‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 106 sur 284 · A SON FRÈRE, CURÉ DU ROIS-SAINTE-MARIE · texte numérisé non relu

A SON FRÈRE, CURÉ DU ROIS-SAINTE-MARIE

Vive -j- Jésus !

22 janvier 1687.

Ce m'est une douce consolation, mon très cher frère, de ce que la bonté du sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus- Christ daigne bien accorder sa volonté avec celle que nous avions de vous garder encore un peu ici-bas, dans ce lieu de misères et de larmes, où il faut confesser avec l'Apôtre que tout est vanité et affliction d'esprit, hors d'aimer et servir à Dieu seul. C'est ce que je lui ai promis que vous feriez, s'il vous laissait encore quelque temps de vie. Car, voyez-vous, mon cher frère, j'ai bien fait des promesses au

sacré Cœur de Notre-Seigneur pour la pouvoir obtenir, croyant que vous ne me démentirez pas, et que vous les effectuerez, car autrement il n'y faudrait plus retourner, car Dieu ne peut être moqué. Voici donc tout simplement à quoi je vous ai obligé, suivant la liberté que vous m'en donniez par la vôtre, et pour accomplir ce que je crois que Notre- Seigneur veut de vous sur l'assurance de quelque personne fort gratifiée des dons de Dieu, et qui vous affectionne beaucoup. Demandant donc à Notre-Seigneur de vous donner encore quelques années de vie, si c'était sa volonté, pour pouvoir effectuer les bons désirs qu'il vous donnait d'être tout à lui, en lui consacrant tous les moments de votre vie, en ne vous employant plus qu'à son service, selon la pureté et sainteté que demande votre ministère ; il sembla à cette personne qu'on lui répondit : « Oui, je te l'accorde, à cette « condition que tu me proposes; et je voudrais en faire un « saint, s'il voulait correspondre à mes desseins et aux « grâces que je lui ferai pour cela. »

Mais il faut absolument retrancher trois choses. La première, l'attache aux choses terrestres, et surtout l'amour sensuel du plaisir des sens, où est compris le jeu. — La deuxième, retrancher toute superfluité aux habits et en tout ce qui regarde votre personne ; et s'il y a quelque épargne, le donner aux pauvres. — En troisième lieu, ne vous mêler des choses du monde que le moins que vous pourrez, ne vous laissant aller à aucune promptitude volontaire. Tout cela a été promis au sacré Cœur de Jésus-Christ pour vous, au cas que vous y vouliez bien donner votre consentement, et que vous vous consacriez tout à ce Cœur adorable, pour lui rendre et procurer tout l'amour, l'honneur et la gloire qui sera en votre pouvoir, tant par vous-même que par ceux qui seront à votre charge.

Je crois de vous avoir déjà parlé de cette dévotion qui s'établit tout nouvellement; mais comme vous ne me répondîtes rien, je ne sais si vous aviez agréé ce que je vous en

avais dit. Mais il me semble qu'il n'y a point de plus court chemin pour arriver à la perfection, ni de plus sûr moyen de salut que d'être tout consacré à ce divin Cœur, pour lui rendre tous les hommages d'amour, d'honneur et de louange dont nous sommes capables . C'est à quoi on vous a encore engagé ; et j'espère de vous en parler plus particulièrement lorsque j'aurai le plaisir de vous voir, si Dieu me veut donner cette consolation.

De plus, nous avons promis que vous prendriez pendant neuf jours les billets que je vous envoie, un chaque jour à jeun, et que vous diriez ou feriez dire neuf messes, durant neuf samedis, à l'honneur de l'Immaculée Conception de la très sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, et autant de la Passion, neuf vendredis, à l'honneur du sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Voilà, mon cher frère, votre engagement, sans ceux que j'ai faits de ma part, non seulement pour demander à Notre- Seigneur votre santé, mais pour faire un an de pénitence pour vous, s'il vous avait retiré de cette vie sans avoir accompli celle que vous vous êtes proposé de faire pendant votre maladie. Regardez jusqu'où va la sainte amitié d'union que le sacré Cœur de Jésus-Christ a faite de nos cœurs, puisqu'en oubliant les péchés d'une vie aussi criminelle que celle que j'ai toujours menée, je pensais à faire pénitence de vos péchés. Mais voyez la bonté de notre bon Maître, qui, sachant bien que j'en ai encore plus besoin que vous, vous a laissé pour m'aider à satisfaire pour les miens qui sont si grands, que je tremble d'y penser. Mais j'espère tout du sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, lequel a tant de tendresse pour vous qu'il veut que vous vous fassiez saint, à quel prix que ce soit, et c'est pour cela qu'il vous laisse encore en ce monde et qu'il vous a envoyé cette maladie, pour vous réveiller et vous faire redoubler le pas. Ah ! quel regret pour moi si vous ruiniez les desseins de ce sacré Cœur sur vous, ne faisant pas ce qu'il vous fait connaître vouloir de vous !

Aimez-le donc, si vous voulez que je vous aime, car je ne veux aimer que ce qu'il aime. Ah ! si vous pouviez comprendre comme il fait bon l'aimer et être aimé de lui! car je crois que nul ne périra de ceux qui lui seront particulièrement dévoués et consacrés. Je ne me pourrais jamais lasser de vous parler sur ce sujet. Enfin, soyez donc tout à Dieu, tout pour Dieu et tout en Dieu ; et vous souvenez qu'il veut de vous une vie exemplaire, qui soit pure et toute angélique. Si aujourd'hui nous entendons la voix du Seigneur, n'endurcissons pas nos cœurs, ne différons pas d'un moment à donner plein pouvoir à la grâce.

Pardonnez, mon cher frère, si je vous dis tout cela, qui ne provient que d'un cœur qui vous aime et qui désire ardemment que vous soyez saint. C'est ce que je demande au sacré Cœur de notre bon Maître, pour qu'il nous consomme des plus vives flammes de son pur amour, qui me rend toute à vous.

S1' Marguerite-Marie.

LETTRE LXi

Vive -j- Jésus!

17 février 1G87.

Il faut vous avouer, ma chère Mère, que Notre-Seigneur me veut bien mortifier par le retard de nos images de son sacré Cœur, bien qu'il me semble ne rien épargner de tout

1. Dans les éditions A et B, cette lettre se continuait par un morceau relatif à une prière de saint François de Sales pour son Institut et se terminait par un passage dans lequel la Bienheureuse se plaint à Notre-Seigueur de ce qu'il se sert de « sujets si impuissants », au lieu d'employer » des personnes d'autorité et de science ». Nous avons retranche ces deux morceaux qui ont été restitués, le premier à la lettre 35e et le second à la lettre IIIe auxquelles ils appartenaient sur la foi de nos anciens Mss. et delà traduction italien ne.

ce qui est en mon pouvoir, qui n'est qu'impuissance et misère. Mais aussi n'avancé-je rien; car le bon Père qui s'en est chargé, ayant été envoyé à Riom, et cette planche se faisant à Lyon, je crains fort que son absence ne la fasse négliger, quoiqu'il me mande qu'il y veille, et tient la main qu'elle se fasse au plus tôt, mais qu'il faut avoir patience. Mais depuis le temps que cela dure, je ne sais à quoi attribuer ce retardement, sinon à mes péchés, qui me rendent un sujet d'obstacles et de contradictions à toute bonne entreprise. Et de plus, il me semble que le démon craint extrêmement l'accomplissement de cette bonne œuvre, pour la gloire qu'elle doit donner au sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par le salut de tant d'âmes que la dévotion à cet aimable Cœur opérera pour ceux qui se consacreront tout à lui pour l'aimer, honorer et glorifier. Ah! ma chère Mère, que ses miséricordes viennent bien à propos sur tant de pauvres cœurs ingrats et infidèles qui périraient sans lui ! Mais j'espère que son ardente charité les sauvera, et répandra partout la suavité de son pur amour, lequel veut que je vous parle sans façon, à cœur ouvert, comme une fille à sa bonne Mère, laquelle, comme je le pense, a bien su gagner la sacrée tendresse de ce divin Cœur, par l'ardent zèle que vous avez de lui procurer de l'honneur; car, en lisant votre chère lettre, je sentais s'imprimer dans mon cœur tout plein de bons sentiments à. votre égard, à mesure que je lisais ce qui parlait de lui.

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