençais sortis de Mayence avant le siège reconnurent un de leurs compatriotes, nommé Kiffel, qui avait rendu beaucoup de services aux Français, il était revêtu de l'uniforme des chasseurs à cheval, et il était de la suite du commissaire Merlin qui l'avait spécialement pris sous sa protection. Ces Mayençais, croyant sans doute qu'ils seraient soutenus par les Prussiens, eurent l'audace d'entreprendre de l'enlever ; mais on leur en imposa de manière qu'ils furent bientôt forcés de s'éloigner. »

Merlin de Thionville aux reprcsentants commissaires de la Conventiou à Nantes.

.Moiitaijii, G octobre 1793.

Vive la république , braves amis ! nous avons battu les brigands à Sainl- Symphorien à plate couture, après un combat de deux heures pendant lesquelles notre avant-garde seulement a combattu contre vingt-cinq mille brigands au moins. Nous les avons repoussés et menés la bayonnette aux reins pendant une grande lieue. La fatigue des troupes est cause que nous n'avons pu les mener plus loin. Leur déroute est complète. Nous leur avons pris deux pièces de canon de bronze, une de quatre et une de huit, et deux caissons bien garnis. Un des chefs est resté sur le champ de bataille au milieu de plus de six cents des siens. Tout le monde a donné. Le général Canclaux s'est trouvé partout à la fois. Saint-James, son aide-decamp, a été blessé assez grièvement à ses côtés. L'adjudanl-général Bloss a reçu trois balles dans ses habits.

MERLIN (le Tliionvillp.

Le Comité de salut public donna communication de celle lettre à la Convention dans II séance du 1"J du premier mois; elle était importaiile, et le succès «lonl

CORRESPONDANCK OFFICIELLE. O'.i

elle Taisait mention semblait destiné à ouvrir à l'armée de Mayence une nouvelle carrière de succès. Malheureusement il n'en fut rien.

Voici un extrait de ce que dit sur cette journée le général Decaen :

(c D'après l'avis dû à l'heureux succès de Marigny, que les troupes de Chalbos tenaient une tout autre direction que celle à suivre pour opérer une jonction avec les Mayençais, et qui donnait la certitude que, pour le moment, il n'y avait aucun secours à attendre, le général Canclaux donna l'ordre suivant (ordre à l'avant-garde, sous le commandement du général Kléber, de se porter en avant). En exécutant cet ordre, l'avant-garde rencontra les ennemis le 6, à la pointe du jour, à la hauteur du village des Treize-Septiers, avant d'arriver à Saint-Symphorien. Elle engagea le combat et les mit en déroute. Merlin donna le même jour la

nouvelle de ce succès à ses collègues restés à INantcs La joie de cette victoire

fut troublée par la fâcheuse nouvelle que les généraux Canclaux et Dubayel venaient de recevoir l'ordre de quitter l'armée. »

Voici, en outre, un extrait des rapports des généraux Canclaux et kléber sur cette même affaire, dans laquelle l'initiative prise par Merlin à l'égard de l'artillerie eut un si heureux succès :

« Votre brave et digne collègue Merlin veut que je vous rende un premier compte de notre affaire de ce matin, 6 octobre, écrit aux représentants demeurés à Nantes le général Canclaux ; elle a été brillante par les bonnes dispositions du

général Kléber qui avait marché avec l'avant-garde de l'armée Je suis parti à

deux heures du matin avec le citoyen Merlin, votre collègue, et je me suis fait suivre par une colonne de 1200 hommes d'infanterie, etc. Le général Kléber, m'ayant fait avertir, je me suis transporté près de lui avec le citoyen Merlin, et

bientôt l'affaire a été engagée Attaques partielles, attaques générales de front,

par les flancs, mouvements audacieux de cavalerie, tout a été employé à propos et sans relâche. Les combattants étaient tellement mêlés que l'on ne pouvait faire usage de part ni d'autre d'artillerie. Le représentant du jicuple a cependant fait tirer quelques coups, mais à toute volée, bien sûr qu'ils dépasseraient nos soldats et étonneraient l'ennemi. Enfin l'ennemi devait céder, et il l'a fait. »

Kléber, dans son rapport au général en chef, dit de son côté sur le fait de l'artillerie : « Les combattants étaient tellement mêlés que l'on ne pouvait de part et d'autre faire usage du canon. Cependant Merlin, que son courage porte toujours à la tête des actions, crut devoir faire tirer quelques coups à toute volée ; il ne voulait qu'intimider l'ennemi, et son but fut parfaitement rempli. Nos intrépides soldats se battaient corps à corps ; mais le bruit du canon ayant achevé de jeter l'épouvante parmi les rebelles, ils ne cherchèrent plus leur salut que dans la fuite. »

Lei tepréientanls du peuple près l'armée des côtes de Brest au Comité de salut public.

Nantes, 7 octobre 1793.

L'avant-garde de la brave armée (}ui combat sous nos yeux a vaincu hier vingt-cinq mille rebelles dans la Vendée, et cependant cette exécrable

400 CORRESPONDANCK OFFICIELLE.

guerre n'est pas encore terminée. Nous devons à la France entière, nous devons au courage de nos braves soldats, de vous dénoncer les traîtres (jui ont rendu jusqu'à présent tant de succès inutiles.

Deux armées devaient concourir a soumettre la Vendée, l'armée des côtes de Brest et celle des côtes de la Rochelle. Le comité de salut public avait tracé un plan infaillible dans son exécution ; il fut sanctionné le 3 septembre, dans un conseil de guerre tenu à Saumur par les généraux des deux armées.

Le 1 0 septembre, nous nous sommes mis en marche sur la foi de cet arrêté solennel, de la stricte exécution duquel chaque général était responsable sur sa tête. Le 'I 4, nous étions possesseurs de la moitié de la Vendée après plusieurs victoires, et avions percé le diamètre qui nous séparait des colonnes de la Rochelle ; nous leur donnions la main pour tomber sur Mortagne et finir en quinze jours cette guerre désastreuse. Mais un ordre émané de Saumur, le il, faisait battre en retraite ces colonnes auxiliaires victorieuses elles-mêmes, facilitait contre nous la réunion de toutes les forces ennemies et dévouait la garnison de Mayence à une ruine totale. Il a fallu rester stationnaire à la vue de cette manœuvre inconcevable, et l'échec de Montaigu qui en a été la suite a rompu nos lignes pour livrer de nouveau les frontières maritimes que nous avions purgées.

Pendant que, de Saumur, on faisait battre quatre-vingt mille hommes par trois mille brigands, on écrivait qu'Angers et Saumur étaient en danger, et on obligeait par là notre armée victorieuse à Clisson de se retirer sous les murs de Nantes, en condamnant à l'inaction les colonnes qui devaient appuyer ses mouvements. On nous écrivit alors de Saumur qu'il y avait eu malentendu, que nous pouvions retourner à notre ancienne position , que des ordres avaient été donnés à Chalbos et à Mieszkowsky de nous joindre et que le mal serait réparé. Nous retournons en ellét, croyant n'être plus trahis ; nous parvenons à reprendre tout ce qu'on nous avait forcés d'évacuer ; pendant trois jours nous attendons les colonnes auxiliaires ; le brave Marigny a l'intrépidité de percer avec trente chasseurs l'armée des rebelles pour donner la main aux divisions de Chalbos et l'instruire de notre position : qu'arri\e-l-il encore? un nouvel ordre expédié de Saumur le 3 octobre avait changé pour la seconde fois toutes les dispositions dont on était convenu; et Marigny trouva les mêmes colonnes, qui devaient et pouvaient le même jour se joindre à nous, fuyant les nôtres et faisant leur retraite de la Châtaigneraie sur Bressuire. Notre douleur et notre indignation, en apprenant cette nouvelle perlidie. ne peuvent se peindre.

Notre année se trouve eu llèche et idiandonnée à elle-même au milieu de !a Vendée, ayant trois armées formidables en tête, à droite et à gauche. Cependant, dominés par la seule |)assi()ii du bien public el complant sur le courage de nos braves suidais, nous prenons la résolution d'allroiilcr la

morl pour aller rejoindre à travers les plus i^rands périls les colonnes fiivank's qu'une évolution perverse dirigeait sur Bressuire. C'est dans celle marche que noire avant-garde a combattu vingt-cinq mille rebelles; elle les a vaincus. Les suites de cette victoire devaient être décisives; l'armée, profilant de la terreur des ennemis, allait incontinent fondre sur les deux autres colonnes, leur faire éprouver le même sort, brûler Tiffinige la nuit suivante et braver tous les dangers, avec nos faibles moyens, j)our envahir Morlagne; toutes les dispositions étaient faites, lorsqu'un courrier apporte aux généraux Canclaux et Dubayet l'ordre du ministre de la guerre do cesser leurs fonctions et de quitter l'armée.

Leur devoir était d'obéir et de la quitter à l'instant; mais, en [)renant cette mesure, le ministre n'avait point eu la précaution d'envoyer leurs successeurs. Rossignol qui, selon les ordres du ministre, doit remplacer Canclaux, n'est pas arrivé. Léchelle. qui devait commander l'armée de l'ouest, ne peut y être rendu, dit-on, d'ici à plusieurs jours. Il en résulte que toutes les opérations sont paralysées, et que l'armée reste seule et sans chef au cœur du pays ennemi, cernée par les brigands et abandonnée de la nature entière.

Nous ne parlons pas du dénùment affreux dans lequel on s'obstine à nous laisser depuis le commencement de la campagne : ce sera l'objet d'un rapport particulier.

Il est bien démontré, d'une part, que nous avons exécuté ponctuellement le plan de campagne arrêté le 3 septembre, et de l'autre que les généraux de l'armée de la Rochelle ont agi absolument en sens contraire. Quel a été le but de cette coupable manœuvre? sacrifier notre armée, faire manquer la campagne et assurer le triomphe des rebelles.

Citoyens nos collègues, nous vous devions la vérité : il importe que vous sachiez que si la guerre de Vendée n'est pas finie dans cette campagne, la faute ne peut en être attribuée ni à nous ni aux braves soldats de l'armée de Mayence. Les faits parlent, les preuves existent au comité de salut public ; jugez et punissez les coupables.

GILLET, PHILTPPE.VLX.

liien que cette lettre ne soit signée que des collègues de Merlin, attendu que celui-ci, attaché aux opérations de l'avant-garde, se trouvait en ce moment loin d'eux, elle m'a semblé résumer si bien les contretemps éprouvés par l'armée de Mayence dans cette difficile campagne qu'elle n'était point déplacée au milieu de cette correspondance qu'elle éclaire. On remarquera qu'elle est empreinte d'un esprit soupçonneux que Merlin ne paraît pas avoir jamais partagé, ainsi qu'on eu peut juger par le ton si différent de la lettre suivante à Santerre :

Merlin à Santerre.

Moiilaigu, 8 ocidbro.

J'ai re(;u ta lettre, mon brave ami, et avant que tu m'envoyasses l'exposé (le ta conduite, j'avais déjà mandé à mes collègues de Saumur ma façon de penser à cet égard.

Aujourd'hui tu demandes que nous nous entendions; tu vois que j'ai été au-devant de ton désir ; je ne veux comme toi que le bonheur public ; ainsi nous réussirons. Je suis fâché que tu aies adopté le plan que tu m'annonces et qui éloigne nos succès. Raisonnons-en : vous venez à l'opposite de nous, l'ennemi entre nous ainsi que les places que nous voulons attaquer, de manière qu'il faut décrire le demi-cercle pour pouvoir communiquer, et qu'avec douze mille hommes tu prétends encore n'être pas assez fort pour agir d'une manière bien offensive. Si, au contraire, mon cher ami, tu avais laissé venir Chalbos à Chantonnay y opérer sa jonction avec l'armée des Sables et nous, forts de vingt mille hommes à peu près, nous aurions pris Mortagne. et Chollet avec Châtillon tombaient d'eux-mêmes.

Canclaux et Dubayet sont partis ; le sot, l'intrigant triomphe; le républicain ne se décourage pas. En attendant que l'on vienne prendre le commandement, j'ai tout réorganisé ici. de manière que l'on ne sent plus le vide. J'espère battre demain Charette à Saint-Philibert, ou à Vieille-Vigne ; de retour à mon camp, je retournerai sur d'Elbée à Tifauge. Ainsi, le 9, )e serai vers Vieille-Vigne afin d'assurer ma droite; le 10, je m'avancerai sur Mortagne. Adieu, brave camarade; aime-moi après' ta répubhque, et f. ... nous du reste.

MEHLIN.

f^es représenlanls du peuple Merlin de Thionrille et Tmreau À la Convention nationale.

8 octobre 1703.

C'est au moment où l'armée de la république venait de remporter un avantage près de Mortagne (|uo les généraux Canclaux cl Aubert-Dubayel ont reçu l'ordre ([ui destitue le premier du commandement en chef et mande le second auprès du ministre do la guerre pour rendre compte des opérations ([u'il a faites Les troupes ont donné des regrets ii ces deux généraux (jui ont exécuté l'ordre avec autant de soumission (jucde promptitude.

Nous avons reçu le serment de l'armée. Nous avons remis provisoire-

ment le commandement à des patriotes éprouvés. Vous pouvez toujours compter sur le zèlo et la fidélité des soldats de la république.

MRHI.I.N, TURRE.^I'.

Cet extrait est tiré du Moniteur du 13 octobre; inaliieureusenieiit je n'ai pu retrouver l'ensemble de la lettre. A la suite de la lecture, Reubell prit la parole et dit : « .Aubert-Dubayet a reçu l'ordre au moment où il allait livrer le combat; il s'est battu, a remporté la victoire et est parti sur-le-champ. Il est ici. « Puis, sur quelques observations d'.\!bitte, il ajouta : « Dubayet n'est point deslilué ; il est appelé par le ministre pour rendre compte. Il eût prévariqué si, au moment d'une bataille, il eût quitté son poste pour obéir à l'ordre qui l'a mandé. Il a fait son devoir en partant tout de suite après la bataille. »

.\nrenis, 20 octobre 170.''.

Ce matin. Choudieu envoie avant le jour un espion vers Ancenis. L'espion rapporte que les brigands s'y embarquent. Je prends la légion de Cassel . Audeville avec sa compagnie de chasseurs à cheval . Barris avec les cavaliers de l'artillerie volante sans leurs pièces, et je pars. Audeville va reconnaître lennemi . le sabre, le chasse vers la rivière, le noie ou le force à s'embarquer en désordre. Il achève de passer au milieu de nos coups de carabine et de fusil, pendant que, de l'autre rive, les brigands font grêler sur nous la mitraille ; mais les sots n'avaient pas ruiné leurs retranchements, et ainsi nous nous trouvâmes à couvert.

Arrivés sur la grève, nous trouvâmes onze pièces de canon dont deux obusiers. Jen fis tourner deux sur l'ennemi. II fut bientôt forcé à la retraite. L'instant était favorable , il fallait le saisir; mais l'ennemi avait incendié une partie des bateaux. Nous en aperçûmes un assez bon ; nous criâmes à une femme que nous allions brtàler la ville si cette barque n'arrivait pas à l'instant. La femme disparut, et deux hommes vinrent bientôt après avec la barque. Nous ne l'attendîmes pas ; nous nous jetâmes à l'eau jusqu'à la ceinture, et nous fiimes bientôt à l'autre rive. Nous poursuivîmes l'ennemi avec prudence, car, alors, nous n'étions que vingt.

Le curé Rodrigue de Basse-Goule voulait suivre la colonne brigantine; je le tuai d'un coup de sabre Nous avons fait prisonnières des femmes comme il faut appartenant à Rostaing, chef des brigands. Ces dames venaient de repasser avec l'armée catholique, et n'avaient pas eu le temps de la suivTe plus loin. Nous avons encore trouvé dans la ville onze à douze pièces de canon, mais enclouées.

L'armée marche après nous en ce moment, et j'espère que demain elle talonnera les brigands de la belle manière. Ils prennent la route de fondé.

Ainsi, la garnison d'Anci;nis qui s'est si bien (léfendii(>, t'i le traître, ou le sot, ou le lâche commandant de Varades, peuvent revenir à leur poste.

Avec trois cents hommes, nous avons mis en fuite ces mêmes brigands qui, hier, avaient chassé nos troupes de Varades et d'Ancenis. Que Nantes soit tranquille ! j'irais en enfer pour y exterminer le dernier des brigands et des ennemis de mon pays. Toute l'armée pense comme moi.

Ainsi, les troupes de Nantes, loin de se replier, peuvent maintenant attaquer, puisque nous occupons le point intermédiaire entre elles et l'ennemi. Il leur reste à aller bloquer Charctte à Noirmoutiers.

Que je vous ai désirés près de nous ! comme je vous dirai au retour, pendez vous, braves amis ! nous nous sommes souvent et bien battus sans vous.

MEIUJN Je Thionville.

Je ne sai.s à qui cette lettre était adressée ; elle fut communiquée à la Convention. Ce dont Merlin ne s'y vante pas, et j'avoue qu'il n'eût pas été prudent de le faire, c'est qu'il prit sous sa protection cette malheureuse famille de Kostainjç et la sauva. C'était un des épisodes de la guerre de Vendée dont il aimait le plus à se souvenir.

Merlin, repr. du peuple, délégué par la Conv. nat. près l'armi'e de l'Ouest, au Cotnité de salut public.

Angers, le 12" jour du 2" mois de l'an 2 de la lîi'-p. (2 nnv. i~9^).

ClTOVl'.NS COLLÈGUES ,

Bourbotte vient de me communiquer votre arrêté. J'aurais peut-être le droit d'être surpris que mes collègues aient pu penser (|ue je cherchais à rester plus longtemps près l'armée, .le vous dois mes raisons : je n'ai reçu que le 8 du deuxième mois le décret qui me remplace, et le 8 j'ai (piitté l'armée Je l'ai quittée à regret, car elle avait été battue. J'aurais mieux fait sans doute de partir après ses succès, mais alors je ne connaissais pas le décret ofliciellement. Je le répète, Francastel ne me l'a fait passer que le 8. Au surplus, j'en atteste et mes collègues et larmée . mes collègues mOnl forcé de rester jusqu'il l'arrivée de Francastel, Il est ici d'hier et je pars il l'instant, craignant peu les peines prononcées contre les députés qui ne se soumettent pas aux lois, parce (pie nia vie entière a été occupée à les faire respecter et à donner l'exemple, mais ayant le chagrin di> voir que des collègues témoins de ma vie se soient laissés abuser.

l.e n|uVsinl,nil .In |.en|.le, .MKHI.I.N de Th..

CORHESPOXDAXCK OFFICIEI.l.K. -105

« Merlin, dit le général Decaeii, quitta l'armée pour retourner à la Convention ; il lie l'avait pas fait plus tôt, parce que ses collègues l'avaient engagé à rester, et que d'ailleurs il n'avait pas reçu jusqu'alors l'ordre oITiciel de son retour. Tous les Mayeiiçais avaient pour lui un si grand attaclieineiit (ju'on aurait probablement voulu le retenir, s'il n'avait pas pris la précaution de sortir d'Angers en laissant ignorer qu'il devait partir. On ne tarda pas à recevoir un arrêté du Comité de salut public, portant que l'armée de Mayence serait amalgamée avec les autres troupes qui se trouvaient à Angers. »

Ce même Bourbotte, qui était venu, comme on le voit par la lettre de Merlin, réitérer à celui-ci delà part du terrible Comité son ordre de rappel, devait, par une singulière vicissitude, se voir, précisément un an après, remplacé à l'armée du Rhin par Merlin. C'était un iiomme d'énergie que ses liaisons avec Robespierre et Carrier n'avaient pas empêché de rester au service des armées après le 9 thermidor. Rappelé dans le sein de la Convention, et uomnié, dans l'insurrection de prairial, membre du nouveau gouvernement, il fut condamné à mort.

Beaupuy à Merlin.

Saveniiy, le 4 nivôse an 2* (95 déc. 93).

Enfin, enfin, mon cher Merlin, elle n'est plus cette armée royale ou catholique, comme tu voudras! J'en ai vu, avec tes braves collègues Prieur etTurreau, les débris, consistant en cent cinquante cavaliers battant l'eau dans les marais de Montaire; et comme tu connais ma véracité, tu peux dire avec assurance que les deux combats de Savenay ont mis fin à la guerre de la nouvelle Vendée et aux chimériques espérances des royalistes.

L'histoire ne nous présente point de combat dont les suites aient été plus décisives. Ah! mon brave, comme tu aurais joui ! quelle attaque! mais quelle déroute aussi ! Il fallait les voir ces soldats de Jésus et de Louis XVII, se jetant dans les marais ou obligés de se rendre par cinq ou six cents à la fois: et Langrénière pris, et les autres généraux dispersés et aux abois !

Cette armée, dont tu avais vu les restes de la terrasse de Saint-Florent, était redevenue formidable par son recrutement dans les départements envahis. Je les ai bien vus. bien examinés, j'ai reconnu même de mes figures de Cholet et de Laval, et à leur contenance et à leur mine, je t'assure qu'il ne leur manquait du soldat que l'habit. Des troupes qui ont battu de tels Français peuvent se flatter aussi de vaincre des peuples assez lâches pour se réunir contre un seul, et encore pour la cause des rois! Enfin, je ne sais si je me trompe, mais cette guerre de brigands, de paysans, sur laquelle on a jeté tant de ridicule, que l'on dédaignait, que l'on alîéctait de regarder comme méprisable, m'a toujours piiru, pour la repu-

I)li(iue, la grande partie; et il mo semble à présent qu'avec nos autres ennemis nous ne ferons plus que peloter.

Adieu, brave montagnard, adieu! Actuellement que cette exécrable guerre est terminée, que les mânes de nos frères sont satisfaits, je vais guérir. J'ai obtenu de tes confrères un congé qui finira au moment où la guerre recommencera.

Le général de briMcle REAUPUY.

Le général Beaupuy est une des figures héroïques de l'armée de Mayence. 11 s'était, dès le principe de leurs relations, cordialement attaché à Merlin. J'ai entre les mains un journal de la main de cet officier qui accuse le caractère le phis élevé. Il représente le patriote austère autant que le soldat. C'est Merlin qui avait fait son avancement et non sans peine. Après avoir donné à la Convention lecture de la lettre ci-dessus, il saisit l'occasion de se plaindre, à la tribune, du ministre qui refusait de ratifier les grades qu'il avait accordés à l'armée de Mayence en sa qualité de représentant du peuple. « C'est pourtant, dit-il, à ce même Beaupuy, à ce brave officier qui s'est battu à Chollet, en combat singulier, avec un chef de brigands, c'est à Marigny, le plus intrépide de tous les hommes, c'est à plusieurs autres officiers de l'armée de Mayence incorporée à celle de l'ouest, que le ministre de la guerre s'obstine à refuser les brevets des nominations faites provisoirement par les représentants du peuple. »

C'est Beaupuy qui, à la bataille de Chàtcau-Contier, frappé d'une balle en pleine poitrine, dit à ceux qui l'entouraient : » Laissez-moi là et portez à mes grenailiers ma chemise sanglante. » Les soldats l'adoraient et firent alors des prodiges de valeur pour le venger. A peine capable de se tenir à cheval, il se remit en campagne. Malheureusement, cet officier qui semblait annoncer toutes les qualités d'un général en chef, ne tarda pas à succomber sur le champ de bataille.

Au ])rrsidenl du tribunal rc'rnlulionnairr it l'aris.

22 frimaire an 3 de la Piép. une cl indiv. (12 ilc'C. OV).

J'ai dit à la Convention nationale, sur l'interpellation de Carrier, ce ((ue je répéterai aujourd'hui au tribunal.

Arrivé à Montaigu, je lis une proclamation tendant à ramener les brigands. Cette proclamation était ;i peu près en ces termes :

« Français, pour la dernière fois, la république vous ouvre les bras. Considérez vos toits embrasés, vos familles errantes et tombant tons les jours sous le poids des vengeances nationales. Sans secours, sans os|)oir, vous ave/ à résisti^r aujourd'hui a une armée disciplinée qui n'a jamais su fuir et qui tient, encore un moment, suspendue dans ses mains, la foudre qui va vous frapper. Rendez vos armes, livrez vos chefs, et cette armée.

CORRIÎSPONDANCE OFFICIELLE. 107

venue pour vous exterminer, deviendra une force protectrice de vos personnes et de vos propriétés. »

A cette voix, vingt communes rendirent les armes. Carrier était présent lorsqu'il m'en arriva plusieurs, et il les harangua même sur la porte de notre quartier général. Je quittai ensuite la Vendée Carrier, investi de tous les ix)uvoirs, y resta maître absolu, et ces mêmes communes furent fusillées : on assassina des hommes qui tombaient à genoux et qui montraient ma proclamation qu'ils conservaient comme une sauve-garde.

Carrier, à la Convention nationale, a prétendu n'avoir pas donné ces ordres horribles ; mais si j'avais joui de la confiance sans bornes des anciens comités du gouvernement , si, investi de pouvoirs illimités, j'avais été a cette époijue dans la Vendée, on n'y aurait pas niamiué a la parole donnée par un de mes collègues, et l'on n'aurait pas égorgé impunément sous mes yeux des malheureux, désarmés, qui avaient entendu la voix de la patrie. Celui-là est un égorgeur. à mon avis, qui laisse assassiner quand il a le pouvoir de l'empêcher.

Voilà ma déclaration; je la jure sincère et véritable.

MERLIN de i'iiionville.

J'ai transposé ici celte lettre sans tenir compte de l'ordre des dates, afin de laisser en un seul £;roupe tout ce qui est relatif à la Vendée. Merlin, empêché par son service à l'armée du Rhin, de comparaître comme témoin devant le tribunal révolutionnaire, fit, sur la réquisition du président, sa déposition par écrit. Interpellé à la Convention nationale au sujet de la proclamation dont il y est question, il y avait déjà déposé des mêmes faits.

Du reste. Carrier, dans son rapport à la Convention du 23 février 94, avait assez clairement affiché sa négation de la miséricorde. J'en cite seulement le passage suivant, parce qu'il y est question de Merlin : « A la bataille de Mortagne, il y avait dans les genêts plus de quarante mille brigands cachés sans que nous les vissions; et Merlin et moi avons traversé ces genêts au milieu de ces quarante mille rebelles qui ne paraissaient pas plus que quarante alouettes. Tuons donc les rebelles sans miséricorde. » Il est inutile d'insister. Tout le monde sait que ce malheureux a expié sur l'échafaud le tort causé par son inhumanité à l'honneur et au développement de la république.

Le représentant du peuple Merlin de Thionville au général Vachot , commandant en chef la division de l'armée du Bhin devant Manheim.

Krankenllial, le H brumaire an 3 de la Rép. d iiov. 04).

Étant allé aujourd'hui reconnaître les ou\Tages ennemis, accompagné du général de division Schaal, il est arrivé à nos avant-postes un habitant du

iO-S CORRESPONDANCE OFFICIELLE.

Palalinat de la rive ijauche du Rhin, avec un passeport du conseil défensif de Manheim. Il voulait (|ue nous lui perniis.sions de rentrer chez lui.

Notre système actuel de guerre et plusieurs renseignements (jui me sont donnés ne m'ont pas permis de laisser cet homme retourner chez lui. Comme je sais que de fréquentes demandes de ce genre vont être faites, je te requiers, en vertu des pouvoirs qui me sont délégués par la Convention nationale, de mettre à l'ordre de ta division qu'il est défendu de recevoir aux avant-postes de l'armée aucune personne venant de Manheim, porteur de passeport ou non.

Je te requiers aussi de faire surveiller la rive du Rhin que tu occupes, de manière à ne laisser sortir ni entrer quiconque ne serait j)as porteur d'ordres de la part des représentants du peuple ou du général en chef de l'armée du Rhin.

Je t'invite, citoyen général, à mettre la plus grande importance à l'exécution de ces mesures. Tu voudras bien aussi réitérer aux postes avancés 'a défense de converser avec les avant-postes de lennemi sous peine d'être considérés comme ayant eu des intelligences avec l'étranger et jugés comme tels.

Tu voudras bien encore mettre à l'ordre de l'armée que la Convention nationale, par son décret du 6 de ce mois, m'a envoyé près des armées du Rhin et de la Moselle pour y exercer les fonctions de représentant du peuple.

Je suis, etc.

MEni.lN (lu Tli.

Comme je l'ai fait pour les lettres ci-dessus, je réunis ici, sous forme de sommaire, quelques dates propres à éclairer l'ensemble des lettres relatives à la première mission de Merlin à l'armée du Rhin.

Il est envoyé à cette armée par un décret de la Convention du G brumaire, ainsi qu'il appert de la pièce suivante :

« La Convention nationale, après avoir entendu son comité de salut pulilic, décrète que le représentant du peuple Merlin (de Tliionville) se rendra sans délai aux armées du Rhin et de la Moselle, avec les mêmes pouvoirs qui sont donnés aux représentants du peuple près les armées.

Il Visé par le représentant du peuple inspecteur aux procès-verbaux ,

.losKPM KECKEI!. »

Merlin se met en roule ce jour même, el, des le 11, il est à rrankenlhal, devant Manheim, faisant sa première reconnaissance aux avant-postes.

Kn ce moment l'armée du Rhin et de la Moselle est sous le counnandemenl du général Michaud. Hepousséc en messidor on deçà de Kaiserslauteru, elle a regagné du terrain par la retraite île l'ennemi ijui, effrayé des succès de l'armée de .S;Mnbre-el-Meuse, s'est relire sur la live droite, en se réservant sur la rive gauche les deux im|>orlauls passages de Mayeiice et <le la lèlede pout dt> Manheim, et en outre la place de Luxembourg. Ce sont ces trois posiliims, surtout la

CUKKliSl'O.NDANCl- OFl'lCl i: LL li . 109

promicre, qu'il s'agit d'enlever. L'armée, mal commandée, se trouve toujours un peu en désarroi, et il y règne désordre et pénurie. Le Palatinat épuisé ne fournil plus au service des subsistances que des ressources insufllsantes. En raison de cette situation, c'est sur les abus de l'administration que portent les premières mesures de Merlin. Sa lettre du 14 brumaire à Merlin de Douai donne un exposé général de l'état des choses.

Le 12, l'enlèvement de la forteresse de Hlieinfeis, en dessous de Mayence, marque sa bienveime.

Le 19, première sommation au gouvernement de l'électeur à Manheim pour obtenir la remise de la tète de pont.

Le 21 , lettre à Desaix, pour stimuler l'activité du siège de Mayence et l'inviter à en prendre la direction.

Le 1*" frimaire, rapport au comité de salut public sur le blocus de Luxembourg et première ouverture sur ses idées relativement à la paix, desquelles l'ensemble se développe dans les lettres subséquentes.

Le 12, resserrement des lignes devant Mayence, et enlèvement de la redoute Merlin.

Le 14, enrégimentement des hommes nécessaires à la construction d'un pont de bateaux pour porter l'armée au-delà du Rhin.

Le 4 et le 17 nivôse, envoi au comité de ses réflexions et de celles de Kléber sur les diflicultés du siège.

Le 5, prise de possession du fort du Rhin deManiieim.

Le 15, Kléber, de plus en plus effrayé de la fausseté de sa position devant Mayence, pense à la possibilité d'un mouvement de retraite, au scandale du général en chef Michaud et de Féraud, collègue de Merlin.

Le 23, départ de Merlin pour Paris; puis retour immédiat à l'armée pour y installer à sa place Cavaignac, au commencement de pluviôse.

Le 14 pluviôse, Merlin de Douai, effrayé de la situation de Paris, engage Merlin à revenir prêter à la Convention le secours de son expérience militaire et de son énergie.

Le 28, Cavaignac étant suffisamment au courant, Merlin est formellement rappelé par le comité de salut public; et, au moment de l'insurrection de germinal, adjoint à Pichegru, il concourt effectivement au rétablissement de la paix dans Paris.

Le représentant du peuple, etc., au citoyen Pauhj, commandant du 2' bataillon de la 6* demi-brigade à Varmée du Rhin.

Frankeiitlial, 12 brumaire, l'an 3 de la Ilép. (2 nov.).

Il test ordonné, citoyen, de répondre dans les vingt-quatre heures à la pétition du citoven Tremsal, volontaire de la deuxième compagnie du deuxième bataillon de la sixième demi-brigade à l'armée du Rhin, laquelle t'a été communiquée depuis longtemps.

MERLIN de Th.

Les repiésenlanls de la république française près les armées du Rhin el de In Moselle aux habitants du Palatinat détenus par force dans les années des puissances coalisées.

Au quartier général de l'armée devant Mayencc, le iZ brumaire de l'an 3' de la l\é\}. (H nov.).

Vous pouvez rentrer dans vos foyers où vous jouirez des avantages et de la protection que la république accorde à tous les citoyens, moyennant la seule formalité de faire inscrire au bureau des représentants du peuple près les armées vos noms et la désignation du domicile où vous vous retirerez.

MEP.MN, FÉKAIJU.

Les représentants du peuple près les armées du Rhin el de la Moselle {au président de la commission de commerce?)

Au quartier général à Gundersblum, le i3* jour di; liruuiaire, l'an 3' de la Képublique (3 nov.).

Nous t'annonçons, citoyen, que nous avons pensé que la mission des agents de la commission pour l'évacuation du Palatinat devait être terminée le jour où nous croirions les ressources du pays devenues insuflisantes pour les armées qui doivent y séjourner. En conséquence, nous te requérons de les rappeler de suite, en les remplaçant par un seul agent probe et capable auquel nous puissions donner notre confiance. Il ne sera occupé, dans les pays soumis à la république, que de l'extraction des mines de fer, de charbon de terre, de mercure, etc., de l'exploitation de ces mines pour le compte de la république, et surtout des salines qui nous sont très nécessaires pour l'armée et pour les habitants. Mets la plus grande diligence dans l'exécution du présent arrêté dont nous envoyons copie au comité de salut public.

.MKKLIN, l'IÏRALl).

(lette commission, dite d'évacuation, sous prétexte d'enlever des pays envaliis tout ce qui pourrait y servir à l'ennemi , dans le cas d'un retour oflcnsif, s'était livrée aux plus affreux gaspillages. Les populations se trouvaient réduites à la dernière misère. Les moindres boutiques étaient dévalisées. A l'arrivée de Merlin, on respira. On voit qu'avec sou énergie ordinaire, il n'avait pas perdu de temps pour agir, car il n'était au quartier-général que de ravant-veille.

L'organisation des mines de Deux-Ponts et du Palatinat n'était pas une médiocre entreprise ; Merlin y fut lieureuscinent secondé par un lionuiie qui réunissait effectivement toutes les conditions (pi'il dcinandail dans sa lettre : «probe, capable, et auciuel il pouvait donner sa confiance. » C'était ririgénicur Sclireiber, l'un des membres les plus distingués du corps des mines, où il a laissé comme inspecteur

CORRESPONDANCE OFFICIELLE. Il)

général uii nom qui n'est jjoint encore oublié. L'organisation des mines sous forme de régie, source de si grands liénéticcs pour l'État, quand elle est dirigée avec les garanties convenables de savoir et de comptabilité, subsiste encore, au moins en partie, dans ces contrées. Les belles mines de Sarrebruck sont toujours exploitées au nom et au profit du gouvernement, et la Prusse en retire d'importants bénéfices.

C'est par l'organisation des mines de mercure que Merlin commença. Son premier arrêté à cet égard est du 14 frimaire. Schreiber n'étant pas encore arrivé, ces mines furent mises sous la direction de l'ingénieur Matthieu. On retrouve dans cet arrêté la netteté et la fermeté ordinaires de Merlin.

(' Art. 1'". Il sera pris les mesures les plus promptes pour rendre la plus grande activité aux travaux des mines, et dès ce moment les employés, ouvriers et mineurs sont mis en réquisition, ainsi que le fer, l'huile, le charbon et toutes les matières nécessaires à l'exploitation.

» Art. 2. Tout employé des mines, ouvrier ou mineur, mis en réquisition, sera tenu de rester à son poste. Celui qui l'abandonnera sans autorisation des représentants du peuple sera regardé comme déserteur. .<

Le il nivôse, Schreiber étant arrivé et placé en qualité d'inspecteur général à la tête de l'ensemble des mines du pays conquis, un nouvel arrêté, confirmatif du précédent dans ses parties essentielles , fut promulgué. L'ordre et la régularité militaires se trouvaient introduits pour la première fois dans cette vaste administration .

« Art. 7. Les employés des mines auront le droit de porter l'uniforme national ; leurs grades sont en conséquence assimilés aux grades militaires suivants, savoir :

)) Les citoyens dunther, Ludolph et Hellermann auront le grade de capitaine. (Les deux premiers étaient directeurs principaux des mines de Deux-Ponts et ilu Palatinat, le troisième, agent comptable général.)

)i Les citoyens .lacobi, Zimmermann, Hegermann et ISialard auront le grade de lieutenants (directeurs des mines particulières).

» Les citoyens Saurbrig, Simon et Gunther auront le rang de sous-lieutenants ( maîtres des mines et géomètre ) .

" Les ouvriers des trois premières classes auront le grade de sous-ofTiciers ; les autres seront regardés comme simples militaires.»

Toutes les fabriques du pays étant pareillement tombées en inactivité, par suite de la guerre et des réquisitions, des mesures analogues furent prises pour les remettre en activité. Ainsi je trouve des arrêtés du même genre relatifs aux fabriques d'eau-de-vie, à la papeterie de Kantenbach, à la manufacture de clous de Trarbach, aux moulins et garçons meuniers, etc..

Lea représentants, etc., au comité de salut public.

Au quartier général à Gundersbluiii, le 13 brumaire an 3 (3 nov.).

Citoyens collègues, nous vous faisons passer copie de la lettre en forme d'arrêté que nous adressons à la commission de commerce.

Les agents qu'elle avait ici et qu'elle conserve encore en partie pour l'évacuation du Palatinat se sont comportés et se comportent encore de manière à faire détester la républicjue. C'est sans doute à eux que l'on est redevable de l'incendie des maisons des émigrés allemands dans tout le revers des Vosges, et des désordres qui font que d'immenses ressources n'ont que peu ou même rien produit pour la république.

Vous verrez que nous demandons un homme probe et instruit qui sache tirer parti du bois, du fer, du vif-argent, de la potasse, du salpêtre et de tout ce que ce pays produit en abondance. Nous vous prions de seconder nos mesures à cet égard en interposant votre autorité. Salut et fraternité.

MEHLIN, FbJ'i.VLl).

Le rcprcsentanl Merlin de Thionville à Merlin de Douai. .\u i|iKirlicr irciiL'i'al ;i Giindershlnni, le 11 liruiiiairc ilo l'un 3' ilc la Uop. {'t iinv.).

Je t'ai promis de l'écrire, lorsque j'aurais recueilli quelque chose de certain ; eh bien ! je vais verser dans ton âme tout ce qu'éprouve la mienne.

L'ennemi a abandonné la rive gauche du Rhin, moins Saint-Goar, moins Rheinfels, moins l'ile de Worms, moins la tète de pont de Manheim, moins Mayence enlin ! Et comment a-t-il abandonné cette rive? Sans être battu. 11 est à prendre ses (}uartiers d'hiver sur la rive droite, maître de tous les passages, gardant la défensive, mais pouvant la convertir en ottensive quand bon lui semblera.

Qu'exige-t-on de nous? que nous prenions ces places. Voyons quels sont à cet égard les moyens que j'ai trouvés à mon arrivée.

Nous avons de braves soldats, sans doute, mais généralement mal commandés; un général en chef sans moyens, trembleur (l); un commissaire général incapable; un chef d'état-major (jui ferait un assez bon commis. J'ai encore à dire ijue l'administration des charrois est détestable pour no pas dire nulle, et (lu'enlin je no vois rien qui puisse ré[»ondre de la nourriture de l'armée. Nous n'avons pas même un seul bateau jwur faire un siège sur un tleuve tel que le Rhin. Mettant dans la balance toutes ces difficultés et inconvénients avec l'audace et la bravoure de nos troupes, et faisant encore entrer dans nos calculs ce que nous pouvons faire de bien moyennant (lueliiues institutions nouvelles et changements, je raisonne ainsi :

Quels sont les moyens de défense des villes (pi'on \eul attaquer? Dans

(1) il s'agit (lu géiiciiil MicliaïuL l.c jugeiiiciil de .Merlin est sévère, iimis les évcnemciits l'ont cuiifirnic.

CORRESrOXnANCIi OFl IC.lliLLE. 113

Manheim, quatorze mille hommes de garnison qui peuvent ètri.' rafraîchis par tout ce qu'il y a d'ennemis sur la rive droite ; dans Mayencc. douze mille hommes qui peuvent (Hre renforcés de même par l'armée prussienne campée entre cette ville et Francfort. Les forces ennemies ne peuvent-elles pas faire irruption soit par ces deux places, soit au-dessous par Rheinfels, soit mémo par Coblentz dont la prise n'est rien sans celle de la citadelle? Marchant de celte dernière ville sur Trêves, elles iraient faire lever le siège de Luxembourg et reployer l'armée de la Moselle sur LongwyetTliionville, pour revenir par Trêves, Kaiserslautern et les défilés de Durckheim. alta(iuer nos lignes et nous forcer à nous replier nous-mêmes, sans pouvoir sauver notre artillerie de siège et nos bagages. Ces suppositions peuvent être exagérées, mais il faut tout prévoir pour avoir moins à craindre. Ainsi . je suppose l'ennemi derrière Manheim. et dans la place une force de trente-cinq mille hommes, dont deux mille journellement de garde à la tête de pont, six mille dans la place et le reste pouvant \ entrer à volonté; quedois-je faire? Isoler les deux mille hommes des autres pour les attaquer ensuite avec plus d'avantage et les forcer à se rendre. C'est ce que je fais facilement en suivant la combinaison que je te prie d'examiner sur le petit plan qui est à la suite de ces observation.-.

(Suit le détail des opérations à entreprendre pour isoler de Manheim la lète de pont, en coupant le pont au moyen de batteries convenablement disposées.)

On doit sentir que si nous obtenons ce premier avantage, la garnison de la tête de pont, ne pouvant plus être relevée ni vivre, sera obligée de se retirer de nuit au moyen de bateaux ; et si l'on parvenait à être instruit de son mouvement on pourrait en faire une grande partie prisonnière en sortant des lignes pour tomber sur cette garnison dans sa retraite. Ce serait alors que, maitres de la tête de pont, nous ferions capituler Manheim; car ou la ville serait facilement brûlée, ou nous tenterions avec a\antage un débarquement sous la protection d un feu terrible disposé ii barbette derrière la digue même de la tête de pont. On pourrait aussi, en construisant une plate-forme de mortiers derrière chacun des cavaliers et en tirant des pièces de seize ii boulets rouges, tenter directement Manheim avec quelques bombes et quelques incendies. Je crois cependant plus prudent et plus conforme aux intentions du comité de salut public de ne commencer le bombardement de la place qu'après nous être rendus maîtres de la tête de pont, lime semble, d'après ces combinaisons, que l'on ne doit pas différer de s'emparer de l'espèce de fossé de l'ennemi , et dès la nuit prochaine, si cela se peut. Les forces principales devront marcher sur la droite et sur la gauche en se mettant à l'abri de la digue, en suivant la grève et en s'arrêlanl au second angle saillant sous lequel il sera fait un fosse avec un revêtement aboutissant à la digue elle-même sur laquelle sera construit le cavalier de tranchée. Les travailleurs devront axoirdes gabions et saucisciir.REs 8

sons pour hâler le levétemenl des ouvrages qui seront établis sur la grève où ils trouveraient peu ou point de terre.

Mais, avant cela, la colonne de Sambre-et-Meuse ne doit pas nous avoir abandonnés. 11 l'aut qu'elle nous délivre des inquiétudes que nous donnent Saint-Goar et Hheinfels, dou l'on peut venir tomber sur l'armée de siège de iMa^ence, et dont les garnisons chagrineraient beaucoup les convois de notre artillerie qui ne peut arriver devant Mayence que par la Moselle jusqu'à Mont-Royal, et de la, par Simmerm et Bingen, à Mayeiice.

Pour nous rendre ensuite maîtres de Mayence où il y a douze à quatorze mille hommes de garnison, et de l'autre côté du Rhin 1 armée prussienne qui peut entrer dans la ville a volonté, il faut d'abord réduire la place à sa garnison. Un ne ie peut qu'en prenant 1 ile Saint-Pierre sur laquelle une batterie très forte sera établie et dirigée contre le pont, tandis qu'une autre, sur la Favorite, battra lembouchure du Mein et ce même pont dont le passage se trouvera ainsi interrompu. C est alors qu'ayant coupé les communications de l'armée avec la garnison, tranquille sur mon aile gauche, n'ayant plus a craindre de passage sur ma droite , puisque l'ennenii serait arrèié à Manheim, dont nous battrions la tète de pont, j'attaquerais la place avec conliance, en preiiant d'abord le fort Hauptstein duquel dépend particulièrement la réduction de la ville.

Mais pour le succès de ces opérations, et a Mayence surtout, il faut un général habile, sage et intrépide, que l'on ferait passer sous les ordres du général en chef Michaud, en lautorisant à prendre sur lui ; il faut en outre avoir Hheinfels et Saint-Goar, et conséquemment il faut l'aide de la colonne de Sambre-et-Meuse jusqu'à la réduction do ces petites places. Surtout il faut que l'armée ne manque de rien ; que le directeur des vivres, que le commissaire général , que la commission des transports répondent delà subsistance et des convois. Sans cela, point de siège, point d<î guerre.

Je t'écrirai fréquemment; soutiens-nous de tes conseils et compte sur notre entier dévouement a la répubhque.

.le t'occuperai actuellement d'un autre objet : c'est au moment ou nos armées sont victorieuses que la diplomatie doit s exercer a\ec le plus d activité pour produire les plus grands elfets. Ou a beau vous dire qu'on cherche a vous tromper par des propositions; on n est jamais trompé, quand on ne lait qu'écouter les propositions; et surtout (jUiiud, aussi malin que renncuii, on en obtient daburd quelque chose et en ne s' avançant que de manière a pouvoir lui refuser tout ce qu'on voudra.

Tu dois avoir lu les rapports de Racher dans lesquels se trouvent les propositions de .Mol!endorf envoyées à son agent à RAIe. Ce serait en œ moiiienl gagner limpossible que de faire croire a I Europe coalisée que ce n'est point un conte que de parler do [lourparlers entre la Prusse el la France. Cela augmenterait la déUance entre les alliés: el si Ion ne j)arve-

CORKESPO.NDANCi: Onu.iELIJ-; 11 ii

nail pas a éloij:ner l'armée prussienne, on parviendrait du moins a ce résultai que les alliés ne lui conlieraient plus à défendre ou à attaquer aucun point important, dans la persuasion de l'intelligence du roi de Prusse avec la France. Cette persuasion ne peut naître que de (luelquos démarches ostensibles, et l'on en peut faire d'inditlérentes : par exemple, nous avons très peu de prisonniers prussiens comparativement a ceu\ que nous avons faits aux autres puissances. Eli bien! que l'on ouvre publiquement une négociation pour l'échange de ces prisonniers et que l'on traite exclusivement avec les Prussiens, soldat pour soldat, grade pour grade.

Je dois aussi te rendre compte de plusieurs faits que mes collègues m'ont rapportés et que m'ont rapportés de même et les officiers de l'état- major et le général en chef. C'est que Kalkreuth, avant son passage du Rhin, a voulu par trois fois parler aux généraux français; après avoir essuyé plusieurs coups de canon, il renvoya un de nos cavaliers prisonnier tout équipé et tout armé, en le chargeant de dire aux généraux que le seul regret qu'il avait en passant le Rhin était de n avoir pu les entretenir de paix. C'pst encore qu'après les différentes actions qui ont eu lieu, plusieurs de nos blessés ont été secourus par de simples soldats prussiens, et que le bruit commun de l'armée prussienne était que, réunie bientôt a l'armée française, on écraserait la maison d'Autriche. Enlin , d'après l'ensemble de tous les rapports que nous sommes plus en mesure d'apprécier étant plus voisins, il paraît c|ue les Prussiens ne seraient pas éloignés de conclure la paix avec la France, en abandonnant la coalition et en consentant a ce que nous gardions pour frontière la rive du Rhin , si, de son côté, la France consentait à ne pas inquiéter la Prusse dans la conquête de la Silésie, et a occuper l'empereur ailleurs.

Les négociations seraient ouvertes sans entendre aucune suspension d'armes . sans diminuer en rien notre activité militaire, et sans frapper <les coups moins sûrs contre la coalition.

Tu apprécieras toutes ces réilexions. Je t'en donne les bases pour certaines. Si tu crois devoir faire usage de ma lettre, tu le feras. Dans le cas contraire, elle ne sera qu'une conlidence amicale sur laquelle tu me feras tes observations. Nous pensons que si jamais le moment de la diplomatie est arrivé, c'est au moment où nos armées sont victorieuses. Louis XIV vainqueur dictait des lois a l'Europe; Louis XIV vaincu payait un subside pour faire la guerre contre son petit-tils. Nous l'embrassons bien Iraternellement.

MERLIN lie Tli,

116 CORRESPONDANCK OFFICIELLE.

Vincent, général de division, an citoyen Merlin de Thionville, etc.

Au lorl lie Hlieinfels, le 10 brumaire, l'an 3 ((i iiov.).

Il est très vrai, citoyen représentant, que nous sommes maîtres du fort de Rheinfels et de la ville de Saint-Gewhers (Saint-Goar). J'y suis entré le 12 à six heures du matin.

En y entrant, je n'ai rien eu de plus pressé que de courir aux mines, et bien m'en a pris; car dans l'une, qui était remplie de bombes chargées et de trente barils de poudre, nous avons trouvé une mèche allumée qui n'avait plus que deux ou trois heures à brûler pour faire sauter le fort et ceux (pii auraient été dans le fort et les environs.

Je t'envoie l'inventaire n" I qui contient les objets que nous avons trouvés d'abord; j'y joins celui n° 2, qui renferme ceux que nous avons découverts depuis. Je ne désespère pas d'en joindre un troisième; on n'aperçoit pas sur le champ tous les coins, souterrains et cachettes de ce fort.

Au moment même de mon entrée dans le fort, j'en ai donné avis au général en chef Moreaux qui était à Coblentz avec le citoyen représentant Bourbotte ; et le lendemain je leur ai envoyé les clefs du fort et de la ville de Saint-Gewhers.

Je vais à présent, citoyen représentant, te rendre compte de la manière dont ce fort est venu au pouvoir de la république.

Chargé de l'attaque de ce fort, j'ai pris tous les renseignements et fait par moi-même toutes les reconnaissances et découvertes (lu'il m'a été pos siblo. D'après les connaissances acquises, j'ai demandé l'artillerie que j'ai cm nécessaire; j'ai pris toutes mes mesures, et je devais faire mon expédition le 13. Mais les Hessois qui étaient chargés de la défense du fort, clfravôs de ces préparatifs, informés du courage et de l'énergie républicaines, ont fui la nuit du 11 au 12 et ont repassé le Rhin avec une telle précipitation qu ils nous ont laissé tous les objets portes aux inventaires, parmi lesquels tu remarqueras avec satisfaction un bon nombre de canons, une grande (piantilé de poudre, dix drapeaux, des numilions et provisions.

Les fuyards nOnt pu être rassurés par les abatis (|ui enviroiment le fort, par un triple fossé qui précédait de hautes nuu-ailles, par les mines, par une artillerie nombreuse, ni par cinq redoutes placées sur les hauteurs de la rive droite du Rhin, et garnies d'un grand nombre de pièces de gros calibre. Pour nous tui donner connaissance, ils nous ont envoyé «les boulets (le vingt-sept, pendant ipie nous étions occupés à faire les dispositions de l'altaquiv De nos croisées, nous apercevons tMicoro qiii'l(|ues-unes de ces pièces (|u'ils ont laissées dans les redoutes.

Ils on! pttusse IhoniuMelé jusipi'a nous laisser les apparlenienls du fort loiil meubles

CORRESPONOANCK 0 I" I- K, 1 K L I. K. HT

.le pense (|iio ces luuivres duibles oiU [)ris le bon |uirli pour eux. Nos niesiiies élaieiil prises, nos troupes dans les meilleures dispositions; ils n'auraient pas échappé à l'énergie républicaine.

-Nous établissons des redoutes pour correspondre et répondre à celles cpie l'ennemi a sur la rive droite du Rhin.

Le citoyen Dieudé, général d'arlillerii!, t'envoie le résultai de ses opérations et létatdes pièces (|u'il pont l'envoyer.

Salut el fraternité.

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