À JEAN-JACQUES ROUSSEAU
Et sur le piédestal sera gravée la devise (de Rousseau) : Vitam impendere vero
Art. IL Marie-Thérèse Levasseur, veuve de J.-J. Rousseau, sera nourrie aux dépens de l'État; à cet effet, il lui sera payé annuellement des fonds du trésor public, une somme de douze cents livres.
Ce projet de décret a été adopté aux acclamations unanimes de l 'Assemblée Nationale . .
Le 25 décembre 1791 eut lieu une fête brillante à Montmorency en l'honneur de Rousseau. Lorsque le 14 juillet eut été déclaré un jour de fête nationale, on promena une image de Rousseau sur les ruines de la Bastille. L'éloge de Rousseau était un des thèmes favoris des orateurs des Décadis (jour de repos du calendrier 5 révolutionnaire). L'Académie mit au concours l'éloge de Rousseau, offrant un prix de 600 francs au meilleur discours, et un ami de Rousseau doubla la somme de la récompense. En novembre 1793 la Convention décréta l'érection d'une nouvelle statue à Rousseau, et le 14 avril 1794 (25 Germinal, an II) elle décréta 10 que les cendres de Rousseau seraient transportées au Panthéon.
Cette translation des cendres de Rousseau au Panthéon fut l'occasion de cérémonies émouvantes. Elle eut lieu au mois d'octobre suivant. Le Député Ginguené, représentant la Con- 15 vention, s'était rendu avec une délégation à Ermenonville le 9 octobre (18 vendémiaire) pour présider à l'excavation du tombeau de l'Ile des Peupliers, et pour accompagner le cercueil à Paris.
Le cortège se mit en marche le 9 octobre à huit heures du matin. 20 D'Ermenonville à Paris, il ne fit que s'accroître, et le voyage dura deux jours. De toutes les communes, la foule accourait et saluait les restes du citoyen de Genève, transportés sur un char préparé pour la circonstance. Le soir du premier jour, on arriva à Montmorency, séjour aimé de Rousseau, et où il avait composé ses 25 principales œuvres. Le soleil était déjà descendu derrière l'horizon quand le cortège arriva dans la petite ville. « La lune — écrit Ginguené — qui répandait sa lumière pâle et monotone sur les vignes d'un plaine immense, le vent qui respectait les lumières, le silence qui n'était interrompu que par les airs chéris de Rous- 30 seau, donnaient à cette marche l'apparence de ces mystères de l'antiquité, dont tous les initiés étaient purs ou lavés de leurs fautes, et d'où l'on rejetait soigneusement ceux qui n'étaient pas dignes d'y assister. » La Place du Marché, à Montmorency, avait été métamorphosée en une allée de peupliers; on avait 35 recouvert le terrain sablonneux de gazon et de fleurs, et une estrade funéraire y avait été dressée: C'est là que les restes de Rousseau devaient passer la nuit du 18 au 19 vendémiaire, gardés