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CHAPITRE IL

MANIFESTATIONS DE LA VIE DANS LES CRISTAUX, d'après LES MATÉRIALISTES.

Nutrition et croissance.

Aurait-on jamais imaginé que la Gristallogénie fournirait des arguments aux matérialistes? Mais où l'erreur ne va-t-elle pas se nicher ? Suivant l'adage connu, elle fait flèche de tout bois. Peu lui importent les moyens, pourvu qu'elle parvienne à obscurcir la vérité.

Le cristal est un merveilleux édifice, mais cependant quel contraste entre lui et une plante ou un animal !

Parmi les propriétés caractéristiques des êtres vivants, on a toujours placé avec raison celle de pouvoir se nourrir par l'assimilation d'éléments

étrangers introduits dans rorganisme, et y subissant une complète transformation.

En outre, l'être vivant développe proportionnellement toutes ses parties : c'e>t la croissance

Gomplélé dans son individualité, et désormais inca-pable d'acquérir pour lui, il tend à se répandre au deliors, à se multiplier, à se survivre en créant un autre lui-même : c'est la génération.

Toutes ces fonctions constituent les acte? de la vie végétative. Les philosophes les ont toujours considérées comme propres aux êtres vivants, et établissant entre ceux-ci et les corps bruts une différence absolue.

Les progrès des Sciences naturelles ont semblé, d'abord, creuser encore davantage cet abîme infranchissable séparant le monde simplement minéral des règnes supérieurs.

Les molécules chimiques, en effet, même les plus parfaites et les plus complexes se distinguent radicalement des cellules vivantes : elles n'éprouvent pas le besoin de se nourrir pour subsister; elles ne grandissent pas et n'engendrent point leurs semblables.

Mais une connaissance plus profonde des lois de la Nature a donné prétexte à des objections spécieuses et subtiles.

Vous supposez, ont dit les matérialistes, une barrière entre les êtres organisés et ceux que voua croyez privés de vie... Pourtant, c'est là une illusion !... Cette barrière est une vaine conception de l'esprit égaré ; elle n'existe pas.

Voyez les cristaux, par exemple. Ils sont le trait

d'union incontestable entre la matiôre amorphe et la maliôre animée.

Les cristaux se nourrissent ; ils croissent et se reproduisent.

Voulez-vous en être persuadé !

Miinten^z-les dans un milieu apte à leur procurer les éléments nécessaires. Ce milieu ambiant est pour eux. ce que l'atmosphère et le climat sont pour les plantes et pour les animaux.

Laissés dans leurs dissolutions avec une température convenable, ils s'adjo-gn^nt des particules étrangères ; ils grossissent peu à peu dans toutes les directions en conservant leur forme primitive, car leurs parties s 3 développent proportionnellement.

N'est-ce point là une véritable nutrition et ui.c véritable croissance V

Reproduction.

Bien plus, dans des conditions analogues, chaque fi-agment de cristal brisé çrrnndit séparément et reconstitue le type cristallin primitif.

De cette manière, un individu se multiplie en plusieurs autre "^ aussi parfaits que lui.

Ainsi se p^opag^nt les végétaux par boutures ; ain-i se reproduisent les animaux inférieurs par scissiparité.

Cette génération des cristaux ne projette-t-elle pas une vive lumière sur le mystérieux phénomène observé chez les vers de terre, les hydres, les acti-

nies et beaucoup d'entozoaires dont chaque morceau coupé donne généralement naissance à un animal entier?

Cicatrisation des blessures.

Rccouslilulion naturelle des membres amputés.

La Cristallogénie nous réserve une surprise plus étonnante.

Voici un cristal : il a perdu l'un de ses angles solides, ou l'une de ses arêtes.

Replongeons-le dans la dissolution : les mutilations qui le déparent et altèrent sa beauté, disparaîtront bientôt; l'édifice cristallin se complétera dans sa forme régulière et géométrique.

Avant de croître davantage, il se refera les parties absentes ; puis, il grandira dans un ensemble harmonieux.

Ainsi en est-il du lézard, de l'écrevisse et de certains reptiles, reconstituant la queue ou la patte dont un accident les a privés.

Ce malheur irréparable pour des animaux plus élevés dans l'échelle des vivants, est pour les êtres inférieurs une affaire de mince importance.

Apre 5 quelque temps, il ne restera plus trace de la blessure; le membre amputé sera remplacé et renouvelé de toutes pièces; puis, l'animal continuera sa croissance, comme si jamais pareille épreuve n'était venue fondre sur lui.

Solidarité des parties correspondantes.

Il est un cas peut-être plus remarqual)le encore.

Posé dans ur.e dissolution sur sa face accidentelle et meurtrie, un cristal tronqué, ne pouvant se régénérer sur ce point, se verra, peu à peu, du côté opposé, affecté d'un mal inexplicable.

Cette partie se désagrégera morceau par morceau, pour disparaître ensuite entièrement. Il perdra ainsi deux angles au lieu d'un.

La maladie d'une face aura eu son contre-coup sur l'autre.

N'est-ce pas là une image frappante de la mystérieuse sympathie constatée entre deux parties similaires du corps chez les animaux : entre les deux yeux, par exemple.

Que de fois l'état morbide de l'un se communique à l'autre !... Si l'un s'affaiblit ou meurt, l'autre est souvent fort gravement compromis.

Génération spontanée.

Mais voici qui est renversant, en vérité, n'en déplaise aux spiritualistes !

Pour la formation d'un cristal, il n'est pas besoin d'un germe préexistant. Il est facile de voir ce charmant petit être se nourrir, croître et se multiplier. Il n'est guère plus malaisé d'assister à la conception

première et à la naissance de V embryon cristallin.

C'est le germe propre à se développer. Il évoluera toujours d'après le même type de préférence à tout autre, absolument comme la graine d'une plante ou le fœtus d'un animal .

Ce germe ne se trouvait nullement dans la matière à l'état amorphe, avant le phénoniène de la cristallisation : on l'aurait vainement cherché, et on ne l'aurait pas même aperçu à l'aide du microscope le plus puissant.

Le voilà maintenant tout d'un coup constitué ! Chose étrange ! il est, dès lors, doué de la singulière aptitude d'imprimer à la masse matérielle des directions fixes, pour reproduire constamment le même type spécifique et la même figure déterminée.

N'est-ce point là décidément la génération spontanée ?

La Nature est prise sur le fait : désormais ce profond mystère est éclairci. Le cristal est le trait d'union entre l'être inanimé et l'être vivant.

Comment chaque corps, en cristallisant, aboutirait-il infailliblement au même type de préférence à tant d'autres possibles, s'il ne possédait, outre la masse étendue et pondérable, un principe formateur auquel il doit nécessairement obéir ?

Ce principe actif ne ressemble-t-il pas d'une manière frappante à celui par lequel l'embryon animal façonne ses orgr^oes, d'après un type héréditaire et un plan où tout paraît admirablement prévu, agencé et coordonné ?

Au fond, ce principe supérieur dans l'animal ou le végétal ne serait donc pas d'un autre ordre.

On s'est plu à l'appeler a»ie sensitiveon végétative. Mais, en ce sens aussi, les minéraux ont une âme : Vaine Jiiinèrale, principe intrinsèque et actif, conférant à la matière inerte la faculté d'évoluer.

La matière brute a donc une vie anabgue à celle des plantes ou des animaux. Cette vie est moins parfaite, sans doute, mais elle rentre dans le même cadre.

Elle est aux derniers degrés de 1 échelle, voilà tout.

Mais, aussi rudimentaire qu'on la suppose, pourquoi ne serait-elle pas susceptible de progrès ? Pourquoi échapperait-elle seule à la grande loi de révolution régissant tous les êtres?

Pourquoi, par un enchaînement de transformalions successives, ne parviendrait-elle pas à s'épanouir davantage et à se changer en la vie des êtres supérieurs ?

Ne présente-t-elle pas incontestablement les mêmes phénomènes de nutrition, de croissance, de dépendance et de solidarité entre les parties, de reproduction par scissiparité, fragm-jntation et bourgeonnement ?

La Gristallogénie nous le démontre donc : dans la molécule chimique, comme dans les êtres organisés se trouve un principe de vie.

Ainsi la vie dans tous ses degrés proviendrait de la matière. Des propriétés de celle-ci découleraient toutes les facultés des êtres vivants : dévt loppement, organisation, mouvement, instinct, conscience, mémoire, volonté libre et pensée !...

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