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Vie et oeuvres de J.-J. Rousseau

Pleinement conscient que Rousseau a été l'objet d'attaques violentes pour sa vie ou pour ses doctrines, ou pour tout ensemble, dès le XVIIIme siècle et jusqu'au XXme, nous estimons cependant que ces polémiques doivent être autant que possible ignorées dans un livre destiné à présenter, à la jeunesse qui apprend encore, l'un des écrivains les plus influents de la France. Nous n'en parlerons dans nos Notes d'introductions aux Extraits que lorsqu'il nous paraîtra indispensable de le faire, et en termes aussi concis que possible. Nous ne voulons pas cacher ce qui est vrai; nous voulons encore moins, sous prétexte d'être ouverts à toutes les opinions, faire étalage de discussions peu édifiantes: — surtout alors que beaucoup des accusations les plus noires ne peuvent point être considérées comme prouvées.

Nous serons sympathiquement objectifs. C'est à dire que notre principale préoccupation sera de comprendre et non de juger; et, c'est à dire aussi que nous n'oublierons pas que, pour qu'un grand esprit puisse exercer le meilleur de son influence sur la postérité, il faut savoir mettre en lumière les beaux traits, et les généreuses idées — celles qui seules le rendent grand; et ne pas appuyer sur le reste. Critique signifie discernement, et non pas blâme; et le novice en littérature doit être exercé à discerner surtout du beau: sans cela, pourquoi ne pas faire étudier Pradon au lieu de Racine, Zoïle au lieu de Boileau, Marat au lieu de Rousseau?

Nous sommes loin de prétendre que Rousseau ait échappé aux errements humains. Au contraire. C'est même une des choses qui ont fasciné la postérité dans ses livres. Mais, d'abord, est -il besoin de répéter encore que de tels errements n'affecteraient en aucune manière la vérité, ou l'excellence de ses doctrines; ensuite, que les crimes qu'on lui a reprochés — particulièrement celui d'avoir refusé d'élever ses enfants — il les a commis, non pas après avoir écrit ses livres et en contradiction avec ses préceptes,

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Nous renvoyons à Ce sujet à notre article pan:

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C'est en tenant compte de ces différentes considérations que. par exemple, en parlant de Madame de Warens, nous ferons une large part à « maman » qui a eu une si indiscutable influence sur la formation des idées de Rousseau, et nous passerons sous silence l'amante. Que nous dirons peu de chose de la querelle avec les Encyclopédistes et Madame d'Épinay — querelle qui n'a pas changé un iota aux doctrines qui ont fait proclamer Rousseau le père de la Révolution et du Romantisme. Que nous ne ferons que mentionner en passant le pénible épisode de son amitié et de sa brouille avec David Hume, épisode où Rousseau ne fut peut-être pas l'ingrat que des envieux ont dit. mais où il a surtout été la victime malheureuse d'un ébranlement nerveux résultant des persécutions cruelles et souvent mesquines que ses livres « dangereux » lui ont valu.

Dans la disposition de nos Extraits, nous n'avons pas adopté la division ordinaire, Vie et Œuvres. Chez un homme comme Rousseau, la vie et l'œuvre s'expliquent si souvent l'une par l'autre qu'on se priverait en les traitant à part, d'un des moyens les plus efficaces de comprendre. Nous avons pour cette raison encadré les extraits relatifs à la pensée de Rousseau dans ceux relatifs à sa vie. Et d'ailleurs, tour à tour les passages phi-

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