‹ Vie et correspondance de Merlin de ThionvilleChapitre 26 sur 56 · VINCENT · texte numérisé non relu

VINCENT

Merlin de ThionvUle, repn-senlavt du peuple fiançais aux armées du lihin et de la Moselle, à M. de Rheiboldt, ci-devanl envoyé de l'Électeur palatin à Mayence près l'année française.

Angreslieim, lu d!) bruniaiio, l'an '.i i\c la Rép. fr. (0 iiov.).

Monsieur, l'idée cpie vous devez avoir de ma loyauté el de ma franchise ne vous permettra pas de penser que je veuille vous inspirer des craintes mal fondées L'amour de l'humanilé seul m'engage à vous prévenir que ma républi(iue a chargé mon collègue et moi de brûler Manheim, si l'on ne remet pas en nos mains la lèle de ponl. Vous pouvez épargner celle rigueur nécessaire el arrêter le sang prêta couler, .le désire que ma lettre ait un prompt effet. .le suis fraternellement.

MRlil.lN Hf Thionvillo.

Au gniéral Desaix, commandant en chef l'armée devant Mayence.

20 lirumaiic aa 3 (iO nov.).

Tu as sans doute appris l'heureuse nouvelle de la prise de Maëstricht, el tu auras fait mettre à l'ordre de l'armée que dix-huit mille hommes de garnison ont posé les armes devant les baïonnettes républicaines.

Tout présage que la place que lu assièges n'offrira pas plus de difficultés, .le n'ai pas besoin de le recommander de la presser le plus possible. Tu as maintenant le renfort de l'armée de la Moselle, el vingt mille outils sont déjà chargés à Trarbach ainsi que vingt mortiers de gros calibre el toute l'arfillerie de siège, sans compter que je l'ai envoyé le parc d'artillerie de l'armée de !a Moselle el trente-deux pièces de position de Rheinfels.

Tu auras sans doute renvoyé les chevaux et bœufs ainsi que tout ce qui appartient à Vincent Tu lui redemanderas des grenadiers. Choisis-en quatre compagnies que tu feras de suite exercer à jeter la grenade à la

'18 CORRESPONDANCF OFFICIELLK.

main. Ce sont elles ([ui devront nous ouvrir le chemin pour arriver dans la place sur les cadavres des Autrichiens.

Répands toujours dans l'armée et fais répandre ailleurs les bruits dont nous sommes convenus afin que l'on ne s'attende pas au coup que nous voulons porter. Méfie-toi de l'île qui est vis-à-vis Ufeldt, et fais une batterie sur l'île Saint-Jean contre Biberich. A notre retour, nous parlerons d'autres choses. Maintiens-toi dans \Veissenau et avance une batterie sur le Mein. Cette batterie devra tirer pendant la nuit sur le fleuve. C'est dans cet état que j'espère te retrouver à mon retour de Lu.\embourg.

Je reçois dans ce moment même une lettre du comité de salut public qui me presse de faire enlever Mayence de vive force et qui me parle des succès de l'armée du Nord comme d'un exemple à suivre. Nous ne resterons pas en arrière.

Le général Michaud m'informe à l'instant de ton refus réitéré d'accepter le commandement de l'armée devant Mayence. Quelle que soit ta modestie, tu n'as pu me cacher ta capacité. Je pense donc que tes refus doivent cesser. La république et moi avons droit de compter sur ta soumission aux ordres de ton général en chef.

MERUN (le Th.

On voit qu'aprôs avoir deviné chez Kléber le tfénie militaire au premier siège de Mayence, Merlin avait eu le même mérite, durant celui-ci, à l'égard de Desaix.

Merlin de Tlnotivilie au comilc de salut public.

l" friniaiic an 3 (21 nnv.).

Je reviens de poser et achever le blocus de Luxembourg. J'ai passé deux jours à Thionville où notre collègue Loysel jouit des bénédictions du peuple et oii la convention nationale est chérie avec enthousiasme. Je repars pour .Mayence, après avoir pris des mesures pour ijue la gelée qui peut enchaîner les rivières ne nuise pas à nos moyens do vivre , en nous privant des bateaux qui sont pour nous la ressource principale. Tout est on assez bon train, et je pense qu'avec les vertus compagnes des républicains, nous |)arviendrons a remplir votre vœu.

Mais la guerre doit conduire un Ktat ou ii la paix ou a sa perte, (pielle que soit sa puissance I ), de la même manière que la (iè\re conduil l'honnue le

[{) Quelle maxime juste et combien l'empire français, malgré sa puissance, nuus en a montré la vérité à nos dépens ! Toute celle, correspondance l'ail foi de l'ardeur avec laquelle Merlin aspirait à celle paix qui devait cependant taire rentrer dans l'inaclion tou.s ses talents militaires.

rORRESPONDANCE OFFICIELLE. 4<9

plus robuste ou à la guérison ou à la mort. Ainsi, battant en ce moment nos ennemis, c'est ce moment rie no? virtniros qui doit t^tre choisi pour les obliger à demander la paix.

A mon arrivée ici. les patriotes du pays qui ont irrand attachement pour la république et pour moi sont venus se rallier autour de nous. Il en est d'un mérite distingué. L'un d'eux. Schmitz. a bien voulu passer le Rhin et se rendre au quartier général de Kalkreuth à Wiesbade. Le cri du soldat prussien comme du général est la paiv. Mais d'après le rapport de Schmitz, le roi de Prusse ne veut en conférer que dans une suspension d'armes, et il demande pour préliminaires que l'on ne se mêle pas des affaires de la Pologne. Je ne sais si nous nous en sommes mêlé? : mais il redoute bien que nous ne donnions notre appui aux Polonais. Il paraît aussi, d'après le dire de Schmitz. que le roi de Prusse ne veut pas se détacher de l'empereur; mais (]u'il veut, de concert avec l'empereur, réunir aux deux couronnes toutes les petites principautés d'outre-Rhin et faire deux cours de tant de petits États. Il assure qu'une ouverture, dans ce sens, ferait fortune, et qu'une déclaration de la France qu'elle ne soutiendra pas la constitution germanique garantie par le traité de Westphalie lui assurerait cette rive du Rhin.

Notre principe doit être que les loups se dévorent entre eux; mais pour les contraindre à nous demander la permission de se battre, il faut, je pense, forcer la Prusse à retirer des armées coalisées jusqu'à son dernier soldat. Le moyen est facile. Elle avait quarante à quarante-cinq mille hommes sur la Moselle et sur le Rhin, cantonnés aujourd'hui sur la rive droite : or. je vous donne pour certain que le "énéral Hohenlohe vient de partir pour la Silésie avec les régiments dont les noirs suivent : "\^'olframsdorf. Borg et l.egatte, infanterie; Volfrath et Roeller, cavalerie légère, et leur meilleure. 'Voulez-vous faire partir le tout, et qu'il ne reste avec les coalisés que ce que la Prusse leur doit comme faisant partie intégrante de l'empire? Voici un fait aussi certain: c'est que le traité pour des auxiliaires qui existait entre elle, l'Autriche et l'Angleterre, est expiré et n'est pas renouvelé : voulez-vous donc l'obliger à partir , lui fournir le prétexte de se retirer tout à fait? Entrez dans la Gueldre par Cologne, et tandis que vous ferez courir le bruit que vous venez prendre à revers la rive droite du Rhin, tombez sur les possessions de la Prusse qui courra se défendre chez elle avec tous ses moyens et consentira bientôt à vous abandonner le Rhin pour vous voir sortir de chez elle.

D'autre part, vous n'avez pas été sans tâter l'empereur; on prétend ici qu'indigné de la conduite de la Prusse dans cette campagne, son conseil ne serait pas loin de faire avec vous une paix particulière. L'empereur perd peu de chose en nous laissant la rive gauche. A l'e.xceplion de l'électeur de Bavière, les évêques seuls sont dépouillés. Mais l'empereur ne

420 CORRESPONDANCE OFFFCI EL L K.

sor;iil-il pas conlont do Irouvor le prétoxle de lui enlever la Bavière, objet (le tous les vœux du cabinet de Vienne.

Pour moi. après avoir bien réfléchi sur les lieux, au milieu de personnes bien instruites, je crois que la paix doit se faire aux dépens de tous nos ennemis, mais surtout aux dépens des plus faibles. C'est par eux qu'il faut arriver aux plus forts. Quand on veut attaquer une place, on s'empare d'abord des ouvrages avancés.

En dernière analyse, tout doit vous engager à accepter une paix particulière. Une seule puissance, dégagée de la coalition, sera bientôt suivie de beaucoup d'autres. Chacun craindra de se trouver le dernier; et la république, après avoir reculé ses limites jusqu'au Rhin, dictera ses lois à l'Europe.

WEIll.IN au ThioMville.

Merlin (le Douai à Mrrlin de Th.

Paris, ?i fiimaire nn 3 do la Pit'-p. (23 iinv.).

J'ai reçu, mon cher ami, la pétition (pie tu m'as adressée; je \ieus de la remettre au comité de législation avec instante recommandation de s'en occuper le plus tôt possible. Tu ferais bien d'en écrire à Bar, président de ce comité.

On procède en ce moment à l'appel nominal sur Carrier. Plus de la moitié des membres ont déjà été appelés et ont voté pour le décret d'accusation. Il y a apparence que nul ne sera assez déhonté pour rompre, par un vote contraire, l'unanimité qui existe jusqu'à présent.

Tâche d'avoir promptement Mayence. .\ mon avis, la paix est dans cette place importante. Jus(iu'ù présent les bruils de pacification ne sont que des leurres. Il est bien à craindre qu'ils ne désorganisent nos armées .le vais faire un rapport pour prévenir ce funeste eftet.

Je le prie bien instamment de ne pas laisser mon iils oisif.

Je l'embrasse de tout mon cdnir.

MKIU.IN (ileD.l.

Merlin de ThinnviUe, r/r., au roniile de sahil pullie.

LiiikUtsIiIiuii, ('i rriiiiaiiv un 3 (SG iiov.K

Le général Moreaux nous aura sans doute rendu compte des premiers succès des armes de la république devant Luxembourg Nos divisions sont j leurs pysles u une demi - lieiio de la place de tous cotés. L'ennemi

CORRESPoNnANCE OF l'Ii: I K 1. 1. K. 12I

manque déjà absohinienl do sel. Les troupes conipsant la garnison sonl très asiU'H?s. et nous avons lieu d espérer cpie quelipies Lombes jetées des hauteurs de (Irunwald. et surtout la connaissance que l'on aura soin de donner à la garnison de son entier abandon ainsi que des succès de la république, nous rendront bientôt maîtres de cette forteresse fameuse.

Les ouvrages devant Manheim sont assez avancés pour que je puisse vous assurer que Ton battra la tète de pont avec avantage dans trois jours. L'ennemi fait un feu d'enfer auquel nous ne ripostons pas. Nous tirerons de toutes les batteries en même temps.

A Mayence. notre camp est absolument couvert. Des batteries sont avancées sur notre gauche, vers Monbach. jusqu'à quatre cents toises de la place. Au centre, nous ne sommes qu'à trois cents toises et couverts par un ravin. Sur notre droite, nous avons déjà pris le fameux Weissenau. fait prisonniers quatre-vingts Autrichiens dont un capitaine et deux cadets.

A la première occasion, et une batterie de seize pièces achevée, nous nous emparerons non-seulenicnt du village de ... mais des redoutes: ensuite, gare le pont !

Veuillez bien me délivrer enfin de cette malheureuse commission d'évacuation dont tout le monde se plaint. Vous connaissez mieux que personne notre pénurie en moyens de transports ; eh bien I ne veut-elle pas nous en priver pour faire rentrer ses guenilles I Pour moi. je vous déclare que je ne lui en laisserai prendre qu'autant qu'ils ne seront plus nécessaires pour les armées.

11 est décidé sans doute que le Kliin demeurera barrière de la France; il l'est surtout que nous resterons ici jusqu'à la prise de la tête du pont de Manheim et de Mayence. Mais encore faut-il que les officiers de l'armée aient des habits, des souliers, des chapeaux: et comment voulez-vous qu'ils s'en procurent, si l'on prend au marchand tout ce qu'il a? comment voulez-vous qu'on envoie du pain aux armées, si le cultivateur n'a plus ni bœufs, ni chevaux '

L'agence d'évacuation serait excellente si l'on ne faisait qu'une incursion dans le pays: mais dans le système actuel elle est désastreuse.

J'ai déjà écrit à la commission de commerce pour lui démontrer que son but devait être de mettre en grande activité toutes les manufactures du pays pour le service de la république ; de faire exploiter les mines de vifargent, d'ardoise, de charbon de terre, de cuivre, de plomb; de retirer les bois de construction et de chauffage; de faire du charbon, du cui^Te. du drap, etc. Elle peut emporter tout ce qui appartient aux émigrés, aux prêtres, moines, seigneurs: mais elle ne doit pas dépuiller l'habitant, si nous voulons rester dans le pays.

Il ne faudrait ici. comme je l'ai dit à la commission de commerce, à la place du prêtre Sylvi, du prêtre Morel. du prêtre .lolivat, tous agents principaux de la commission que l'armée et les habitants appellent la

grippe , qu'un seul aèrent bien entendu dans la partie des mines cl du commerce. Je suis certain qu'en se servant des patriotes du pays et en mettant vm peu en jeu l'intérêt individuel, on pourrait obtenir dimmenses moyens chez nos ennemis mêmes.

J ai demandé à Fourcroy des élèves des mines: j'espère qu'il me les enverra. Si ses grandes occupations lui laissaient un moment, il serait peut-être avantageux qu'il vînt avec eux. Dans le cas contraire, soyez persuadés que mon zèle secondera ceux qu'il enverra .

L'armée française doit surpasser les Romains dans sa marche. Nous ferons des routes de Trêves à Sarrebourg et de Sarrebourg à Perle. Les chemins étaient si affreux que. dans la campagne, nous avons perdu six cents chevaux. Je fais réparer la route de Trarbach à Mayence et celle de Muhlheim à Kirchberg. Toute l'artillerie arrive par la Moselle sur ces deux points, et n'a plus que dix-neuf lieues jusqu'à la tranchée. Les vivres et fourrages des places de la Moselle arriveront de même.

C'est le paysan du pays qui fait tout cela par corvées, et il le fait de bon cœur, parce que je lui assure en votre nom ([u'il restera Fran(:ais. et qu'on ne le dépouillera pas, et le paysan a confiance en moi.

Envoyez-moi des agents des mines et un autre agent de la commission de commerce. Que ces agents soient humains et probes, et l'industrie commerciale reprendra une nouvelle vigueur dans ces contrées, au milieu même du tumulte et du fracas des armes.

Prenez, je \ous en prie, les mesures que je vous indique relativement à cette commission d'évacuation. Entendez Bourbotte avant de commencer : il l'a vue opérer. Je vous écrirai de nouveau, en vous proposant un moyen de centralisation de nos moyens militaires de transports et de subsistances. Je ne me serais jamais imaginé que l'envie put se nicher dans l'àme de généraux sans-culottes. Il faut ne voir que la patrie , et que ceux qui sont faits pour obéir no soient pas exposé.-^à recevoir des commandements contradictoires.

MRr.l.IN .!.> Tli.

Au citoyen Meilin, represcnlanl du peuple.

SliDiiihi'rjrer HiUlo, li; (1 friniaiift, I'hii 3* (i2ri iinv ).

Je crains, citoyen représentant, que lu n'aies pas roi-u la lettre que je t'écrivis avant-hier (il par laquelle je !(> demandais de m'adjoindre. pour le travail dont lu m'as chargé, les citoyens Rutty el .Sainl-Cyr. oiliciers d'artillerie à l'armée du Rhin. Je le demanderai aussi de m'autoriser à tirer des forges de Hayange des maîtres-ouvriers et tous les modèles de calibre que tu demandes. Il faut absolument que je tire do France les lunettes et cy-

CORRESPOND ANT.K OFFICIKLI.E. I 2 i

lindres dont j'ai besoin pour calibrer les fers coulés. Ces objets demandent une telle |)récisi()n dans roxécntion qu aucun ouvrier dans le i)ays n'est capable de les faire. Autorise-moi à partir en poste pour chercher tous ces objets soit à Ha\ ange, soit à Strasbourg.

Je te réitère la demande que je t'ai faite de deux oflicicrs d'artillerie. Il me serait impossible de monter et surveiller seul à la fois tous ces établissements dont deux sont éloignés l'un de dix lieues, l'autre de treize, et les autres de six à huit. J'ai fait réparer toutes les fonderies Tout est prêt a aller; une fonderie même est en activité; mais je ne peux faire mettre le feu aux autres fourneaux que je n'aie tous les instruments dont je l ai parlé, autrement le fer ne se trouverait pas employé |)Our l'objet auquel tu le destines.

Réponds-moi, je te prie, sur-le-champ, car je suis sur les épines, de peur de ne pas réussir au gré de les désirs et des miens. Salut et fraternité.

1,'adj. géii. Ch. ItOUCHOl'TE.

Au cit. Merlin do Th., elr., les députés de Coblence.

Trèvps, le il novoinhro 1791 (vioiix silyli-i. (-ITOYEN REPRÉSENTANT ,

Les soussignés ont l'honneur de vous faire part ciue la municipalité de Coblence, d'accord avec tous les citoyens, les a choisis et autorisés de se rendre à Paris pour présenter leurs hommages à la Convention nationale, et lui tracer un portrait exact des souffrances que la ville de ('oblence et le district en dépendant ont essuyées dans la guerre présente.

L'équité et l'humanité dont vous avez donné des preuves si convaincantes pendant votre séjour à Mayence , de même que par la suite, nous est le garant le plus sûr que notre patrie sera traitée avec ménagement et équité, que les habitants croient mériter par leur déférence à toutes réquisitions autant que leurs facultés le permirent, et en considération delà bonne harmonie qui règne entre eux et les troupes françaises. Mais quelque grande que soit la conliance de la municipalité et des habitants dans vos lumières et dans votre équité, ils se sentent pourtant trop frappés par la proclamation du représentant Bourbotte, dans laquelle on vient de nous reprocher de nouveau la réception des émigrés français, et de nous imposer, par cette raison, une contribution militaire de quatre millions en espèces sonnantes, pour ne pas mettre tout en usage pour la laver publiquement de cette tache.

A plusieurs reprises on a démontré clairement, sous l'ancien régime, pas seulement notre innocence, mais aussi les persécutions auxquelles

I2i CORRESPONDANCR OFl- [('. I RLL H.

s'i^xposèrenf. nnw qui lirenl Ions leurs etlnrls pour l'uiitècher, nou-sculcnienl l'armenienl, mais aussi le séjour des éniiiirés français. L'iinpossibililéde sufiire au montant de la contribution militaire est si conforme a la vérité que d'après le vo'u unanime de tous les habitants, la municipalité a trouvé indisponsablemenl nécessaire défaire partir au plus tôt une députation pour exposer dans le sein de la Convention la conduite do tout le pays dans cette époque fatale, et la convaincre que par les suites funestes de la présente guerre, elle se voit hors d'état de satisfaire, avec la meilleure volonté, à l'imposition.

Vous-même, citoyen représentant, nous en sommes pleinement assurés, vous approuverez sûrement nos démarches, vous les jugerez sans doute de notre devoir; heureux si, après cinq jours que nous vous attendîmes ici, nous avions pu avoir l'honneur de vous approcher et d'avoir votre approbation par bouche ; mais dans la nécessité dans laquelle nous sommes de presser notre voyage, dautant plus que nous nous voyons en même temps obligés de ménager les frais que l'entretien des chevaux de louage coiile journellement, nous partons pleins d'espérance que vous accorderez votre approbation à notre conduite: et il ne nous reste, citoyen représentant, que de vous prier de vouloir nous accorder \otre protection près la Convention nationale, qui sera pleinement justifiée par l'information que nous > ous prions instamment de prendre sur les lieux , sitôt que les affaires de la nation vous permettront de vous rendre à Coblence, comme nos concitoyens l'espèrent.

Vos très humbles, les députés de la municipalité de Coblence.

RADERMACHER, CHENAL, Sf.HMfTZ.

yferliii (le Thinnville, etc., an grnéral liender.

11 frimairo .in 3 (l*""" déc).

Général, on me mande ((ue vous traitez avec barbarie M. Couturier. Français d'origine, apothicaire dans la grande rue, établi depuis longtemps à Luxembourg. Songez qu'il faudra bientôt rendre la ville (lue vous occupez encore aux armées toujours victorieuses de la république, et que les républicains % oient dans M. Couturier un Français, ot de plus le frère d'un représentant (lu i)euple . et (Qu'ils vengeront cette injure. Vous ne pouvez éviter cette vengeance et démontrer que les rapports qui nous \ieiinent journellement sont faux (|u'eii renvoyant aux avant-|K)stes français toute la fautillè Couturier et en i)r(itégeant ses propriétés.

MKlil.lN de Tliioinilli'.

corresim»M)ani:k oi- i h.iklli;. 125

-lu général Ambert.

1 1 frimaire (1" .lue).

Je le fais passer une lettre que lu enverras de suite par un trompelle au général Bender. Ce sera une espèce de sommation préliminaire qui ne lui fera pas beaucoup de plaisir. Jeté félicite sur le succès de l'armée (pie tu commandes. J'espère que nous nous réjouirons bientôt ensemble des derniers axanta^'^es (|ue la république attend de nous. Bonjour.

.MKP.UN de Th.

Merlin de Houiii à Merlin de Th.

<;t frimaire an 3 de lu lîép. (3 iléc.V

J'ai lu hier avec intérêt, mon cher ami. ta lettre au comité de salut public sur Luxembourg. Manheimet Mayence. J'espère que tu nous donneras bientôt ces deux dernières places, en attendant que la première se livre elle-même pour échapper à la famine. Je n'ai pas besoin de te dire que pour arriver à une paix prompte et glorieuse avec une partie des puissances, il est indispensable d'avoir Mayence et Manheim. Tu sens cela mieux que moi

Est-il vrai que tu as eu une conférence avec Kalkreuth ? Je n'en crois rien, puisque tu n'en parles pas. Cependant Bâcher, notre agent à Basle. l'a mandé le 3 de ce mois au comité de salut public.

Mon fils ne m'écrit plus. Je le prie de ne pas le laisser s'endormir dans l'inaction.

Je t'embrasse bien cordialement.

MEHLI.N (<lc l».).

Merlin de Tliionvillc. etc., a Cadnùnislraiion du district de Slraxloury.

\ i frimaire an 3 (Idée).

Au reçu de ma lettre, vous m'adresserez cent constructeurs de bateaux à mon quartier général d'Oberingelheim. Il leur sera fourni en route la subsistance militaire ; et ils marcheront sous les ordres d'un conducteur par cinquante qu'ils se choisiront avant le départ. Il leur sera payé en route trois livres par jour; et à leur arrivée, ils seront placés et payés d'après un règlement (pie je ferai de concert avec eux. Je vous prie de mettre la plus grande activité dans l'exécution de cet ordre.

.MKKI.I.N de rii.

.126 CURUESPONDANCJÎ OFI ICIKLLli.

Merlin de Th., etc., au Cotnile de mlul public.

1 i IViinairo iiii '^' li tk'c).

Chers colléguks,

.le dois vous rendre compte de tout ci- (iiii se passe ici. atin ([iie vous soyez toujours en mesure, vous qui êtes nécessités à tout embrasser d'un coup dœil, et à porter une main créatrice partout où manquent les moyens.

Comme je vous l'aidt'ja dit dans ma dernière lettre, quant au militaire, les ciioses sont sur le meilleur pied. Les ouvrages s'achèvent devant Manheini, et Kléber prendra Mayence. Mais je ne suis pas aussi tranquille sur les moyens de faire vivre les hommes et les chevaux. Si je voulais parler du passé, je reprocherais d'avoir mangé le pays et les départements les plus rapprochés des armées avant les déparlements les plus éloignés, ce qui force aujourd iiui les voitures à faire soixante lieues pour nous amener un peu de pain. Mais c'est aux moyens d'avoir actuellement ce ((ui nous est absolument nécessaire qu'il faut s'arrêter, et de dire ce que l'on aurait dû faire ne remédierait à rien.

Il existait, en outre, une sorte de guerre administrative entre les armées du Rhin et de la .Moselle, qui se subdivisait même entre les divisions des mêmes armées. Par l'arrêté que vous trouverez n' \ . vous verrez que nous l'avons terminée en centralisant l'administration et en en simpliliant les ressorts. Cet arrêté méritera votre approbation ; vous le confirmerez et en ordonnerez l'exécution : un ordre du Comité en imposera davantage à tous les agents. On avait mangé partout les revenus des moines et des princes émigrés, et il ne restait plus que ce qui appartenait aux particuliers; mais la crainte de n'être pas payé et celle de l'assignat faisaient cacher les denrées : un arrêté que vous trouverez n" 2 a nommé des ai;ents du pays jouissant de notre confiance et surtout de celle du peuple, et bientôt les ressources des particuliers seront connues. Un arrêté n" 3 oblige à prendre les assignats et défend de faire deux prix : ainsi, on payera en assignats ces mômes ressources particulières, qui peuvent nous mener encore (juelciue temps.

11 faut proliler de ce court espace pour faire verser sur nous surtout des fourrages, dont nous man(|uons presciue absolument. Le dé|)ôl de huit mille chevaux que l'on dit devoir être établi à Verdun nous privera de grandes ressources : pourquoi le placer si près des armées? Aidez-nous, car on ne fait pas la guerre sans pain ni fourrages; aidez-nous en attribuant de nouveaux départements ii l'armée de la Moselle et à celle du Khin: a'idez-nous en obligeant a remplir les réquisitions; aidez-nous en établissant des magasins sur nos derrières, et considérez que nous atta- (luons à la fois Manheim, Mayence et Luxembourg, et ipie si nous parvenons a notre but la paix est forcée.

CORKESPUNUANCE OFIICIELLK. 1^7

Apres vous avoir entreleuus de nos besoins, parce que vous ave^ les niovens de les faire cesser, je vous entretiendrai des relations diplomatiques qui sont engagées en Suisse entre l'interprète Bâcher et i'agenl prussien a Bàle. Je ne sais si Bâcher est avoué par le gouvernement. 11 me parait très bien instruit de ce qui se passe chez nos ennemis, et du résultai de tous ses rapports, je conclus que la bombe est prête à éclater et que la division va se mettre dans l'Empire, pour peu que l'on veuille s'y prêter, ne fût-ce que par des mots. En arrivant ici, je voulais savoir par moi-même ce que pensait et faisait l'ennemi à l'autre rive : j'y envoyai un citoyen nommé Schmitz, de Creutznach, homme plein de génie et de patriotisme, et je lui ordonnai, si on le suspectait, de se faire conduire au premier général prussien et de lui dire que les représentants du peuple offraient de demander la pais pour la Prusse à leur gouvernement, si les Prussiens voulaient se retirer franchement de la coalition. Schmitz fut arrêté dans les cantonnements ennemis à Bibrich, et conduit àKalkreuth: il lui dit ce qui était convenu . et le général le lit remettre à l'autre rive, en le chargeant de nous répondre que, pour traiter de la paix, il fallait d abord suspendre les hostilités devant Manheim et Mayence , et qu'alors on pourrait s'entendre. Schmitz a très bien rempli pour moi sa mission; il m a rapporté l état des forces de l'ennemi, ses cantonnements, ses marches projetées, et surtout il nous a appri» la détresse de ces messieurs qui veulent tinir en rois, avec fierté. Pour réponse à Kalkreuth, nous avons pousse avec une nouvelle vigueur nos travaux devant les deux places; nous avons emporté Monbach, Veissenau, et avant-hier ma redoute dans laiiuelle sept pièces de canon ; cela désespère ces forbans, et vous verrez ce (juils en disent dans les lettres de Mollendorff à son agent en Suisse. Je ne sais ce qu'il entend par les grâces qu'on leur a faites lors de leur retraite. Serait-il vrai qu'on les eût ménagés? ou le leur a-t-on fait croire? Quoi qu il en soit, il passe ici pour constant que la Prusse craint une paix particulière entre la Russie et l Autriclie, et entre l'Autriche et la France ; que r Autriche laissera ses conquêtes à la France dans le Brabant, qu'elle abandonnera l'Empire, et qu'elle s'arrondira par l'envahissement de la Bavière. Que ce soit ou non son but, il est bon que la Prusse le craigne, et que cette crainte lui fasse faire une paix particulière. Voulez-vous garder le Rhin pour limite, comme je le pense? Une paix particulière faite à cette condition fera plus pour nous qu une armée. On ne peut conduire un despote quelconque de ceux qui sont coalisés contre nous à la conclure qu'en le brouillant avec les autres: tel doit être votre plan. L'Autriche ambitionne la Bavière et craint que la Prusse ne contrarie ce projet; il faut flatter l'Autriche, si elle veut faire sa paix particulière, de ne pas la faire ensuite avec la Prusse, dont on occuperait toutes les forces pendant que l'Autriche prendrait la Bavière. Veut-on traiter avec le Prussien? il faut lui promettre d'occuper 1 Autriche pendant qu il s'emparera du reste de la

Silésic, el de toutes manières le Rhin nous reste assuré. J'ai répondu a Bâcher sur le prétendu entretien (pi'il rroit que j'ai eu avec Kalkreuth, et j'ai rédigé ma lettre de manière (pi'il puisse hi montrer. Je vous en joins copie. Pesez, je vous prie, l'intérêt du moment actuel , et surtout ne perdez pas de vue que l'on n'est véritablement maître d'imposer des conditions à ses ennemis qu'en leur portant des coups redoublés C'est lorsqu'ils ne peuvent plus se relever qu'ils cèdent. Il serait donc a désirer que l'armée de Sambre et-Meuse pût faire un mouvement, et que l'armée du Nord bombardât de nouveau les places prussiennes, même qu'elle tentât une invasion dans le pays.

Nous sommes en discussion. Neveu et moi, avec Féraud, qui est d'ailleurs un excellent garçon : nous voulons diriger toutes les batteries sur la tète de pont , la prendre et menacer ensuite Manheim de la brûlure si l'on ne rend Mayence, ou si l'on ne paye de grosses sommes Féraud, au contraire, veut brûler Manheim en même temps qu'on attaquera la tète de pont. F'éraud est seul de son avis: Michaud. Kléber, Desaix, Saint-Cyr, etc., sont du mien Je désire que le Comité nous accorde en se déclarant pour l'un ou l'autre plan, le plus tôt possible. Sa décision fera ma loi.

J'ai besoin ici du chef de bataillon d'artillerie Billy. employé à l'armée (les côtes de Brest: je vous prie de lui dépêcher un courrier et de me l'envover.Les citoyens Chasseloup, Ducloset Flayel, qui ont servi à Mai^stricht, sont trop bons républicains pour profiter du semestre qu'ils ont obtenu. Kléber les invite à venir le rejoindre, et je vous prie de leur en faire donner l'ordre. J'ai écrit moi-même à Marescot. Il nous faut beaucoup de movens pour prendre ce nouveau Berg-op-Zom. ce nouveau Toulon, à la barbe des armées de l'autre rive. Plus l'entreprise est hardie, plus le succès jettera de terreur dans l'àme des esclaves que nous battons tous les jours.

Je joins, coté n' (i, le narré de ceijui s'est passé le 1 I de ce mois devant Mayence. Ce prélude est de bien bon augure. Je \ous envoie ensuite, n" 7, le narré de ce qui s'est fait à Luxembourg. Pressez, je vous prie, l'envoi des poudres à Metz; c'est de là particulièrement que j'en tirerai |)0ur l'attaque de Mayence . la Moselle nous les amenant juS(|u'àTrarba('h. à dix-neuf ou vingt lieues de la place.

Vous nous demandez notre avis relativement à la commission d'évacuation ; je vous envoie le superbe étal (lu'elle m'a adressé. Vous verrez que les aj)pointements de ces messieurs dévorent à peu près le profit , sans compter le mal (pi'ils nous font dans l'esprit des habitants (jui nous prennent tous pour (le. commissaires grippe. Au surplus. Bourlxitte. plus ancien que moi d.uis le pays, peut vous en dire davantage. Il ne faudrait ici (|u'un seul agent du conunerce, bien (intendu, qui ferait rentrer ce ipio l'on ne poiurait |)as consonuner sur les lieux pour les armées el (jui .s'occuperait de faire produire les mines Je fais marcher mu* papeterie considérable; vous voudrez bien ni'mdi(juer ou je de\rai faire jiasser le papier

qui en sortira. Les mines de vif-argent ont encore produit 2,000 livres de ce métal depuis ma dernière. On peut aussi retirer beaucoup de plomb, du cuivre, de l'argent et même de l'or. Envoyez-moi donc les élèves des mines que je vous ai demandés et un ingénieur bien instruit, et point de fripons. On tirera l'impossible de ce pays. Je vous fais passer un plan d'organisation provisoire.

En raison de ce que la commission d'évacuation a fait ici un accaparement légal, on ne trouve plus à s'habiller. J'ai été forcé en conséquence de prendre l'arrêté que je joins n" 6. Je vous envoie aussi, sous le n" 11, celui que j'ai pris pour nationaliser les granges et les caves des curés. Les moyens de transport nous manquant, j'ai pris l'arrêté que vous trouverez n" 12.

Vous verrez le rapport de la Suisse du 26 brumaire, et vous nous enverrez un plan pour opérer dans ce sens, si vous le jugez convenable, après la prise de la tète de pont. Vous fixerez notre règle de conduite à cet égard. Si vous approuvez les principes de la lettre que j'ai faite à Bâcher, vous voudrez bien me dire si je puis faire une réponse à peu près pareille à Mollendorf et couvrir par cette missive une nouvelle démarche de mon homme dans l'armée ennemie. Être bien servi , savoir ce que fait et pense l'ennemi, c'est la moitié de la guerre. J'attendrai votre réponse avant d'agir. Ma vie est à la patrie. Mettez-moi à même d'opérer et comptez sur moi. Que mon pays soit heureux et libre, je dirai ensuite comme Siméon.

Je vous félicite sur vos succès. Il ne peut plus exister de tyrannie. Tenez toujours avec vigueur et justice les rênes, toutes les rênes du gouvernement, et les ennemis du dehors et du dedans sont abattus. Je vous donne le bonjour.

.MERLIN de Th.

Je me borne à faire remarquer sur cette lettre qu'à peine arrivé depuis ua mois sur le Rhin, Merlin se montre déjà préoccupé de l'idée de neutraliser les forces de l'Allemagne, en jetant la Bavière entre la Prusse et l'Autriche comme une pomme de discorde. L'inspiration était heureuse ; car il avait ainsi la main sur un des ressorts les plus délicats de la politique de l'Empire germanique. Dès que la Prusse soupçonna la diplomatie l'rançaise d'être entrée dans cette voie, elle s'en montra justement alarmée.

« Depuis Frédéric II, dit le prince de Hardenberg dans ses mémoires, c'était à Berlin une maxime d'État invariable de mettre obstacle à toute entreprise de l'Autriche sur ce pays (la Bavière) toujours convoité par elle. >'e venait-elle pas de révéler ses projets, en plaçant tout récemment une archiduchesse dans le lit nuptial du vieil électeur qui n'avait pas d'enfants? Si elle n'était pas éloignée de conclure la pai.v avec la France, comme elle l'avait déclaré depuis peu, où pourrait-elle trouver une compensation plus à sa convenance, pour la perte des Pays-Bas, que l'acquisition de la Bavière? Hardenberg avait donc à épier les desseins attribués à l'Autriche pour remplir ses anciennes vues sur ce pays ; et de Bàle il avait les CORRESP. 9

yeux ouverts sur les menées de la politique autrichienne Il avait appris positivement, par sa correspondance de Paris, que Carletti négociait réellement dans cette capitale pour la maison d'Autriche ; qu'il avait établi, comme un article séparé et secret de sa négociation, le consentement formel que donnerait la France pour surprendre la Bavière ; qu'à cet effet et à la suite de ce plan, les armées imp. et roy., dans leur marche rétrograde sur les États héréditaires, occuperaient ce pays pour lequel l'Autriche céderait les Pays-Bas en échange ; et que finalement Carletti, en reconnaissance de ce marché, offrait le consentement de S. M. I. et R. pour reculer jusqu'au Rhin les frontières de la république française. )>

Il est assez curieux que le prince de Hardenberg ne se soit pas douté que l'initiative de cette hardie négociation venait de Merlin. « Hardenberg, dit-il, soupçonna une partie de la légation française à Râle et le Comité de salut public à Paris d'avoir combiné cette tracasserie politique pour semer de plus en plus la défiance entre l'Autriche et la Prusse, et pour entraîner, s'il était possible, cette dernière puissance dans les liens d'une alliance politique (avec la France) qu'elle avait déclinée. »

Le Comité de salut public an citoyen Merlin de Thionville, représentant du peuple près les armées de la Moselle et du lihin.

Paris, le 1 5 frimaire, l'an III de la Rép. française une et indivis. (.5 déc. 94).

Il nous a été ccril de Bâle, cher collègue, par le secrétaire interprète de la république française en Suisse (nommé Bâcher), que tu avais eu une entrevue avec le général Kalkreuth.

wUne lettre postérieure du môme agent nous a appris que l'entrevue n'avait pas eu lieu, maison même temps elle nous a transmis la copie d'une lettre de Mollendorf à un envoyé prussien, en date du 22 novembre (2 frimaire) dans laquelle se trouve ce qui suit : « Le représentant Merlin a demandé une entrevue avec le général Kalkreuth ; l'ayant approuvée, la réponse de ce dernier est restée sans suite. On n'a depuis rien entendu ni vu de Merlin. Un procédé pareil n'est pas fait pour inspirer de la confiance, mais pour la repousser. »

Nous ne savons ce que tout cela signifie. 11 nous paraîtrait bien étonnant que tu eusses pris sur toi de demander à un général ennemi une entrevue diplomatique, et plus encore, qu'aprè.>^ l'avoir demandée, tu ne nous en eusses pas fait part. Nous te rendons trop de justice pour croire légèrement à de pareils propos; mais nous attendons avec impatience que fu t'expliques à cet égard.

Au fond, queliiue désir (jue la Prusse témoigne de traiter avec nous, il faut, en y répondant avec franchise, nous tenir plus que jamais sur nos

gardes. MoUendorf, dans la lettre dont nous venons do parler, paraît trouver mauvais que nous continuions le siège de Mayence. C'est, de sa part, ou une plaisanterie, ou un piège dans lequel nous ne donnerons pas. Si I;i Prusse veut sincèrement faire avec la république française le traité qui convient aux intérêts dos deux nations, Mayence doit nous rester. Ainsi que lui importe que nous nous on emparions! H y a plus, son intérêt exige même que nous en soyons bientôt maîtres, puisque ce sera autant de pris sur les puissances de second ordre qui sont entièrement dévouées à la maison d'Autriche, véritable ennemie conmiune de la France et de la Prusse. Presse donc, cher collègue, presse de tous tes moyens, de toute ton énergie, le siège de cette place, et mets-nous, sous peu de jours, à même de proclamer ce second et précieux avantage qui correspondrait si bien avec la prise que l'armée des Pyrénées-Orientales vient de faire du château de Figuères , avec neuf mille cinq cents prisonniers et cent cinquante pièces de canon.

Salut et fraternité.

MERLIN (li. D.), Charles COCHON, CARNOT, THURIOT, GUVTON, DELMAS, PELET, CAMBACÉRÈS.

Le représentant du peuple Merlin de Thionville près les armées du Rhin et de la Moselle au citoyen Bâcher.

Sans date (du 18 frimaire?) (8 déc).

J'ai lu tous tes rapports ; j'y ai trouvé avec étonnement ce que tu dis d'une conférence que l'on prétend que j'ai eue avec le général Kalkreulh; je lui ai fait offrir la paix à des conditions que tu vas retrouver dans ma lettre, mais je ne l'ai point vu. La situation dans laquelle se trouvent les armées triomphantes de la république ne demande pas que je fasse des démarches pour obtenir ce que nos armes et la réunion de l'empereur avec la Russie, pour l'agrandissementdes deux puissances, nous fera obtenir de la Prusse malgré elle. Je vois dans toutes les lettres de MoUendorf la ruse prussienne, lors môme qu'il parle loyauté. C'est comme Kalkreuth qui, lorsque j'étais dans Mayence, assurait à Doyré que la France, livrée aux guerres intestines, n'avait pas d'armée qui marchât à notre secours. Qu'on ne croie pas nous duper! Avant d'entrer en négociations, nous voulons que l'on quitte la tète de pont de Manheim et Mayence ; et si la Prusse ne peut pas nous faire obtenir de suite ces préliminaires , qu'elle donne à la république une preuve non équivoque de bonne volonté en se retirant avec toutes ses troupes. Alors, on ne l'occupera pas vigoureusement chez elle; tandis que si l'on nous y force, nous obtiendrons de l'empereur tout ce que nous voudrons pour empocher la Prusse de s'opposer à l'envahissement de

-132 CORRESPOxNDANCE OFFICIELLE.

la Bavière et à l'envahissement par la Russie de provinces aussi voisines de l'état prussien.

Je regarde la Prusse comme dans la situation la plus critique , et ses démarches actuelles aggravent son sort. Qu'a-t-elle à espérer des Électeurs, qui, dans tous les cas, seront dépouillés par l'empereur et par nous? Que peuvent faire pour elle ces armées incohérentes et ces lâches soldats d'évèques et de princes, dont l'insolence est en raison de la faiblesse. Je soupire après la paix; je ferai tout pour l'obtenir; mais c'est seulement quand les armées ennemies n'auront plus un pied sur la rive gauche du Rhin qu'on pourra entendre à des négociations. Je vous assure que telle est la volonté de mon gouvernement et de nos braves frères d'armes qui n'entendent poser les armes un moment que dans Mayence. Ce ne sont jtas vingt mille hommes de plus qui nous ellrayent, et, quoi qu'en dise Mollcndorf, Mayence et la tète de pont seront à nous ou en cendres avec Manheim.

Cette lettre est d'un simple citoyen k son concitoyen ; elle n'a rien d'officiel ; mais elle est l'expression de la volonté de l'armée et du gouvernement avec lequel tu sais bien que je corresponds.

Carnol , représentant du peuple, à son collègue Merlin de ThionviUe.

l'aris, le lli frimaire an 3 (6 déc.).

Le général Marescot qui se trouve ici , cher collègue, vient de me communiquer une dépèche par laquelle tu lui exprimes le désir que tu as de l'attirer près de toi pour le siège de Mayence. Cette lettre la beaucoup atfecté, parce qu'elle le met dans l'allernative pénible ou de ne pas te montrer assez de bonne volonté, ou de renoncer ii l'espérance qu'il avait enfin de revoir sa femme et ses enfants après une longue absence et des fatigues extrêmes. Sa santé est très altérée, et si tu pouvais t'en passer tu lui rendrais un grand service. Tu dois avoir Saint-Hilliers et beaucoup d'autres bons ingénieurs, et si les choses n'en doivent pas souffrir, je t'invite il le laisser jouir de (luelque repos dans le sein de sa famille. Cependant, il est tout prêt à obéir si tu insistes. Voilii ce que je me suis chargé de de te dire la part de ce brave oflicier.

L'entreprise du siège de Mayence est peut-èlrc plus diflicile que lu ne l'avais cru d'abord, vu la faiblesse de vos ressources, non en hommes, vous en avez assez, mais en ce qui compose le matériel de l'armée et surtout les transports. D'ailleurs, c'est toujours une très grande difiicullé de prendre une i)lace (pii n'est pas cernée de toutes parts. Il faudrait tjue vous puj^siez passer le Uliin; mais cette opération serait peut-être plus diflicile

que le siège môme. Le général Kléber peut seul décider celle queslion sur les lieux. Noire espérance est toujours très ferme. Elle repose beaucoup sur ton courage, et nous ne douions pas que tu n'enlèves l'honneur de clore celle belle campagne par la prise de celle forteresse digne de ta colère.

Si des circonstances que nous aimons à ne pas jirévoir mettaient un obstacle invincible à ce succès si désiré , il faudrait occuper les accès de la place par deux ou trois redoutes des mieux conditionnées afin (pie l'ennemi, à l'ouverture de la campagne prochaine, ne puisse déboucher par ce point pour rentrer dans le Palatinat et les pays de Trêves et de Luxembourg, ce qui serait extrêmement dangereux pour les armées de Sambreet-Meuse cl même du Nord. C'est une observation 1res importi'.nlc qu'il faut soumettre à Kléber.

Nous espérons apprendre au premier moment la {)rise de la lêle de pont de Manheim.

Pille m'apprend que lu lui demandes le 2'' bataillon de l'Ain qui est aux Côtes de Brest. Mais l'exéculion du plan arrêté avec Canclaux et dont tu as connaissance rend la chose impossible ; et d'ailleurs ce bataillon n'arriverait probablement à l'armée du Rhin qu'après la prise de Mayence.

Salut et fraternité. Ton collègue ,

Page 1