‹ Vie et correspondance de Merlin de ThionvilleChapitre 37 sur 56 · BACHER · texte numérisé non relu

BACHER

Au reprcsentant du peuple Merlin, etc., le magistral et la commune de Luxembourg .

Luxembourg, le 24 prairinl, l'an 3' (12 juin).

Tnts HONORÉ Représentant du peuple français ,

Le magistrat de Luxembourg, présidé par le justicier de la ville, et la commune bourgeoise représentée par les maîtres de ses treize métiers, dont je suis le syndic, viennent vous présenter l'hommage de leur respect. Toujours fidèles, toujours dévoués aux maîtres qu'ils ont eus jusqu'à ce jour, ils le seront de même à la république française sous la domination de laquelle ils viennent de passer. A l'égard du vœu général touchant le bien-être public, la loyauté française est la base sur laquelle ils établissent leur confiance et leur espoir.

Au représentant du peuple Merlin de Th., les députés des États de Luxembourg.

Luxembourg, le 24 prairial, l'an 3' (12 juin).

La reddition de celte forteresse vient, monsieur, d'ajouter un nouveau lustre à la gloire que s'est acquise la république française parloui ou elle a porté ses armes victorieuses. Par la conquête de cette capitale, toute la

H COUUESPONDANCK OFFICIELLE.

province, avec ses habitants, ayant pas.sc à la niênie république, nous, députés des États, venons rendre nos dus homnnaf,^es de fidélité et d'obéissance à la nation française en votre personne , monsieur, qui êtes un de ses dignes représentants. Agréez-les, monsieur, et daignez les faire parvenir à la Convention nationale, de la loyauté et de la générosité de laquelle nous espérons, avec une entière confiance, d'être, sous votre haute et bienfaisante protection, traités, régis el gouvernés, de môme que nos concitoyens, en toute bénignité, douceur et humanité.

Les représenlanls du peuple, elc, au ))tagislrat de Luxembourg.

Luxembourg, le 25 prairial, l'an 3' (13 juin).

Nous avons reçu, messieurs, et pesé les observations que vous nous avez soumises au sujet de la contribution fixée par notre arrêté d'hier; elles n'ont rien changé à la première détermination que les intérêts de la république nous ont fait prendre. Vous voudrez donc vous y conformer dans le délai prescrit, et vous souvenir que c'est moins la partie peu fortunée de la bourgeoisie que cette contribution doit atteindre que le clergé, la noblesse, et la robe, qui possèdent les richesses du pays. Nous regretterions d'ôlro obligés de prendre les voies militaires pour l'acquit de la somme dont il s'agit.

DUBOIS, MERLIN de Tliioiivillc.

Le reprcscnlanl du peuple âclt'guc par le décret de la Convention nationale du 17 prairial, dans le di' par le me ni et près la division mddaire du \i)rd.

Lille, 23 prairial, 3' anuik; do la Ili'pnldii|ue une tt iiidi\ isiMe (I 1 juin).

Me voilà aussi en mi.ssion, mon brave ami, mais sur un théâtre bien moins brillant (|ue le tien. On m'a envoyé ici d'après des rapports qui annonçaient de nouvelles trames jacobinienncs. J'ai pris, pour les déjouer, toutes les mesures nécessaires, et je l'assure qu'elles n'auront pas le moin(h'e cllèt.

Luxembourg est donc enfin à la république, et le jielit ])risonnier du Temple a succombé sous son rachitisme, connue son frère, en 178'.), à pareille é|)0(iue î N'oilii (lcu\ -lands événements qui rafraîchissent les Ames ré[)ul)liia!iu\s, et qui. eu mou particulier, me font oublier les angoisses des I, i, '\ el i pr.iirial. Tu vas sans doute passer le Uhin, el sans doute

COURESPONDAN'CE OFFICII- LLH. 217

aussi que les Autrichiens rétrogradent déjà pour s'acculer au Danube. Je vois dans tout cela, mon ami, une paix générale très prochaine, tant à l'extérieur que dans l'intérieur.

Il y a apparence que nous serons Corps législatif sous trois mois, et qu'alors on nous renouvellera par tiers ou par moitié.

Adieu, mon ami , porte-toi bien, et souviens-toi toujours de ton ami, qui l'embrasse.

MERLIN (li. D.).

Les représenlanls du peuple, etc., à la Convention nationale.

Luxembourg, lu 28 prairial, l'an 3-, etc. (16 juin).

(]e n'était pas assez de conquérir à la république par la force des armes l'importante place de Luxembourg, il fallait encore y jeter les premiers germes de l'esprit public, en y donnant aux habitants le signal de leur perpétuel affranchissement. Hier, sur la place d'armes, a été planté l'arbre de la liberté couronné par le drapeau tricolore. Nous avions annoncé la veille cette cérémonie, qui a eu lieu avec la pompe la plus solennelle. Toute la garnison était sous les armes, et, après avoir traversé les principales rues, elle se forma en triple rang sur la place. Les canonniers, précédés par la musique militaire, portaient l'arbre; à leur suite marchaient des patriotes de Luxembourg qu'avait proscrits la soupçonneuse inquiétude de Bender; les représentants du peuple suivaient à cheval, accompagnés de tout l'état-major. Le cortège se rendit dans cet ordre sur la place d'armes à travers une foule immense accumulée dans les rues et aux fenêtres des maisons.

Une salve d'artillerie annonça l'élévation de l'arbre de la liberté, et dans le môme moment, un grenadier abattit l'aigle impériale qui surmontait le corps de garde. Une seconde salve, suivie d'un feu général de mousqueterie, célébra ce glorieux instant. Ensuite, au milieu d'un silence universel, un des représentants du peuple prit la parole et fit la proclamation dont nous vous envoyons copie. Les cris de : « Vive la république ! Vivent les Français ! » retentirent alors de toutes parts, et la garnison défila dans le plus grand ordre.

Le soir, il y eut un divertissement où tous les citoyens, en portant les couleurs de la liberté, se firent un devoir, et nous oserions presque le dire, un plaisir d'assister.

Avec la justice et la dignité qui caractérisent aujourd'hui le gouvernement français, la Convention nationale peut être assurée que la république rançaise sera aiméo dans les lieux mêmes oi^i l'on s'attachait le plus à la

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calomnier. Elle a déjà, dans Luxembourg, des appuis nombreux. Depuis que l'on voit que le Français, terrible et infatigable sous les armes; est tranquille et discipliné après la victoire, on est forcé de lui rendre l'hommage de l'estime et de la confiance.

DUBOIS, JOUBERT, MERLIN de Thionville.

D'après quelques uotes trouvées dans les papiers de Merlin, je croirais que ce fut à lui que ses collègues déférèrent l'honneur de porter la parole au nom de la république devant ces populations nouvellement conquises. Il était déjà fort glorieux pour Merlin d'avoir été invité par eux à venir participer à la cérémonie de cette prise de possession. Il est vrai que c'était lui qui avait disposé les opérations qui avaient fuii par amener la chute de cette forteresse importante ; mais il est évident que sans l'ascendant que lui donnaient son autorité morale et sa valeur, ses collègues de l'armée de Sambre-et-Meuse n'auraient nullement jugé nécessaire de lui faire appel.

Les représentants du peuple composant le Comité de salut public au citoyen Merlin de Thionville., etc.

Paris, le 1" messiJor, l'an 3', elc. (19 juin).

La Convention nationale nous a renvoyé, citoyen collègue, ta lettre du 7 prairial, par laquelle tu lui transmets les sentiments d'indignation dont la brave armée du Rhin-et-Moselle a été pénétrée en apprenant les attentats commis contre la représentation nationale dans la première journée de co mois. Le décret de la Convention qui a ordonné l'insertion ce matin de ta lettre au Bulletin, son impression et son affiche dans Paris, et les applaudissements qui en ont accompagne la lecture, te sont un sûr garant de rintcrùt qu'elle a inspiré -à tous nos collègues et de la justice que la Convention se plait à rendre au bon esprit de cette armée qui a déjà acquis tant do droits à la reconnaissance publique. Salut et fraternité.

Les uicnibrcs du Comité de salul puhlic, CAMBACÉRÉS, prêt., REl'BELL.

COHUliSPOXDANCli 0 F F l CI lî L I. !•. 249

Merlin de ThionviUe au représentanl du peuplr Richou, à Colmar.

Slrasboiiig, le :i mojsidor an 3' {îi juin).

Je te préviens, cher collègue, qu'il y a tous les jours du bruit à la comédie pour un chanteur nommé Blonval, qui a très certainement affiché le royalisme, qui devait en être puni, mais que la pusillanimité de la municipalité, pour ne pas dire davantage, a sauvé du sort que la loi lui réservait. Tout cela tient l'esprit public en suspens, et ce n'est pas ce que nous voulons. La république ou !a mort, voilà ma devise. Je te prie donc de donner l'ordre à ce Blonval de partir do Strasbourg. Je le conjure aussi de te faire rendre compte de la manière dont la municipalité et surtout le maire se conduisent. 11 faut à Strasbourg un homme plus énergique. Jo t'embrasse bien sincèrement.

WERLIN do Th.

J'attends l'effet de cette lettre poste pour poste. Jusque-là jo maintiendrai militairement l'ordre et la tranquillité.

"Le Comilé de salut public au représentant du peuple Merlm de J'Iiion ville.

Paris, G messidor an 3 (24 juin).

Il y a longtemps, citoyen collègue, que nous désirons que le passage du Rhin s'effectue. Toutes nos lettres au général Pichegru lui recommandent de faire les dispositions nécessaires pour accélérer ce passage. Une dernière lettre, écrite il y a plus de huit jours, lui demande compte de ses dernières dispositions, des motifs qui pourraient l'arrêter encore, et enfin de l'époque à laquelle il croit pouvoir être en état d'agir. Pichegru n'a pas encore répondu à cette lettre.

D'un autre côté, les mouvements de l'armée de Rhin-et-Moselle doivent être combinés avec ceux de l'armée de Sambre-et-Meuse. Il importe même que celle-ci passe d'abord le Rhin et s'empare du duché de Berg. afin de laisser l'ennemi dans l'incertitude sur nos projets, et de le mettre, dans tous les cas, dans la nécessité de diviser ses forces en marchant au secours du Bas-Rhin qu'il a, dans ce moment, presque totalement abandonné, dans l'idée que l'armée de Sambre-et-Meuse marchera droit sur Mayence.

Nous avions lieu de nous attendre que cette armée aurait été en effet dans le cas de commencer ses opérations avant la fin de prairial. Toutes les troupes sont rendues sur le terrain. Les ordres avaient été donnés, dès

le mois de floréal, de rassembler un équipage de pont en Hollande. Richou et Moreau s'en étaient chargés. Mais, par la plus grande fatalité, Richard, après avoir gardé le silence pendant un mois, mande qu'il ne peut procurer d'équipage de pont à moins d'un marché très onéreux et encore pour lequel on demande un délai de six semaines.

Nous avons écrit, d'après cette réponse, à Jourdan de s'occuper sur-lechamp de faire rassembler les bateaux de la Meuse et de la Moselle et de vérifier si l'on ne peut former un équipage de pont. Nous ne doutons pas de ce dernier fait ; mais le difficile est de savoir si l'on pourra transporter ces bateaux sur des baquets. Nous n'avons pas encore reçu la réponse de Jourdan. Si le moyen proposé est praticable, l'exécution en sera prescrite, et les opérations pourront commencer sous peu de temps.

Ce retard est d'autant plus affligeant, que tous les rapports annoncent que Mayence n'est pas approvisionné. Il serait donc de la plus grande importance de l'investir avant la récolte.

Les membres du Comilû de salut public,

CAMBACÉRKS, DOULCET, GILLET, AUBRV, RABAUT.

Merlin de Douai à Merlin de Thionville.

Le représentant du -peuple, envoyé dans le département du A'ord et du Pas-de- Calais et près la l" division militaire, au re])résentant du peuple Merlin de Thionville, envoyé près l'armée de Moselle-et- Rhin, à Strasbourg.

Douai, le 10 mrssidor, 3* année do la Piép. franr (2S juin).

J'ai reçu dans ma course, mon bravo ami, ta lettre du 18 prairial. Tu juges bien qu'elle m'a fait beaucoup de peine. Ce qui me rassure un peu, c'est que, depuis, les choses ont dû changer de face par la prise de Luxembourg. Sans doute que l'on se dispose à passer le Rhin. Cela est bien nécessaire, surtout entre Strasbourg et Bâie, pour donner la chasse à linfàme armée de Condé. Tu as sûrement reçu en niènie lenqjs ([iie moi le premier numéro de lu Sentinelle, de Louvet, et sûrement aussi tu as fait atk'ntioi! à l'extrait qui s'y trouve d'une lettre d'Ulm. Cela paraît sérieux, ot il faut tout faire pour déjouer ce nouveau complot.

Je serai à Paris le 15 de ce mois. Je le remercie bien de tes soins pour Eugène. Je désire (ju'il en soit toujours digne.

Je t'embrasse bien cordialement.

MF.ni.iN (d. n.).

COURESPONDANCH OFMCIELLE. 221

Siéyès à Merlin de Thion ville.

Taris, 10 messidor, l'an 3* de la République (-28 juin).

Je te remercie, mon cher collègue, de ton souvenir. Nous avions déjà une des deux notes que tu m'adresses : l'autre regarde le Comité de sûreté générale, à qui je vais la remettre dans un moment, puisqu'il v a réunion des deux comités.

Nous attendons tous avec la plus extrême impatience l'activité des armées qui sont sur le Rhin. Nous désirons trop de faire la paix, nous en avons trop besoin pour ne pas désirer aussi que vous preniez le seul moyen qu'ait la république d'y parvenir, qui est de se montrer forts, de marcher en avant et d'inspirer la terreur aux cabinets qui nous font la guerre. Les gazettes, il est vrai, parlent un autre langage. Elles semblent croire que nous aurions la paix infailliblement si nous voulions reculer dans nos anciennes limites. Certes, ce n'est pas en nous montrant lâches, ou seulement faibles, en reculant devant l'ennemi, que nous abattrons les fureurs et les prétentions contre la république française de tant d'ennemis qui ne respirent que sa perte. Tu sais comme nous tous que la perte de cette campagne ou la continuation de notre inaction équivaudrait à une suite de batailles perdues, puisque le trésor national se vide d'une manière irrémédiable. Mais je serais trop long sur cette malheuretise matière. Tes réflexions y suppléeront sans doute. Adieu, je t'embrasse, cher collègue, de tout mon cœur.

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