IX. Résumé et conclusions
Note sur l'Évolution étendue à la formationd'Adam. . 313
LA VIE
ET
« Bien que toute science soit, selon nous, une chose ^'"n-
(Jeur l't
belle et de grand prix, on peut pourtant s'occuper de ^;^jj telle science plus que de telle autre, soit parce qu'elle 'iu sujet. exige des recherches plus précises, soit parce qu'elle traite d'objets plus relevés et plus admirables ; et, à ces deux titres, nous avons toute raison de placer en première ligne la science du principe^e vie. »
G'esten ces termes magnifiques, qu'Aristoteannonce à ses lecteurs le nouveau sujet qu'il aborde dans son Uîpi •i>\t/jiç.
Le problème de la vie est en effet le plus attrayant pour le naturaliste et le philosophe, mais il est aussi le plus difficile et le plus mystérieux, celui qui exige les recherches scientifiques les plus délicates, en même temps que l'exercice de la dialectique la plus vigoureuse et la plus pénétrante.
Ces difficultés, qui semblaient au philosophe une nouvelle raison pour aborder cette étude et la placer en première ligne, auraient dû nous détourner de l'entreprendre. Aussi avons-nous connu les hésitations... Mais, après avoir étudié la théorie fondamentale de Vacte et de la puissance, du moteur et du mobile, après en avoir fait une première application à la naturedescorps inorganiques, composés de matière et de forme, nous n'avions plus qu'un pas à faire pour comprendre la matière et la forme des composés organi-
qiies et vivants, et pour résoudre le grave problème de la vie. Se voir à mi-chemin, toucher presque au but désiré, et ne pas oser l'atteindre n'eût pas été de la prudence, mais de la pusillanimité. Que ce soit là notre excuse, ou du moins une circonstance atténuante ! Nos En même temps, nousinviteronstousles esprits que n'a pas encore engourdisle souffle énervantde l'Agnosticisme contemporain, nous les convierons tous à nous suivre, ou plutôt à suivre les maîtres vénérables qui nous ont déjà devancé, et qui, les premiers, nous ont frayé la voie à travers tous les arcanes de la biologie.
Ces maîtres seraient-ils trop vieux et trop arriérés ? auraient-ils été convaincus d'impuissance ou d'erreur par la science moderne ? — Demandez-le à Buffon, à Guvier,àIsidoreGeoffroy-Saint-Hilaire,àMilne-Edwards, à Flourens, à Littré, à Glauss, à M. Barthélemy-Saint-Hilaire, à M. Lewes lui-même, en un mot, à tous les savants qui ont pris la peine d'ouvrir et d'étudier les ouvrages d'Aristote, ils vous répondront par des éloges si pompeux et si magnifiques quïls paraissent hyperboliques, tellement ils contrastent avec les dédains systématiques d'une littérature à la mode depuis la Renaissance. Ces éloges n'en sont pas moins sincères et mérités (1).
Lent La science biologique du philosophe grec est en effet science, plus modcme qu'on ne le pense communément. Les volumes qu'il écrivait, il y a plus de deux mille ans, sur V Histoire des animaux, le traité des Parties, celui de la Génération, semblent écrits par des contemporains de Guvier. Il y a même plaisir et profit à les
(1) On en trouvera des citations fort intéressantes dans les Préfaces de M. B.-Sainl-Hilaire, Histoire des animaux, p. 8-25, etc. — Cfr. aussi: Traité des Parties, p. 54, 91, 141, 190, etc.; De la génération, p. 2, 7, 216, 230, etc.; De làtne, p. 14, 45, 49, 75, 82, etc.; Farva Naturalia, p. 51, 83, etc.
LA VI K KT l' EVOLUTION DKS KSI'ÈCKS 11
lolire (3n :iy:uit sous les yeux le Règne animal, ou VAnalomie comparée de Guvier.
(Résout là, non seulement des traités d'histoire naturelle,, dont les descriptions sont parfois plus exactes que celles de BulTon (i),rnais de véritables traités d'anatomie et de physiologie comparées. Si Aristoten'a pas inventé le mot, il amieux faiteninventantlachose, en découvrant les vraies méthodes, en déterminant les cadres, en accumulant déjà un nombre étonnant de faits obsei'vés avec exactitude, et classés dans un ordre régulier, en un mot, en posant les premiers fondements de ces sciences modernes dont il a préparé les progrès, et même, sur plusieurs points, devancé les conquêtes par des intuitions prodigieuses.
Mais ce que nous devons apprécier encore plus que tenr son érudition et ses découvertes, c'est la puissance de phiios'o- Tesprit philosophique avec lequel il a su coordonner, ^ *'*°** généraliser les résultats obtenus, et s'élever progressivement à des vues synthétiques vraiment supérieures.
Cette puissance philosophique, qui faisait l'admiration de Buflfon et de Guvier, — avouons-le simplement, — c'est le don qui manque le plus aux savants contemporains. Ils nous apparaissent parfois comme égarés et perdus dans l'analyse de détails innombrables, comme encombrés par l'excès même de leur richesse, qui cause plutôt leur faiblesse que leur force, puisqu'elle les entrave et les empêche de s'élever à la hauteur de l'idée.
Le génie du philosophe grec n'a pas connu ces obstacles. Appuyé sur un nombre de faits positifs déjà considérable, et largement suffisant, — du moins sur tous les points essentiels, — il s'est élevé à des con-
(1) Gfr. Guvier, Recherches sur les ossements fossiles, tome II, p. 3,
12 ÉTUDES PUILUSOPHIQUES
ceptions synthétiques larges et grandioses, dont les cadres vigoureux et flexibles peuvent embrasser tous les faits connus, et tous ceux que les progrès avenir découvriront encore. Jusqu'ici, la science moderne a ajouté un grand nombre de faits nouveaux, mais nous ne croyons pas qu'elle ait ajouté beaucoup d'idées nouvelles.
Aussi le naturaliste grec, vieux de plus de vingt-deux siècles, paraît-il toujours jeune ; suivant la belle remarque d'Isidore GeofTroy-Saint-Hilaire, « il est encore un auteur progressif et nouveau ».
Accord La biologie sera donc le terrain commun, le lieu de rendez-vous, où la science moderne et la philosophie péripatéticienne peuvent et doiventenfm se rencontrer, non pour lutter mais pour se reconnaître et se réconcilier. Si cette antique philosophie est destinée, comme nous le croyons, à pénétrer de nouveau de ses clartés ce monde de la science d'où elle est sortie, et où elle a eu son berceau, c'est par la théorie de la vie qu'elle y rentrera.
PUdDli^K
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noiivcmenl.
Les phénomènes vitaux.
Qu'est-ce que la vie ? Le vulgaire avec son bon sens u y\ naturel a répondu : la vie, c'est une espèce de movve- mo.iï' ment: Vita in motu. Lorsqu'un animal a cessé de mouvoir tous ses membres, lorsque le dernier battement de son cœur a cessé, nous disons qu'il est mort. De même, la plante a péridès qu'elle airrévocabiement suspendu ce mouvement intérieur de nutrition qui la faisait croître, et qui la recouvrait à chaque printemps de verdure et de Heurs nouvelles.
Le mouvement est si bien le signe caractéristique de la vie, que les animaux^ grâce à leur instinct naturel, le reconnaissent, et qu'ils se trompent parfois \ à ses contrefaçons./tiorsque le jeune chat guette sa proie, dans l'ombre, le moindre bruissement le meten émoi ; il se précipite sur tout objet qui remue et qui simule habilement la marche de l'ennemi.
On sait que le petit enfant prend volontiers son automate pour un être vivant ; il joue et converse avec lui, parfois il s'effraye de ses cris ou de ses mouvements désordonnés.
L'homme inculte lui-même, le sauvage, croit voir la colère de génies malfaisants dans les éclats de la foudre, la fureur des vents et des tempêtes, et les caprices des éléments.
La raison humaine doit donc s'appliquer à reconnaître quel est le mouvement propre de la vie ; elle doit préciser les signes caractéristiques quille distinguent et qui le séparent des autres mouvements delà nature morte.
Pour cela, nous n'avons qu'à observer lesphénomè-
Irilion.
Mou- nés des êtres vivants, et surtout celui qui paraît le 'dTnu plus général, le plus manifeste, celui que nous appellerons, avec Aristote, le mouvement de nutrition {!). L'animal a le privilège de la sensibilité; l'homme a celui de la sensibilité et de la raison ; mais tous les vivants, animaux et plantes, sans exception, ont ce trait commun de ressemblance : ils doivent se nourrir. La naissance et la mort qui suffiraient à les distinguer des minéraux, ne sont que le commencement ou la fin des opérations nutritives ; et la vie tout entière, qui s'écoule entre ces deux termes extrêmes, est avant tout une succession ininterrompue (2) d'actes nutritifs^ par lesquels le corps vivant s'organise, se développe et renouvelle sans cesse les matériaux qui le composent, pour conserver à la fois sa personne et son espèce.
Aristote a insisté le premier sur cette importance capitale de la nutrition dans les êtres vivants. Quoiqu'il reconnaisse trois fonctions ou facultés dans la vie végétative : la nutrition, la croissance et la reproduction, cependant il les rapproche sans cesse, montre la ressemblance de leurs procédés, et classe la nutrition au premier rang : le développement de l'individu, et même sa multiplication ne sont, à ses yeux comme aux yeux des savants modernes (3), que les conséquences naturelles de la nutiltion ; et la vie sensible ou animale est elle-même greffée sur la vie de nutrition (4).
(1) Kt'vïjo-iç h xarà rpof^v xcù yôtatç ts xaî avÇyjats. (Aristote, De anL ma, l. 11, c. 2,§2).
(2) « L'alimentation est intermittente, mais la nutrition est continue. » (Gi. Bernard, Physiologie générale, p. 138, »
(3) « Vivre et se nourrir sont deux expressions synonymes. » (Cl. Bernard, De la phjsiologie générale^ p. 130.) — a La nutrition est le caractère fondamental de l'être vivant, le signe le plus général de la vie. » {La science expérimentale, p. 185.)
(4) Haecquidem vis (inotio secundum nutrimontum) a ceteris sejungi
oiiimaux.
LA VIK KT L'r:V()l.lJII()N DKS KSPKCKS 15
Nous (ir-inoiidorons plus tard la jusiosscî (runc vn(i si profonde. Four h; niouKînl, coininençons par analyser ce j)liénoinène fondamental, dont la connaissance est absolument indispensable à l'inteHij^^ence des théories philosophiques que nous devons (idiiier ; et dans ce but essa^^ons d'en retracer au moins une esquisse à larges traits.
Pour se nourrir, tous les animaux introduisent au u dedans de leur corps certains matériaux organisables chezÏÏ empruntés au monde extérieur. Ce sont presque toujours des débris organiques : aliments gras, sucrés ou azotés. Les deux premiers se composent de carbone, d'hydrogène et d'oxygène ; les autres renferment aussi de l'azote.
Quelquefois ces matériaux sont tirés du monde inorganique : tels sont l'eau et un petit nombre de substances minérales comme le sel de cuisine (chlorure de sodium), les sels de chaux, etc.
Ces aliments sont d'abord portésdans la bouche, du moins chez les animaux supérieurs. Là, ils sont broyés etsubissent déjà une élaboration préparatoire. Parl'action chimique de la salive, ou plutôt de la ptyaline qu'elle renferme, les amidons et les fécules sont transformés en sucre, comme ou peut le reconnaître facilement à la saveur sucrée que l'on goûte en mâchant quelque temps de la mie de pain ou de l'amidon.
D'ailleurs cette première élaboration est très imparfaite et ne contribue que faiblement au travail complet de la digestion.
De la bouche, le bol alimentaire est conduit, par dïles voies du pharynx et de l'œsophage, jusque dans
potest ; ceteraeautem apud mortales abista nequeunt... Vita igitur ob hoc principium viventibus omnibus cornpelit. » Tô asv ojv Ç-^v Stà tïjv «û- ^•/)v TaOry/v \iTvy.pyjt toîç Çwfft. (Aristote, De anima, 1. II, c. 2, §4.)
g es lion.
IG ÉTUDES PUILOSOPniQUES
les parois de restomac. C'est là que commence la digestion véritable. Les petites glandes logées dans la membrane muqueuse dont cet organe est revêtu, laissent suinter de toute partie suc gastrique, la pepsine, qui liquéfie et transforme en albuminoseles aliments albuminoïdes ou azotés, tels que la chair des animaux ' et les matières analogues contenues dans les œufs, le lait, le gluten, etc.
A sa sortie de l'estomac, eu parcourant les conduits de l'intestin grêle, cette masse semi-fluide, appelée chyme, continue son élaboration sous l'influence du suc pancréatique, de la bile et des sucs e?itériques sécrétés par les innombrables petites glandes qui tapissent presque toutes les circonvolutions de l'intestin.
Sous l'action du suc pancréatique, les féculants achèvent leur élaboration commencée par la salive ; ils sont réduits à l'état de glucose. Ce même suc, ainsi que celui de la vésicule biliaire, ont encore la propriété remarquable d'émulsionner les matières grasses, et c'est en cet état d'émulsion qu'elles pourront être absorbées par les vaisseaux chylifères et portées dans le sang.
Ces vaisseaux, comparables à des racines d'une finesse capillaire (1), rampent sur la surface du mésentère de l'intestin grêle, et c'est à travers les parois perméables de ce canal qu'ils aspirent les sucs élaborés, le chyle, d'après les lois physiques de la capillarité et de l'osmose.
Leurs ramifications innombrables se réunissent en branches, puis en troncs, et finalement, par le canal thoracique, vont aboutir à la veine sous-clavière gau-
(1) Arislote a le premier comparé les vaisseaux chylifères aux racines des plantes. (Parties des animaux, 1. Il, c. 3. § 9. — 1. IV, c. 4, §3.) Cuvier a répété la même métapliore.
LA VIK fc:T l/KVOLDllON DLS IvSPKCKS I -
che, où ils clévorsonL dans le sang veineux les produits alimentaires de l:i di^^estion.
Ouoique enrichi de ces nouveaux produits, le san<^ n*n'est pas encore prôta circuler utilement dans le corps ({u'il doit nourrir. Il faut (|u'il aille se vivilier dans les poumons, où il est conduit par le ventricule droit du cœur et l'artère pulmonaire. Là, il se fait un éclian<,^e entre les gaz du sang et les gaz de l'air, mis en contact presque immédiat à travers les parois membraneuses et délicates du poumon. Le sangabsordel'oxyo'ène de l'air, et l'air se charge de l'acide carbonique exhalé par le sang veineux.
En même temps que ces phénomènes d'exhalation et d'absorption, s^'opèrent des réactions chimiques assez obcures que l'on assimile généralement à une combustion des matières oxydables du sang (1). Une portion de l'oxygène absorbé servirait à cette combinaison chimique^ l'autre portion circulerait avec le sang artériel dans toutes les parties du corps pour y continuer le même phénomène. La chaleur qui anime les organes serait ainsi produite par une véritable combustion. Tel était aussi Lavis d'Aristote (2), quoiqu'il ait ignoré la chimie de ce phénomène, et qu'il paraisse surtout insister sur le rôle réfrigérant de la respiration dans cette combustion vitale. L'antique métaphore du flambeau de la vie, trouve ainsi une nouvelle justification.
En sortant du poumon, le sang paraît tout autre ; il a passé de la couleur rouge foncé au rouge vermeil, et manifeste ainsi d'une manière sensible l'importance des transformations plus intimes qu'il a subies.
(1) Claude Bernard préférerait, au mot de « combustion » vitale, celui dii fermentation vitale, qu'il trouve beaucoup plus exact. {Happort sur le progrès de la Physiologie, p. 191.)
(2) Aristote, De partibus animalium, 1. lî, c. 2, § 19. « Aristote a pressenti la grande théorie moderne qui, dans la respiration et l'entretien de
LA VIE 2
Désormais, son élaboration étant complète, il va devenir le fluide nourricier nécessaire à toutes les parties de l'organisme (1).
Assimi- Poussé dans Fartère aorte et tous les autres vais-
laiion.
seaux de la grande circulation artérielle, parles battements harmoniques du cœur, il sort du ventricule gauche, et se répand dans des ramifications vasculaires de plus en plus nombreuses, de plus en plus déliées et subtiles, qui plongent dans l'épaisseur des organes pour en baigner les plus petites parties (2). C'est alors que commence la nutrition véritable de l'animal. Chaque molécule organique de Tètre vivant puise dans ce fluide nourricier les éléments dont il a besoinpour refaire ses tissus: le carbone, l'hydrogène, l'oxygène, et surtout l'azote que le sang lui apporte à l'étatliquide et facilement absorbable. En même temps qu'elle s'assimile ces nouveaux matériaux puisés dans le sang, chaque partie du corps y rejette les matériaux vieillis, usés et inutiles. Ce mouvement de désassimilation s'opère aussi par les exhalaisons cutanée, respiratoire, etc.. et surtout par les excrétions urinaires, biliaires et autres, qu'il suffit de rappeler.
Appauvri, altéré et chargé d'éléments inutiles, tels que l'acide carbonique, le sang doit se régénérer sans
la vie, voit une combustion qu'alimente sans cesse l'oxygène tiré de l'air extérieur ». (Note de M. B. S.-Hilaire.)
(1) « Le sang est dans les animaux sanguins la nourriture définitive dont se forment les parties qui les composent. » To alfza toîç Ivai'aot; èari TîîsvTKt'a rpofh, èÇ ou -yiverat rà iiôpioc, (Aristote, De juventute, c. 3; — De partibus, 1. II, c. 3, § 11.)
(2) Aristote a très bien décrit cette irrigation complète de toutes les parties du corps. & Gomme toutes les parties ne vivent que par le sang, la raison veut que, selon les lois de la nature, les veines courent dans le corps tout entier, puisqu'il faut que le sang aille partout et pénètre tout, chacune des parties du corps n'étant formée que par le sang. C'est ainsi que dans les jardins des conduites d'eau partent d'une seule origine et d'une seule source, pour se diviser en une foule de canaux de plus en plus nombreux et se ramifier en tous sens... ». (De partibus, 1. III, c. 5, § 6).
LA VIK KT L'i'OVOLUTION DK^ KSI'KCKS 19
sesse (1). Pour cela, coiitiniiaiit sa route circulaire, il passe des dcuMiières rairiKications des artères aux premières raniilicatioiis (•a[)illaires des veines, ({ui s(! réunissent en branches do plus en plus grosses, et se terminent au cœur par deux gros troncs. Dit là, il (!st ramené vers le poumon par le ventricule droit, (tt recommence la circulation que nous avons décrite.
Telle est, d'une manière sommaire, le processus de Nutrila nutrition, chez les animaux les plus partaits. Es- végétaux. sentiellement le même chez les végétaux, il n'en diffère que par la plus grande simplicité du mécanisme et quelques modificationsaccessoires dans lesmoyens employés pour obtenir le même résultat.
La plante ne digère pas (2), elle ne porte pas en ellemême sonréservoiralimentaire;aussireste-t-ellefixée au sol qui l'a vue naître. Ses racines, en plongeant dans la terre humide, y puisent directement les sucs nutritifs (3) : l'eau et quelques substances tenues en dissolution, telles que l'acide carbonique, Tacide azotique, l'ammoniaque, du soufre, des alcalis et quelques sels minéraux.
Lorsque certaines parties des radicelles se sont gorgées de sucs, par un phénomène d'osmose et de capillarité, les parties voisines les absorbent à leur tour aux
(1) Aristote avait déjà distingué deux espèces de sang, l'un qui était dans la veine cave (le sang veineux), l'autre qui était dans l'aorte (le sang artériel). — De parlibus animalium, 1. 111, c. 4, § 17 : « Quelques pas de plus et l'Antiquité aurait fait la découverte de la circulaire du sang qui était réservée au XVll^ siècle, et à Harvey » (Note de M. B. S.-Hilairei.
(2) Ou plutôt rélaboration au lieu d'être placée avant l'absorption, comme chez l'animal, est placée après.
(3) Voilà pourquoi Aristote a comparé la plante à un animal renverséy dont la tête et la bouche seraient en bas ; comparaison qui a été souvent répétée, et dont les évolutionistes modernes ont abusé en cherchant le passage de la plante à l'animal. — Aristote, De anima. I. Il, c. 1 et 4 ; — De parùibus^ 1. IV, c. 10 ; — De Juuentute, c. 1.
dépens des premières, et ainsi de prociie en proche, 5'établit le courant de la sève qui monte des racines 7ers la tige et jusqu'aux extrémités des plus hautes feuilles.
A mesure que la sève monte, les bourgeons se développent, les feuilles s'étalent, verdissent sous l'action du soleil, et l'activité redouble. La sève ascendante s'estenrichiesurtoutson parcours des matériaux Res- les plus variés, voici qu'elle va achever son élabora-
piration ^ ^
des tion parfaite par un travail semblable à la respiration
piaules. ^ ^ ^
animale, dans ces tissus de feuilles vertes que Fon pourrait justement appeler les poumons du végétal.
L'air ayant pénétré dans ces feuilles par tous les pores deleur tissu épidermique, il est mis en contact avec les cellules tout imbibées de sève. Celles-ci absorbent Toxygène de Tair, en exhalant l'acide carbonique résultat de la combustion vitale. En sorte que les plantes respirent comme les animaux, quoiqu'on ait fort longtemps supposé le contraire. Gela est surtout manifeste pendant les heures de la nuit, en l'absence de toute lumière. Il en est de même pendant le jour, du moins pour les parties des plantes qui ne sont pas vertes, ou pour celles qui n'ont aucun organe coloré en vert, comme les champignons. Quant aux parties vertes des feuilles (1), ce premier phénomène est compliqué d'un second qui a dû le masquer et le faire méconnaître pendant longtemps. Sous l'influence de la lumière, les parties vertes dégagent encore de l'acide carbonique, mais elles absorbent encore plu s de carbone qu'elles n'en rendent, et cela dans un but nutritif. Au phénomène de respiration vient ainsi s'ajouter un véritable phénomène de nutrition qui le dissimule.
(l) D'après certains auteurs, la matière colorante verte, la. chlorophylle, n^ serait pas un réactif chimique, et ne serviraitnul lement à dpcompo.ser l'acide carbonique de l'air. Son rôle se bornerait à atténuer l'etfet des rayons lumineux du soleil, à servir de parasol.
LA VIK Kl r/l'lVOLlITION DKS KSIM<:CBS 21
Quoique leur respiration soit seiiil)I;il)le, le vé^n^lal et Tîuiiinnl if(^n a<riss(înt f)as inoins sur latmosphère irmie manière dilî'érente etniônie inverse. Les quantités énormes (racide carboniciue dégagées par la respiration animale sont absorbées par les végétaux ([ui purifient ainsi Tair et le régénèrent sans cesse, rriaiiiiestant par là une des harmonies providentielles de la création : la loi < du balancement » entre les deux règnes demeure toujours vraie.
La respiration ayant fait subir à la sève des modifications profondes, celle-ci, chargée des matériaux les plus riches, redescend des sommets vers les racines, par le tissu cellulaire, les fibres et les vaisseaux de l'écorce ; elle est alors véritablement le fluide nourricier de la plante, l'analogue du sang artériel des animaux.
Connaître la nutrition des plantes et des animaux vie
il6s êtres
supérieurs, c'est beaucoup assurément, mais ce n'est 'mcrospas assez. Du sommet de l'échelle des êtres, il nous faut redescendre jusqu'aux degrés les plus infimes ; du monde visible, il nous faut passer jusqu'à ce monde invisible que le microscope nous a révélé. Ce nouveau monde va élargir les horizons de l'ancien, et les éclairer par des contrastes et aussi par des ressemblances inattendues.
Si l'on soumet à l'examen microscopique une goutte d'eau qui fermente ou se putréfie, on est étonné d'y découvrir des myriades d'êtres vivants, affectant les formes les plus variées. C'est la flore et la faune des infiniment petits.
Arrêtons-nous devant ceux qui nous paraissent les plus simples, devant ces corpuscules ronds ou ovales, auxquels on a donné le nom générique àQ cellule, parce qu'ils ont ordinairement Papparenced'un petit sac ou
copiques.
d'une membrane cellulaire contenant une matière demi fluide, gélatineuse ettransparente, \q protoplasma, vers le milieu duquel on découvre souvent un ou plusieurs noyaux opaques, les nucléoles, et parfois aussi un petit espace vide en apparence, appelé vacuole.
Plusieurs de ces cellules sont en outre munies de cils vibratiles et d'appendices locomoteurs. Mais, de toutes ces parties constitutives^ la seule qui paraisse essentielle à l'être vivant, c'est le protoplasma. L'amibe. L'cspècc des Aniibcs ou des Protées nous en offre un exemple frappant.
D'une taille variable entre 5 et 40 centièmes de millimètre, TAmibe ressemble à une gouttelette d'huile ou de gelée protoplamastique, sans enveloppe cellulaire et souvent sans noyau.
Malgré cette simplicité ou plutôt cette absence de structure, cet animalcule n'en possède pas moins la vie à un degré remarquable. Ses changements de forme incessants et la spontanéité de ses mouvements sont surtout étonnants. Parfois il rampe avec une grande activité et en variant ses directions ; parfois il se meut au moyen de pseudopodes ou de proéminences arrondies qu'il peut à volonté produire tantôt dans une région de son corps, tantôt dans une autre.
Mais laissons de côté les êtres microscopiques doués de locomotion et de sensibilité ; en voici d'autres qui ne manifestent que des fonctions nutritives. La Dans une goutte de levure de bière nous découvrons
toruia. ^gg niillions de petites cellules ayanten moyennel/120 de millimètre, et composées de trois éléments : membrane, protoplasme et vacuole. Onles appelle Torulos. L'analyse chimique y découvre les quatre substances élémentaires des composés vivants : le carbone, l'hydrogène, l'oxygène et l'azote, combinés de manière
LA VIK KT l/feVOLUTION DKS KSI'KCKS 23
à former de la cellulose, de la ^u'aisse, do la caséine (3t de l'eau.
Toutefois ce n'est là qu'un indice, ce n'est pas encore une preuve que ces petits êtres jouissent de la vie. Ce qui nous le prouve, c'est qu'ils naissent et qu'ils meurent, qu'ils croissent et se multiplient, pourvu qu'ils soient placés dans un milieu liquide favorable.
Tantôt la Torula donne naissance à de petits bourgeons qui grossissent avec rapidité, arrivent à la grosseur de la Torula mère, puis se détachent et développent à leur tour de nouveaux bourgeons toujours semblables au type de l'ancêtre.
Tantôt son protoplasme grossi par la nutrition se segmente en deux ou en quatre parties semblables, qui s'entourent chacune d'une membrane cellulaire et se séparent ensuite pour vivre indépendantes.
Tous ces nouveau-nés, qu'ils aient été produits par gemmipariié ou par scissiparité, ont donc été formés aux dépens du liquide nourricier où ils baignent et où ils puisent leur alimentation. Ce milieu ne contient, il est vrai, ni graisse, ni cellulose, ni protéine ; il ne renferme que les éléments de ces matières organiques, que la Torula mère a fabriquées elle-même et organisées par la nutrition : ce qui est un signe caractéristique de l'être vivant.
Essayez maintenant une contre-épreuve. Enlevez ces petits êtres du liquide nourricier, et les desséchez. Ils périront bientôt ; ou du moins ils tomberont dans une léthargie profonde. Ils n'auront plus la vie en acte mais enpiiissance seulement, et pourront la conserver à l'état latent pendant des mois et même pendant des années entières. Une goutte d'eau jetée sur cette poussière desséchée suffira pour les ranimer tout à coup et nous donner l'illusion d'une résurrection véritable.
Nous voici donc en face du mécanisme le plus élé-
^'l ÉTUDES PIllLOSOPniQUES
TLéorie mentaire de la nutrition, et nous pouvons désormais nuiriuon. eu dégager les deux facteurs essentiels : d'une part, une cellule vivante ; d'autre part, un milieu liquide extérieur où elle baigne et avec lequel elle opère un échange continuel de matériaux. Sans cesse elle absorbe quelques parties de ce liquide, les élabore, se les assimile, et enfin les rejette pour en absorber de nouvelles. C'est ce mouvement perpétuel du dehors audedans et du dedans au dehors, qui a été appelé le tourhilloyi vital (1).
Ces observations ont suggéré à Claude Bernard une de ses vues les plus profondes et les plus justes, malgré la surprise qu'elle peut nous causer. Il nous dit que l'être vivant est naturellement aquatique (2) ; il ne peut vivre que dans un milieu liquide : en sorte que les végétaux et les animaux ne peuvent exister dans Tair que par un véritable artifice de construction. En effet, ils sont organisés de manière à porter au dedans d'eux-mêmes le liquide nourricier. Le sang, ce véritable milieu intérieur^ plonge dans toutes les profondeurs du corps par un réseau immense de ramifications capillaires, et vient baigner toutes les molécules organiques, pour leur permettre de vivre dans la seule atmosphère qui leur convienne. C'est dans ce liquide seulement qu'elles puisent les principes respiratoires et alimentaires, et qu'elles rejettent les résidus excrémentiels de leur nutrition. En sorte que,
(1) « La vie est le mouvement des molécules qui entrent et qui sortent pour entretenir le corps de l'animal. » (Cuvier, Règne animal, \, p. 11). « Les molécules constitutives des êtres inanimés, sont dans un étal
\ de repos chimique : ce repos est pour l'agrégat une .jondilion de durée,
et cet agrégat n'a en lui-même aucune cause de destruction nécessaire. Dans les corps vivants, au contraire, le changemeyit est continuel et né-
; cessaire. » (Milne-Edwards, Leçons de physiologie, t. XIV, p. 254).
(2) Claude BernariJ, Rapport sur les progrès de la physiologie, p. 41. Voir une pensée analogue dans Aristote : « C/est toujours du li(]iiideque \e<ï êtres tirent leur développement ». navra yào eç vy^oû /.atjiêayst r v auÎTjfftv. {De partibus animalium, 1, II, c. 2, § 3).
LA VI K KT f/i^^volution pks kspf^ces 25
si le sang cessait un irisTanl d'aflluer dans tontes les parties du corps, les cellules (jui en seraient privées cesseraient leurs fonctions vitales, entreraient dans un état de léthargie ou de vie latente, comme nous l'avons constaté pour les Torulas, et périraient inévitablement si la circulation sanguine n'était pas assez tôt rétablie.
L'atmosphère liquide intérieure doit donc être renouvelée sans cesse, comme Tatmosphère extérieure, pour se maintenir dans une composition à peu près constante, et à un certain degré de température.
Une autre observation non moins importante s'im- , i^"
^ fonction
pose à nos esprits. A la vue de ces petites masses in- estan-
^ ^ ^ terieure
formes et sans structure qui tout à la fois diffèrent, a
^ "^ l'organe .
respirent, se multiplient, se contractent et sentent, nous sommes forcés de conclure que les organes si variés de la digestion, de la manducation, de la respiration, de la circulation, — et nous pourrions en dire autant des organes sensibles et locomoteurs de la vie animale, — ne sont nullement indispensables aux fonctions vitales. Ils contribuent seulement à la perfection plus ou moins grande de ces fonctions sans en changer l'essence. C'est donc la fonction qui est antérieure à Porgane, et non pas l'organe qui est antérieur à la fonction. « Naturaenim instrumenta ad officium,nonofficium ad instrumenta accommodât (1). »
Pour nous convaincre davantage d'une vérité si ca- a)Éiapitale, jetons un coup d œil rapide sur 1 échelle des
(1) Ta S^opyu-jcc npoç to Ijoyov -}) ^uaiç ttoisï, oùVox) zo epyovvrphç rcx ùpyc/.voi.. (Aristote, De partibus animalium, 1. IV, c. 12, | 17. — « Non eniin potentiae sunt propter organa, sed organa propter- potentias. Unde non propler hoc sunt diversse potentise, quia sunt diversa organa, sed idco natura instittiit diversitatem in orgiiiiis, ut oongruerent diversitati potentiarum ». (S. Thomas. Suvinta th., I, q. 78, a. 3.)
êtres. Chez les animaux les plus dégradés, chez Tainibe par exemple, la nourriture s'absorbe par imbibition ; point d'organe spécial : il n'y a ni bouche, ni anus. Chez les cœlentérés, tels que les hydres d'eau douce, une seule ouverture en forme de cul-de-sac remplit ces deux fonctions. On peut même retourner à l'envers l'animal, comme on retourne un doigt de gant, sans gêner ses opérations nutritives. Puis les deux ouvertures apparaissent chez quelques zoophytes moins imparfaits (oursins), ainsi que dans toute la série des mollusques, des articulés et des animaux supérieurs.
En même temps, sur le parcours du tube digestif se localise la partie stomacale. Les réservoirs gastriques se perfectionnent ou se multiplient. L'élaboration de la nourriture s'opère successivement dans diverses cavités, sous l'influence de réactifs plus nombreux et plus puissants. Les instruments accessoires de préhension des aliments, de mastication, apparaissent à leur tour et se perfectionnent graduellement; mais la fonction primitive n'en demeure pas moins toujours la même, b) Cette identité de fonctions dans la diversité etlaper-
lùSiôn. fection croissante des organes se remarque aussi facilement pour la respiration.
D'abord complètement diffuse chez les protozoaires, qui respirent par toutes les parties deleur corps, en attirant les molécules d'oxygène contenues en dissolution dans le liquide ambiant, la respiration se localise bientôt dans la peau extérieure (chez les vers, les sangsues, etc.) ou bien dans les parois du tube alimentaire qui n^en continue pas moins ses fonctions digestives (chez la plupart des molluscoïdes) ; — puis elle devient l'apanage d'une partie spéciale de ce tube, le vestibule de l'appareil digestif ; — enfin elle s'enrichit d'organes
LA viK i;i' l''I^:volution dks i':>i>i-:r;Ks 27
l)r()i)res : lanlôt ce ne sont (jiie do légers filaments on panaches extérienrs dans lestjnels le san(( ci renie (;n abondance, ponrse nnîttreen contact avec l'air dissous dans le niiliiMi Tninide; tantôt ce sont des branchies d'nne strnclnreanalogneinaisplus complète, et])lac(''es dans certaines cavités du corDs où l'eau peut librement circuler.
Parallèlement apparaît la respiration aérienne, qui a, comme la respiration aquatique, divers degrés de perfection, tout en restant foncièrement la même.
L'échange entre les gaz du sang et ceux de l'air peut s'effectuer simplement cà travers la peau de l'animal ; celle-ci est parfoi s sillonnéed'une multitude de canaux aériens (trachées) qui se ramifient dans toutes les parties de l'économie, ainsi que de petites boutonnières (stigmates) qui facilitent la circulation de l'air dans ces canaux. Ainsi respirent un grand nombre d'insectes, d'arachnides, de myriapodes, etc.. D'autres fois ranimai est pourvu de véritables sacs pneumatiques, tels sont la plupart des reptiles et des batraciens. Enfin chez les animaux supérieurs, nous trouvons l'appareil si perfectionné des bronches et des poumons.
Sous ces diverses formes et ces mécanismes variés, la respiration aquatique ou aérienne n^en consiste pas moins dans l'absorption de l'oxygène nécessaire à la combustion vitale et dans l'exhalaison de l'acide carbonique. Cest toujours la même fonction, malgré la diversité des moyens.
Nous pourrions en dire autant de la circulation du o ■sang. Elle s'opère d'abord sans organe, par une simple laS
imbibition.Puiscertainscanauxapparaissent; d'abord confondus avec le tube digestif, ils s'en distinguent bientôt. Des vaisseaux se dessinent dont les contractions remplacent l'impulsion cardiaque. Déjà, chez les mollusques le cœur se localise. Ensuite le système
vasculaire se perfectionne et se clôt, pour empêcher la confusion du sang artériel avec le sang veineux. Le cœur se creuse de trois ou quatre cavités distinctes, et la circulation nutritive, se séparant de la circulation pulmonaire, obtient ainsi son maximum de précision et de perfection. Mais le but est toujours le même : l'irrigation de toutes les cellules de l'organisme.
Nous croyons inutile d'insister davantage. La même démonstration serait facile à développer pour toutes les autres opérations de la nutrition, de la reproduction, de la locomotion, et même de la sensibilité.
Toutes ces fonctions à la fois sont d'abord accomplies indistinctement par toutes les parties du même individu, chez les êtres les plus dégradés. Puis, en vertu de la fameuse loi de la division du travail, si bien mise en lumière par Milne-Edwards, et qu'Aristote avait déjà au moins entrevue, chaque fonction est confiée à une partie différente ; et dans chaque fonction le travail se subdivisant de plus en plus, un plus grand nombre d'organes spéciaux sont' appelés à y concourir pour le rendre plus précis et plus parfait.
Mais encore une fois, m.algré la diversité et la perfection des moyens, c'est toujours le même but que tous les êtres vivants, animaux et plantes, poursuivent de concert : la nutrition.
carac- La nutrltlou consiste donc, pour la plante oul'anileres de ^^^^ ^ gg mouvolr eu lui-même par une intussiisception (1) et un renouvellement perpétuels des atomes
(1) s. Thomas a très bien saisi ce caractère : « Sola animata vereaugentur, quia quselibet pars eorum et nutritur et augetur ; quod non convenit rébus inanimalis, quœ videntur per additicnem crescere ; non eniui in
l'acie vital.
LA VIK KT LlùVOLUTlON DES ESPÈCES 2î)
inaloricils, de, nianiùro à ragonnci* vA, à coiisfirver un type liércdilaii'o. (Test là le tourbillon vit(x/ ; une Ibrniatioii et une réformation perpétuelle de l'organisme vivant (1).
Nous pourrions ajouter que les vies supérieures à la vie végétative sont aussi des mouvements analogues. Tandis que par la vie végétative l'être se meut aveuglément et sans conscience, par la vie sensible \\ peut se mouvoir avec connaissance et conscience ; par la vie raisonnable il peut se mouvoir avec intelligence et liberté ; enfin, par la vieangélique le pur esprit se meut aussi, si Ton nous permet cette métaphore ; car s'il passe librement de la puissance à l'acte, c'est en dehors de l'étendue et de toute condition matérielle (2).
Mais cela nous suffit pour nous faire comprendre les vrais caractères du mouvement vital, et pour nous faire préciser davantage la réponse déjà donnée par le bon sens du genre humain à la question que nous avons posée : Qu'est-ce que la vie ?
La vie, c'est en etfet un mouvement, mais un mouvement intime par lequel l'être peut se mouvoir lui même (3) pour se conserver, se réparer, se développer
illis crescit quod fuit prius, sed ex additione alterius constituitur quoddam majus ». {De anima, in II, lec. 9.) — Cf. Aristote, De anima, 1. Il, c. 4, §6. — La différence entre le vivant qui grandit et le cristal qui grossit l)dr juxtaposition des nouvelles parties, ne pouvait être mieux formulée.
(1) Voici comment S. Thomas nous décrit Iç tourbillon vital. « Si consideratur caro secundum speciem, id est secundum quod est formale in ipsa, sic semper manet, quia semper manet natura carnis, et dispositio naturalis ipsius. Sed si consideratur caro secundum materiam, sic non manet, sed paulatim consumitur, et restauratur ; sicut patet in igné fornacis cujus forma manet, sed materia paulatim consumitur, et alia in locurn ejus substituitur ». {Sum. th., I, q. 119, a. 1, ad 2°».)
(2) « Propria ratio vitae, est ex hoc quod aliquid est natum movere seipsum, large accipiendo motum, prouL etiam intellectualis operatio motus quidam dicitur ». (S. Thomas, in I de Anima, lec, 1, med).
(3) A).X' sTTiv ïj /tvv/Ttç Tïîç o\j(7i<xç «ùt/j; xa^'avTïjv. (Aristote, De anima, 1. I, c. 3, § 8.) — Tô uxjvh xtvoûv. — 1. 1, c. 2.
OU se perpétuer. De là trois signes caractéristiques qui ne sauraient appartenir qu'à l'acte vital, et sur lesquels le philosophe a besoin d'insister au début d'une étude sur la vie : la spontanéité, caractère fondamental; Vimmanence Ql la plasticité, caractères secondaires de Tacte vital, a) Vivre, avons-nous dit, c'est se mouvoir soi-même,
janiié et se diriger vers sa fin : « est movere seipsum )>. Il ne suffirait donc pas, pour être vivant, d'agir passivement, ni même d'agir activement. Il faut en outre agir spontanément, c'est-à-dire être à la fois son moteur et son mobile : « quae movent seipsa, composita sunt ex motore et moto,sicut animata. Unde haec solapr.oprie vivere dicimus (1). ».
Quelques exemples familiers vont éclaircir notre pensée. La plume que je tiens entre mes doigts fait en ce moment Faction d'écrire, mais c'est de sa part une action purement passive. Elle marche à droite, à gauche, en haut, en bas, dans tous les sens où je la pousse, sans avoir en elle-même le principe de son action, ni la forme des mots qu'elle trace. Ce principe et cette forme viennent de l'écrivain qui s'en sert. Tel est le rôle, ou du moins le rôle principal d'un instrument, c'est d'agir en vertu d'un agent extrinsèque. Voici au contraire un corps élastique : je le comprime, je le dilate, mais aussitôt que j'ai cessé de lui faire violence, je constate qu'il revient à son état primitif.
(1) s. Thomas, Contra Genl., 1. I, c. 97, n» 2. — Cf. Sum. th., I, q. 18, a. 2, ad. ti® ; a. 3. — « Les corps bruts sont dépourvus de spontanéité.. Les êtres vivants, étant au contraire doués de spontanéité, nous apparaissent comme s'ils étaien! tous pourvus d'une force intérieure qui rend les manifestations de la vie d'autant plus indépendantes des variations des influences extérieures, que l'être s'élève davantage dans l'échelle de l'organisation ». (Claude Bernard, La science expérimentale, p. 38.) — Inutile de faire observer que la spontanéité n'est pas la liberté, pas même la connaissance ; et que l'évolution spontanée d'un être vivant est soumise à des lois nécessaires, à des conditions fixes et déterminées, qui font l'objet d'une véritable science.
LA VIE rrr l'évolution des espèces 31
C'est bien là une réaction, et par conséquent Texorcice d'une activité ([ui lui est [)ropre. De niônie, lorsque une légère percussion provoque la détonation violente du picrate de potasse, je ne puis m'ernpêcherde voir dans ce phénomène le développement d'une activité redoutable contenue dans cette substance et nullement dans l'agent excitateur.
Les corps inorganiques sont donc actifs, comme nous l'avons plus longuement démontré ailleurs, ils ont eux aussi une finalité inconsciente et fatale, 5wn^ determinata ad ununi, comme dit l'École ; mais ils ont besoin d'être provoqués chaque fois pour passer de la puissance à l'acte. Une impulsion originelle ne saurait leur suffire, en sorte qu'ils ne sont jamais à la fois moteurs et mobiles : c'est là le privilège de la vie : ratio vitœ est movere seipsuni, vel agere se ad opérationem (1).
Un objet ayant frappé la vue détermine la connaissance qui provoque le désir, qui réveille la volonté, laquelle met en jeu les muscles et les organes qui saisissent leur proie, la dévorent, la digèrent, se Passimilent, etc. C'est là toute une évolution de Têtre, c'està-dire une suite d'actions innombrables qui ont été provoquées les unes par les autres ; il a suffi d une impulsion première, ou plutôt d'une occasion, pour que l'être vivant se meuve lui-même en passant d'une première action à une deuxième, puis à une autre (2), jusqu'à une dernière, à travers une série prodigieuse d'effets intermédiaires qui ne sont nullement proportionnés à la cause excitatrice.
(1) s. Thomas, Summa th., I^, q. 18, a. 2.
(2) « Lorsque survient le principe du mouvement vital, ainsi que dans les automates bien faits (qui imitent la spontanéité), les mouvements se produisent à la suite les uns des autres. » — Orav à^^r/ ys'vvîTat xtvvî- T6w:, w(T7rcjO èv zolc, ocùroiiûzoïç Oaûfxaffi, (T'JV-ipzTcct tô è'fîz,^ç. (Aristote, De generatione 1., H, c. 5) — « La vie est la force évolutive de Têtre ». (Cl. Bernard, La science expérunenlale, u. 2lU).
Le développement embryonnaire qui suit l'acte de la fécondation est encore un exemple saisissant de cette évolution spontanée : nous l'étudierons plus loin.
Dans la nature morte nous trouvons des séries de mouvements qui imitent de loin le mouvement spontané, aussi les a-t-on pris pour emblèmes de la vie. Par exemple, les eaux vives (1), le torrent qui s'écoule, la flamme qui se consume lentement. Mais, il estaiséde le voir, ce ne sont là que de grossières contrefaçons. Chaque goutte d'eau du torrent est poussée par la suivante, bien loin de se mouvoir elle-même vers une fin ; chaque molécule d'huile qui brûle dans la lampe communique le feu à la molécule suivante, en sorte que ce n'est jamais la même goutte d'eau qui passe sous le pont, ni la même molécule d'huile qui brûle dans la flamme. Tandis que dansl'être vivant c'est toujours le même être qui vit en consumant et renouvelant sans cesse ses matériaux ; c'est toujours le même individu, la même volonté, la même force ou « idée directrice » qui l'anime dans toute la série de son évolution.
Dans les œuvres de l'art, les imitations de la vie sont encore plus grossières. L'automate semble se mouvoir lui-même parce qu^il produit une succession d'actes, si bien que l'enfant croit reconnaître un petit animal dans le tic-tac de la montre ; mais la découverte du ressort secret détruit toute illusion : le mouvement des rouages, bien loin d'être spontané, n'est même pas l'effet de leur activité, mais seulement de leur passivité.
Le mouvement de l'horloge, comme celui du fleuve ou de la flamme, manque donc complètement du caractère essentiel à la vie : la spontanéité. Il manque
(1) « Quae videntur per se moveri, quorum motores vulgus non percipit, per similitudinem dicemus vivere, sicut aquam vivam fontis (luentis, non autem cisternae vel stagni stantis. » (S Thomas, Contra gent. lib. I, c. 97,
iM.iiia' lence.